Alex. Chodzko, Contes slaves, p
2. À. Sabatier, Note sur un vers de Virgile dans Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, Sciences religieuses, t. X.
3. S. A. Fries, Det fjdrde evangeliet och kebreer-evangeliet, 91, notel.
4. Oehler, von Orelli dans Herzog und Plitt, Realencyclopudie, i M éd., IX, 665.
P'slqtft', 29 a, limitent les jours du Messie à trois générations, nîTjT. Dans la 'Abôdâh Zarâh, 9 a, la durée du royaume messianique est beaucoup plus considérable : deux mille ans, laps de temps formulé dans un intérêt chronologique pour remplir les six mille ans du monde. La liste la plus complète, d après F. Weber ', est donnée dans Tanhumà' Ekeb, 7, où l'on indique les opinions qu'avaient plusieurs rabbins à cet égard. Ils donnaient àcette époque une longueur de 40 ou 100 ans, de 400 ou de 600 ans, de 1000 ou de 2000 ans ou enfin de 7000 ans. Cette diversité d'opinions remonte plus haut. Ésaïe, 65, 20, avait dit que dans la Jérusalem de l'avenir chaque nonmaudit atteindrait au moins cent ans, demeurant encore jeune. Nous trouvons au Livre de Hénoch éthiopien, chap. 23, dans sa plus ancienne partie (celle qui date du u 6 siècle av. J.-C, au moins d'environ Tan 100 av. J.-C), qu'à la fin la môme longue vie qu'à l'origine sera accordée aux hommes. Après le « grand jugement », les élus devront manger de l'arbre de vie et, ajoute Mikaël, « ils vivront une longue vie sur la terre, comme tes pères ont vécu : et dans leurs jours ni chagrin ni peines, ni ennui, ni calamité ne les affligera » (25, 6). D'après le IV e Esdras, qui date de l'ère chrétienne, le Messie et ses fidèles mourront après quatre cents ans pour ressusciter avec tous les morts.
Mais, depuis Ésaïe, 25, 8, il y a une idée plus répandue, c'est que la mort serait exclue pour l éternité du royaume du Messie. Gomme M. Fries l'a montré dans son intéressant exposé (/. c), cette idée est celle de la plupart des apocalypses de l'époque de Jésus-Christ. Les évangélistes aussi, par exemple dans la courte apocalypse des Synoptiques {Marc, 13; Matthieu, 24; Luc, 21), affirment que le royaume du Messie appartient au futur éon et que la mort en sera bannie. Jésus a dit que quelque-uns verraient le temps où la mort disparaîtrait (Marc, 9, 1; Matthieu, 10, 28; Luc, O, 27).
Si Jésus était le Messie, celte conséquence ne pouvait être évitée, que le règne de la mort était terminé, que la vie étemelle était présente', et en eiïet, on a tiré cette conclusion. Voilà la
i. Jùdische Théologie, 2 e édit., p. 372.
forme unique au cours de l'histoire des religions, sous laquelle l'expérience chrétienne et intime de la vie éternelle a d'abord pris conscience d'elle-même et s'est manifestée au monde, marquant la date la plus remarquable dans l'histoire des idées de la vie future. Jamais n'a été conçue une représentation plus féconde de la victoire de la religion sur la mort que cette idée en apparence paradoxale et inacceptable.
Il nous faut examiner ici quelle en a été l'influence sur les conceptions du quatrième évangéliste de rj (orf, et de Çorij atcovioç, et sur les idées analogues de Paul. Quoique la doctrine de Paul soit postérieure à celle de la souche originaire du quatrième Évangile, qui dérive, à mon avis, d'une conception plus simple que celle de Paul, nous commencerons par l'étude de ces épîtres pauliniennes ; car les lettres de l'apôtre Paul sont les plus anciens documents écrits que nous possédions du christianisme primitif. Ensuite nous aborderons les idées du quatrième Évangile sur la vie éternelle. Enfin nous aurons à examiner, si Jésus lui-même par ces paroles a fait naître l'idée que la vie éternelle est quelque chose d'actuel. Nous ajouterons une comparaison succincte de cette doctrine avec celle du Bouddha et celle de Socrate.
b) Paul.
On s'est beaucoup occupé de nos jours de l'eschatologie de saint Paul. MM. Kabisch et Teichmann y ont consacré des monographies remarquables, de nombreux ouvrages plus généraux s'en sont occupés. Un résultat important de ces travaux, c'est qu'on a découvert que l'expérience de la vie avait eu un effet visible sur la doctrine de Paul et, autant que je sache, M. Sabatier est le premier qui en a fait l'observation explicite. La conception de la vie future chez saint Paul offre un développement. Encore dans la lettre aux Thessaloniciens et dans la première aux Corinthiens (13), il croit que les vivants verront la venue de Jésus-Christ. Mais l'expérience de la vie l'a amené de plus en plus à la conviction qu'il devait s'en aller de ce monde comme les autres, mais que la mort ne lui causerait ni perte, ni dommage, car aussitôt après la mort
il serait uni au Seigneur. — Pourtant dans l'Epitre aux Philippiens, il parle encore de la possibilité de parvenir à la résurrection (3, 14) et à la transformation lors de la venue de Jésus-Christ (v. 21). — L'autre idée de l'apôtre est exprimée dans la seconde E pitre aux Corinthiens. Même si la tente terrestre de l'apôtre « est détruite »,il sait « qu'il a dans le ciel un édifice qui est l'ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n'a pas été faite de main d'homme » (Il Corinthiens, 8, 1). Eu vérité on ne saurait avec M. Teichmann attribuer à l'influence grecque cette évolution d'opinion. M. de Faye, dans la Revue de l'Histoire des Religions (XXXVIII, p. 394), a montré que Paul ne parle même pas dans cette deuxième Épllre aux Corinthiens de la délivrance de l'esprit de ses liens corporels selon la conception hellénique. Mais bien au contraire, il redoute qu'à la mort il ne soit trouvé nu et non habillé (II Corinthiens, tf, 3 : ei' ys xai èvSuffijJLCvoi ou Y'-^voi eypeOr^oixeOa). Paul a toujours conservé la pure croyance juive que l'âme, même dans la vie future, posséderait un « corps », un organe. Eu vérité, dans la première Épttre aux Corinthiens ( Itf), il repousse la pensée 1 grossière qu'en Christ ou dans la résurrection chrétienne, le corps puisse être le même que celui qui est couché dans la tombe; mais il n'a pas abandonné l'idée qu'il put y avoir alors un corps spirituel, <jà>[ju zvsjjji.aTiy.5v. Les raisons du développement de la doctrine de Paul sur la vie future ne sont pas hors de lui, mais en lui. D'une part, il a vu plusieurs fois la mort de près; d'autre part et surtout il a conscience d'être dans les mains de Dieu, grâce au Christ, sans que rien ne puisse prévaloir là contre. Aussi ne fut-il point scandalisé quand les années passèrent, que ses amis moururent, que son corps mortel vieillit et s'affaiblit, sans que le Seigneur eût paru dans la nuée. Sa confiance en la vie éternelle n'en fut point ébranlée. 11 exprime ainsi son bien éternel : « Car j'ai l'assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations» ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre
1. Luther s'oppose aussi à la resurrectio carnisei veut mettre à la place la résurrection du corps (Le Grand Catéchisme, troisième article du Symbole apostolique).
créature, ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur » {Rom. 8, 38, 39).
Paul ne s'est pas contenté d'exprimer sa certitude inébranlable; suivant son tempérament de rabbin et de théologien, il a voulu en formuler une doctrine systématique. Gela n'a pas été fait par l'emploi de ce terme : « vie éternelle » qui, dans toute la littérature paulinienne comme chez les Synoptiques et dans l'apocalyptique juive désigne la vie future (Rom., 6, 23; TU. 3, 7; I Tim. i, 16; II Tira. 1, 1; Rom. 8, 21, cfr. verset 17, où cependant le lien intérieur de la vie future avec la vie en Christ est visible). Mais Paul désigne, comme la littérature johannique, les oppositions de la vie religieuse dans le monde présent par les mots vie et mort (Rom. 7 9 10; 8, 2), Notre vie est cachée ici avec le Christ en Dieu ; lors de la révélation du Christ, cette vie sera manifestée en gloire (Col. 3, 3 s.).
Paul a formulé sa doctrine originale de la suppression de la mort pour le chrétien et de l'éternité de la vie en Dieu, d'une tout autre manière, en accord avec sa prédication du « Christ crucifié ». II Cor., S, 14-17, en est le passage fondamental. L'analyse magistrale que le D r H. P. Berlage a donnée de ce passage dans le numéro de juillet 1898, p. 343 ss. du Theologisch Tijdschriftj m'a fait reconnaître dans la théologie de Paul sa conception authentique de la vie éternelle réalisée dès ici-bas par Punion avec Dieu. J'ai été confirmé ainsi dans l'opinion que le développement général de celte idée m'avait suggérée et qui avait déjà éclairé pour moi l'Évangile d'une vive lumière. Voici les paroles de Paul : « Un seul est mort pour tous, tous donc sont morts : et il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. Ainsi, dès maintenant, nous ne connaissons personne selon la chair ; et si nous avons connu Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de cette manière. Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » Ce que le vénérable exégète hollandais a mis en lumière et ce qui est remarquable en effet, c'est que le verset 15 qui commence par
t'va, « afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mômes, mais pour lui, » n'est point une exhortation morale à vivre dans un nouvel esprit, mais dépeint positivement un état nouveau dans lequel se trouve le chrétien, grâce à la mort de Jésus, aussi nettement qu'il s'agit d'un état, dans la pensée correspondante : « Tous sont morts, quand il est mort pour tous. » La mort de tous et la vie de tous sont deux faits religieux que Paul constate et qui ont leurs raisons dans la mort etdans la résurrection du Christ ; ces expressions ne désignent pas ici des dispositions morales, dont il faudrait éviter Tune et acquérir l'autre. Selon l'opinion de l'apôtre, la mort devait arriver. La mort est le salaire du péché. Puisque tous ont péché: par une nécessité à laquelle on ne pouvait échapper, tous devaient mourir. C'est en effet ce qui est arrivé. Mais comment? Le Christ est mort pour tous et en fait, par sa mort, tous sont morts. Le tribut a été payé à la mort*. Les vivants ne vivent pas plus longtemps la vie de la chair, qui appartient à la mort, mais ils vivent la vie du Christ. Une nouvelle époque a commencé par la mort du Christ et par sa résurrection. Paul et les chrétiens ont dépassé la mort. Le seul point sur lequel je ne sois pas d'accord avec le D r Berlage, c'est sur l'étendue que Paul donnait à cette délivrance de la mort ; M. Berlage pense que Paul retendait à toute l'humanité. Les paroles de Paul, vers. 17 : « Si quelqu'un est en Christ », rendent possible, me semble-t-il, la supposition qu'au verset 14, il ne parle que de ceux qui ont la foi 1 . Dans la mort du Christ et dans sa résurrection et par cette mort et cette résurrection, qui donnent une connaissance spirituelle du Christ, telle que l'apôtre Ta acquise sur le chemin de Damas, chacun de ceux qui sont dans le Christ devient une nouvelle créature. « Les choses anciennes sont passées, voici toutes choses sont devenues nouvelles. »
N'est-ce point là le langage bien connu de l'eschatologie,
1. « Le salaire du péché, c'est la mort. Le pécheur qui subit la mort a payé sa dette. » A. Sabatier, L'apôtre Paul, 3« éd., p. 404.
2. « Le Christ meurt pour faire mourir les pécheurs avec lui... Eu effet, l'apôtre répète à chaque ligne que le pécheur par la foi meurt réellement avec le Christ, Rom., 7, 4; Gal. 9 2, 20; Rom. } 6, i-8,etc. », l. c.
celui des désirs et de l'espérance ? N'est-ce pas une idée correspondante à celle de l'Apocalypse de Jean (21, 5) : « Vois, je fais toutes choses nouvelles » et à l'espérance de nouveaux cieux et d'une nouvelle terre exprimée dans l'Apocalypse de Jean (21) et dans la seconde Épître de Pierre 1 . Ce qu'il y a de remarquable, c'est que les mêmes expressions qui dans l'apocalyptique juive et chrétienne désignent les événements de l'eschatologie future sont employées par t apôtre des Gentils comme si ces faits se fussent passés déjà dans et par la mort et la résurrection de Jésus-Christ. C'est la traduction paulinienne de la foi chrétienne primitive. Jésus est le Messie, donc le temps de la mort est terminé. Pour Paul le plus grand événement de sa vie n'était pas sa propre mort qui était à venir, mais la mort de Jésus qui était passée. Jésus étant mort pour lui, il n'y a plus que vie pour lui, vie dans le Christ vivant. La disparition de Paul devient un événement secondaire, qui ne comporte aucun changement important, puisque Paul appartient au Seigneur et non pas à lui-même ni aux conditions changeantes de la vie. L'apôtre exprime la même certitude dans Tépître aux Romains (14, 7-9) : « car Christ est mort et il a vécu afin de dominer sur les morts et sur les vivants. » C'est pourquoi « nul d'entre nous ne vit pour lui-même. Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur ».
La ressemblance entre la doctrine de Paul que nous venons de mettre en lumière et la vie éternelle, par la foi en Jésus - Christ, telle que Jean l'a conçue, est visible dans l'Épître aux
1. Il en est de même pour le don de V esprit qui, d'après Joël et la tradition apocalyptique, sera le signe des temps suprêmes et qui pour Paul est quelque chose de présent, la propriété actuelle du chrétien et le gage qu'il reçoit de la vie éternelle. Dans son ouvrage. Die Wirkungen des Heiligen déistes, H. Gunkel a marqué le lien étroit qui existe entre l'esprit, le royaume de Dieu et le Messie, la signification eschatologique de « l'esprit », dans le christianisme primitif. Cette parole de Matthieu, 12, 28 : « Si c'est par l'esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc veau vers vous », suppose (Gunkel, p. 59) la pensée que là où l'esprit est avec ses effets, là est déjà le royaume de Dieu.
402 LA VtK FUTURE d'àPRÈS LE MAZDÉISME
Galates, 2, 20 s. L'apôtre a « élé crucifié avec Christ et ce n'est plus lqi qui vit, mais le Christ vit en lui. » Dans la phrase suivante l'apôtre assure qu'il vit dans la foi au Fils de Dieu. Cette pensée de Paul revient plus d'une fois, elle est de plus en plus claire. Il demande aux Corinthiens s'ils ne reconnaissent pas que Jésus-Christ est en eux, « car de même que nous avons part à sa faiblesse, nous vivrons avec lui par la puissance de Dieu » (H Cor. |3, 4). Pour Paul, la vie est le Christ. La valeur de la vie terrestre dépend de la mesure dans laquelle elle est un moyen de servir le Christ. La mort est un gain, car alors est consommée l'union avec le Christ (Philippiens, 1,21 s.). La vie glorieuse de Jésus-Christ se révèle dans le corps mortel des croyants. L'homme intérieur grandit et l'homme extérieur s'efface petit à petit. Nous suivons avec intérêt les ressemblances nécessaires, peut-être même les lointains rapports historiques, qu'il y a entre le noble Grec, dont nous venons d'analyser les idées à propos de la mort, et la pensée de Paul quand il décrit les conditions delà victoire sur la mort : non pas regarder aux choses du temps qui se voient, mais aux choses éternelles qni ne se voient pas (II Cor., 4, 18).
Le lecteur n'est peut-être pas encore pleinement convaincu que cette nouvelle vie, victorieuse de la mort, dans la seconde Epître aux Corinthiens, », et dans toute l'œuvre de Paul, doit être regardée comme un état véritable, un fait, une forme de l'être religieux, un don du Christ ; on peut s'imaginer que Paul prononce ces mots comme un idéal moral, comme le but d'un effort accompli, une vertu à la pratique de laquelle sont exhortés les chrétiens, de même que Socrate invite ses disciples à cultiver la philosophie pour élever leur âme à l'immortalité. L'expression de Paul devrait alors être rendue non par : vous avez une nouvelle vie, mais par : vivez une nouvelle vie 1
Sans doute la nouvelle vie contient un devoir moral. Paul dit aux Éphésiens (4, 24) : Revêtez-vous de l'homme nouveau ; mais ce devoir a sa base dans la nouvelle existence déjà possédée. Il n'y a pas de doute qu'elle ne contienne d'abord le fait d'une nouvelle vie qu'onl produite la morl du Christ et sarésur-
rection et ensuite une nouvelle conduite morale, la première étant la condition de la seconde. Les passages principaux sur lesquels nous nous appuyons pour soutenir cetle idée sont : TÉpître aux Galates, B, 25 : Si nous vivons par l'esprit, marchons aussi selon l'esprit; Épître aux Homains, 6, 4, 11 : Nous sommes morts par la mort du Christ, nous sommes vivants pour Dieu en Jésus-Christ ressuscité, « donc que le péché ne règne point en vous » (12); enfin les versets 20 et suivant du deuxième chapitre de l'Épttre aux Colossiens : « Si donc en fait vous êtes morts avec Christ, pourquoi vous laissez-vous imposer ces préceptes du monde, comme si vous viviez dans le monde » ; et3j 1 s. : Vous êtes morts (quand Christ est mort), vous êtes ressuscites avec Christ; donc affectionnez-vous aux choses d'en haut et non à celles qui sont sur la terre, aussi bien que (d'une façon éthique) vous marchiez autrefois dans les mauvais désirs, lorsque vous viviez en eux. Avec de légères modification la même idée est exprimée dans TÉpître aux Ëphésiens, 2.
La base religieuse de la doctrine de Paul saute aux yeux, c'est son expérience de la puissance de Dieu. La différence qu'il y a entre les conceptions de la vie éternelle que nous avons étudiées jusqu'àprésent dans ce chapitre, et celle de Paul, c'est que pour lui Jésus est le dispensateur de ce bien. Mais d'où vient la forme particulière de la doctrine de Paul? Jésus est mort et il vit, c'est pourquoi le règne de la mort est terminé. Il ne faut pas nous laisser égarer par le fait que Paul donne pour cause à la disparition de la mort, uniquement la mort et la résurrection de Jésus. La raison en est dans ce qui était arrivé à Paul sur le chemin de Damas, événement qui a donné son caractère à toute sa religion et à toute sa théologie. Le Christ qu'il connaît n'est pas le Christ selon la chair, mais le Christ crucifié. C'est lui seul qu'il prêche (I Corinthiens, f , 23). Il y a quelque chose de vrai dans les reproches que les Homélies Clémentines mettent dans la bouche de Pierre. Il dit que lui qui a vu, suivi et entendu Jésus pendant si longtemps doit mieux le connaître que Paul qui en a reçu tout au plus des révélations spirituelles. Paul avait compris plus profondément que Pierre l'esprit de l'œuvre de Jésus. Mais pour
Paul la mort et la résurrection de Jésus renfermaient tout ce qui tient à sa vie et à sa personne. Gomment Paul peut-il, comme nous l'avons vu, appliquer au temps présent ce que les apocalypses ont annoncé comme appartenant à la messianité future ? Comment l'ancien peut-il être passé et le nouveau être arrivé? La conclusion de Paul : Jésus est mort sur la croix, donc il n'y a plus de mort pour nous — est la traduction paulinienno de l'inévitable conséquence de la foi en Messie : le Messie est là, donc il n'y a plus de mort, interprétation qu'a rendue nécessaire le fait surprenant que le Messie a été crucifié \
C'est une idée du même genre, quoique différente en ellemême, que nous trouvons chez l'auteur de la Lettre aux Hébreux; il enseigne que Jésus, par sa mort, a anéanti le seigneur de la mort, le diable, et en a délivré tous ceux qui, par la crainte de la mort, étaient toute leur vie esclaves de la mort (chap. 2, 15); de même la première Lettre de Pierre marque ainsi les liens entre la mort et la résurrection de Jésus d'une part, et, d'autre part, la vie éternelle déjà commencée ici-bas chez les chrétiens : « Béni soit Dieu, le père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a fait renaître, en nous donnant une vivante espérance par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts. »
Mais le christianisme primitif nous offre-t-il cette pensée, même dans sa forme la plus simple, sans la rattacher au changement apporté par la crucifixion du Messie? Je crois que si nous n'admettons pas qu'elle y soit contenue, nous ne pouvons même pas comprendre la doctrine de la littérature
i. «La christologie paulinienne ne consiste ni dans un simple transfert des attributs messianiques à la personne de Jésus, ni dans l'application à cette personne de notions métaphysiques empruntées à la philosophie d'Alexandrie. C'est une doctrine essentiellement originale, dont le point de départ est dans le fait même du salut ». Auguste Sabatier, L'apôtre Paul, 3* éd., p. 354 : « L'ère nouvelle pour Paul ne commence pas >» à la venue du Messie, « à l'incarnation du Christ, mais seulement à sa résurrection. C'estsa croix qui fait la séparation des deux âges *; l. c, p. 416.
Néanmoins l'élément nouveau dans la prédication de Paul aux Juifs était bien la messianité de Jésus. W. Baldensperger, Der Prolog des vierten Rvangeliums, p. 97 s.
johannique sur la vie éternelle. La question mérite un sérieux examen.
c) La littérature johannique.
Dans l'Évangile de Jean la vie éternelle est la propriété actuelle des croyants \ « Celui qui croit a déjà la vie éternelle » (3, 16; tt, 24; 6, 40, 47, 54; comparer 8, 39) ; « a passé de la mort à la vie » (8, 24) ; « vivra pour l'éternité » (6, 51) et ne mourra jamais; oui, vivra, même s'il meurt (H, 25- 26). « Celui qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle » (12, 25). « La vie éternelle, c'est de connaître Dieu et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ » (17, 3). « Celui qui ne croit point est déjà condamné » (3, 18), n'a pas (la) vie en lui (6, 53). Dans la première Épitrede Jean est exprimée la même pensée : « Dieu nous a donné la vie éternelle et cette vie est dans son Fils; qui a le Fils a la vie » (8, 11 s.). « Vous avez la vie éternelle vous qui croyez au nom du fils de Dieu » (v. 13). « Nous sommes en ce vrai Dieu par son Fils Jésus- Christ. C'est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle » (v. 20). Cette vie éternelle présente a un lien nécessaire avec lapmwme de Jésus. Chacun de ceux qui croient en lui (ev xjtw, Jean, 3, 15; ou sîç ajTov, 3, 16, 18 ; comparer v. 36 ; 6, 47 ; 11, 25 s.) a une vie éternelle. Celui qui entend sa parole et qui croit en celui qui l'a envoyé a la vie éternelle (8, 24). Si l'on ne croit pas qu'il est celui qu'il est, c'est-à-dire le Christ, on meurt dans son péché (8, 24). Ses paroles mêmes sont esprit et vie (6, 63) ; elles deviennent une source d'eau jaillissante en vie éternelle pour ceux qui le reçoivent (4, 14). Il est même le pain de vie (6, 35, 41, 48, 51; comparer, 6, 27). Si quelqu'un ne mange point de ce pain, de cette nourriture spirituelle, qui consiste à croire en
1. En fait, on ne trouve pas dans l'Évangile de saint Jean comme dans les Synoptiques, des passages qui parlent d'une rétribution immédiatement après la mort, conception qui avait précisément des rapports avec la pensée hellénique.
Mais le quatrième évangéliste met dans la bouche de Jésus des paroles sur la résurrection au dernier jour, sur le jugement la félicité, des punitions (par exemple, 3, 18; 5, 25; 14, 3; 15, 6) qui ne se réaliseront que lors de la venue du Messie dans sa gloire.
406 LA VIE FUTURE d'âPUÈS LE MAZDÉISME
Jésus, il n'a point la vie éternelle (6, 51, 53, 54). Encore plus frappantes sont les paroles adressées à Marthe, à Béthanie : « Je suis la résurrection et la vie » (II, 25). Son œuvre est intimement et indissolublement liée avec celle de Dieu. La vie éternelle consiste à les connaître tous deux (17, 3). Si quelqu'un sert le Fils, il sera honoré par le Père (12, 26). Celui qui hait le Fils, hait aussi son Père (15, 23). Dans l'Évangile de Jean, les Juifs ont l'impression que Jésus se présente comme Dieu (10, 33).
Le problème se pose ainsi pour nous : Est-ce comme Logos ou comme Messie quo Jésus dispense la vie éternelle?
1° Pour ce qui regarde le nom du bien que Jésus dispense, ce n'est pas a l'immortalité » grecque, mais la « vie éternelle » des Juifs qui se trouve dans le quatrième Évangile.
L'Évangile de Jean n'a d'ailleurs pas créé les expressions de « vie éternelle », et « la vie » employée dans le même sens que « vie éternelle ». Nous les avons déjà vues chez les Synoptiques. « Vie éternelle » désigne, suivant la remarquable analyse de G. Daim an 1 , que nous lui empruntons, la félicité à venir des fidèles après la résurrection à partir du Livre de Daniel. Nous avons eu occasion de parler du Psaume 16, 11, (page 351) où « la vie », la voie qui conduit à la vie, semble déjà posséder, comme notre « vie éternelle », tin horizon infini. Depuis le Livre de Daniel, les expressions, « vie éternelle », et plus tard « la vie » au même sens fécond, sont employées assez souvent dans la littérature apocalyptique et dans la littérature juive en général. « La vie en ce sens est expliquée par l'expression, usitée plus tard dans le Talmud, de « la vie du futur éon », de l'époque future. Dans les Synoptiques, vie éternelle ou la vie est définie par Jésus « comme un bien qui un jour sera le partage des justes, tandis que les impies seront détruits» (Dalman). La «vie » éternelle» est un bien présent dont on hérite [Matthieu, 10, 29) ou qu'on reçoit (Matthieu, 19, 16). C'est en même temps un état où Ton peut parvenir (Matthieu, 28, 46), et dans lequel on peut entrer (19, 17). L'état contraire, c'est d'aller dans la Géhenne (Matthieu, &, 30), ou bien