Strophe
Soi to> sorlna sîgr fold f mar, hverfaaf himne hei^ar stjçrnor ; geisar eime ok aldrnarc, leikr hâr hita \\p himen sjalfan
Srêr upp koma o/>ro sinne
Pourquoi y joindre un nouveau ciel pour les heureux et retenir l'ancien enfer pour les damnés? Le premier est un ornement emprunté au christianisme, le second a disparu dans l'embrasement avec ses habitants. Le vaisseau Naglfar, le vaisseau des ongles, avait démarré et était venu du nord sur la mer, gouverné par Loke et monté par les morts, par les hommes de Hel, il va à sa perte 1 . Le mythe du nord sait peu-
îvrp ôr fPge iftjagrœna, l'ai la forsar, flygr cm yfer, s;is a fjalle fiska veiner.
1. Il me semble évident que Ton doit, malgré la distribution des strophes et malgré le commentaire de Snorre Sturlason dans la Gylfaginning, rapporter le dernier vers de la strophe 50 : Naglfar losnnr, « Naglfar se détache », à ce qui suit dans la strophe 51 sur le vaisseau monté par Loke et par les hommes de Hel (mono Heljar), et non à ce qui précède dans la strophe 50 sur l'arrivée do Hrymr avec le Mipgarpsormr cl le géant Hrsesvelgr.
Dans le magnifique tableau que Fauteur de la V^lospa fait du dernier combat, trois groupes arrivent tout d'abord : le monde des géants sous le commandement de Hrymr vient de Test, strophe 50; Loke vient du nord avec les hommes de Hel sur un vaisseau (kjàU), strophe 51 ; et Surtr, le maître du monde du feu (Muspelhheimr), vient du midi, strophe 52.
Naglfar, le vaisseau fait des ongles des morts, est nommé dans la première de ces trois strophes. Voilà pourquoi Snorre Sturlason et des savants modernes comme S. Bugge, dans son édition de l*Edda, et H. Gering dans sa traduction et plusieurs autres, ont évidemment rapporté Naglfar à l'arrivée des géants de l'est. « Hrymr se met au gouvernail » d'après la Gylfaginning, 51.
Mais il ne faut pas accorder trop de crédit au savant auteur de la Gi/Ifaginning dont les explications embrouillent quelquefois les choses. Peu auparavant, il a dit, à propos du vaisseau miraculeux Skidblwiner, que Naglfar est la propriété des fils de Miîspel, c'est-à-dire du groupe d'êtres qui, d'après la Vçlo$pâ % 50-52, arrive le troisième à la grande réunion finale.
Du reste il n'est dit nullement que Hrymr se présente sur un navire. I^e mot ekr, de aka (dka), qui est employé à son propos, indique proprement l'action d'aller en voiture. Ni le serpent qui se tord, rampe (snt/sA), dans la mer, qui « bat les flots », ni le géant en forme d'aigle (arc), ne peuvent être supposé* arrivant sur un vaisseau. La nature de ce vaisseau ne donne lieu à aucune équivoque, c'est le bateau des morts, dont nous trouvons
216 LA VIE FUTURE d' A PRÈS LE MAZDÉISME
pler sa nouvelle terre sortie de l'eau comme l'ont fait les autres légendes semblables. Un couple d'hommes échappe à la destruction : « Ils vivent seuls quand le fameux grand hiver s'en va avec les hommes * », d'après Vaf/>rû/jnesmâl, 44*. Vafprûpner chantait, strophe 45* :
« Lff et Lff/>raser (« Vie et Vitalité ») [survivent].
Ils sont cachés
dans le bocage de Hodd mimer ;
ce sont les rosées du matin
qu'ils ont pour nourriture.
Et de là (de ce couple) naissent de [nouvelles] générations » s .
des analogies dans mainte mythologie. Il faut donc marquer une séparalion très nette entre ce qui précède le dernier vers dans la strophe 50 et le dernier vers lui-même.
On pourrait alors se demander s'il faut avec Mogk (dans Paul, Grundriss der germanischen Philologie, p. 1117) distinguer quatre groupes au lieu de trois : 1° Hrymr, etc.; 2° le vaisseau des morts; 3° Loke avec les hommes de Hel, et 4° Surtr avec les siens. Ce savant entend par les hommes de Hel une partie des géants, c'est-à-dire que nous aurions affaire à trois groupes de géants, un qui, sous Hrymr vient de Test, un autre sous Loke, du nord, un troisième sous Surtr, du midi; enfin entre les deux premiers, se placerait Naglfar avec les morts.
Mais cette interprétation ne semble pas suffisamment prouvée. Les hommes de Hel indiquent, selon toute apparence, les morts, non des géants. Puis ils arrivent sur un vaisseau. Naglfar est précisément le vaisseau formé des ongles des morts, le vaisseau des cadavres. 11 n'y a pas, à vrai dire, de liaison entre les strophes 50 et 51. On s'attendrait à trouver « ce vaisseau » au commencement de la strophe. 51 et non « un vaisseau » s'il s'agit de Naglfar, nommé immédiatement avant. Mais cela n'empêche pas qu'il soit le plus naturel d'identifier Naglfar au vaisseau des morts conduit par Loke.
1. D'après l'interprétation de V. Rydberg, Studier i germansk mytologi, I, p. 261. Ou bien : « quand le fameux grand hiver aura passé chez les hommes ».
es enn macra \\pr fimbolvetr mep firom.
Lifok Lii^raser,
en £au leynask mono
« Vie et Vitalité » doivent se dissimuler dans le bocage de Hodrlmimer ; c'est-à-dire « Mimer des trésors >> (Rydberg) ou « Mimer de la montagne » (Gering). Ces êtres humains repeupleront la terre.
Voilà deux des traits essentiels du drame final : l'embrasement du monde et la nouvelle terre, sortie de l'eau. Mais quel rapport ont-ils entre eux? En effet ils s'accordent comme... le feu et l'eau.
Dans le Vaf/>ru/mesmâl, la strophe que nous venons de citer sur Lif et Lif/jraser vient immédiatement après la mention du fameux grand hiver, msera Fimbolvetr. On peut se demander si ce rapport n'est pas la tradition primitive et, si l'incendie n'interrompt pas le lien entre le grand hiver pour lequel ils se cachaient, et la nouvelle terre. Alors le mythe devient tout à fait conséquent et clair : L'hiver du monde amène une submersion. Deux êtres se sauvent dans le bocage de Mimer. Ils vivent de la rosée. La nouvelle terre sort de Peau.
Ainsi le mythe aurait donc une plus grande ressemblance avec le Vara de Yima et l'hiver de Mahrkûsa. L'accord du Vara souterrain de Yima avec le bocage de Mimer nous a déjà frappé. Il a été longuement examiné par V. Rydberg dans son grand ouvrage sur la mythologie des Germains, 1,261 ss.;II,239ss.,etc.
Le Fimbolvetr appartient à Cavenir. — C'est le moment d'aborder une question que nous avons déjà touchée à la page 177 s. Rydberg place le grand hiver de l'Edda comme celui de Mahrkûsa dans le passé, I, p. 266 ss. , H, p. 138 ss. Mais rien dans les sources ne me semble appuyer celte supposition. II Ta avancée plutôt pour éviter le double emploi que fait l'hiver à la fin du monde à côté de l'embrasement.
Le passage de la Gylfaginning qui assigne « le grand hiver », Fimbolvetr, à l'avenir force Rydberg à imaginer deux Fim-
i holte Hoddmimes.
Morgendçggvar sér at mat hafa, papan af aider alask.
holvetr's, « grands hivers », un dans le passé, un dans l'avenir, II, 468, ce qu'aucun mot dans le texte ne nous indique. Mais aussi dans le Vaf/>ru/>nesmâl l'hiver du monde appartient, sans aucun doute, à l'époque finale.
La tradition de l'Iran, aussi bien que celle de l'Edda, placent dans les temps à venir la nouvelle humanité qui sortira du Vara de Yima et Lif et Lf f/>raser sortant du bocage de Mimer après avoir vécu de la rosée. Il ne peut y avoir qu'un sens. Rydberg, I, 262, montre avec justesse que les paroles de la Gylfaginning ont égaré le lecteur en l'induisant à penser que c'est l'incendie du monde — et non pas l'hiver — qui les a conduits à se cacher dans le bocage de Mimer, lequel serait alors identique h l'arbre du monde! L'absurdité d'une semblable interprétation du mylhe est visible. Mais n'est-ce pas aussi un contre-sens de laisser ceux qui se cachèrent pour les calamitésde l'hiver réapparaître aprèsunincendie?Lemylhe à l'origine ne peut avoir eu celte signification. Si l'hiver appartenait au passé, il est nécessaire, étant donné le genre de ce mythe, que la race de Yima et le couple de Mimer aient déjà paru et aient peuplé la terre comme dans la plupart des mythes de destruction que nous avons examinés. Le mylhe de l'hiver du monde chez les Germains et dans l'Iran était une fin du monde indépendante de l'incendie. Le feu a pris un développement plus puissant que l'hiver qui s'est ensuite greffé par-dessus. Dans l'Iran la représentation de l'incendie général s'est précisée sous la forme d'un renouvellement du monde par le métal fondu, suivant sa destruction par cet élément. Chez les Norrois, le renouvellement qui devait suivre l'hiver et la submersion a été maintenu même après la destruction par l'embrasement.
Que les hivers universels soient situés dans l'avenir, cela n'empêche pas que les lieux de refuge de Yima et de Mimer n'existent déjà et ne soient peuplés. Les hivers qui désolaient le Nord et l'Iran chaque année étaient des avant-coureurs de l'hiver final, de sombres avant-coureurs dont les élus étaient préservés depuis les premiers temps. Lif et Lif/) raser n'existent plus sur la terre depuis l'époque primitive.
Il y a donc place pour l'interprétation que Rydberg a donnée
do la variante du Codex Upsaliensis du Vaf/frA/mesmâl, 45 : ok par um allât alaz : « et ils (LIf et Lff/>raser) restent là (dans le bocage de Mimer) à travers les âges », /. c, 1, 266; aussi bien que pour l'idée pessimiste que réminent mythographe suédois croit trouver chez les Norrois — avec ou sans raison, peu nous importe ici — que « la séparation de Li f et Lff/6raser d'avec leur génération et leur réclusion dans le bocage de Mimer doivent avoir précédé les catastrophes des premiers temps » (qui sont, d'après Rydberg, les commencements de la guerre du monde). « Sans cela il n'y aurait pas eu de garantie, que les générations du renouvellement n'héri lassent pas des défauts et des imperfections des générations actuelles ». Le temps primordial et le temps final sont les foyers de l'idéal.
Le nouveau soleil. — La nouvelle race sur la nouvelle terre sera éclairée par un nouveau soleil, né de l'ancien soleil, comme on Ta constaté après des éclipses du soleil :
Alfrç>j5oll (« l'éclat des elfs », nom du soleil) donne naissance
à une fille
avant d'être détruite
par le loup Fenrer.
Cette fille suivra
les routes de sa mère
quand les dieux mourront (Va/prûfmesmal, 47)*. Il est évident que le nouveau soleil apparlient au mythe de l'embrasement, non à celui du grand hiver. C'était dans le premier de ces deux mythes que nous avons entendu parler de la destruction du soleil actuel. On voit comment les deux mythes se sont entrelacés.
La fin des dieux. — Jusqu'ici nous avons trouvé des analogies du mythe eddique de la fin du monde. Mais le dernier