Nirvana, p. 23 ss
le Brahman (tat tvam asi, « tu es cela »), avant d'être prêché par Gautama comme la délivrance pure el simple sans but positif, sans préoccupation métaphysique, dans une religion uniquement occupée du salut religieux au sens négatif, comme il résulte des mots fameux du Cullavagga, IX, 1, 4 : « Gomme la mer immense n'est pénétrée que d'un goût, celui du sel, ainsi cette doctrine et ce régime ne sont pénétrés que d'un seul goût, celui de la délivrance ». Dans laBhagavadgîtâ, au sixième livre de la grande épopée du Mahâbhârata, nous rencontrons plusieurs fois l'expression même de Brahma-Nirvâna. C'est là le but des Yogins, des Rsis. Gelui qui connaît son être intime atteint le Brahma-Nirvâna. Le thème de cet écrit poétique, le plus beau spécimen que nous ayons de la piété brahmanique, peut être rendu par ces deux mots, le Brahman, le Nirvana. Le Brahman, l'être infini, éternel, inébranlable est atteint dans le Nirvana. Etre Brahman, arriver au Nirvana, veut dire posséder la paix suprême dans celle vie et après la mort. Dans un passage du douzième livre du Mahâbhârata (XII, 340, 8), le Nirvana est synonyme de délivrance, de Brahman, de félicité suprême. Ainsi l'épopée peut définir le Nirvana comme « le Brahman suprême, l'idéal le plus élevé » [nirvdnam paramam brahma dharmo 'sait para ucyate) 1 . L'énigme du Nirvana bouddhique s'éclaire par la connaissance du Brahma-Nirvâna de la religion brahmanique antérieure.
Le Nirvana bouddhique. — En ôtant le Brahman de cette équation : Brahma-Nirvâna, Gautama n'a pourtant pas changé le caractère de l'idéal suprême. Il a seulement, par la force de sa préoccupation religieuse, et non spéculative, procédé à une immense simplification de la voie qui devait y conduire.
La position tragique de Gautama était celle-ci : les brahmanes lui avaient enlevé la possibilité d'adorer les dieux ou un des dieux ou de s'abandonner à eux. Comme il ne pouvait, d'après l'exhortation du tentateur dans le Padhânasutta, 4, Suttanipâta (S. B. E., X, n, 69), trouver la satisfaction pour l'aspiration de son âme dans la piété et les sacrifices du temps,