An introduction to the history of religion, p. 365 s
LA VIE ÉTERNELLE OBTENUE PAR l' ON ION AVEC DIEU 381
n'avons pas besoin d'aller avec M. Jevons jusqu'au sémitisme pour trouver la pairie de celte foi ou pour expliquer l'apparition de la pensée de l'immortalité chez les Grecs. Cependant les mystères d'Eleusis, auxquels même des étrangers étaient initiés en grand nombre et qui eurent une nouvelle période de gloire jusque dans le ut* et le iv* siècle après J.-C, apportèrent à l'ancien monde la consolation en présence de la mort et la participation à la force mystique de la divinité, et le désir de ces bienfaits devint d'autant plus passionné que le pessimisme devenait plus général et plus intense. Nous lisons même sur une tombe à côté de la via sacra d'Eleusis, que la mort est un bien : tov Oivatov Ovy^oT; ou xaxov,
Dans les mystères d'Eleusis, dans le culte de Milhra, et dans d'autres mythes anciens, on développa ou l'on introduisit avec avidité la pensée que l'union avec la divinité libère l'âme, même dans la mort 1 . Dans une inscription de Nablus, datant du i er siècle de notre ère, il est dit que la morte deviendra la servante de l'épouse de Pluton, Koré. Donc elle doit avoir bon courage, ôapaei 1 . Non loin de cette tombe, environ à la même époque, avait surgi une nouvelle certitude de la vie éternelle; non plus sous forme de servante de la déesse de la mort suivant les enseignements des mystères d'Eleusis, mais comme l'enfant du Père céleste, par la foi en Jésus. Près du puits de Jacob, Jésus, d'après le quatrième évangéliste, quelques années plus tôt, avait enseigné à la Samaritaine que l'eau donnée par lui à ses disciples jaillirait en vie éternelle.
b) V union avec le divin comme vie éternelle dans
le Phédon.
Les pensées de l'immortalité dont nous avons trouvé le germe dans le culte de Dionysos, dans l'orphisme Ihrace et
1. Garl Maria Kaufmann, DU Jenseitshoffnungen der Griechen und Rômer naeh den Sepulchraiinschriften, p. 24.
2. Voir J. Réville, La religion à Rome sous les Sévères, p. 146 ss.
3. Ph. Berger, communication à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 21 juin 1808, XXVI, p. 48 ss.
382 LA VIE FUTURE d'aPKÈS LE MAZDÉISME
dans les mystères d'Eleusis ont donné leur plus beau et leur plus précieux fruit dans le Phédon de Platon.
On objectera peut-être que la certitude de l'immortalité dans le Phédon est une pure certitude théorique, fondée sur la connaissance spéculative de l'essence de l'Ame, sur une sorte de nécessité naturelle. N'y avons-nous pas trouvé le point suprême de l'évolution que nous avons étudiée dans notre premier chapitre, dans cette singulière doctrine de la continuation spiritualisée, qui se perd dans l'atmosphère nébuleuse de l'abstraction?
Assurément. Mais à côté de l'idée métaphysique de l'immortalité naturelle de l'âme 1 , et à côté de la nécessité morale d'une vie future*, nous avons déjà entrevu dans l'analyse du Phédon de Platon une troisième idée, la plus noble, au point de vue religieux, et la plus importante pour l'âme de l'auteur. L'immortalité n'a pas seulement son gage philosophique dans la nature métaphysique de l'âme qui subsiste après le corps et ne peut jamais périr. L'immortalité n'a pas seulement sa caution morale dans la nécessité du jugement et de la rétribution qui place le bon et le mauvais dans des lieux différents et dans des étals divers comme une récompense ou un châtiment. Elle a encore sa garantie religieuse dans le sentiment de délivrance et de bonheur suprême que l'amour de la sagesse produit déjà ici-bas, par la victoire sur le corps et par l'union avec le bon et le beau, avec le monde du divin. Ici même Platon s'inspire justement d'une croyance fort répandue de son temps, je veux dire des espérances de ceux qui pratiquaient le culte dionysien et de ceux qui étaient initiés aux mystères d'Eleusis- N'emploie-t-il pas les mots des consacrés : « Le purifié et le parfait demeurera avec les dieux », chap. 13, 20? Ne se compte-t-il pas lui-même, non seulement parmi le grand nombre des appelés, mais dans le petit nombre des élus? NapOrjxsçépct [xàv rcoXXof, fiityci Se t* rcaSpot, chap. 13. <c Beaucoup portent la baguette ', mais peu sont saisis du délire divin. »
1 Voir plus haut, p. 68 ss.