C. A. Murray, Travels in North America, I, p
2. D. Lucas Fernandez Piedrahita, Historia gênerai de las conqueslas de nuovoregno de Granada. Part. I, liv. I, ch. m, p. 17 ss.
3. Smirnov-Boyer, Les populations finnoises des bassins de la Volga et de la Kama, p . 371 .
4. S. Percy Smith, Futuna or Horne Island and Us people, in Journal of the Polynesian Society, I (1892), p. 39.
5. The Maoris of Ateto Zealand (Journal of the Anthrop. Tnstit.t t. XIX, p. 118 ss.).
20 LÀ VIE FUTURE d'àPKÈS LE MAZDÉISME
perdre à l'individu une partie de sa vitalité. Pour nous ceci est un axiome : « Si, une seule fois, vous franchissez les portes de la mort..., il n'y aura plus de mort » (Walltn). Il en est tout autrement pour les peuples sauvages. Le ka, kelah ou \& psyché, quel que soit le nom qu'on donne à cette partie de la créature qui survit, a plus de force de résistance que le corps, mais néanmoins finit par mourir. Les Hovas de Madagascar, par exemple, supposent que l'âme vit encore après la mort. Mais la seconde mort est un anéantissement 1 . L'immortalité est une conception parfaitement étrangère au mode de penser des peuples non civilisés. L'âme survivante risque de mourir, c'est pourquoi, en Egypte et ailleurs, on tâche de préserver le défunt de la nouvelle mort 1 .
Mais il ne faut pas nous imaginer que les croyances, que nous rassemblons à cause de leur parenté intime au point de vue religieux, impliqueut toutes un prolongement complet de la condition terrestre. Non! Combien veulent abandonner cette vie pour la vie future? Quel peuple s'est occupé plus activement que les Egyptiens de détruire la terreur qu'inspire la mort et de proclamer la victoire de la vie sur la mort? Mais môme dans leur bouche des paroles telles que celles-ci vous frappent : « L'occident est une terre de sommeil et de ténèbres lourdes, une place où restent ceux qui y sont ! Dormant en leurs formes de momies, ils ne s'éveillent plus pour voir leurs frères, ils n'aperçoivent plus leur père, leur mère; leur cœur oublie leurs femmes et leurs enfants 3 . »
Il en est de même chez les deux peuples dont nous avons reçu notre civilisation. L'Ancien Testament et Homère sont d'accord pour exciter notre pitié envers les morts, qui mènent dans le rovaume des ombres une vie indifférente et lasse : rephaïm et psychai. Après la mort il n'y a ni « âme », nepheé, ni « corps », basar k \ Quand on observe la ressemblance entre
1. PP. Abinal et Vaissière, Vingt ans à Madagascar, p. 200 et seq.
2. G. Maspero, Études de mythologie et d'archéologie égyptiennes, 1,283, 371; W. Brede Kristcnsen, Aegypternes forestillinger om livetefter diiden, 33 s.
3. (1. Maspero, Études de mythologie et d'archéologie égyptiennes, I, 346.
4. W. Baudissin, dans Tfieologische Literaturzeitung, 1899, p. 105.
le Scheôl etl'Hadès et, qu'en même temps 011 se rappelle que le mot Scheôl ne se trouve pas chez les autres peuples sémitiques, on est tenté de supposer que cette représentation du monde des morts a été un emprunt fait aux Grecs. L'Hadès n'aurait-il pas communiqué au Scheôl son obscurité désolée? Mais ce n'est pas un emprunt. Ces représentations réalisent seulement une des nombreuses formes sous lesquelles, dans ce stade de la doctrine religieuse, on se figure la vie future, je veux dire : la vie de la tombe. La différence est celle-ci : les Egyptiens utilisèrent et développèrent d'autres mythes pour expliquer la vie future, tandis que les Grecs de l'époque homérique n'avaient pas développé dans ce sens les mythes qui plus tard donnèrent naissance à une conception pi us riche de la vie d'outre-tombe : les Champs Élysées où certaius parmi les vivants sont transportés et l'Hadès où Ulysse voit Minos juger, Orion chasser comme sur la terre, et Titye, Tantale, Sisyphe accomplir leur expiation. De môme les Israélites n'eurent que leur Scheôl jusqu'à ce que la confiance des héros religieux en leur Dieu leur fît franchir les portes du royaume des morts et y fît pénétrer la lumière du Seigneur. La ressemblance entre Homère et l'Ancien Testament vient en outre de ce que, chez Homère, le rationalisme et, en Israël, l'idée de Dieu chez les prophètes avaient amoindri le culte des morts et avaient ainsi dépouillé ceux-ci de leur puissance de sorte que la mort devint plus désolée. Jusque-là, les habitants du Scheôl, les rephaïm, avaient été des elohim et avaient possédé une certaine influence sur la vie des hommes. Mais peu à peu ils avaient disparu devant Yahvéh comme les ombres devant le soleil. Yahvéh est maintenant le Seigneur dans le Scheôl {Psaumes, 139, 7). Mais il n'a pas encore fait couler les sources de la vie (Psaumes, 36, 10) jusque dans le Scheôl. Le Scheôl et l'Hadès sont plutôt une continuation de la mort qu'une continuation de la vie.
Les formes de la « continuation » autres que la vie dans la tombe présentent, elles aussi, une différence marquée avec la vie terrestre. Ainsi, par exemple, les âmes errant sur la terre. Les pauvres prêtas de l'Inde ne gardent pas grand'chose de la vigueur et du bonheur de la vie terrestre.
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D'un autre côté la vie future est encore comprise comme une simple continuation de la vie présente, même quand elle a déjà revêtu un caractère moral et religieux par l'introduction de l'idée de récompense et de punition.
La terre des morts des Egyptiens gardait son caractère terrestre et agricole, même lorsque le séjour dans cet endroit fut regardé comme une récompense de la piété ou un don d'Anubis ou d'un autre dieu ft . Le chapitre suivant nous en offrira d'autres exemples. Nulle part le dogme de la rétribution n'a été introduit avec plus de rigueur que dans l'Islam ; son paradis, avec ses houris aux yeux de gazelle, parées comme des perles dans leur coquille, avec ses arbres, ses fruits et ses rivières, n'est-il pas une continuation des plaisirs de la vie, sauf en ceci que le vin n'y causera plus de maux de tête-? Même lorsqu'une moralité plus haute et plus pure se révèle dans l'attente du jugement dans l'autre vie et de la félicité éternelle, les modèles sont pris dans la vie d'ici-bas pour représenter la vie future. C'est du reste une nécessité psychologique. Où prendrait-on ces modèles ailleurs? Même le royaume messianique est dépeint dans l'Evangile comme une continuation de l'existence d'ici-bas. « La vie y est toute semblable à notre vie terrestre actuelle. On y mange et on y boit. Les conditions matérielles de l'existence n'y sont point changées. Elle est le prolongement de notre vie quotidienne*. »
La distance n'est pas si grande qu'on se l'imagine entre les pensées de l'homme moderne ou celles de l'Evangile et les idées confuses des peuples soi-disant non civilisés, à propos de la mort. Ils sont plus voisins de nous que nous ne croyons; et leurs conceptions que nous examinons froidement, que la science traite comme des choses étranges et mortes, ont des racines que nous ne pouvons pas facilement arracher de notre cœur. Dans le Yast, chant de l'Avesta, qui traite des
1. Livre des Morts, cxxx, E. A. W. Budge, The look oflhe Dead, London, 1893, p. 384.