Voir H. Berlage, Theologisch Tijdschrift, XXXII
2. On se demande pourquoi Jésus n'a pas plutôt choisi un texte du Deutéro-Ésaïe, des Psaumes ou de Daniel. La raison est claire. Les Sadducéens ne reconnaissaient de l'autorité canonique qu'à la Tôrâh.
3. Voir Malan, Revue de théologie et de questions religieuses, 1895, p. 591.
chez quelques psalmistes, pages 349 ss. :Dieu est vie, j'appartiens à Dieu, la mort ne peut donc pas me causer de dommage. Luc a fait une addition qui, d'après la remarque de H. Holtzmann, dans le Handcommentar, rappelle un peu le passage 14, 8 de TÉpitre aux Romains, sans que la pensée de ce passage soit identique à celle prononcée chez Luc, 20, 38 : zav-reç vip ai?(5 ftoj'.v, chez Dieu, devant Dieu, en Dieu, il n'y a point de mort.
La nouvelle conception de Dieu qu'avait Jésus : « Mon Père céleste » et « votre Père céleste » avait une portée profonde pour l'intelligence du bien éternel et religieux consistant dans l'union avec ce Dieu.
4° Si Dieu est un père, la relation du fidèle à son égard est la foi, la confiance, et non pas la connaissance intellectuelle, ni l'absorption mystique. 2° Si Dieu est « notre » père, la vie éternelle en union avec lui comporte l'amour pour le prochain. Chez le Bouddha et chez Socrate, le commandement d'amour concerne le monde inférieur dont on se dégage dans la phase lapins élevée de la religion. 3° Si ce père est le créateur du monde et son Seigneur, la vie éternelle ne peut être comprise comme un état purement négatif vis-à-vis des choses qu'il a créées. La pensée de l'Évangile sur ce point a été bien résumée dans I Tim. 4, 4 : rav xTtdjjia 8soO xaXév. 4° Il est surtout remarquable que Jésus ne se confonde jamais avec les autres et ne dise jamais : « Notre Père ». Cela ne lui arrive même pas, quand il prononce la prière : « Notre Père », qu'il place dans la bouche de ses disciples*. Mais pour lui Dieu est « mon Père » et « votre Père ». Nous voyons déjà par là que Jésus réclame une situation particulière à l'égard du bien religieux qui doit vaincre la mort.
Cependant ce n'est pas chez les Synoptiques que nous trouvons les expressions les plus caractéristiques de l'expérience chrétienne originale de la vie éternelle en tant que propriété de la vie présente, mais chez Jean et chez Paul. « La vie » (Vj Ç(i)r 4 ) et « vie éternelle » (Ço>yj atamsç, sans article) paraissent souvent eu vérité chez les Synoptiques, de même que ces mots
1. Ainsi l'idée d'un médiateur n'est pas complètement absente même du Sermon sur la montagne, comme le prétend H. Oort daai Theologitck Tijdschrift, 1900 (XXXIV), p. 26.
étaient usités dans la littérature juive de ce temps; mais là ils s'appliquent à Y avenir. Cette vie éternelle appartient au nouveau monde qui est attendu. La vie éternelle déjà présente dans la vie actuelle est enseignée dans le quatrième Évangile et le contenu de l'idée, à défaut de termes, se trouve chez Paul. Chez tous deux, ce dogme est en étroite connexion aveo la foi en la messianitê de Jésus.
Plusieurs peuples ont nourri l'espérance qu'une époque arriverait où la mort serait vaincue. Nous avons examiné ces idées dans les chapitres 3 et 4. Ainsi, « selon le rêve chéri des brahmanes, après la consommation des siècles, la mort prendra ses vacances; l'homme régnera redevenu dieu, s'unira avec le ciel, et désormais, il n'y aura plus de souffrance, plus d'imperfection 1 . » Virgile avait emprunté àÉsaïe, par l'intermédiaire des Sibylles juives, les traits principaux de sa célèbre description de l'âge d'or à venir, dans sa quatrième Églogue*. Déjà avant, l'Àvesta avait enseigné qu'une époque viendrait où il n'y aurait plus de mort (Yasna, 48, 4). Seuls les adorateurs de Mazda et les Juifs et ceux qui reçurent d'eux leur foi rattachèrent cette espérance à un sauveur du monde dont ils attendaient la venue. Et seuls les Juifs qui reconnurent le Messie en Jésus ont cru que cette espérance s'est réalisée dans le présent.
La théologie juive du temps de Jésus n'était pas d'accord sur la question s'il n'y aurait plus de mort dans le royaume du Messie. On peut y distinguer deux courants : dans l'un, le royaume du Messie aurait une durée limitée; d'après l'autre, la mort en serait tout à fait bannio, car dans l'un on plaçait le royaume du Messie à « l'époque actuelle » dont il devait être la conclusion, dans l'autre le royaume du Messie appartenait à «l'époque future », «an oSwn*. Encore dans le Talmud (Sanhe-
drtn, 99 A) une masse d'indications contradictoires sont données sur la durée « des jours du Messie v »>. Siphrô, 131 a, et