Oldenberg, Buddha, 2 9 éd., p. 58 ss
370 LA VIE FUTUKE d'aPRÈS LE MAZDÉISME
Brhad-àranyaka-upanisad, 111, 2,13 s., Artabhàga demande au célèbreraaîtreYâjnavalkya:«Lorsqu'aprèslamortdel1iomme, la voix entre dans le feu, le souffle dans le vent, l'œil dans le soleil, les cheveux dans 1ns plantes et que le sang est mis dans l'eau — que devient alors l'homme?» Yâjûavalkya répondit : « Donne-moi ta main, ô cher Artabhàga, nous en ferons tous deux l'expérience, mais cette doctrine n'appartient pas aux hommes ». Ils continuèrent leur conversation, mais ce dont ils parlèrent et ce qu'ils louèrent, ce fut l'œuvre : « par une bonne œuvre, on devient bon; par une mauvaise œuvre, on devient mauvais ». Alors Artabhàga se tut*. Cet agnosticisme et cet empirisme religieux, le bouddhisme en a fait un principe essentiel de son système. On a le droit de le considérer, de même que tout autre agnosticisme, comme une marque de fatigue de l'esprit, comme une position à laquelle la pensée humaine ne peut se résigner pour toujours. C'est possible, mais on doit en même temps comprendre que, dans le cas de Gautama, cet agnosticisme n ? a rien perdu de ce que le brahmanisme possédait de valeur religieuse. Au contraire, il a été commandé, ainsi que nous nous sommes efforcé de le montrer, par un intérêt religieux. On se rappelle les réponses de Gautama dans le Cùla-Mâlunkya-Ovâda aux questions de Mâlunkyàputta sur la durée du monde, l'existence après la mort, etc.
« Que t'ai-je dit plus tôt, Mâlunkyàputta? Ai-je dit : Viens, Mâlunkyàputta, et sois mon disciple; je t'apprendrai si le monde est éternel ou non éternel, si le monde est limité ou infini, si la vitalité est identique au corps ou en est différente, si le parfait, après la mort, survit ou ne survit pas, ou s'il survit et ne survit pas en même temps, ou s'il ne survit ni ne survit pas?
« Tu n'as pas dit cela, Seigneur.
Ou m'as-tu dit, continua Bouddha : Je veux être ton disciple; révèle-moi si le monde est éternel ou non éternel (ainsi de suite) ?
A cela Mâlunkyàputta répondit : Non.
1. E. Lehmann dans Ghantepie de la Saussaye, Lehrbuch, 2 e éd., II, 49 s.
Là VIE ÉTERNELLE OBTENUE PAR l/UNION AVEC DIEU 371
Un homme, poursuivit Bouddha, avait été blessé par une flèche empoisonnée; ses parents et ses amis appelèrent un habile médecin, Si alors le malade avait dit : « Je ne veux pas laisser soigner ma blessure jusqu'à ce que je sache quel est l'homme par qui j'ai été blessé, si c'est un noble ou un brahmane, si c'est un vaisya ou un sùdra », ou bien s'il disait : « Je ne veux pas laisser soigner ma blessure jusqu'à ce que je sache comment s'appelle l'homme qui m'a blessé, quelle est sa famille, s'il est grand, petit ou de taille moyenne et à quoi ressemble l'arme dont il m'a blessé? » quelle serait la (in de cette aventure? L'homme mourrait de sa blessure?
Pourquoi Bouddha n'a-t-il pas appris à ses disciples si le monde était fini ou infini, si le saint dans l'au-delà survivrait ou non? Parce que la connaissance de ces choses ne conduit pas sur le chemin de la sainteté, parce que cela ne sert ni à la paix, ni à l'illumination. Ce qui sert à la paix et à l'illumination, Bouddha l'a appris aux siens : la vérité sur la souffrance, la vérité sur l'origine de la souffrance, la vérité sur la suppression de la souffrance, la vérité sur la voie de la suppression de la souffrance. « C'est pourquoi ce qui n'a pas été révélé par moi, Mâlunkyâputta, laisse-le demeurer non révélé et ce qui a été révélé, laisse-le être révélé ». »
Gautama veut sauver les hommes, non résoudre les questions cardinales de la métaphysique. On sait comment» dans le Sutta Nipâla, Bhagavat, le maître, oppose à tous les systèmes philosophiques sa doctrine du salut, du Nirvana.
Voilà pourquoi il ne faut pas rapprocher la doctrine bouddhique sur la vie éternelle du matérialisme des Cârvâka's plutôt que de l'idéalisme brahmanique. M. Childers a fait la remarque, dans son dictionnaire du pâli, sous le mot Nibbânam, qu'il y a dans les textes bouddhistes une double série de témoignages sur le Nirvana, dont les uns semblent indiquer une félicité éternelle, les autres, l'anéantissement de l'être dans la mort. Mais on ne peut conclure de ces derniers avec le P. Dahlmann', que « le bouddhisme professe dans le Nirvana