D. Vôlter, dans Theologisch Tijdschrift, XXXIII
l'âme purifiée » (aaôeorov xal â6ava?ov xo iïfi xexa6apiiivi£ axpa>ç + U X^Ï^ V °Ç» O u ^ r€rum divinarum haeres,!, 513).
2° Plus importante est l'analyse Au contenu delà conception de « vie éternelle » chez Jean.
La parenté entre l'esprit de Philon et celui du quatrième Évangile se révèle en ce point comme en tant d'autres. Quoi que l'on pense du quatrième Évangile, on ne saurait méconnaître que sa forme actuelle présente une forte couleur hellénique. Mais je ne puis, avec M. J. Réville, faire sortir la « vie éternelle » johanniquede l'hellénisme. Plus j'examine les deux doctrines, plus leur différence foncière me frappe, et cet éminent savant dans son livre sur La doctrine du Logos dans le quatrième évangile et dans les œuvres de Philon, nous montre justement la différence enlre les deux séries d'idées par la précision de sa méthode et de ses citations, contrairement à la thèse qu'il défend.
Dans Philon nous reconnaissons l'écho du Phe'don. La vie corporelle est un mal, la mort en est la délivrance. « Le fait d'être étranger à la créature est un motif pour être de la maison de Dieu (De post. Caini, 1,251). Cependant l'homme, tant qu'il est sur cette terre, doit rester dans ce monde, dans cette chair *. » Nous avons dans le traité : Quod a Deo mittantur somnia, I, 645, une description qui donne une idée très nette de la doctrine de Philon. Il écrit : « Ayant quitté le lieu céleste, l'âme est allée dans le corps comme dans un pays étranger (etç Çévtjv ^wpav). Mais le père lui a promis qu'il ne permettra pas toujours qu'elle reste emprisonnée (xaôetpYjiiviQv), qu'il brisera miséricordieusement ses chaînes et qu'il l'amènera dans son ancienne patrie ». « La mort conduit l'âme des sages à l'immortalité »(/. c, 1.513, d'après M. Réville, p. 128)*.
Où le quatrième évangéliste fait-il allusion à l'exil de l'âme
1. Jean Réville, La doctrine du Logos dans le quatrième Évangile et dans les œuvres de Philon, p. 83.
2. a Die Auffassungdes Verhàltnisses von Gott und Welt im 4. Evangelium ist nicht die philonische. Daher ist auch die Logoslehre dort in wesentlichen nicht die Philo's ». A. Harnack, Dogmengeschichte, 3 e éd., I, p. 109, note 2.
la. vie éternelle obtenue par l'union avec dieu 409
ou aux chaînes de l'âme dans la vie corporelle 1 ? Quand parlet-il de la vie de la terre comme d'un mal et de la mort comme d'un bien? Au contraire, il dit que celui qui croit ne verra pas la mort. Pourquoi Jésus fait-il sortir Lazare de la tombe? Pour Philon et pour les Grecs, c'eût été la plus mauvaise action envers Lazare que de le rendre à l'existence corporelle. Dans la doctrine de Philon, c'était une inconséquence que de ne pas se suicider. « Jésus a toujours fait ressortir la gloire de la vie » \ De même que dans le récit de la scène de Gethsémané dans les Synoptiques, Jésus tremble devant la mort, d'après Jean, Jésus s'écrie : « Maintenant mon âme est troublée, Père, délivre-moi de cette heure » (12,27). Et pourtant Jésus avait le pressentiment, d'après Jean comme d'après les Synoptiques, que selon les desseins de Dieu, cette mort devait être « la rançon de beaucoup ». Combien cet effroi naturel ne devait-il pas être indigne d'un sage qui savait que la mort le
1. Au chapitre 6, v.63, ré va ngé lis te ne veut pas dire que la chair ou le corps soient des maux au sens hellénique de cette expression, mais tout simplement qu'on devait comprendre les paroles imagées dont Jésus venait de se servir d'une façon spirituelle et non pas grossièrement et àla lettre. Cette forme de langage est parfaitement juive ; il n'est pas nécessaire de voir là une influence hellénique ou gnostique. Mon ami, M. S. A. Fries, me fait remarquer les paroles que le Livre de Jésus, Gis de Sirach, met dans la bouche de la Sagesse, chap. 24, 20 : « Ceux qui me mangent auront toujours faim (de moi) et ceux qui me boivent auront toujours soif (de moi). » Il m'indique aussi que le savant suédois Hallenberg, dont le livre sur l'Apocalypse de saint Jean, publié il y ajuste un siècle, a déjà attiré notre attention, donne (t. I, p. 401 ss.) plusieurs parallèles qui montrent que l'expression : « remplir l'estomac de viande, de pain, de poisson, de lait, de miel » (mais jamais de sang !) dans le temps messianique veut dire : s'appliquer à la loi et à la sagesse. Comparez Ifagigâh, fol. 14, col. 1 : Dnb"rôtto bb Is. 3, 1 : « Illi sunt magistri doctrinae, sicut dicitur, venite
et comedite de pane meo. » Donc : manger du pain de quelqu'un veut dire (dans la langue imagée) : se servir de l'enseignement de quelqu'un. Viande, nourriture, pain, etc., désignent la doctrine, l'enseignement. Dans la manne, on a le goût de la viande, du pain, du poisson d'après ce qui est affirmé dans MehUtd 1 in Ex. 16, 23. Dans la nourriture céleste, la manne, « anima invenit requiem et vitam (sic!) et educit benevolentiam a Deo », Yômd\ VIII, fol. 75, col. 2. Communication de M. Fries dans une lettre du 22 janvier 1900.