L'apôtre Paul, 3' édition, p. 35?; voir p. 342 s
du prochain. Nous ne pouvons ici qu'indiquer cette profonde et saisissante opposition.
La puissance de l'Évangile brise indifféremment tous les liens qui mettent obstacle au bien éternel. Ainsi nous pouvons comprendre certaines paroles de Jésus : « haïr son père et sa mère » ; mais cela ne s'applique pas à l'amour de l'humanité comme tel. La félicité est comprise dans l'Évangile comme une communauté de foi et d'amour entre Dieu, Christ et les frères. L'amour du bouddhiste pour ses frères n'est qu'un moyen, une étape sur la voie, une douceur calculée et indifférente ', au fond. L'affection du cœur pour son objet, le sacrifice insensé de l'amour chrétien qui va jusqu'à donner sa vie seraient la méconnaissance du but que doit se poser le bouddhiste et troubleraient ainsi le calme du Nirvana. L'idéal n'est pas d'avoir quelque chose de cher, mais, avec la même amabilité indifférente, de supporter tout. Et en dépit de la grande différence qui existe entre le commandement d'amour du Bouddha et celui de Socrate (et ce n'est pas ici le lieu d'y insister), il y a dans tous deux le même caractère de froideur. Le repos d'esprit du sage et sa connaissance de la vérité surpassent tous les liens d'amour, qui par là deviennent indifférents. Chez tous deux l'amour est un élément secondaire. Paul parle dans la 1" Épltre aux Corinthiens du « plus haut chemin », « de la plus grande » des choses qui participent à la nature de l'éternité. Une de ses paroles à ce propos semble s'appliquer à ces conceptions : « Et quand je distribuerais tous mes biens aux pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien ». Ce qu'il donne comme le meilleur chemin de l'éternité ou de la nouvelle vie, c'est l'amour, non la science, ni le libre repos de l'esprit. La doctrine de Jean repousse toutes les doctrines qui enseignent que l'amour de Dieu et la vie éternelle peuvent causer quelque défaillance ou quelque diminution de l'amour du prochain : « Celui qui n'aime pas demeure dans la mort »{\Jean y 3, 14). « Celui qui hait son frère... n'a pas en lui la vie éternelle » (3, 15). La vie éternelle consiste à con-