‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 9 sur 242 · C'est-à-dire : sur ma poitrine · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : sur ma poitrine

après la mort il y a quelque chose de plus, il y a la guerre de la religion conlre son ennemi mortel, la superstition populaire. Nous venons de le dire, toutes les grandes religions se sont opposées aux manifestations superstitieuses du culte des morts. Sur ce point le prophétisme hébreu s'est montré plus rigoureux que le mazdéisme, de même que l'Évangile et le protestantisme se sont montrés plus intransigeants que le catholicisme. Le mazdéisme, comme plus tard le catholicisme, a adopté la plus grande part possible du culte des morts, les cérémonies qui durent trois jours, etc. La religion de Yahvéh au contraire est allée jusqu'à qualifier d'impurs ceux qui prenaient part aux cérémonies funéraires (Nombres, 19, 14, 16; Aggée, 2, 13; Lévitique, 21, 1 s.). Le souverain sacrificateur ne devait pas assister à une fête en l'honneur d'un mort, etc. Si le mazdéisme a représenté les lamentations funéraires, comme un tort causé au mort, nous pouvons conclure que la croyance populaire que nous examinons était, au contraire, que les lamentations amélioraient son sort.

b) Traces d'inégalité dans le sort des morts d'après t habileté de [individu sur le chemin de la mort.

La différence entre les destinées respectives des défunts semble encore dépendre d'autres causes que de la seule conduite des survivants. L'endroit le plus redoutable sur le chemin des morts était le pont de Ginvat. Le mythe assez répandu du pont des morts a été de tout temps affectionné du mazdéisme. Dans les Gâthas, d'où sont bannis tant d'usages et de croyances populaires, le danger du pont de Ginvat est souvent mentionné pour effrayer les fidèles et pour les exciter à l'accomplissement des devoirs de piété. Le pont est aiguisé comme la lame d'un couteau. « Le chemin du pont de Ginvat est effrayant » (Mînâixrat, 41, 12). « Le mort tremble quand il est sur le pont » (Yast, 24, 27). Il n'y a rien d'étonnant à ce que beaucoup tombent dans le trou du démon qui s'ouvre béant sous le pont. Quelques-uns réussissent à passer du milieu de la terre, où le pont commence, à l'autre extrémité qui repose sur la montagne] du soleil, qu'habite Mithra, dieu du soleil

li LA VIE FUTURE d'aPRÈS LE MAZDÉISME

(Yast, 10, 50 ss.), là où passent journellement le soleil, la lune et les étoiles (Bundahis, 5, 3). H ara Barozaiti, ainsi s'appelle cette montagne, entoure la terre et monte jusqu'au firmament [Bundahis, i£, 3). Dans le mazdéisme, seuls les hommes pieux accomplissent ce périlleux passage, car pour eux le pont Cinvat est large et commode. Mais, pour franchir un pont vertigineux et effrayant, la force est de la plus grande utilité. La différence du sort des défunts semble, en effet, à l'origine, n'avoir dépendu que de leur vigueur naturelle, sans qu'il fût en rien question de leur piété.

Je n'avancerais pas une telle hypothèse en me fondant seulement sur le caractère intime du mythe, mais j'ajouterai ce que rapporte un Français qui a vécu dans le xvu e siècle, au Canada, chez les Indiens, entre le Mississipi et le Saint-Laurent. Au chapitre îx du Mémoire de Nicolas Perrot sur les mœurs, coustumes et relligion des sauvages de C Amérique septentrionale, publié en 1564 dans la Bibliotheca Americana par le Jésuite Tailhan, on lit, p. 41 : « Sur le chemin du mort il se présente une rivière fort rapide sur laquelle il n'y a qu'un petit arbrisseau pour la traverser cl en passant dessus il plie tellement, que l'âme est en danger d'estre emportée par le courant des eaux. Ils asseurent que, si par malheur cet accident arrivoit, elle se noyeroit; et que tous ces périls sont évitez quand elles sont une fois rendues au pays des morts. Ils croyent aussy que les âmes des jeunes gens de l'un et l'autre sexe n'ont rien à craindre parce qu'elles sont vigoureuses. Mais il n'en est pas de mesme de celles des vieillards et des enfans, qui manquent d'eslre assistées dans ce dangereux passage par quelqu'aulres âmes; c'est ce qui est bien souvent cause quelles périssent. »

Lorsque, plus tard, dans les récits des voyageurs à propos de ces mêmes Indiens, il nous est dit que la différence faite entre ceux qui réussissent à passer l'endroit dangereux et ceux qui n'y réussissent pas, est liée à l'idée de piété, d'impiété, nous pouvons facilement nous rendre compte que nous avons là une interprétation morale d'un mythe qui en était dépourvu à l'origine, interprétation dont nous avons été frappés chez les Iraniens comme chez les Choctaw de l'Amérique

LA CBOYANCK EN LA CONTINUATION DE LA VIE Mi

du Nord. Us parlent d'an tronc de pin décortiqué, très long, et extrêmement glissant, posé au-dessus du fleuve, qui coupe le chemin conduisant au royaume des morts. Les « mauvais » tombent, les « gens pieux » passent 1 . D'après les Indiens de Dakota, chez lesquels on peut constater une influence chrétienne, ce sont maintenant les hommes pieux, non plus les jeunes et les forts qui réussissent à traverser le fleuve sur un rocher pointu comme un rasoir, et les méchants qui tombent dans le fleuve et sont transportés dans le pays du mal 2 .

d) Même loi de vengeance que dans la vie.

L'expérience nous apprend qu'il faut nous mettre bien avec ceux dont nous voulons recevoir de bons traitements. Dans l'autre vie l'Ame trouvera à la fois les hommes et les animaux.

Dansles traditions indo-germaniques et jusque dans le mazdéisme, il est fait mention de chiens souterrains qui gardent le chemin de la mort et le pont Cinvat*. Mais ils ont perdu ce qu'ils avaient d'effrayant, puisque le chien est tenu en haute estime par la loi du Vendldâd. Ils ne faisaient pas de tort au mort. Mais ils n'aidaient pas celui qui avait battu un chien sauvage ou domestique [Vendldâd, 13, 8). Il existait un vieil usage, dont il est parlé dans le Saddar, 31, 5 et qui consistait à donner une portion de pain aux chiens trois fois dans la journée en été, deux fois en hiver, pour s'attirer leur faveur au moment de passer le pont.

Selon le même chapitre de la loi du Vendtdàd, les vivants s'assurent aussi pendant la vie, par des dons de toutes sortes, de la bienveillance des esprits des morts pour en profiter au moment du passage difficile.

1. Catlin, Lelters and Notes on the manne rs, customs and condition of the N. American Indians, II, p. 127.

2. William H. Keating and Stephen H. Long, Narrative of an Expédition to the Source of St. Peter s River, 1, p. 293 ss

3. Us ne prouvent pas nécessairement qu'il s'agisse d'un enfer (V. Rydberg, Studier i germansk mytologi, 11, p. 158 ss. ; H. Oldenberg, Die Religiondes Peda,p.538ss.), mais seulement d'un royaume des morts, d'un pays souterrain.

Pour que cette dernière conception passe dans le dogme de la rémunération morale, il ne manque qu'une chose : à l'aclio n des esprits des morts qui récompensent leurs bienfaiteurs ou qui se vengent sur les vivants qui les ont négligés, il faut substituer l'idée d'un j tige divin qui distribue les punitions et les récompenses, comme dans le Saddar,37, 6bs., où les morts se tournent vers le Seigneur et disent : ce Ceux-là ne nous ont pas oubliés pendant qu'ils étaient sur la terre, qu'ils aillent dans le lieu réservé aux justes ! »

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