J. Dahlmann, L c, p. 147 ss
blée, multiple et agissante du monde, c est-à-dire à« l'être du firahman » (Brahmarûpatâ) déjà pendant la vie, au milieu des upâdhi's, des sens et des organes du moi empirique. On appelle ce stade Vupâdhisesa-Nirvâna. Mais le Nirvana absolu n'est atteint que par la mort, lorsque les upâdhi's n'existent plus et n'enveloppent plus l'âme. C'est le Nirvana sans upâdhi's, ariupâdhisesa-Nirvâna 1 . Dans le Mahâbhârata ces expressions : « le Nirvana avec upâdhi's » et « le Nirvana sans upâdhi's », ne se trouvent pas, mais le Nirvana nous y est décrit à plusieurs reprises, comme le calme glacial sur la côte au delà de la mer de l'actionet des changements, auquel on peutparvenir déjà dans cette vie*.
Pour la pensée bouddhiste authentique qui a développé, plus qu'aucune autre, l'idéal du Nirvana, cette idée d'un bien religieux actuel, possédé déjà dans cette vie, paraît être aussi ou même encore plus naturelle. Pour le vrai bouddhiste, la mort corporelle est complètement indifférente en ce qui concerne le salut. Car Gautama a mis de côté la métaphysique qui se trouvait au fond des écoles brahmaniques, savoir la doctrine de l'être véritable, infini du Brahman, cet être qui exigeait l'ascétisme farouche des Yogin's et la pensée sophistiquement subtile des Sâmkhyin's.
En effet le mot Nirvana est souvent employé dans le bouddhisme pour désigner le lieu ou l'état dans lequel entre le perfectionné par sa mort corporelle. La mort du Bouddha est appelée son Nirvana, le livre de sa fin : MahâParinibbâna-sulta, « le livre de la grande mort » ou « le grand livre de la mort. » Mais il n'y a pas de doute que pour Bouddha le Nirvana n'ait désigné proprement le nouvel état, causé par la connaissance libératrice de la cause de la souffrance et par celle de la délivrance. Alors le disciple se trouve en dehors du cercle
1. L. c, p. 158. L'on peut comparer le passage du Brahmajâlasutta, cité par M. Oldenberg, p. 290, note 1 : « Il y a, ô disciples, beaucoup de samanas et de brahmanes qui enseignent et croient : Quand le moi se meut, doué et paré de la jouissance des cinq sens, alors ce moi a gagné le Nirvana suprême, (dans le monde visible. » Cela montre combien il était naturel d'employer le mot Nirvana pour désigner un état actuel.