Voir Oldenberg, Buddha, 2' éd
432 LA VIE FUTURE d' À PRÈS LE MAZDÉISME
naître Dieu et le Christ (Jean, 17, 3). Par la prédication du Christ nous savons que Dieu est amour. Connaître Dieu, c'est aimer les frères, a Celui qui n'aime pas, ne connaît pas Dieu. » En nous inspirant de la pensée johannique, nous pouvons conclure ainsi : La vie éternelle consiste à aimer Dieu, en aimant ses frères sur la base de la révélation de Dieu par le Christ. Chez Paul et chez l'auteur des écrits johanniques, l'amour du prochain est compris comme un élément intégrant de la vie éternelle, non pas simplement comme un élément important de valeur médiate et passagère. L'amour appartient comme tel au bien éternel. Ce n'est pas un moyen plus ou moins accidentel qui y conduise. Ni Jean ni Paul n'ont fait autre chose dans ce cas que d'enseigner ce que leur avait appris Jésus. L'amour miséricordieux du Père céleste suppose l'amour miséricordieux envers le prochain (Matthieu, 5,23 ss.; 0, 12; 18, 23 ss.).
3. — Coup d œil sur l'idée de la vie éternelle actuelle dans l'Eglise.
Les idées de l'Évangile et celle de Paul sur la vie éternelle comme une propriété actuelle acquise par le Christ, ne s'épanouissent pas entièrement dans le christianisme. Elles furent étouffées par le dogme de la rétribution sous une forme plus ou moins grossière dans l'attente de Ja prochaine venue du Seigneur avec la résurrection et le jugement, et lorsque le temps se fut écoulé sans qu'il eût paru, par la foi en la rétribution immédiatement après la mort.
Quand les esprits mystiques et profonds trouvaient que ces conceptions étaient grossières et exotériques et quand ils sentirent eux-mêmes une félicité présente, ils ne se rattachèrent pas en somme entièrement aux idées caractéristiques de l'Evangile; dans le christianisme fut implanté un type de religion ascétique et mystique dont nous rencontrons les principaux caractères religieux, sauf la morale et malgré des diversités incontestables, dans la Grèce et dans l'Inde, en général là où les croyances populaires avaient été ennoblies et affinées par la culture générale. La « religion ascétique-mystique » est, d'après Herrmann, « la forme particulière de la religion qui
regarde comme un fardeau l'élément historique dans la religion positive et le rejette» '.L'exigence unique du Christ historique qui veut être le médiateur indispensable de lapossession dubien éternel se réduit alors au rôle de celui qui montre seulement le chemin de la félicité. Dans la plus haute piété la connaissance de Dieu s'élève alors par dessus l'intermédiaire historique de Jésus. Dans cette conception de Dieu, « le Père de Jésus-Christ », le Dieu révélé de l'Évangile auquel on parvient seulement par la foi (la confiance) dans la charité envers les frères (I r * Êpitre de Jean, chap. 4), occupe moins de place que le Principe suprême de la philosophie auquel on parvient par la pensée pure et que l'idée de l'unité de l'Etre à laquelle on s'élève en abandonnant les soins du monde et en s'enfonçant dans l'océan de l'Infini.
Dans la théologie du moyen âge, la félicité n'a un lien direct et organique qu'avec la connaissance théologique et la vie contemplative en dehors du monde, ou avec les ravissements de l'extase. La scolastique des églises issues de la Réforme n'y a pas apporté de changement marqué. Gottschick fait remarquer 1 que Johann Gerhard dans son Locus de vita aelerna ne faisait que reproduire les idées des autorités catholiques, qui expriment la conception de ce que nous avons appelé la religion mystique plutôt que celle de l'évangile historique.
Lulher avait cependant inauguré une nouvelle époque dans la conception de la vie éternelle par sa notion du salut. « Il a affirmé avec une grande insistance qu'il y avait , dans l'interprétation biblique, une partie méconnue par les docteurs de l'Église, celle qui enseigne que la vie éternelle doit commencer dès ici-bas sur la terre si nous devons l'avoir dans l'avenir». » Luther écrit par exemple : « Celui qui croit qu'il a un Seigneur miséricordieux et un père, ne doit-il pas se réjouir dans la joie, oui, transpercer les montagnes d'airain et les difficultés de toutes sortes avec un esprit intrépide et in-