L'Axiochus, ou sur la Mort
Dialogue entre Socrate, Glinias et Âxiochus, qui renferme un morceau d'une admirable éloquence, et qu'on peut comparer, sous plus d'un rapport, au sermon de Bossuet.
Considéré comme apocryphe par Diogène (1), cet ouvrage est en effet presque un sermon sur la mort et l'immortalité, que fait Socrate au lit d'Axiochus mourant, auprès duquel il a été appelé par le fils du malade, Glinias, pour lui rendre un peu de courage. Dans un langage d'une J)eauté éloquente, il lui démontre que la vie n'est qu'un voyage, et qu'il faut la quitter avec des chants de joie. L'honmie n'est qu'une &me qui a soif, désir et regret de l'éther dont elle partage la nature immortelle , et il doit aspirer à mourir pour revivre dans les chœurs célestes. La vie corporelle n'est qu'une succession de maux et de misères, d'autant plus pénible qu'elle se prolonge plus longtemps. Tardez-vous à payer votre dette à la nature, comme une prêteuse à la petite semaine, elle vous redemande ce qu'elle vous a prêté d'organes et de sens. Ce n'est pas à la mort que nous mène la mort : c'est à l'immortalité. Celui qui a dépouillé ces craintes chimériques et puériles devient un liomme nouveau (}ui plane déjà dans les cieux.
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Je trouve M. K. Hennann (1) bien sévère pour ce morceau qui n'a pas sans doute la grâce simple de Platon, mais qui a des qualités de style incontestables. II le trouve si faible qu'il ne veut pas le confondre avec VAxiochtiSy que Diogène (2) et Suidas comptent au nombre des dialogues d'Eschine, et où il devait être question d'Âlcibiade qui, au rapport d'Athénée (3), y était flétri comme un ivrogne et un libertin. Encore moins veut-il l'attribuer à Xénocrate de Chalcédoine, qui avait écrit un livre sur la mort (4) • 11 se range donc à l'opinion de Matthiœ (5) qui pense que l'ouvrage appartient à une époque postérieure, et que l'auteur a puisé ses idées dans le célèbre livre de Crantor sur le Deuil, et dans des écrivains de cette école et de ce temps. A quelque époque ou école qu'il ait appartenu, c'était, à mon sens, un éloquent écrivain, quoiqu'on puisse reconnaître dans son talent quelque chose d'oratoire, une grâce qui s'éloigne un peu de la simplicité de Platon. L'édition bipontine de Platon dit à ce sujet quelques mots auxquels je souscris sous cette réserve : €( Dignus sane Socratis discipulo Axiochus vel ipso Socrate, nativa quadam gratia commendabilis, ex
(i) Oayrage cité, p. 410.
(4) Diog. L., rv, 12. Van de VlTynpersse, dans sa dissertation de Xenocrate Chalcedonio, Leyde, 1822, 8, a réfuté cette ppinion de Mamile Ficin, adoptée pa|r j^lurpt et Y<»8|u8, de Phir fps.Seci.fCi^,
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ipsa ingenii animique humani indole ac fine repetiius, et ad mortem minus metuendam accommodatus. » M. Boeckh le nomme le plus remarquable des dialogues supposés, et reconnaît également qu'il contient « plura prorsus divina et Platone haudquaquam indigna ». Quelques critiques anciens Tattrihuaient à Eschine le Socratique, d'autres à Xénocrate (1).