‹ La vie et les œuvres de maître Arnaud de VilleneuveChapitre 19 sur 30 · RELIGION · texte numérisé non relu

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souvent Arnaud de Villeneuve dont il a pris la méthode et pratique les enseignements. Enfin, tous ceux qui s'inspirèrent do ses œuvres, Jehan de Rupescissa, Nicolas Flamel, Basile Valcntin, G. Aurach, Bernard le Trévisan, etc., ne cessent pas d'exalter sa science : le concert est unanime parmi les hermétistes.

D'autres enfin, historiens ou médecins, reconnaissant la grande valeur et l'originalité d'Arnaud de Villeneuve comme praticien, ne pouvant admettre qu'il fut en même temps un chercheur de la pierre philosophale et un contemplateur des astres, ont rejeté tous les traités d'alchimie d'Arnaud comme apocryphes et se sont ensuite efforcés de justifier cette sélection (1).

Qu'y a-t-il de vrai dans toutes ces assertions ? Comment éclaircir cette question ?

Nous rejetterons dès l'ahord et jusqu'ànouvel ordreles accusations violentes et dérisoires des encyclopédistes que nous avons dû citer : nous avons indiqué — aux dernières pages de la Biograpliie — l'origine de ces bruits ; la tradition populaire les a conservés ; le temps, qui enjolive de merveilleux les faits à mesure qu'ils s'éloignent, a contribué à en accroître l importance. Nous verrons plus loin quelle était la magie d'Arnaud de Villeneuve.

Mais, d'autre part, nous affirmons qu'Arnaud de Villeneuve fut alchimiste et que son œuvre est dans l'histoire de la chimie comme de l'alchimie un monument personnel très précieux; nous nions qu'on ait le droit de séparer le médecin de l'alchimiste et de rejeter ce dernier; et voici pourquoi : en premier lieu, est-ce

(i) Sympliorien Ghampier. Ch. II ad. finem.

Libavius, dans ses Syntagm. arcanorum clnjinicorum, LL. II, -i vol. in-f . Frcf. 161Ô. Au tôme II, p. Ô5 h (Traité de Igné Naturx) défend Arnaud contre les attaques de F. Palmarius et de Riolanus qui niaient ses écrits hermétiques. Mais c'est surtout parmi les historiens modernes de la médecine que cette opinion se trouve soutenue.

donc un fait singulier que l'auteur du De Regbnine Sayiitatis soit !e même que l'auteur du Flos Florum ou. du Traité des Visions? Nous avons assez souvent, au cours de ce travail, insisté sur l'analogie des théories philosophiques, astrologiques et médicales en ces siècles synthétiques, sur l'unité de conception qui dominait toute la [science d'alors pour ne pas avoir besoin d'y insister à nouveau. Le macrocosme, ce grand corps fait à l'image de l'homme, et l'homme, ce résumé de la création, n'étaient-ils pas sans cesse unis l'un à l'autre par l'éternelle circulation des âmes, des fluides, des éléments? La science ancienne reliait si étroitement l'univers à l'homme et l'homme à Dieu, que la théologie et l'astrologie ne pouvaient guère se séparer et que l'étude isolée de l'homme eût été considérée comme une déraisonnable et stérile entreprise.

Type du savant de l'époque, chercheur érudit, prêt à scruter l'avenir aussi bien qu'il fouillait dans le passé, aussi avidement qu'il parcourait le monde, Arnaud était et devait être au contraire l'homme de tous les arts, de toutes les sciences, désireux de tout savoir, prêt à tout enseigner. Il fallait bien peu connaître cette époque du moyen âge pour y chercher des spécialistes et quelle naïve intransigeance que de refuser à un praticien du xiii'^ siècle le droit de s'occuper d'hermétisme alors que, quatre siècles après et plus tard même, la médecine ne s'était pas encore complètement dégagée de la magie, de l'astrologie, de l'alchimie !

En second lieu, sur quoi s'appuyer pour nier l'authenticité si vraisemblable, nous venons de le voir, de tous les traités d'Arnaud ? Sur ce fait que ses autres ouvrages sont purement médicaux, que ses tendances alchimiques ou magiques ne s'y manifestent pas. Cette assertion renferme deux erreurs : les traités d'Arnaud de Villeneuve ne sont pas purement médicaux, quelques-uns comme le De vinis, le De memoria appartiennent autant à la

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physique et à la psychologie qu'à la médecine, et ceux qui, de par leur titre, sont dits purement médicaux, contiennent des passages variables d'une ligne à plusieurs pages qui sont de pures considérations astrologiques ou alchimiques, quelquefois des formules de magie. Il serait fastidieux de les citer tous, rien qu'au point de vue astrologie, nous avons relevé dans ses œuvres médicales plus de trente passages, dont quelques-uns fort longs, ayant trait à cette science. Et à moins de rejeter en bloc toutes ses œuvres et toute sa vie — il est impossible de ne pas conclure que l'astrologie et l'alchimie sont considérées par lui-même comme des sciences très dignes d'intérêt et qu'il avait studieusement cultivées.

Arnaud de ^'illeneuve fut donc un philosophe hermétique, un physicien comme on disait plus couramment alors. Ce n'est pas à dire que nous acceptions comme authentiques tous les traités que postérieurement on a bien voulu lui attribuer. Dans les analyses de ses œuvres et dans la bibliographie, nous indiquons quels sont ceux que nous estimons être de lui, quels sont ceux qui doivent être rejetés, et c'est en nous appuyant seulement sur les premiers que nous étudierons ses idées astrologiques, magiques et alchimiques.

Ces trois sciences n'ont pas reçu, chez lui, un égal développement : la magie, science fort décriée, plus dangereuse que toute autre à pratiquer et à enseigner en ce siècle, ne ligure qu'accidentellement et par ses côtés périlleux.

Il y a deux sortes de magie d'ailleurs : l'une généralement ornée de l'épithète cérémonielle, très voisine d'une religion, s'accompagne de rites, de formules, de cérémonies ; elle est considérée comme originaire de Chaldée et les mystères antiques en auraient conservé quelques traces, les grimoires auraient hérité du reste. L'autre, dite naturelle, a suscité des centaines délivres, s'est divulguée, cherchant autant la diffusion que Tautre le mystère. Elle

Arnaud be Villeneuve

était la «ciencedes merveilles de la nature; elle changeait de forme en même temps que la science affirmait ses progrès, offrant à ses découvertes de nouvelles curiosités inconnues, amassant l'invraisemblable et l'étrange {scientia. occultï) sans cesse sur la limite de la science, mais cessant d'être et reculant dès que la science prend sa place.

Ce fut cette magie qui tenta les Porta, les Paracelse, les Cardan, les Flud, les Van Helmont; ce fut elle qui présenta jadis à la science l'alchimie pour on faire la chimie, récemment le mesmérisme pour en faire l'hypnotisme. C'est aussi cette magie qui fut celle d'Arnaud de Villeneuve. « Merveilleuses vraiment sont les « œuvres de la nature, dit-il dans son traité Des Doses Théria- « cales; les jeunes gens, esprits fiers et insoumis, s'aveuglent « souvent pour ne les pas vouloir étudier; ils rejettent avec mé- « pris un fait véritable pour serepaitre de chimères, surtout lors- « qu'une orgueilleuse présomption les fait se buter avec entête- « ment à leurs rêveries « (i).

Ce fut la devise et la méthode d'Arnaud en magie naturelle; il ne rejette a pi'ioj'i aucun fait dont l'étrangeté pouvait surprendre, il étudie tout ce qui se présente à lui, sachant que tout est possible et que ses conceptions seules limitent les phénomènes. Aussi accorde-t-il place dans sa thérapeutique même à des recettes étranges (2), à des formules de médecine populaire (3), à des remèdes empiriques dont quelques-uns propres à frapper l'imagination (4). Mais, dit-il, de quel droit les exclure sans les éprouver? « Si l'expérience les démontre vrais, il faut bien les admettre, « sinon, rejetons-les, et c'est le seul criterium['>) .

(2) 188 oc, 195 ac. (ô) 208 bb.

(4) II. 384 ah.

(5) 281 br,.

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On trouve même ce singulier récit (1) : Arnaud, affligé de plus de cent verrues aux deux mains, se fait de guerre lasse traiter par un empirique — un prêtre, — possesseur d'une formule remarquable. L'expérience réussit, il se trouve guéri de ses papillomes, si bien, que fidèle à sa méthode, il donne la singulière formule parmi les recettes médicales qui précèdent et qui suivent.

Mais s'il fait la place large à toutes les curiosités, à tous les faits même étranges, il proteste au nom de la science, de la religion et de la société contre les sorciers et les sorcelleries, les interrogateurs du démon (2) (les tables parlaient-elles déjà?) et les criminels qui se cachaient sous le masque de la sorcellerie pour commettre leurs méfaits (3).

Outre ces fragments et en laissant de côté les Sigilla. philosophoriim sans doute apocryphes, trois traités sont consacrés à la magie : le De pliysicis Ugaturis, le Tractatus Visionum et le Contra maleficia. Nous avons donné plus haut leur analyse (4) ; nous insisterons seulement ici sur la conformité qui règne entre ces traités, surtout le second et sa doctrine générale. Les visions sont encore classées par tempéraments, médicalement observées et surtout au point de vue du pronostic qu'on en peut tirer. Un rêve de feu, signe d'un déséquilibre momentané du tempérament révélant la prédominance de la cholère, fera présager d'une maladie à venir due à la cholère. Et il cite des observations personnelles. « On ne doit donc pas considérer comme superflu qu'un médecin « sache interpréter les songes, et qu'il s'applique à cette interjjréta- « tion, car, pour porter un diagnostic juste, il ne faut négliger au-

(i) II. loS hc. ■

(a) 25o aa. (5j 112 aa.

(4) P- 67 sq.

« cune des circonstances qui accompagnent la maladie, et le méde- « cin tirera grand profit de ces prévisions qui lui révéleront les « tendances et l'état du corps » (1).

Ce sont bien les idées habituelles de l'auteur ; de même dans le De idh]jsicis ligaturis, il signale l'influence des états psychiques sur le corps, les rapports du physique et du moral, comme on disait autrefois ; il en déduit et la raison des maléfices et la manière de les traiter (2) .

C'est peut-être de la magie ; mais on conçoit qu'un tel magicien n''ait pas parii trop coupable aux yeux des rois philosophes et des papes littérateurs de l'époque qui avaient lu déjà ces théories dans bien des auteurs classiques, et l'on chercherait en vain dans ses livi'es quelques mots, prétextant même les fureurs de ses accusateurs (3).

L'astrologie occupe dans Arnaud de Villeneuve une place un peu plus miportante : cette science qui était comme la physiologie du macrocosme, et dominait les mouvements du corps liumain, avait pour le médecin un intérêt tout particulier, et c'est en effet l'astrologie médicale, c'est-à-dire les applications à la pathologie et à la thérapeutique qui firent l'objet des études et des ouvrages d'Arnaud de Villeneuve. Sans doute il ne s'arrêta pas à cette seule branche de l'astrologie et ses prédictions relatives aux événements généraux (4), les quelques passages consacrés à des discussions sur les influences et les qualités propres des planètes (5) montrent

(i) III. 5 ba.

(a) 280 bb.

yô) Au reste, Del Rio, qui n'est cependant pas coutuniier de bienveillance à l'égard des liermétistes, — mais qui avait lu ses œuvres — et savait quel cas on en avait fait en cour de Rome, rejette tous ces bruits de magie noire comme des calomnies. Disqids. magicœ. in-f° p. 5. 2. a.

(4) Cf. Biograpliie p. 40.

\5) i58 ab, 191 bc, II. 41 bb.

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bien qu'il poussa fort loin, en fidèle disciple des Arabes, les études astrologiques. Mais dans ses œuvres, et même dans le traité spécial CdpitiUa. astrologie, consacré à cette science, la plus grande place est toujours attribuée à la médecine astrologique.

Sa doctrine était celle-ci : tous les mouvements élémentaires, ceux de notre atmosphère comme ceux de notre corps, sont dus aux modifications que le fluide astral, moteur général des mixtes, reçoit des actions planétaires. Or, l'état des planètes, par suite du mouvement général des sphères, varie sans cesse; d'une part, elles traversent des signes dont elles sont comme l'âme (1) et y prennent une nature spéciale qui dépend de ce milieu ; de l'autre, leurs réactions réciproques changent continuellement : nul instant de l'éternité ne peut être identique à un autre, et sans cesse les éléments mûs par ces influences, les manifestent en générations et en destructions dans le monde sublunaire. Les corps comme les maladies, les villes comme les Etats sont menés par ce mécanisme général, par cette roue du destin. Aussi, la connaissance du thème généthliaque d'un malade est-elle précieuse pour un médecin (2) pour le pronostic et même pour le diagnostic des différentes maladies ; ce thème n'est, en effet, qu'un schéma très précis, très complet et très clair pour qui sait le lire du tempérament de l'individu, un résumé de sa vie. De même, en thérapeutique, l'examen des phases de la lune donne des indications et des contreindications indispensables à connaître, dangereuses à négliger. Nul astre n'agit plus que la lune sur les quafités élémentaires : dans son premier quartier, elle est chaude et humide, dans son deuxième, chaude et sèche, et ainsi de suite, ce qui revient à dire qu'à chaque lunaison, pendant sept jours le sang domine, pendant

(r) III 4i bb, III 09 ab.

[2) Ch. X. des Capitula astrologise.

AHXAUn DE VILLEXEUVE

sept la cholère agit surtout, etc. En outre, la lune prend comme toute planète, une qualité spéciale à son passage dans chaque signe : de ces conditions multiples se déduisent, pour le médecin instruit toutes les conclusions relatives aux maladies (1), aux interventions (2) ou aux modifications d'un traitement institué.

Il semble, dès lors, que le médecin disparaisse devant l'astrologue devenu souverain interprète des maladies et infaillible guérisseur ; il n'en est rien, et l'expérience l'avait prouvé bien avant Arnaud. Aussi, avec sa conscience habituelle et sa loyauté scientifique qui le caractérise, Arnaud montre que, dans bien des cas, l'astrologie et la médecine peuvent être en désaccoi-d. Il avait appris tout ce dont on avait voulu l'instruire ; quand il s'agit, à son tour, d'enseigner, il fait ses réserves. Et d'abord, la difficulté des interprétations, la très délicate appréciation des nuances dans les figures horoscopales lui semblent déconcertantes : à tel point qu'il se demande si le médecin ne risque pas de s'y égarer aussi souvent que d'y trouver un bon conseil : « Je passe brièvement. « dit-il, sur ces considérations et sans les discuter, car mon seul « but est de montrer comment un médecin peut en tirer parti « pour se guider dans la pratique, s'en aider dans son pronostic, « et comment aussi les médecins qui n'y attachent pas d'impor- « tance peuvent exercer leur art sans tomber pour cela dans d'in- <( tolérables erreurs (3). »

Puis, la.non conformité entre les périodes astrologiques (nous dirions aujourd'hui astronomiques), printemps, été, etc., et l'état véritable de la température, fait que le médecin est obligé

(1) p6 ab, 206 bc, etc.

(2) 192 a et 6, etc.

(3) III. 45 ab.

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de tenir compte plus de ce qu'il voit et ce qu'il sent, que des heures marquées aux horloges célestes (1),

Que de sujets de discussion entre l'astrologue et le médecin ! et quel hérétique que notre auteur, même en astrologie ! Mais il en était ainsi : l'esprit d'Arnaud était clair, précis, et sa raison faisait un libre choix dans les dogmes comme dans les faits. Malgré ces réserves, il tenait d'ailleurs un grand compte des indications que lui fournissait cette science (2), et ne supposait pas ces difficultés insurmontables ni les discussions entre astrologues et médecins inconciliables, niais, dit-il, <( à de plus habiles que nous de juger ce procès (3). »

Des trois sciences hermétiques, l'alchimie, dont le substratum matériel est plus visible, dont les résultats sont immédiats et furent souvent précieux à la médecine, est l'étude où l'esprit critique d'Arnaud de Villeneuve devait trouver la plus totale satisfaction. C'est en effet sur ces matières qu'il laissa le plus d'ouvrages importants et sa réputation comme philosophe hermétique, déjà grande de ses jours, ne fit que croître dans la suite. Ses doctrines alchimiques ne sont d'ailleurs que l'application au cycle des métaux (règne du feu), des lois et des principes du monde élémentaire. Nulle part, au dire de ceux qui s'occupent d'alchimie, n'ont été plus clairement exposés les principes de l'Ai^t.

La matière de tous les métaux est une (4), dit-il, et les métaux ne diffèrent que par leurs accidents : sortis de cette source unique, ils ont, par suite d'une plus ou moins grande maturation, revêtu

(1) 21 ba..

(2) III. Afi aa. — 80 bb. et 221 6a. (dans son Contra Caltulum adressé cependant au pape Clément VIII).

(5) II. 290 hb.

(4) ¥los Florim, III. 53 aa.

des formes différentes et acquis des qualités diverses. D'où les espèces, termes infranchissables et tels qu'une espèce ne peut se changer en une autre, comme le dit Aristote (IV des Météores). Mais en ramenant ces espèces à leur élément primitif, qu'il appelle le vif-argent, en leur faisant à nouveau et régulièrement parcourir la route de l'évolution minérale, on peut leur donner un« nouvelle forme et les transmuer : l'espèce ne l'a pas été — et Aristote est satisfait — mais l'individu d'une espèce, soumis qu'il est aux actions sensibles et ainsi corruptible, est devenu terme d'une nouvelle espèce (1).

Et dans cette transmutation où l'art imite la nature (2), rien ne saurait être créé ou détruit, car nulle matière ne peut être détruite au point de ne pas persister sous quelque forme : une forme détruite, une autre apparaît immédiatement prête à l'action (3).

Destruction apparente et création sensible ne sont ainsi que des générations et des corruptions analogues à celles que nous voyons dans le monde animal. Ne sont-ce pas les éléments qui, dans les métaux comme ailleurs, meuvent la matière, et comment une même force aurait-elle plusieurs lois, plusieurs modes d'action ? Là, comme dans le reste du monde, s'opère la transformation circulaire des éléments, le passage de Tun à l'autre extrême par les termes moyens (4).

Hâter cette révolution, faire tourner circulairement les éléments, c'est accomplir l'œuvre des philosophes. La théorie est, on le voit, clairement exposé; la pratique en découle, mais le langage y devient plus décevant.

(1) III. 6c. et i5 aa.

(2) III. II bb.

(ô) III. i5 (Ut. Qui détruit reconstruit en môme temps, ici. ibid. bb. (4) III. i5 ba.

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Quatre régimes ou quatre opérations doivent être accomplis : deux pour purifier par la dissolution (qui est le retour au vif-argent primitif) et l'ablution qui est le passage du noir au blanc, la regénération des éléments purifiés; le troisième régime, suivant l'œuvre cherchée, donne le soufre blanc et le soufre rouge , fixés dans le quatrième sur le corps fixe pour donner les deux pierres (ou les deux élixirs), la blanche et la rouge. La pierre obtenue est le ferment nécessaire à transformer ensuite tel métal que l'on voudra en or ou en argent ; encore faut-il que ce métal ait été dissous lui aussi dans l'eau philosophique. L'or ainsi obtenu n'est pas, d'ailleurs, l'or vulgaire; il a des qualités en plus, mais il lui manque aussi certaines propriétés matérielles que l'or naturel possède (1).

Telles sont, d'une façon générale, la théorie et la pratique alchimiques enseignées par Arnaud de Villeneuve. Les points sur lesquels il insiste le plus sont : 1° l'unité de la pierre contre les idées subversives d'un certain nombre d'Arabes ; 2° la nature métallique de la matière première pour éclairer la tourbe des souffleurs qui cherchaient déjà cette matière première dans les corps les plus extravagants (2) ; 3" enfin la simplicité de l'œuvre qui ne doit jamais s'éloigner des procédés de la nature, respecter la régularité et le rythme de l'évolution. Le jardin des philosophes obéit aux mêmes lois que le champ du cultivateur, et la science hermétique n'a de secrets et de mystères que pour éprouver le néophyte, s'as^ surer des qualités de l'adepte futur.

Fut-il aussi l'alchimiste du laboratoire ? Travailla-t-il chimique •

(1) L'or naturel est même préférable en médecine. II. 286 ba.

(2) A ce propos, Arnaud dit que tout s'engendre de son semblable : un homme naît d'un homme, un cheval d'un cheval, etc.. F/05 florum. 111,52 ac. Les folies qu'on lui a prêtées sont donc non seulement invraisemblables, mais encore nettement opposées à ses principes scientifiques.

ment à la recherche de la pierre ? Cela nous semble évident ; il n'aurait pas écrit tant de pages sur les régimes de l'œuvre, sur les méthodes, pour dissoudre, sublimer, purifier les corps; il n'aurait pas apporté ce même ordre et cette même précision à enseigner la manière de préparer l'alambic, d'y ajuster la cornue (1), recommandé avec tant de soin de placer en des vases séparés étiquetés les différents produits de la dissolution et de l'ablution (2), tous détails techniques qu'il n'aurait pas donnés si lui-même n'avait passé par les difficultés du laboratoire chimique.

Une question plus difficile même à poser de nos jours est de savoir quel résultat il atteignit en alchimie : les alchimistes ses successeurs sont unanimes à dire qu'il posséda la Pierre, moyen de toute transmutation ; mais ils sont intéressés dans la question. Des historiens, qui n'étaient pas des alchimistes, croient à ses découvertes : Lenglet Dufresnoy (3) le classe parmi les alchimistes qui sont arrivés à un résultat pratique, et tout récemment encore, en Allemagne, un très scrupuleux érudit,Kopp, dans son Histoire de V Alchimie, dit qu'il fut un praticien instruit et pénétra quelques secrets de la science (4).

On ne peut passer sous silence le curieux témoignage de Jean André, célèbre jurisconsulte, son contemporain, qui écrivit (5) : « De nos jours nous avons vu Maitre Arnaud de Villeneuve, grand « Théologien et Médecin à la cour de Rome... et aussi grand « alchymiste, faire des baguettes d'or, que l'on pouvait soumettre

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