‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 152 sur 242 · Annales du Musée Guimet, XXII, p · texte numérisé non relu

Annales du Musée Guimet, XXII, p

les objections d'à ne critique rationaliste qui, naturellement, se sont dressées surtout contre la résurrection des morts 1 . Dans le Bundahis, chap. 30, versets 4 ss., nous lisons : « Zarathûsl demanda ainsi à Aûharmazd: «D'où le corps est-il formé de nouveau quand le vent l'a transporté et que l'eau Ta emporté? Et comment arrive la résurrection? » Aûharmazd répondit ainsi : « Quand par moi le ciel naquit de la substance du rubis, sans colonnes, sur le support spirituel de la lumière étendue ; quand par moi naquit la terre qui porta la vie matérielle et qu'il n'y a pas d'autre soutien de la création du monde; quand par moi, le soleil et la lune et les étoiles sont conduits dans le firmament des corps lumineux; quand par moi le blé a été créé de façon que, répandu dans la terre, il pousse de nouveau et revient avec accroissement: quand par moi des couleurs de diverses espèces ont été créées dans les plantes ; quand par moi le feu a été créé dans les plantes et dans d'autres choses sans combustion ; quand par moi un fils a été créé et formé dans le ventre de sa mère et que la structure de la peau, des ongles, du sang, des pieds, des yeux, des oreilles ot d'autres choses a été produite dans chaque partie pour elle-même; quand par moi des jambes ont été créées pour l'eau de façon qu'elle coule et que la nuée a été créée qui porte l'eau du monde et tombe en pluie là où il en est besoin ; quand par moi l'air a été créé qui transporte à la vue de quelqu'un, par la force du vent, ce qui est le plus bas en haut, selon sa volonté, et que personne ne peut saisir de sa main tendue; chacune de ces choses, quand elles ont été créées par moi, était plus difficile à créer qu'à ressusciter, car c'est un aide pour moi dans la résurrection qu'elles existent, mais quand elles ont été créées, il ne s'agissait pas simplement de former ce qui est à venir de ce qui était. Ce qui n'était pas ayant été produit, observe-le : pourquoi ne serait-il pas possible de produire encore ce qui était ? »

Le Bundahis, 30, nous offre la même apologétique qu'un Clément Romain, qu'un Mohammed * ou qu'un Lu-

4. Sùtkar Nask, 4, d'après le Dinkart. Gpr Artâ Vîrâf et Mtnôîxrat. 2. Mohammed, comme les Pharisiens, avait toujours à se défendre contre cette objection : comment le corps peut-il ressusciter! Il employait

ther 1 . « Comme un cultivateur espère pondant l'hiver et attend son blé jusqu'à ce qu'au printemps, il sorte de terre, grandisse et verdisse, » nous devons espérer et attendre la résurrection (Luther, édition d'Erlangen, 19, 352; cf. 44, 310). La ressemblance n'est pas fortuite, car c'est dans le livre de la nature que les hommes ont appris le renouvellement. Comme Clément Romain le dit dans la première Épître aux Corinthiens (chapitre 24) : « Le jour et la nuit nous montrent la résurrection. La nuit va se coucher, le jour ressuscite. Le jour s'en va, la nuit arrive. » De même pour les fruits. Ils meurent dans la terre, mais « la grandeur de la providence du Seigneuries ressuscite». Saosyant vient, comme le soleil, du pays de l'aurore ( Vendtdâd, 19, 5).

Il paraît, dans l'apologétique du Bundahiâ, tout comme chea saint Paul, qu'en quelque sorte le corps ressuscité n'est pas identique à celui qui vivait en ce monde*. Cette idée du reste était nécessitée par le? funérailles mazdéennes où le le corps était exposé aux oiseaux. Les éléments rendront chacun une partie du corps {Bundahis, 17, 9). Le nouveau, le second corps a , est semblable à celui que les hommes encore vivants auront à la fin du monde et qui n'aura plus rien de

la même méthode qu'eux pour y répondre. H. Grimme, Mohammed, I, p. 157.

1. Des quatre sermons de Luther sur I Cor., 15, le second se sert, pour prouver la résurrection, des analogies que lui offre la nature (Erlanger Ausgabe, 19, 110 ss.). Pourtant la conviction de Luther reposait sur la parole en dernière instance (E. A., 19, 123, 338, 341, 352); Pline n'en avait donc pas l'idée puisqu'il ne possédait pas la parole de Dieu (E, A., 19, 144 s.).

La certitude qu'avait Paul de la résurrection se fondait sur la résurrection du Christ. Ce n'est pas un argument en faveur de la résurrection même, mais une vraisemblance touchant la condition (des corps ressuscites, qu'il veut donner dans I Corinthiens, 15, 36 s. — IV Esdras, 4, 40, veut prouver la résurrection en comparant le sort des morts à celui du fœtus. Comme le fœtus est obligé de quitter le sein de la mère après une certaine époque, ainsi la terre doit rendre ses morts dans un temps déterminé. « In inferno promptuaria animarum matrici assimilata sunt. »

2. Ganjeàâyagân, 22. L'âme reçoit un autre corps quand elle quitte la terre. Sôàyans donne aux morts un corps incorruptible.

3. En pehjvi, tanîpasin, Annales du Musée Guimet, XXII, 640, 138.

matériel, sera spiritualisé, allégé, délivré de la faim et ne portera point d'ombre.

V assemblée de jugement. — Comme à la séparation au pont Cinvat on avait ajouté un jugement, déjà au temps de l'Avesta (Dinkart, IX, 69,29 s.) la fin du monde comprenait une assemblée de jugement faisant double emploi avec le feu, lequel d'après la religion des Gàthas rendra tout manifeste par le métal fondu. Mais le jugement final a reçu de la piété pratique une signification infiniment moins riche que la croyance populaire du pont Cinvat. Notre Avestane parle jamais du jugement final ; il n'attache pas à la fin du monde une idée de jugement comme les juifs, les chrétiens et les musulmans, mais presque exclusivement une idée de résurrection et d'achèvement du monde. Dans l'assemblée d'IsatvAstra * tout est révélé. Alors s'éveille la conscience sur les devoirs de l'amour qu'on a négligés. « Pourquoi ne m'as-tu pas averti et ne m' as tu pas converti? » dit l'impie avec reproches*. De dures sépara-

1 . L'aîné des fils de Zarathuàtra dans la vie. C'est ainsi que Windischmann corrige le nom incompréhensible du texte : Satvâsturân.

2 .L'épisode est raconté dans l'Artâ Vîrâf Nâmak,68,mais est placé au moment de la décision qui suit la mort. L'on peut comparer Êzéchid, 3, 18. Artâ Vîrâf vit (traduction Barthélémy) « l'âme d'un homme et d'une femme que l'on menait l'homme au paradis et la femme en enfer. Et la femme, jetant les mains dans la ceinture et le kosti de cet homme, lui disait : « Gomment se fait-il que tandis que pendant notre vie nous avons été ensemble pour tout le bien que nous avons fait, maintenant on te porte au paradis et moi en enfer? »

Et cet homme répondait : « C'est parce que j'ai accueilli les gens pieux, méritants et pauvres et leur ai fait la charité; et que j'ai eu de bonnes pensées, de bonnes paroles et de bonnes actions ; que j'ai toujours eu l'esprit plein de la pensée des Izeds, et que j'ai méprisé les démons, et que j'ai cru fermement à la bonne Loi des Mazdayasnéens ; tandis que toi, tu as méprisé les gens pieux, pauvres, méritants et gens de caravanes; tu as dédaigné les Izeds et adoré les idoles, tu as commis mauvaises pensées, mauvaises paroles, mauvaises actions, et tu as cru obstinément à la Loi d'Ahriman et des démons. »

Et cette femme disait ensuite à cet homme : « Pendant la vie, ta personne tout entière était sur la mienne un maître et un roi ; ma personne, mon âme et ma vie t'appartenaient ; et ma nourriture et mon habillement» tout me venait de toi ; mais pourquoi n'ai-je point été punie et corrigée alors, pourquoi alors ne m'as-tu pas enseigné et expliqué le bien et la

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tions se font. Dans le châtiment de l'impie se montre une clémente pensée, purement mazdéenne et qui va à l'encontre de ce que comportent en général les autres doctrines de la rétribution. Le fidèle souffre du châtiment de l'impie.

Punitions particulières. — Au lieu de la rétribution, immédiatement effectuée par l'ordalie du feu, d'après les Gâthas, on introduit maintenant des punitions particulières.

Saosyant décidera et donnera à chacun sa part (Dînkart, IX, 69, 29 s.). Il est impossible de savoir ce qui se trouvait dans l'Avesta, de ces châtiments et de ces récompenses. Je donne ici néanmoins ce qui nous en est connu par la littérature pehlvie, quoique, vraisemblablement, une partie de ce développement, du genre de celui que nous avons déjà vu aux pages 30 ss., appartienne à l'époque postcanonique. Les châtiments des impies sont des châtiments qui purifient. 1° « La purification des trois jours dans le métal fondu » l semble dériver directement de l'ordalie de la théologie des Gâthas et paraît ainsi être la plus ancienne des punitions particulières lors du renouvellement du monde. 2° La doctrine du Bundahis enseignant que les fidèles entrent dans le ciel et que les impies passent trois jours en enfer, châtiment augmenté parla vue de trois jours de félicité céleste, n'a pas de rapport avec la purification dans le métal fondu. 3° La doctrine moraliste de la pénitence a introduit encore un dernier degré de châtiment, « le châtiment des trois nuits (et jours) » pour ceux qui ont commis un péché mortel et ne l'ont pas confessé avant la mort 1 . Ils sont conduits hors de l'enfer et décapités, trois fois pour chaque péché qui n'a pas été réparé,

vertu, pour qu'ensuite je pratiquasse le bien et la vertu, au moins je n'aurais point à supporter aujourd'hui ces maux pour mes péchés.

Puis cet homme alla au paradis et cette femme en enfer. Et cette femme à cause de ce repentir n'eut point à souffrir d'autres désagréments en enfer que les ténèbres et l'air fétide. Et cet homme, pour n'avoir point converti et instruit au bien cette femme qui était venue par le mariage en sa possession, s'assit dans le paradis parmi les justes, mais couvert de confusion. »

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