H. Oldenberg, Buddha, 2« éd., p. 307 é
ce qu'on ne peut nier ou affirmer par des paroles précises, se trouve pourtant exister comme un sentiment tacite, comme un faible souffle, que Ton peut sentir, mais que l'on ne peut pas définir. II n'y a pas là de forme divine. Mais le monde du Nirvana est plein de recueillement et de la paix de l'éternité. On sent les coups d'aile apaisants du grand repos de l'éternité et le cœur est rempli d'un sentiment religieux de soulagement et de paix. Le Nirvana est un monde divin sans Dieu, un don de Dieu sans donateur.
Le Nirvana, un bien religieux dans la vie actuelle. — Pour notre travail, il nous importe surtout de savoir que le Nirvana et les expressions analogues au Nirvana, désignent un bien religieux qu'on possède dans la vie présente, et qui contient l'assurance qu'on ne perdra rien dans la mort. Une fois le salut, mokça, gagné parla connaissance, les choses de ce monde ne troublent que peu le sage, jusqu'à ce que la mort corporelle achève sa séparation du Samsara, du mouvement circulaire de l'âme. Qu'on se rappelle l'image, souvent employée dans les textes du Vedânta, du tour du potier continuant son mouvement quelque temps après l'achèvement du pot 1 . Cela est évident aussi pour l'idée que se faisaient du Nirvana, longtemps avant Gautama, les philosophes dont le système ou les systèmes apparaissent dans les parties philosophiques de la grande épopée du Mahâbhàrata. Comme nous l'avons déjà indiqué, pour cette philosophie, le Nirvana consiste dans le Brahman. Il s'agissait de sortir du royaume changeant des guna's pour arriver à l'être même, au Brahman, il fallait abandonner le moi , gagner, par les exercices ascétiques des Yogin's, l'illumination soudaine : « Ce n'est pas moi qui agis, lorsque je vois, entends, sens, mange, etc. » ; il fallait devenir un témoin désintéressé [kûtastha) % t se plonger dans l'être sans qualité = sans guna. « Atteindre le Nirvana » et « devenir Brahman » sont identiques. Ces deux expressions signifient quitter le monde périssable et agissant des sarhskàra (sensibilité) et retrouver son être éternel, l'àtman, dans le Brahman. Or, « déjà