L'idée religieuse de l'immortalité en Grèce
a) Le culte de Dionysos et la théologie orphique , leur influence
sur les mystères cT Eleusis.
Le dogme de l'immortalité platonicien a, comme M. E. Rohde l'a montré 1 , ses racines dans le culte orgiastique de Dionysos en Thrace.
Le culte de Dionysos. — Hérodote savait que les Thraces rendaient « les hommes immortels ». Cela arrivait dans les violentes orgies du culte de Dionysos. Les serviteurs délirants du dieu devenaient natvdtècç, furieux, inspirés; ils étaient, à son approche, tirés hors de la vie consciente normale. Cette attraction de l'extase qui rend participant de la vie divine, se retrouve, à divers degrés du développement religieux, depuis les croyances et les rites des non-civilisés jusqu'au panthéisme le plus raffiné. Ce qu'il y avait de plus remarquable dans le culte des Thraces, c'est que le sentiment extatique de vie surnaturelle s'élendait par delà la mort. Persuadés que l'âme était divine, les Thraces mouraient avec joie.
Pour autant que nous pouvons pressentir les propriétés du culte de Dionysos chez les Thraces et pour autant que nous pouvons deviner leurs représentations de la vie éternelle et divine, nous y distinguons trois traits principaux qui étaient étrangers à l'esprit grec. 1° D'abord un caractère sauvage, orgiastique. Quand le culte de Dionysos se répandit soudain sur la Grèce entière, ce caractère fut changé. À Delphes s'unirent Dionysos et Apollon (Rohde). Dionysos reçut en partage un peu de la beauté de l'âme grecque, au moins dans les principaux endroits de culture hellénique. Son culte est devenu plus pondéré. L'extase devint une institution. Les deux autres traits auxquels je fais allusion étaient 2" le mépris de la vie terrestre et 3° le sentiment de sa propre impuissance et de la dépendance vis-à-vis des dieux. L'âme grecque d'ail* leurs ne laissait pas de répondre à ces deux sentiments.