‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 145 sur 242 · F. Windischmann, loc. cit., p · texte numérisé non relu

F. Windischmann, loc. cit., p

de consolation el de menace dans la prédication des Gàlhas. L'allenle du jugement du pont Cinvat comme celle du « long bonheur » du ciel ne font pas disparaître l'idée de la fin du monde. « Dis-moi, toi qui sais, ô Seigneur, avant que le pont du monde ne s'étende devant moi, comment le fidèle vaincra l'impie. C'est là la bonne perfection (âkaratié, de â, à, et kar, faire : préparation, l'action de rendre prêt) connue du monde » [Ys. 48, 2). La fin du monde n'est pas seulement la « perfection » ou « la dernière chose du monde » (anhaus apamam, 48, 3), « la dernière évolution du monde » (apamê arïhaus urvaêsê, Si, 6\ etc.), ou « la dernière évolution de la création » (ddmôis urvaêsê apamê, 43, 5), mais c'est aussi ce qu'il y a de plus grand au monde (vîspa mazistam, 33,5), « la grande affaire » (maza yânhô> 30, 2), « la plus grande des affaires» (mazistam yânh%m, 36, 2; 88, 7).

L'œuvre du Seigneur. — Pour les Gâthas, la fin du monde contient un châtiment peur le feu, un jugement de Dieu, de la même espèce que celui qui est né dans la croyance populaire et qui a été adopté et souvent employé par la religion mazdéenne. C'est en se soumettant à l'épreuve du métal fondu, var nirang, qu'Alùrpât, le fils de Mâraspend, a prouvé la vérité de la religion contre les infidèles et les hérétiques sous le règne de Sàhpûhr II, 309-379 après J.-C. L'ordalie du feu au moyen du métal fondu est, selon les Gâthas, employée dans ce monde (31, 3, 19, clc.*). Mais même à la fin du monde, comme dans le monde actuel d'après l'opinion populaire, il y aura par le même moyen séparation entre les adorateurs de Mazda et les sectateurs des fausses croyances. Avec son « feu rouge » ou « flambant » (âbrâ saxrâ) le Seigneur décide entre les deux adversaires (rânâibyd) au moyen du métal fondu (ayanhâ

1. Je ne saurais m associer à l'opinion exprimée par E. Wilhelm dans sa traduction et dans son commentaire de la Gdtha Vohuxèathra dans les Mélanges Ch. de Harlez, p. 385, à savoir que apdmé antouS urvaésé (Yasna, 51, 6) ne désignerait pas la un du monde, les choses eschatologiques proprement dites, mais le décès de l'individu, « beim Ausgange des Lebens ». Gela me semble jurer avec toute la théologie des Gâthas.

2. Le Dinkart l'applique ici à la vie après la mort et non à la résurrection, comme le voudrait Darmesteter, A. M. G. XXI, p. 334, note 28.

LES ESCHATOLOGIES 239

x sus là) dans les deux mondes (aibî alwdkù) en faisant un signe [daxstam dâvâi y 51, 9). Cela arrivera a pour blesser l'impie et pour faire du bien au juste » (51, 9). La récompense est déterminée. A la dernière révolution de la création « le mal sera le lot du méchant, la bonne félicité, celui de l'homme de bien » (43, 5). L'essentiel, c'est que « Asa, la Piété, frappera Druj, le démon du mensonge, quand ce qu'on dit être le mensonge (daibitdnd fraoxtd) arrivera pour les démons aussi bien que pour les hommes, avec immortalité » (48, 1) '. Le pécheur obtiendra ce qui a été prédit... Ces pécheurs n'ont par connaissance « du châtiment qui les frappera », « le fameux, l'excellent métal » (srdvî xvaênd ai/anhd, 32, 6-7). Le poète gâthique n'ignore pas ce châtiment final des désobéissants. « Celui qui n'accorde pas de récompense à celui qui la mérite, à l'homme qui lui a donné les paroles exactes (le prêtre qui fait les sacrifices et qui enseigne) quelle est sa puuition pour cela ici-bas d'abord? Je sais quel est le dernier châlitiment qu'il recevra » (44, 19).

L'idéal des chantres des Galbas se réalisera : « Lors de l'évolution (finale), loi, bienfaisant esprit, lu viendras, toi, très Sage, avec la Puissance (XsaOrd), et le Bon Esprit (Vohû manafihd), par les actions duquel les êtres prospèrent dans la Piété (Asâ); un maître spirituel (ratûs) les instruira dans la Justesse (Armaitié), un maître pourvu de ta Raison {Xraidué), que rien ne peut tromper » (43, 6). 11 s'agit de faire un bon choix pour la femme aussi bien que pour l'homme. Car « au jour de la grande affaire », il y aura la récompense (30, 2). L'homme pieux lui-même a besoin d'aide. « Quand viendra ce qui est le plus grand de tout, j'appellerai Sraosa (l'Obéissance) à mon secours » (33, 5). Dans la Gâtha aux sept chapitres qui est postérieure (30, 2), le feu est appelé à l'aide, au moment du grand événement.

1. Malgré l'ordre des mots, je rapporte daévdtëcd maSydticd à qsaSutd « arrive », au premier verset de la strophe, non à arruratditî qui précède immédiatement ces mots ; de même que Mills (A study ofthe five Zoroaslrian Gdthas), et Darmesteter dans son élude sur Haurvatdt et Amdrdtdt, p. 42. Sa traduction dans les Annales du Musée Guimet : « à l'heure où il n'y aura plus de mort pour les démons ni pour les hommes », jure avec la doctrine générale du mazdéisme.

Au dernier jour, tout sera révélé à la connaissance du Seigneur (48, 4). L'épreuve du feu rendra la chose très claire.

Il est fait aussi allusion à ce que la Gn du monde viendra avec Y immortalité (fà, 1 ; 30, 4). Voilà des traits qui tiennent étroitement l'un à l'autre dans la doctrine de la fin du monde telle que la donnent les Gâlhas, c'est un jugement de Dieu au moyen du métal fondu pour découvrir le mal et récompenser le bien dans la destruction du monde et son renouvellement par le feu.

L'œuvre des fidèles. — Il faut y ajouter le second élément significatif de la théologie des Galbas à propos de la fin du monde qui du reste est caractéristique du génie de l'Àvesta entier. Les fidèles contribuent à la réalisation du grand but final. L'expression de cette tâche de la plus haute piété est la suivante : farasam karanâun ahûm, « ils font progresser le monde », mot à mot : « ils font le monde en avant », ils travaillent à l'achèvement du monde (30, 9, etc.). Le substantif verbal frasôkaroti, action de faire progresser, avancer, perfectionnement, enpehlvi, fraskarl, devint plus tard le nom de l'achèvement du monde. Dans les Gâlhas, parait une fois, 48, 2,âkzratis, « l'accomplissement », pour désigner l'incendie du monde; nous n'y trouvons pas le mot frasôkaroti, pas plus que l'adjectif verbalfrasôcarotar qui désigne dans TA vestapostérieurceux qui accomplissent celte œuvre. Nous pourrions traduire leur nom par un mot très moderne : « les hommes du progrès ». Mais dans les hymnes gâthiques la pensée et les éléments de l'expression sont déjà formés : les fidèles travaillent à l 'achèvement du monde. En celte qualité, les fidèles sont désignés dans les Gâlhas et aussi dans le reste de l'Avesta par le mot de « bienfaiteur », saoêyant y qui n'est point encore un nom propre, mais une appellation commune ainsi que Ta été longtemps (le mot Messie. Comme déjà Windischmann (Milhra, p. 79) et Spiegel (Commentar ùberdas Avesta, II, p. 619) l'ont vu, l'étymologie donnée dans le Yast, 13, 129 (voir plus haut, p. 224) est juste. Saosyant est le part. fut. de su, profiler, être utile, faire du bien, « der niitzend-werdende » (Spiegel). « La vie spirituelle des bienfaiteurs » (daênâsaosyant^m) qui se fait connaître par leurs bonnes actions, gagnera sa récompense (34,

LES ESCHATOLOGIES 241

13). L'homme pieux « fait le bien » (savô) au Seigneur et à

ses saints êtres (34, 3). Dans l'hymne de lamentation que l'âme damnée récite pendant les trois nuits après la mort, le prêtre-poète demande au Seigneur, quand « les agrandisseurs des jours » (uxsând am%m) viendront et quand « la raison des bienfaiteurs » (saosyantQm xratavô) redressera le monde (46, 3). Les princes sont appelés à être « les bienfaiteurs des pays » (saosyantâ dahyunqm, 48, 12) et à suivre les pratiques religieuses, que le Seigneur a établies pour « le bienfaiteur » * (83, 2 ; epr 48, 11). Le mot est ainsi employé aussi au singulier : « Que le bienfaiteur sache la bénédiction qui sera son partage » (48, 9), quoique cela ne se rapporte pas à une personne déterminée, au sauveur du monde par excellence, le Saosyant de la théologie postérieure.

Les Gàthas n'emploient du reste jamais non plus son ancien nom d'Astvatoreta. Les hommes pieux travaillent ensemble à la délivrance du monde et à son achèvement. Les chantres des Gàthas ne nomment jamais un bienfaiteur du monde en particulier. Le ratu 43, 6, où Darmesteter suit la traduction pehlvie, désigne seulement le conducteur spirituel en général, qui dans l'avenir idéal donnera un enseignement complet 1 . Le passage que nous venons de citer, 46, 3, ne désigne pas nécessairement les aides d'Astvatorola au renouvellement du monde, pas plus que les chantres (stûtçm) dont il est parlé 28, 9, ne désignent les trois fils de Zaralhustra, comme le veut le commentateur pehlvi.

Les Gàthas ne nomment pas les éléments les plus significatifs de l'eschatologie postérieure. — Les Gàthas n'ont pas trace de l'assemblée des morts à la fin du monde ni des punitions et des récompenses supplémentaires dans l'enfer et dans le ciel qui du reste seraient en contradiction avec « la fameuse » épreuve, qui est en même temps un châtiment.

Nous éprouverions un intérêt particulier h savoir si déjà les prêtres des Gàthas enseignaient la résurrection, puis la purification et la félicité de tous.

1. Sao&yantôi désignerait d'après Geldner (Mills, Sacred Books ofthe East, XXXI, 189) Zarathuàtra. Cette interprétation ne semble pas nécessaire.

Page 1