‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 10 sur 242 · LES AUTRES RELIGIONS · texte numérisé non relu

LES AUTRES RELIGIONS

Nous appelons doctrine de la continuation de la vie la croyance populaire que nous avons cherchée par delà le mazdéisme, dans les restes des anciennes coutumes iraniennes, dans la nature intime de certains mythes, dans les analogies avec d'autres croyances, et nous allons examiner quels sont ses rapports avec les conceptions semblables qu'on trouve en grand nombre chez les autres peuples.

Nous ne nous proposons pas de donner une énumération complète des croyances de cette espèce. Notre but est seulement d'arriver à une appréciation exacte du caractère religieux des notions elles-mêmes. Quelle est leur place dans Thisloire de la religion? Nous allons essayer de prouver qu'elles ne sont pas, à vrai dire, d'essence morale ni proprement religieuse. A cet effet, nous n'aurons pas besoin d'apporter plus d'exemples qu'il n'est nécessaire pour n'omettre aucun des traités essentiels et caractéristiques en vue d'une appréciation exacte du sujet.

La doctrine de la continuation de la vie en opposition avec celle de la rétribution a été, autant que je sache, émise pour la première fois par Tylor dans sa Primitive culture : continuation theory et rétribution theory, M. Marillier a rendu cette expression par survivance, et ne trouvant pas de termes plus satisfaisants, je maintiens ces appellations : continuation et survivance.

1. — Précision de l'idée de la continuation ; continuation, au point

de vue religieux, non matériel.

La vie après la mort est considérée ici comme un prolongement de l'autre, sans qu'il soit question de ciel ni d'enfer. 11 faut pourtant prévenir une erreur. Ce qui distingue cet

ordre de croyances de celles où figure une rétribution, ce n est pas le simple fait qu'elles représentent la vie après la mort comme une simple continuation de la vie avant la mort, c'est l'absence de toute considération spécifiquement morale et religieuse.

Certainement, dans la plupart ,de ces conceptions eschatologiques dont nous avons connaissance, l'âme survit sous les conditions de la vie humaine.

Aussi loin que Ton puisse remonter on trouve l'usage de donner à boire et à manger aux morts en même temps qu'on leur offre des habits, comme nous l'avons vu dans le culte des Fravasis. En Egypte, on ouvrait la bouche de la momie pour qu'elle put manger, ses yeux pour qu'elle put voir.

Le mort était dans la nécessité continuelle de recevoir assistance. Sa maison lui était abandonnée pendant plus ou moins longtemps au Pérou, en Chine, à Rome, en Grèce, en Egypte, dans certaines parties de la Perse ; encore aujourd'hui dans quelques contrées de l'Afrique, la famille quitte la hutte après la mort du propriétaire. La tombe qu'on lui coustruit est regardée comme une nouvelle demeure où le mort va habiter.

Qui ne connaît l'usage sanguinaire de sacrifier ou de brûler les chevaux et le bétail, les femmes et les esclaves du défunt ? Les Égyptiens, moins barbares, donnaient à la place des images d'ouvriers usebti ! . Les Tartares, d'après Marco Polos, peignaient sur des cartes l'image des hommes, des chevaux, des habits, etc., et les brûlaient pour montrer par là que ces objets appartenaient au mort dans l'autre monde. Le mort avait aussi besoin des armes et des instruments qu'on mettait à côté de lui dans la tombe ; car il continue sa profession terrestre.

Les guerriers de Mangaia, archipel Hcrvey, dansent et rient dans l'autre vie. Dans l'Amérique du Nord les chasseurs y trouvent des buffles en quantité, dans les terres de chasse. Les Pawnees doivent chasser en paix et fumer leurs

1 . C. P. Tiele, Geschiedenis van den Godsdienst in de Oudheid, I, 55.

2. Travels of Marco Polo, éd. Hugh Murray, deuxième édition, p. 260.

pipes 1 . Les Karens de la Birmanie se représentent Plu, la terre des morts, le royaume de Cootay, comme un lieu où le mort construit sa hutte et cultive son riz. Les paisibles habitants de la Nouvelle-Grenade, après leur mort, labourent les champs des pays lointains 1 . L'Esquimau continue à pêcher dans l'autre monde ; les Mordves de la Russie, à ensemencer les champs, à voiturer le bois, à faire le commerce de même qu'ici-bas ; l'ivrogne boit, le veuf se remarie, la jeune fille attend son fiancé*. Les guerriers du Nord retrouvent dans la Valhçll les combats, leur plaisir préféré. Au chapitre 110 au. Livre des Morts, chez les Égyptiens, nous voyons le mort, dans les champs d'Aalou, labourer, puis semer, récolter et battre le froment. Le séjour d'Aalou est décrit simplement comme la continuation du travail et des plaisirs de la vie. Ces mots qu'on lit dans un fragment de l'Avesta : « Comment as-tu quitté la terre des demeures et des amours? » ne peuvent pas être appliqués à ce paradis égyptien. Chez les Égyptiens et chez d'autres peuples, on était si convaincu que les occupations de la vie ne devaient pas s'interrompre au tombeau, que le corps était préservé de toute mutilation et de toute corruption.

Une autre preuve de cette idée se trouve dans les expressions si souvent employées d'une deuxième, troisième, quatrième mort, etc. On mourra là-bas comme ici. A Horne Island, en Polynésie, les populations croient, d'après S. Percy Smith k , que ceux qui ne sont pas morts à la guerre et par conséquent ne sont pas entrés directement dans le paradis, doivent mourir trois fois, après quoi ils mènent une existence de plus en plus misérable. Dans la Nouvelle-Zélande, les Maoris, au dire de E. Tregear*, pensent que chaque nouvelle mort fait

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