‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 213 sur 242 · Psyché, !»• éd., II, 295 se · texte numérisé non relu

Psyché, !»• éd., II, 295 se

Là VIE ÉTBRNBLLK OBTENUE PAR L'UNION AVEC DIEU 379

La théologie orphique. — L'espérance de l'immortalité apparaît sous cette double impulsion, non seulement dans le culte de Dionysos dont nous venons de parler, mais aussi dans une forme de religion nommée d'après le chantre t h race Orphée, théologie orphique, et assez puissante pour former des associations libres en dehors des liens de famille et de classe.

Le mépris de la vie de la terre. — Assurément le sauvage mépris de la vie terrestre qui semble surtout avoir inspiré l'enthousiasme des fidèles de Dionysos, en Thrace, pour la vie divine, s'est adouci et s'est mêlé & une douce mélancolie devant ce que la vie a de passager. Or ce sentiment n'était nullement étranger à l'esprit grec; il est déjà frappant chez les héros d'Homère. Néanmoins on trouve continuellement dans l'orphisme une négation du monde et un sentiment du péché et de la coulpe qui sont étrangers à l'esprit grec. La théologie orphique —qu'il faut bien séparer des usages des charlatans, des orphéolélestes, méprisés de Platon, comme il faut séparer le noble culte de Dionysos du culte propagé sous le même nom dans les campagnes — enseignait « l'imperfection du monde, ses souffrances et son imposture » (P. D. Chantepie de la Saussaye). Les hommes sont composés d'une partie titanique et d'une partie dionysienne. Car des Titans morts, Zeus forma les hommes. Mais les Titans avaient avalé Zagreus, d'où procède Dionysos. Le corps impur et coupable est titanique ; l'âme doit en êlre délivrée, ce qui s'accomplit par la privation de viande, par d'autres procédés ascétiques et par des prescriptions de pureté. La vie impérissable est en opposition avec la vie terrestre et corporelle.

L'impuissance de l'homme* — L'homme ne peut pas par sa propre force se délivrer du monde du péché et de la corruption pour atteindre la vie éternelle; il ne le peut que par l'union intérieure avec le dieu libérateur. Aisvuso; Xwsj;, Xù- 9ioç, Oeoi Xifotot « L'ancienne confiance en soi des Grecs est brisée » (Rohde); l'homme pieux aspire à l'union avec Dieu que l'âme purifiée peut seule goûter, afin que le terrestre s'évanouisse pour lui. Dans la mort, la délivrance du terrestre sera consommée, Dieu libérera l'âme, qui méritera de l'être, d'une nouvelle naissance terrestre.

Ces deux traits du culte de Dionysos et de l'orphisme : le sombre sentiment de l'impureté et du peu de valeur de la vie terrestre, avec l'aspiration ardente au bonheur de l'extase, et la dépendance intérieure à l'égard de Dieu pour obtenir la délivrance divine, disparaissent quelque peu chez Socrate et chez'Platon, qui nous occuperont plus particulièrement dans la suite. L'enthousiasme pour la recherche de la vérité et la confiance qui en est issue, passent ici au premier plan. Mais dans l'hellénisme ils reprennent leur place. Pour un Philon, la félicité consiste dans la contemplation de Dieu, ici, on l'atteint dans la vie terrestre, par l'extase, où la conscience de l'homme s'évanouit dans la lumière divine (Schûrer), et elle s'achève par la délivrance du corps et des migrations de l'âme. La mélancolie de l'antiquité devant la mort et ces essais pour libérer les âmes de cette terreur se concentrent enfin dans un puissan accord, oui, nous pouvons dire dans une sorte de nouvelle religion, le néo-platonisme, qui réagit à son tour sur le christianisme.

Le culte d'Eleusis. — Les idées orphiques semblent de bonne heure s'être mélangées à un culte grec très ancien, les mystères d'Eleusis. Il y avait là également des jeûnes et des purifications. Les initiés étaient témoins de choses étonnantes qui assuraient un heureux sort après la mort. Le cul le d'Eleusis semble avoir reçu de l'orphisme une notion plus intime de l'union avec Dieu comme moyen et caution de la vie éternelle*. M. Jevons*, qui s'est aveuglé sur le totémisme, pense que l'union avec le dieu totem a été l'origine de ce culte. La foi en une félicité future, d'après lui, aurait été originairement l'assurance de l'union avec le dieu totem poursuivie même après la mort à l'aide de rites mystiques. Mais la croyance en la vie à venir n'a pas toujours commencé de cette façon, comme le pense M. Jevons. Dans plusieurs cas l'idée de la rétribution a fait naître l'attente de la félicité et des souffrances dans l'autre monde. Et il est certain que nous

1. P. Foucart voit dans les enseignements des mystères d'Eleusis sur la vie future une influence égyptienne, H. H. #., XXXI, 354. Est-il besoin d'aller chercher si loin?

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