L'eschatologie de l'Avesta postérieur
Dans l'Àvesta postérieur et dans les récits pehlvis,qui semblent dériver d'écrits avestiques, maintenant perdus, nous faisons la même division (en changeant Tordre) : d'un côté les causes du drame final et ce qui devra le précéder , de l'au • tre le contenu de la fin du monde.
Nous trouvons là des changements intéressants; le plus remarquable, c'est que non seulement le rôle d'Ahura Mazda à la fin du monde, mais également la part des fidèles dans l'achèvement du monde sont diminués au profit de l'œuvre accomplie par le Sauveur divin, le saoéyant par préférence avec ses auxiliaires.
Sur les chapitres de Phistoire antérieure à la fin du monde et des causes du drame final, nous trouvons la même conception optimiste et fortifiante d'un développement ininterrompu du monde, opéré par l'œuvre do Dieu et par celle des fidèles. L'œuvre de Dieu est le point principal de la chronologie du monde; l'achèvement de ce monde par les hommes pieux se manifeste dans la doctrine des saosyants.
Le contenu du drame final a reçu depuis les Gàthas un développement remarquable; l'embrasement, d'où procède la fin du monde, avec l'application faite dans les Gftthas : le jugement de Dieu par le métal fondu, s'obscurcit. Côte à côte avec cette œuvre de Dieu par excellence, apparaît celle d'un médiateur , d'un sauveur : la résurrection^ l 'immortalité ', le/wgement, la rétribution; ces événements attirent et retiennent tout l'intérêt et, pour ce qui regarde le jugement général et les nouveaux châtiments, ils sont dans une certaine opposition avec la prédication des Gàthas. Le métal fondu dans l'incendie du monde ne sert plus que d'une façon tout à fait secondaire à la séparation entre les pieux et les impies et au châtiment du péché, mais il sert surtout à la purification du monde et à la félicité de tous les hommes. Nous constatons le même développement, que nous avons vu au deuxième chapitre : le
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système développé de la théologie et de l'église avec ses trésors de grâce vient remplacer le zèle convertisseur des prêtreschantres des Gàlhas. Us sont d'accord sur un point : le Seigneur vaincra toutes les puissances du mal.
Il est ensuite curieux de voir comment l'ancienne épopée héroïque et le mythe des démons et des monstres, qui se sont conservés, non parles écrits des Gâthas, mais parla tradition, ont été transformés et utilisés par la théologie postérieure.
a) La préparation du drame final.
La chronologie du monde. — > L'histoire du monde a été divisée en périodes par plusieurs peuples, comme nou9 l'avons vu dans le chapitre précédent* En dehors des époques d'Hérodote et d'Ovide, nous rappelions seulement les kalpas, les périodes du monde, dans l'Inde et les quatre périodes des civilisalions précolombiennes de l'Amérique centrale, périodes qui durent chacune des centaines ou des milliers d'années et qui se terminent toutes par une destruction du monde ' . Mais en dehors des Juifs et de leurs héritiers spirituels, la culture iranienne est la seule qui ait donné à l'évolution historique du monde un rapport véritable avec une fin, un but final du monde ayant un caractère moral et religieux.
L'esprit optimiste que nous avons déjà trouvé dans le mazdéisme est très frappant dans sa chronologie. L'issue de la lutte universelle est prévue dès le commencement. Déjà à l'origine, le Seigneur récita la prière Àhuna Yairya et réussit à convaincre le méchant de son impuissance (Bundahié, 1,21 s.) 1 . Dans la doctrine du sacrifice, le Seigneur a donné tous les moyens qui sont nécessaires pour vaincre l'adversaire [Bundahié, 2, 9). Le monde matériel qui est juste peut déjà être
1. A. Humboldt, Vues des Cordillfres et monuments des peuples indigènes de l Amérique, I, p. 107 sa.
2. Gpr. Ddtlstan, 37, 64; 3, 5. Peu de pensées reviennent aussi souvent dans les écrits pehlvis que le triomphe final du créateur. BundahiÈ, 6 t 4 ; MinMxrat, 57, 6; Zât Sparam, 5, 3, etc.
appelé immortel [Dlnkart, IX, 32, 26) l . L'unité que la philosophie des Zervaniens a cherché à établir à l'origine de l'être en donnant au Bon et au Méchant une commune origine, le temps, Zrvan*, est enseignée sans équivoque par le mazdéisme entier, en ce qui concerne la fin de l'être'.
Des douze mille ans 4 du monde, les premiers trois mille ans appartiennent à l'état spirituel. Les êtres ne pensaient ni ne remuaient; ils avaient des corps que Ton ne pouvait toucher. Ils représentaient la pieuse création spirituelle (mainyava s lis asaoni) 5 .
Les époques suivantes sont occupées par le duel d'Ahura Mazda et d'Anra Mainyu 6 . Mais dans la seconde époque de trois mille ans, le Mauvais Esprit resta dans le trouble, Dieu emploie ces temps à produire ses êtres, en premier lieu Vohu Mano, son meilleur soutien (Bundahié, I, 23). Alors vivait l'homme primordial GayaMaratan (Bundahié, 3, 1) et le bœuf primordial (Bundahié, 34, 1), dont le corps fut employé pour
1. Lorsque les armes et l'habileté sont égales chez les deux adversaires, les armes manquent d'abord à celui qui a commencé la lutte; il finit par rester désarmé quand l'autre est encore armé. Le Mauvais Esprit a commencé, par conséquent, le Seigneur doit vaincre. Dûtistdn, 37, 60. C'est une preuve « logique » du genre de celles qui ont servi à toutes les scolastiques.
2. Le zervanisme qui devint la religion d'État sous Yazgard II, 438-457 après J.-C, s'appuyait sur le Yasna, 30, 3. Dans les écrits de l'Avcsta postérieurs, on en trouve déjà les traces, voir Spiegel, Eranische Alterthumskunde, II, p. 184 ss. De ce que dit Bérose, que Zerovanus était un roi, on peut conclure (Michel Bréal, Mélanges, 214) que le zervanisme existait déjà au iv e siècle avant J.-G. Le zervanisme semble être accepté chez les Parsis modernes. Voir le discours de Jivanji Modi au Parlement des Religions à Chicago, 1893.
3. Artâ Vlrâf nâmak, 5, 11, vit dans l'autre monde la « réalité », âttih, du Seigneur et des bienfaisants Immortels et la « non-réalité », lôitih, d'Aharman et des démons.
4. Mani enseignait aussi que le monde durerait douze mille ans. K. Kessler, Mani, I, 343.
5. Fragment de l'Avesta dans le Vendîdâd pchlvi, 2, 20. Ainsi TAvesta connaissait la chronologie du monde.
6. Les millénaires 3-8 sont attribués à Cancer, Léo, Virgo, Libra, Scorpio, Sagittarius par le Bundahiâ, 34.
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créer le monde. Les fravaéis des hommes, leurs esprits, acceptèrent de prendre des corps 1 comme le meilleur moyen de lutter contre le Méchant et ses créatures, pour parvenir à la fin à se délivrer du corps (Bundahis, 2, 10 s.).
Dans la troisième période, « l'adversaire entra en se précipitant 1 et Gaya Marotan vécut trente ans dans l'épouvante ». De lui naquirent les deux premiers hommes Mâsya et Mâsyôî et l'histoire de notre race commence avec eux. Le premier millénaire est occupé principalement par le premier patriarche Yima\ Il est renversé par l'ennemi héréditaire, le serpent à trois tètes, Azi Dahàka; Alar, le feu, eut heancoup de peine à empêcher celui-ci de s'emparer de l'éclat céleste des rois (xvaranah, Yast, 19, 46 ss.) que possédait Yima, mais qui le quitta à cause de son arrogance. Après Mithra, qui gardait le xvaronah pendant le règne du Serpent, cet éclat royal fut donné au grand héros Thraètaona, en pchlvi Fretùn, qui grâce à lui frappa le dragon {Yasna, 0, 8 ; Yast, 10, 37). Mais Azi Dahftka ne pouvait être anéanti. Frelûn l'enchaîna sur le mont Damàvand, comme les dieux de l'Edda ont fait pour le loup Fenrer. Toute celte troisième période de trois mille ans est remplie par la vieille épopée héroïque de l'Iran qui nous est conservée dans plusieurs Yasts et qui a été immortalisée par Firdousi. Un des successeurs de Thraètaona était Karosâspa 4 de la race de Sâm, le plus viril et le plus fort après Zarathuslra (Yast, 19, 38). Il tua un dragon à cornes et accomplit un grand nombre d'exploits dignes d'Hercule. Parce qu'il avait injurié le feu, il aurait dû aller en enfer si la prière de l'âme du bœuf primordial et de Zarathuslra ne lui avait permis d'entrer dans le lieu intermédiaire (Dtnkart, IX, 15).
1. Stkand, 16, 46, s'oppose à la doctrine de Mani, que le corps dérive d'Aharman.
2. Oulemâ-Î-Isl&m a une théodicée originelle vraiment mazdéenne, R. H. ft., XXXVII, p. 43 s. : Si le diable avait été tué, ses éléments impurs se seraient mélangés avec la création. Le mal ne peut être anéanti qu'à l'achèvement du monde.