Cela ne s'applique pas à M. Darmcsteter
2. M. Mcillct y reconnaît seulement une longue et unique invocation.
3. U. Easton, Divinities of Uie Gâthas dans Journal of Ute American Of tentai Society, 1892, p. 197 ss.
et un chameau; il ajoute : « de façon que lorsque Haurvalâtet Amsratât me seront attribuées, je donne ces deux {M) à toi » (il faut lire taibyâ avec certains manuscrits, la traduction pehlvie et Darmesteter). Le chantre promet au Seigneur de nouveaux sacrifices, s'il reçoit seulement ce qui lui est dû. Mais le lien nécessaire entre les eaux et les plantes et « Santé » et « Immortalité » n'empêche pas que les chantres des Gàthas n'aient toujours eu, en même temps, connaissance du sens propre des mots. C'est leur spécialité. Ahura Mazda se trouve déjà de leur temps comme nom propre. Mais ils divisent ces mots en deux et les séparent par d'autres mots. Ils n'emploient pas Ahura Mazda comme nom propre, mais « Seigneur » (Ahura), ou « très Sage » (Mazda) ou « très Sage Seigneur ». De même le sens commun des mots Haurvatât et Amaratât est toujours présent à leur esprit, tout comme dans un autre dvandva avec un sens pareil, utayûitî tavisi, force et vigueur (43, 1), qui, dans le plus grand nombre de cas, sont regardées comme l'œuvre de deux génies jumeaux (34» 11; 45, 10; 81, 7).
La Santé et l'Immortalité ne signifient pas, pour le fidèle des Gâthas, une délivrance de la mort gagnée par des moyens magiques ni d'ailleurs une immortalité de l'âme, mais, dans le sens purement mazdéen, la plénitude de la vie terrestre, sa force produite par le bien-être et la nourriture et que le Seigneur donne à ses adorateurs. Une longue vie avec une santé vigoureuse et la possession des biens de ce monde, voilà la « délivrance de la mort », le suprême désir. En échange des sacrifices et des louanges, yasna et staoman, le Seigneur doit donner « la force de l'Immortalité (Amaratâtâscd, dual. Spiegel) et le festin (draoné, pehlvistfr, Spiegel, Commentât*, II, 277, Darmesteter) delà Santé » (Haurvatâ, dual., 33, 8) '.
La formule du sacrifice (m&hra) est la parole de la Santé, de la Piété, de l'Immortalité (31, 6), c'est-à-dire : par le sacrifice on gagne ces bienfaits. Certaines actions, certains mots, certains sacrifices procurent l'Immortalité, la Piété et le Pouvoir de la Santé, autant qu'on peut l'inférer d'après une strophe
1. Peut-être désigne-t-on par là les éléments qui servent au sacrifice, comme Spiegel le pense*
LA VIE ÉTERNELLE OBTENUE PAR L'UNION AVEC DIEU 34 i
de forme très compliquée, 34, 1. « Qu'Àhura Mazda avec le Pouvoir (Xéatirâ) et la Correction (la Justesse, Armaitî) nous donne la Santé et l'Immortalité » (47, 1). « La Santé et l'Immortalité doivent être dans la puissance » (sarôi, locatif, 44, 17). « Donne-moi, toi, qui créas les troupeaux Jes eaux et les plantes, l'Immortalité et la Santé, ô très bienfaisant Esprit, toi, très Sage, la force et la vigueur avec l'enseignement du Bon Esprit » (Vohu Mano, Si, 7). Par Haurvatât et Amarat&l, le Seigneur donne les biens de la vie et délivre du besoin. Il est dit dans une strophe où le chantre a réussi à rassembler toutes les puissances célestes : « Ces deux, la Santé et l'Immortalité (sont — ou peut être : donnes-tu) comme nourriture. Par le Pouvoir du Bon Esprit grandit la Piété avec la Justesse. Par elles (tu donnes) la force et la vigueur, ô Mazda, tu es celui qui éloigne les tourments » (34, 11).
Le bonheur des fidèles, par Haurvatât et Amaralât, est établi dans deux strophes en opposition avec les tourments des impies, ici et dans la demeure du Druj. « L'âme du fidèle désire l'Immortalité et la force, qui [causent] la misère de l'homme méchant; tel est le règne du très Sage Seigneur (Mazda Ahura) sur le monde » (45, 7). Le salaire de la piété et celui de l'impiété ne peuvent pas être opposés plus directement l'un à l'autre. Peut-être le chantre pense-t-il à la misère de l'enfer, comme c'est évidemment le cas à la strophe 31, 20 s. : Celui qui trompe le fidèle demeure longtemps dans les ténèbres, reçoit une mauvaise nourriture et d'humiliantes réprimandes. Mais le très Sage Seigneur donne « à celui qui dans son esprit et dans ses actions est son ami, la Santé et l'Immortalité et la Piété en plénitude et la graisse (troupeaux) du Bon Esprit, le Seigneur qui est le Seigneur dans son propre Empire ». Le contraste de l'attribution de l'enfer à l'impie ne prouve pas que le prêtre-chantre ait regardé ici Haurvatât et Amaratdt comme un don après la mort. Les troupeaux de Vohu Mano prouvent qu'il s'intéresse surtout au bonheur en cette vie. Mais la Santé et l'Immortalité s'étendent à l'autre vie. « Aller à Haurvatât et à Amorotàt » (45, 5) signifie recevoir une vie et une force qui continuent par delà la mort. «( Vous trompez les hommes sur les biens de la vie et sur l'Im-
mortalité » (32, 8). Les génies jumeaux, « les deux », portent rame au ciel, la demeure du Bon Esprit (32, 18). Lors du bouleversement du monde et de son renouvellement Amaratât arrive à sa valeur complète (48, *) comme tout le bonheur du monde sera alors réalisé (ttl, G s.). Le commentaire pehlvi qui interprète les Gâthas d'après une conception postérieure, voit dans « Santé et Immortalité »> une idée exacte et exclusive delà félicité céleste, de sorte que l'esprit constitutif des Gâthas est changé; de même les Septante ont introduit la pensée de l'immortalité dans l'Ancien Testament et nous privent ainsi d'un des plus saisissants spoctaclcs que l'histoire de la religion puisse nous découvrir : celui des fidèles d'Israël qui par leur foi ouvrent peu à peu les portes du royaume des morts. Dans les Gâthas, il en va tout autrement. Le ciel et l'enfer existent; ils ne sont pas inconnus comme dans l'Ancien Testament; ce sont au contraire des conceptions répandues chez tous. Cependant le mode de représentation qui aboutit à Amaralâtdanslcs Gâthas a disparu généralement dans l'Avesla postérieur. Le lien organique entre le bien de l'existence présente et celui de l'existence à venir est rompu. Pour les Gâthas, l'immortalité est une propriété actuelle, une récompense de la piété, qui dépasse la mort. « AuPouvoirduSeigneurappartiennentlaSantéetrimmortalité, à lui-même elles donnent toujours force et vigueur » (48, 10). De la même plénitude de vie. le fidèle reçoit sa part dans la vie et au-delà. Amorolât a été la longue vie» la délivrance de la mort pendant un temps indéterminé, avant qu'elle ne devint la vie éternelle 1 . La vie paraît dans la théologie des Gâthas dans sa féconde signification religieuse qui contient beaucoup plus que le fait seul d'exister ou d'être. « L'Immortalité n'implique pas seulement la délivrance de la mort, Amaralât, mais aussi Haurvatât, en un mot, le parfait bonheur du corps et de l'âme commencé dans celte vie et se poursuivant à un degré plus élevé dans la vie future » '. La mort pour l'impie est comprise d'une façon aussi complète que la
i. Voir J. Darmesteter, /. c, p. 16.