‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 223 sur 242 · J. Watson, The Expositor, fifth séries, X, p · texte numérisé non relu

J. Watson, The Expositor, fifth séries, X, p

libérerait du corps ! L'évangile johannlque n'aurait jamais dit avec Philon (De migr. Abrah., I, 437; Jean Réville, /. c, 27) que l'esprit humain est enfermé dans le corps humain comme dans un sépulcre. Non, Jean dit : La Parole (à Xéyoç) a été faite chair } tandis que chez Philon la matière est la cause du péché et de la mort. Jésus ne demande pas à son Père de retirer du monde ses fidèles (17, 15). Jamais, dans le quatrième Evangile, le péché ne vient du corps. Les chaînes dont il est parlé au chap. 8, 32 ss., sont d'une tout autre sorte. L'idée hellénique regardant la vie corporelle devait promptemeut se répandre dans l'Eglise, mais cette influence n'avait pas encore eu lieu lors de la rédaction du quatrième Évangile.

Je trouve entre la doctrine d'une vie éternelle chez Jean et celle de l'immortalité de l'âme purifiée du corps dans Philon, la même différence foncière, que réminent auteur qui a traité tout particulièrement de ces choses, M. J. Réville, a remarquée entre l'esprit du quatrième Évangile et celui de l'œuvre de Philon, mais à l'égard d'une autre doctrine (p. 137) : Le Christ a donné sa chair, sa vie pour le salut des hommes d'après le quatrième Évangile. « Ici nous touchons à un domaine où la pensée évangélique, dominée par l'histoire de Jésus de Nazareth, est sans analogie aucune avec les idées de Philon ».

A cette différence profonde entre un esprit pour lequel la vie corporelle est le principal obstacle de l'immortalité, et une foi qui domine tout, même ce qu'il y a de pire, la mort, se joint celle-ci que la vie éternelle chez Philon n'est pas au même degré que dans l'évangéliste une propriété actuelle; elle est regardée plutôt comme un sort futur et comme une récompense de la vertu qu'on attend (Deprofugis, I, 557; De ebrietate, I, 379, etc.).

3° Le prologue du quatrième Évangile fait de Jésus le Logos pour le glorifier, et ce n'était que le premier signe de ce qui devait arriver dans le christianisme grec. Il est indubitable que le Christ dont parle l'Évangile est habillé d'un grand nombre des vêlements du Logos 1 . Mais, néanmoins on ne sau-

1. Sur la différence entre le Logos du prologue et la christologie de

rait nier qu'au fond il ne s'agisse du Messie juif. Dans Philon, l'immortalité, jusqu'à un certain point, est liée au Logos. M. Jean Réville cile à ce propos, entre autres passages, De profugis, I, 554 : « La meilleure définition de la vie immortelle, (c'est de dire) qu'elle est dominée par l'amour et la passion incorporelle et immatérielle de Dieu »; et De profugis, I, 557 ss. : « Est-ce que la vie éternelle ne consiste pas à se réfugier auprès de l'Être, la mort à s'en détourner? il excite

donc celui qui est capable de faire la course, à tendre sans relâche vers le Logos très-haut de Dieu, qui est la source de la sagesse, afin que, puisant à même, il trouve comme récompense la vie éternelle k la place de la mort ».

M. J. Réville en tire cette conclusion 1 : « c'est le Logos qui procure la vie éternelle à ceux qui s'adressent à lui. Toutefois sur ce point, on constate un double courant dans la pensée philonienne. D'une part la vie éternelle est le couronnement de l'éducation spirituelle (De ebriet., I, 379), la récompense de la vertu acquise par le concours de l'enseignement de la nature et de l'exercice, conformément au système de préparation à la vie supérieure...; d'autre part elle est le fruit direct» immédiat, de la réceptivité de l'âme pour la Parole divine ou le Logos, comme dans le quatrième Evangile. D'après 3 Leg. alL, I, 120, la seule condition de la communication du Logos divin, c'est que l'âme soit exempte de passions et de vices (cfr. De post. Caini, I, 233). Quiconque n'obéit pas au Logos, qui est pour l'homme un accusateur intérieur et un guide, quiconque préfère ses propres pensées aux prescriptions du Logos, sera victime de la perdition par suite de ses passions (Quod D. immuL) I, 299) tandis que ceux qui reconnaissent le Logos comme le père des hommes, vivent d'une vie heureuse (De conf. ling. f I, 411 ; cfr. IV Quaest. in Gen.> p. 284 ; — I Quod a D. mitt. somnia, I, 633). »

Combien plus directe et plus intérieure que cette déduction n'est pas, dans le quatrième Évangile, le lien entre « vie éler-

l'évangile, voir A. Harnack, dans Zeitschrift fur Théologie und Kirche, 1892, p. 189 ss.

nelle » ou « la vie » et Jésus. Pourquoi est-il nécessaire que la vie éternelle se trouve dans l'union avec Jésus-Christ? Non parce qu'il est le Logos, mais parce qu'il est le Christ. Une seule citation suffît à le prouver; qu'on lise la réponse de Marthe aux paroles de Jésus : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela'! » (Jean, il, 25-26.) A cette question Marthe répond oui. Mais qu'on prenne garde à la forme que prend son affirmation : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde. » Elle croit que le pouvoir de la mort est terminé et que le temps de la vie éternelle est arrivé, par cette raison que le Christ est venu dans le monde. C'était bien la conclusion simple et hardie de la théologie messianique, qui enseignait que le Messie doit demeurer éternellement (Jean, 12, 34), et ses saints avec lui 1 .

4° Dans les paroles de Jésus à Marthe (II, 25 s.), il semble qu'il s'agisse de la vie corporelle et de la mort corporelle. « Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi vivra quand même il serait mort, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais». Aussitôt après est racontée la résurrection de Lazare; le verset 25 ne s'y rapporte-t-il pas? M. S. A. Fries* montre que l'on ne remarque pas assez le mot xov, « quand même ». Cela veut dire que ce n'est pas normal, que les fidèles du Christ meurent. Mais, même si cela arrive comme pour Lazare, ils revivront comme lui grâce au Messie. La règle est : Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.

Cette pensée hardie semble inacceptable : c'en est fait de la mort, tous vivront ; mais si on l'a une fois vue dans les paroles de Jésus il semble encore plus déraisonnable de rejeter ce sens malgré la difficulté, non, l'impossibilité, où Ton est de le mettre en accord avec d'autres passages de l'évangile. Le rédacteur de cet évangile a, autant que nous, trouvé cette pensée paradoxale et hardie. M. S. A. Fries, aux remarquables

1. Comparez Dan., 7, 27. E. Schûrer, Geschichte des jûdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi, 2 a éd., t. II, p. 543.

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