III
(2) III. 17, 18, Sq.
(5) Op. cit. T. I. p. 145.
(4) Kopp : Die Alchemie. Heidelberg. 1 vol. ii)-8° do 260 et 425 p. Chez Cari Winters, 1886. Cf. p. ci, 2° partie.
(5) Dans ses Addition.'^ au Spéculum de Durand. P 1022, in-f", sous le titre De Crimine falsi.
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« à toutes les épreuves » ; ni ceux de son ami et disciple Raymond Lulle qui, dans ses Expérimenta, rapporte que la XIIP ex périence lui a été enseignée par Arnaud, et dans la XIX", avoue aussi que l'enseignement d'Arnaud lui a été précieux pour la fixation des huiles à laquelle il ne parvenait pas (1), et dans son Lapidaire que, pour le convaincre, Arnaud exécuta devant lui la transmutation du plomb en or excellent, comme, dit-il, il put s'en convaincre au désert du Mont-Coret.
Enlin, Arnaud lui-même écrit dans la préface du Flos florum, qui manque dans plusieurs rééditions, qu'il chercha la pierre pendant vingt ans et ne la trouva que par une illumination de l'Esprit- Saint; dans le Rosarius, qu'il n'aurait jamais pu croire aux merveilles de l'alchimie s'il ne les avait vues, et les titres qu'il donne à ses ouvrages : le Trésor des Trésors, la joie d'Arnaud, ce dernier surtout, si évocateur, font bien voir qu'il attachait à cet art plus qu'un intérêt théorique.
Mais cette pierre qu'il dit avoir trouvé, quelle fut-elle? Que trouva-t-il ? Ses creusets ne sont plus là pour nous l'apprendre et nous laissons à de plus autorisés le soin de juger cette question.
Hœfer, dans son Histoire de la Chimie (2), consacre quelques pages à l'analyse fort incomplète des œuvres alchimiques d'Arnaud de Villeneuve : il démontre que les découvertes trop complaisamment attribuées à notre auteur jusque-là, l'alcool, l'essence de térébenthine, les acides chlorhydriques, sulfuriques et azotiques, étaient déjà connus avant lui, et M. Berthelot a cité depuis quelques textes fort anciens (3) où l'alcool se trouve
(1) R. LuUi : Libelli aliqmt chemici. Basilese. Typ. C. Waldkirchii, anno ifioo. I vol. in-i6. Cf. p. 182 et 212.
(3) Mss de la Mappœ Clavicitla, XIÎ" s. Cité et traduit fort sagacement p. 61 de « La Chimie au moyen dge )>. P. iSj)."), i vol, in-4'.
ARNAUD DE VILLENEUVK
indiqué. Les prédécesseurs d'Arnaud, 5 dans|rétude de la chimie, aussi bien chez les Arabes que chez les Grecs et chez les Romains (1), ont sans doute pliis de droits à revendiquer la découverte de corps qu'il n'a fait que citer ; mais il est presque impossible, à ces époques confuses où la nomenclature n'existe pas. où les expériences très précises étaient sans cesse variées, sans réactifs, sans matières pures, de dire qui le pi-emier a vu ou décrit un corps. Un mot, une épithète, révèle souvent, chez un alchimiste, un composé nouveau entrevu qui, aujourd'hui, porte Un nom bien spécial, a une histoire et des réactifs. Hœfer, luimême, n'entrevoit-il pas le Sélénium dans un état du soufre rouge d'Arnaud ? Et combien d'auteurs ont parlé de l'esprit blanc de mercure, des oiseaux qui volent dans l'œuf hermétique avant que le calomel fût déclaré découvert par Béguin (1608). La paternité icsentifîque est indiscernable et nous ne chercherons pas à restituer à Arnaud telle découverte plutôt que telle autre.
Lui-même, nous l'avons vu, ne s'en attribuait pas : il cite en alchimie tous ceux à qui il a emprunté quelque formule, quelque idée; Morien (2), la. Tourbe {3), qui contient en substance tout ce que les alchimistes, plus tard mieux renseignés, restitueront à Zozyme, à Synésius, à Démocrite.
Il en adopte simplement la doctrine et sa seule originalité consiste à la présenter sous une forme claire et scientifique à l'inverse des Basile Valentin, des Paracelse. 11 ne dissimule pas sous des allégories, comme Flamel, sous une cryptographie, comme
(1) Pline, surtout au Livre XIV, donne de nombreuses formules de vins aromatiques.
(2) Philosophe hermétique, disciple d'Adgar, philosophe alexandrin.
(5) La Tourbe, très vieux traité d'alchimie, remonte sans doute au dire des érudits, à la physique grecque : traduit et modifié, il fit autorité dans tout le moyen âge.
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R. Lulle, les opérations ni les doctrines ; il ne multiplie pas à plaisir les principes, les régimes, ni les couleurs de l'œuvre, comme ceux qui le suivirent (1).
Là, comme en médecine, comme en magie, comme en astrologie, il est le physicien qui observe, juge selon la .seule raison et enseigne clairement.
C'est aussi ce qu'il fut en philosophie, ce qu'il osa être en religion. Très croyant, très pratiquant même (2), il professe en de nombreux passages de son attachement à l'Église, de sa foi en la religion ; mais bien qu'il ait vécu au milieu des moines, et qu'il ail eu, quoique laïque et un peu sorcier, d'amicales relations avec plusieurs, il manifesta, sur des questions théologîques, des opinions franchement hérétiques, et sans doute en exégèse biblique comme en philosophie, ses livres qui ont tous disparus, brûlés ou perdus, et dont quelques titres seulement nous sont parvenus (3), doivent être d'une originalité et d'un intérêt très grands pour l'histoire de la pensée. L'influence de l'école de Padoue, qui produisit Pomponace et plus tard Vanini, n'avait pas été sans se faire sentir sur l'esprit d'Arnaud de Villeneuve.
Nous avons peut-être un peu longuement insisté sur la science hermétique dans Arnaud de Villeneuve et sur la portion extramédicale de ses œuvres ; mais si l'on songe que les deux disciples immédiats qu'il laissa, Raymond Lulle et Pierre d'Apono, furent surtout des alchimistes et des philosophes, et que la série des médecins qui professèrent après lui. soit à Paris, soit à Montpellier, mais surtout dans cette ville, citent à l'envie ses œuvres
(1) Pour Arnaud, il n'y a. encore que deux principes, soufre et mercure : les alchimistes postérieurs en indiqueront trois en introduisant le sel, terme moyen.
(2) 170 bb. 256 ac.
(3) De Cymbaiis Ecclesiœ. De Tetragrammaton. On lui a attribué comme étant d'autres le De Tribus impostoribus et l'accusation vient de Guill. }*ostel.
hermétiques et s'appuient sur son autorité pour développer la médecine des talismans, des influences, des remèdes alchimiques (1), et que, plus tard, au XVP siècle, lors de l'apogée de ces croyances, tous les médecins se réclament des concessions qu'il fît à la magie et de ses livres alchimiques pour justifier leurs ouvrages; que ces croyances, officielles jusqu'au XVII« siècle, ont persisté jusqu'au XIV*, soit dans les traditions populaires, soit chez les mystiques, soit parmi les curieux, on comprendra que nous pouvions accorder une moindre place aux idées qui ont le plus contribué à la célébrité d'Arnaud de Villeneuve.
(i) Bernard de Gordon, Guy de Chauliac, Raymond Clialin.