Dahlmann, Nirvana, 36 s
et qu'il ne voulait pas se soumettre aux prêtres brahmanes, il se refusait aussi à accepter leurs dieux et à les adorer. Car les brahmanes avaient bien su se rendre maître des dieux. Il y a une ironie inconsciente, mais amère, de la foi qui se présentait à Gautama, dans le récit où il est dit que le plus haut des dieux, Brahman Sahampati, abandonna son ciel pour se jeter à genoux devant le parfaitement éclairé. Ainsi arrive-t-il dans le bouddhisme, comme le dit M. Tiele, daus son In~ leiding tôt de Godsdienstwetenschap, I, 154, que la tendance théanthropiste des Indo-Germains a fini par perdre la conception de Dieu et former une religion avec des hommes seulement, mais sans Dieu. Quand, par exemple, le bouddhisme a développé la doctrine d'une conception surnaturelle pour élever ses bouddhas à une hauteur unique, il en vint à l'étonnante idée d'une naissance sans père terrestre, mais aussi sans père céleste, d'après l'ouvrage sanscrit Mahâvastu, publié et traduit par E. Senart. « Les Bouddhas ne sont en aucune façon engendrés par leurs père et mère; ils se produisent par leurs énergies propres, ils sont svaguna nirvrtta. Leur mère est vierge. . . Et leurs mères meurent vierges sept jours après avoir enfanté 1 . »
Gautama Bouddha n'a nullement été le premier aux Indes à concevoir une foi, un système religieux, sans un dieu personnel, sans un seigneur suprême (antsvara). Depuis des siècles la pensée avait travaillé à reléguer les figures concrètes et vivantes des divinités de la foi populaire dans le monde inférieur, au-dessus duquel la spéculation des esprits raffinés voulait pénétrer dans le mystère de l'infini. D'après l'école du Vedânta, selon M. P. Deussen f ,le dieu personnelle monde et l'âme individuelle étaient des existences étrangères au Brahman, mais qui en dérivaient à cause de l'ignorance, avidyâ, innée, et par suite des upâdhi's. Cette via negationis fut suivie, d'une façon de plus en plus exclusive, pour parvenir à la connaissance de l'infini, et l'est déjà dans les textes védiques postérieurs. Dans les plus anciennes Upaniçads, l'idée est déjà exprimée que l'être absolu, le Brahman, n'a que desqualités néga-