‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 124 sur 242 · Lang, Quecnsland. p. 379. M · texte numérisé non relu

Lang, Quecnsland. p. 379. M

n'a aucunement le caractère d'un châtiment. Dans la théologie norroise aussi bien que dans le mazdéisme, l'hiver du monde a été placé dans un ensemble d'événements eschalologiques: « la fin du temps », aldar rçk {Va/prûpnesmdl, 39) ou « le sort des dieux », « la Gn des dieux », ragnarçk (v. 55) qui nous est connu à la fois par la Vçlospâ, «l'oracle de la Vçlva », de l'ancienne Edda poétique et par la Gylfaginning, « la fascinalion de Gylfe », de l'Edda plus récente de Snorre Sturlason (1 178-1241 ap. J.-C). La fin du monde norroise contient un embrasement final aussi bien qu'un hiver du monde.

La Gylfaginning. — L'auteur de la Gylfaginning était un savant et un penseur; à une vaste connaissance de l'ancienne culture norroise etislandaise et de la nouvelle civilisation que le christianisme, définitivement établi en Islande vers Tan mille, y avait apportée, il joignait un amour profond pour les vieux poèmes. 11 a voulu construire un système théologique avec tous les éléments qu'ils fournissaient à cet effet. Celte méthode, selon la remarque frappante du professeur Adolf Noréen d'Upsala, a été suivie par un plus grand scalde et un plus grand philosophe de notre époque en Scandinavie, Victor Rydberg, dans ses études sur la mythologie germanique. Ce dernier, ayant connu les anciens poèmes avec bien plus d'exactitude que son prédécesseur, a su éviter les erreurs, de peu d'importance du reste, qu'on trouve dans la Gylfaginning. La fin du monde de la théologie norroise telle qu'elle est rapportée par Snorre Sturlason témoigne, surtout par un certain côté, de l'influence chrétienne 1 . Après l'incendie du monde et la mort de tous les dieux et de tous les hommes, les hommes justes demeureront dans les bons séjours, dans Gimlé 2 , la

1. Relevée surtout par Sophus Bugge de Christiania dans ses travaux bien connus : Studier over de nordiske Gude-og Heltesagns Oprindelse, I, Christiania, 1881-1889, II, Helgedigterne i den aeldre Edila, Kjôbenhavn, 1896. — Les éléments chrétiens dans l'Eddaonl été observés et étudiés déjà par Finn Jônsson, évêque de Skalholt en Islande, dans son grand ouvrage : Historia ecclesiastica Istandiae, paru en 1772 ; voir P. D. Chantepie de la Saussaye, Geschiedenis van den godsdienst der Germanen, Haarlem, 1900, p. 14.

2. Gimlé, selon H. Gering, Die Edda, p. 15, de girn, gemme : « (salle)

salle couverte d'or (Vçlospâ, 64) du ciel, Heu qui d'après le chapitre 17, est le plus beau de tous et plus brillant que le soleil et qui ne sera pas détruit quand périront le ciel et la terre, de sorte que les bons y vivront dans l'éternité. Quand leurs corps se corrompent (chapitre 3) leurs âmes rejoignent « le père de tous »' qui vit dans l'éternité et qui gouverne tout dans son royaume, ce qui est grand, comme ce qui est petit. 11 a créé le ciel, la terre, la mer, même les hommes à qui il a donné un corps et une âme. Les méchants, au contraire (chapitre 3), vont chez Hel dans le NiQhcimr et restent dans cette salle dégoûtante de venin de serpent sur la Nâstrçnd, « le rivage des morts ».

Cette foi en un dieu créateur, avec ces caractères chrétiens, et en l'immortalité de l'âme accompagnée de punition ou de récompense, trahit son origine chrétienne. La vie dans le ciel et l'enfer après l'embrasement du monde est exclue, en effet, par la vie sur la nouvelle terre. L'auteur de laGylfaginninga sans doute cherché à suivre fidèlement les vieux poèmes. Inconsciemment il a pourtant donné à ce qu'il écrivait, une cou* leur encore plus manifestement chrétienne que celle de l'ancienne Edda.

L'ancienne Edda, particulièrement la Vçlospâ. — Mais déjà ses sources, dont la plupart nous sont conservées dans l'Edda poétique, ne nous rendent pas fidèlement la vieille croyance païenne sur le drame final du monde. En particulier dans la Vçlospâ qui date probablement déjà du x e siècle et se trouve ainsi être un des plus anciens de ces poèmes, les mythes norrois ont été transformés par l'esprit créateur d'un scalde qui n'était pas complètement étranger à la pensée chrétienne 1 . Ce

couverte de gemmes » ; selon G. Vigfusson, lcelandic-english Dictionary, même mot que gimill, himill, himmel, heaven, = <r ciel ».

1. Alfçjr, selon L. F. A. Wimmer, Oldnordisk Laesebog, = AldafçM a le père des générations ». La vieille désignation d'Ojfenn comme dieu des morts : Valfç^r « le père de ceux qui sont tombés dans la bataille », est l'origine des expressions créées plus tard par les scaldes : Aldafç£r et AlÎQpr, Qrlmnemdly strophe 48.

2. W. Bousset, Der Antichrist, p. 72 ss., a observé, entre autres, que B. H. Meyer dans ses recherches sur la Vçlospâ, Berlin, 1889, exagère

merveilleux poème qu'il faut prendre comme une œuvre poétique et non pas comme la prédication d'une doctrine arrêtée n'a pas seulement puisé dans la Valhçll, mais a été aussi inspiré par le « blanc Christ», quoique la distance fût grande entre ces deux ordres d'inspiration. Il serait aussi difficile de séparer ici ce qui est purement païen de ce qui est dû à l'influence chrétienne que de vouloir distinguer, dans la Divine Comédie ou dans Faust, ce que le poète a pris, ce qu'il a reçu ou ce qu'il a lui-même enfanté. Nous devons à peine regretter de ne pas connaître dans sa pureté la foi aux anciens dieux. Nous sommes largement indemnisés de cette perte par le spectacle si captivant de l'influence lointaine de la pensée chrétienne sur une civilisation déjà mûre en son espèce ; c'est bien la contre partie, au sein de la mythologie norroise, de ce que nous voyons au sein de la civilisation philosophique du monde grec et romain, lorsque le baptême en eut changé le nom sans en changer radicalement l'esprit.

Voici la fin du monde, selon la Vçlospâ, v. 44-66 f (traduction de M. Paul Verrier) :

44. Garnir* aboie violemment devant Gnipaheller; les chaînes se brisent, et le loup* s'échappe. Je sais bien des choses; je vois plus avant dans l'avenir, par delà la fin des dieux 4 , le désastre des divinités de la victoire.

l'influence chrétienne. Bousset établit en particulier avec pleine raison que la création du corps du géant, le combat des dieux, le mythe du serpent de Mijgatfr et le loup Fenrer à la fin du monde, ne sont pas des emprunts. Sans doute le mythe des monstres avait une origine indigène très ancienne dans la croyance populaire des Germains comme ailleurs. En cela les Germains étaient plus riches que le peuple de l'Évangile : les Juifs.

1. Ici comme ailleurs je cite les strophes d'après la numérotation de S. Bugge et d'après le texte donné par Finnur Jônsson. Je dois la traduction suivante de la dernière partie de la Vçlospâ, avec commentaire, ainsi que de bons conseils dans des questions de linguistique norroise, à la bonté et à la science de mon ami M. Paul Verrier, professeur agrégé au Lycée CarnoL

2. Garmr, « le farouche », le chien qui veille à l'entrée des enfers dans Gnipaheller « la caverne de roche ».

3. Fenrer, le fils de Loke et de la géante Angrbo£a, que les dieux avaient enchaîné.

4. Ragnarçk, « le sort (final) des dieux », et non ragnarôkr « le crépus-

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45. Les frères se combattent el s'ealrctuent ; les plus proches parents rompent les liens de la famille; le mal règne sur terre, l'adultère abonde; aucun homme n'épargne autrui.

i 46. Los fils de Mfmr 1 s'agitent, et la lutte finale est annoncée par l'antique Giallarhorn 1 ; Heimdallr 8 sonne à grand bruit, son cor se dresse dans les airs. Oj&enn parle avec la tète de Mfmr*.

47. Yggdrasell 1 tremble, le frêne immense; l'arbre antique gémit, et le géant* se déchaîne; tous frissonnent par les chemins des enfers, quand le parent de Surir 1 va dévorer J5undr\

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