Voir G. Dalman, Jesaja 53, p
comme le représentant d'une collectivité dont la vie continue la sienne, que ce soit le peuple ou, moins vraisemblablement, comme Bertholet Ta proposé, la classe des docteurs de la loi. Même si la souffrance et la mort sont interprétées comme regardant exclusivement le sort du peuple, il faut avouer que l'accomplissement n'en peut arriver sans que les individus y soient englobés 1 . Si nous pensons à l'inquiétude du piétistc pour son propre bonheur à venir, quoiqu'il puisse arrivera la communauté, nous devons encore plus admirer l'énergie religieuse presque incompréhensible pour notre race, qui pouvait soutenir une pareille pensée, celle de la souffrance et de la mort pour l'amour du peuple sans connaissance de la vie éternelle. C'était avancer dans la foi et l'obéissance, fùl-cc même pour s'enfoncer dans les ténèbres de la mort.
Peut-être, les ténèbres de la mort sont-elles éclairées d'un rayon d'espérance pour le voyant dans Ésaïe, 53, H. Le pressentiment de la vie en union avec Yahvéh, d'une essence plus élevée et plus vigoureuse et s'étendantau delà de la mort, s'entrevoit, peut être, comme E.Stave le pense(/. c, 169), dans des passagestels que ceux-ci : « Le juste vivra par sa foi » (//abakuk,2 9 4); «Écoulez et votre âme vivra » (É$aïe 9 &&, 1-3), etc. Dans Job et dans quelques psalmistes ce rayon est parfois plus clair et s'élève chez un petit nombre d'hommes de Dieu jusqu'àdevenir une certitude de la foi. L'ancienne traduction du passage de Job, 10, 25 ss., comme s'il parlait delà résurrection des morts hors de la poussière, interprétation inaugurée surtout par Jérôme, suppose un texte changé arbitrairement (Brandi,
1. Je, dans le môme psaume, peut signifier tantôt Israël, tantôt l'individu. R. Smend, TheoL Lit. Zeitung, XXIV, p. 529. — Je dois confesser que l'interprétation séduisante de K. Budde, The so called « Ebed-Yahweh Songs », and the meaning of the term « Servant of Yahweh » in Isaiah, chaps. 40-55, article paru dans The \American Journal of Theology,a. ébranlé ma conviction quant à la nécessité de comprendre « mort *> et « vie », dans ce morceau, comme impliquant la mort corporelle. M. Budde metchap. 53 dans la bouche des nations païennes, qui parlent du peuple de Yahvéh. Cette interprétation aplanit beaucoup de difficultés. Voir le compte-rendu de M. A. Lods, Annales de bibliographie théologique, 1900, p. 36 s. Aussi R. Smend a changé de vue, il comprend à présent Ebed Yahvéh du peuple d'Israël, voir TheoL Literaturzeitung, XXV, 321 s.
/. c). On peut s'en rapporter à la conception ordinaire des Hébreux, où se tiennent le plus grand nombre des psaumes, et, avec Brandt 1 , interpréter les paroles de Job ainsi : Dieu, mon goël, mon vengeur, est vivant et aura le dessus. « Après (la destruction de) ma peau, qu'on a déchirée, et sans ma chair, je verrai Dieu. » C'est encore sous la forme d'un misérable squelette qu'il espère lui-même, « de son propre œil », non pas avec celui des survivants, voir la vengeance de Dieu en cette vie. Cette interprétation devrait se recommander sous certains rapports, si nous ne possédions aucun texte qui témoignât de l'espérance d'une vie éternelle en Dieu dans Israël à cette époque, quoiqu'en somme une telle traduction fasse violence au texte, qui sauf pour la phrase sur la « peau déchirée », n'est point aussi mauvais aux versets 26 et 27 que M. Cheyne le veut. M. Duhm, dans le Kurzer Handcommentar f a montré qu'il y a ici sans aucun doute une pensée au moins momentanée d'union avec Dieu au delà de la mort. Nier la possibilité d'un tel pressentiment à cette époque, selon Duhm, pendant la période persane, n'est pas nécessaire. Job espère que, <c délivré de son misérable corps, après sa mort, il verra Dieu comme vengeur de sa gloire et son ami » (Baethgen, Biob) % . Comme le serviteur du Seigneur, après sa mort, il verra et sera rassasié. « En Dieu est la source de la vie » (Ps. 36, 10). La pensée que la vie remplie de la crainte de Dieu contient aussi la vie éternelle parait obscurément dans plusieurs passages des psaumes. Le verset 15 du Psaume 17 a quelque rapport avec les paroles des chants du Serviteur du Seigneur et avec celles de Job que nous avons citées. Les impies « ressemblent à un lion avide de déchirer, »... et pourtant ils laissent une nombreuse postérité. « Mais moi, dans mon innocence, je verrais taface ; dès le réveil , je me rassasierai de ton image. » La pensée de la vie après la mort n'est pas exclue, elle n'est pas nécessaire non plus. De même dans le verset 13 du Psaume 41 : « Tu m'as soutenu à cause de mon intégrité, et
1. Cheyne aussi enlève toute allusion à une vie future à ce passage, mais d'une façon différente. Voir R. H. Charles, A critical history of the doctrine of future life in Israël, etc., p. 70.