D'après Budde, Theol. LUeraturzeitung, 1898, p
tu m'as placé pour toujours on ta présence. » Peut-être aussi « une longue vie, pour toujours et à perpétuité » (21, 5), et la bénédiction de Dieu pour « toujours » (4tt, 3) S comme on le souhaite pour le roi, s'étendent-elles par delà la mort. M. Armstrong Black (Expositor, fifth séries, X, p. 50) voit aussi dans le verset 6 du Psaume 23, un pressentiment anticipé de la vie éternelle venu avant son temps, avant la grande année de Dieu et pour cela condamné à ne point prendre racine et à se faner. Plus manifeste est celte espérance de l'éternité dans les trois psaumes auxquels seuls B. Duhm se réfère pour celte pensée, dans son commentaire nouvellement paru, et dans le Psaume 16, H, que M. G. Dalman [Die Wortc Jesu, 129), avec raison, interprète comme s'appliquant à la vie future. Dans les psaumes 39, 8-10; 49, 1G, le psalmiste élève sa confiance en Dieu au dessus de l'instabilité de toutes choses, sentiment qui était étranger à l'hébraïsme primitif. «Les jours de l'homme ont la mesure de la main », d'après le premier de ces psaumes. Nous passons comme une ombre. Le psalmiste n'a pas connaissance d'une félicité éternelle en opposition avec la vanité de la vie terrestre. 11 demande un peu de soulagement jusqu'à ce qu'il s'en aille. Mais lorsqu'il pose visà-vis de la destruction et des souffrance sa confiance : « Seigneur, j'espère en loi », il y a là une douce espérance qui dépasse sa doctrine. Son point de départ est le même que celui de l'Ecclésiaste : tout est vanité, mais le psalmiste prend un chemin opposé à celui qui conduit l'Ecclésiaste au scepticisme. L'auteur du Psaume 49 esl allé plus loin; il sait que Dieu le prendra. La splendeur terrestre de l'homme ne lui suffit pas; elle devrait se terminer dans le royaume des morts où jamais, de toute éternité, on ne peut voir la lumière. « Bientôt leur forme (des insensés) sera détruite, le Scheôl est leur demeure ; mais Yahvéh rachètera mon âme de la main du
1. Cheyne, dans son livre sur l'origine et le contenu religieux du Psautier, p. 402 ss. , croyait que 72, 5 ; 63, 9 s. ; 17, 7 ; 36, 10, peuvent aussi se rapporter à la vie éternelle. Comment? R. H. Charles, dans son récent livre sur le développement de ridée de la vie future dans les religions de l'Ancien et du Nouveau Testament, ne trouve l'idée d'une heureuse existence future que dans deux psaumes : 39 et 73; p.73 ss.
Scheôl, car il me prendra à lui. » Dans une heureuse et calme confiance la même assurance est exprimée au Psaume 16, 10 s., où le royaume des morts semble être considéré en opposition avec la vie en union avec Dieu ici et par delà la mort :
« Tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts; Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption. Tu me feras connaître le chemin de la vie; Il y a un rassasiement de joie devant ta face, Et des délices à ta droite pour jamais. »
Au Psaume 73, nous trouvons un esprit d'une autre espèce, un esprit qui conquiert l'espérance de la vie éternelle par une lutte pénible, un de ces esprits durement éprouvés dont la foi, pour cette raison, devient d'un métal très pur et bien trempé. La certitude religieuse de la vie éternelle, victorieuse de la mort, en union avec Dieu n'a peut-être jamais trouvé d'expression plus simple et plus audacieuse que celle que ce psalmiste a conçue. Il a été conduit près du précipice, son cœur est devenu amer quand il a vu les impies croître toujours en puissance, tandis que la pureté de son cœur et l'innocence de ses mains étaient récompensées chaque jour par la douleur et chaque matin par le châtiment, jusqu'à ce qu'il eut vu que la puissance de l'impie s'évanouissait dans la mort comme un rêve, et que lui-même se jetât aveuglément dans les bras du Seigneur.
« Mais moi je serai toujours avec toi ; Tu m'as pris par la main droite Tu me conduiras par ton conseil Et tu me recevras avec gloire.
Quel autre que toi ai-je au ciel ?
Je ne prends plaisir sur la terre qu'en toi.
Ma chair et mon cœur défaillaient ;
Mais Dieu est le rocher de mon cœur et mon partage à toujours. »
La foi religieuse en la vie éternelle comme une possesion actuelle et inaliénable ne peut pas être exprimée plus clairement dans sa différence avec le dogme de l'immortalité de l'âme et avec celui de la rétribution dans l'autre monde. La
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forme matérielle Je la représentation concrète, nécessaire pour formuler sa certitude, manque au poète 1 . Ni la terre, ni le ciel, ni le corps, ni l'âme, ni les souffrances, ni le bonheur ne lui importent! Rien n'est un bien, si Dieu n'est pas là. Quel mal peuvent-ils faire si Dieu est présent? Dieu seul suffit. Le passage aux Romains 8, 35-39, achève cette foi.
Peut-on parler d'une « doctrine ésotérique » ou « secrète » (Dubm) ou même d'une « doctrine », dans ces psaumes? lime semble plutôt que la certitude d une vie éternelle dans le Seigneur a été une pensée hardie à laquelle la foi se serait élevée des profondeurs de la misère dans ses moments les plus sublimes, ou bien une paisible confiance qui aura germé dans le cœur de quelques fidèles. Etait-il besoin de l'influence des Perses (Cheyne, Stave) ou de celle des Perses et des Grecs, (Duhm) pour que les fidèles atteignissent ce point? Je le crois difficilement. Dans le Scheôl, il n'y avait point de paradis, il n'en existait pas non plus au-dessus ni en dehors, et enfin, après la mort, aucune résurrection n'était encore attendue. Dans les psaumes aucune de ces trais idées n'est représentée. L'œil ne peut pas encore distinguer d'image précise au-delà de la mort ; la lumière du Seigneur qui vient d'y resplendir éblouit encore le regard. Pour ces hommes pieux, il suffisait de croire, sans voir; et leur pressentiment, leur certitude pour mieux dire, ne devint jamais une affirmation d'ordre général.
Beaucoup, beaucoup plus tard vint une époque où leur sentiment religieux delà vie, en se prolongeant et se précisant, se formula, au-delà de la vie de la terre, en une doctrine aussi claire par elle-même que celle de la récompense de la vertu et du châtiment du péché ou que celle de l'impérissabililé de ce qui est spirituel. A cette époque, c'est-à-dire dans le judaïsme postérieur, surtout dans le judaïsme helléniste, on a plus de raison de supposer une influence (mazdéenne ou plutôt) grecque. Mais alors la pensée de l'immortalité rentre dans les calé-
i. M. Schwàlly a bien remarqué que chez les Israélites la foi religieuse par rapport à l'autre vie devançait les conceptions du ciel, du paradis, etc.
LA VIE ÉTERNELLE OBTENUE PAR l'uNION AVEC DIEU 353
gories que nous avons étudiées au chapitre 2 et au chapitre 4 de ce travail 1 .
1. L'ordre historique entre les représentations qui sont décrites au chapitre 2 et au chapitre 5 n'est pas toujours le même. Le plus souvent la rétribution remplace immédiatement la continuation. En Egypte la rétribution n'a pas séparé nettement la phase de la continuation de celle de la vie en union avec Dieu. En Israël et dans le Véda, vraisemblablement aussi dans le mazdéisme, la vie éternelle en Dieu a été découverte avant que l'idée de la rétribution ne fût née dans les esprits. Plus tard la rétribution et la vie éternelle en Dieu marchent côte à côte, comme dans les Gàthas ou dans le christianisme, etc.