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famille qui excitaient les vertus de la solidarité et de la charité.
Nous ne pouvons avoir la prétention d'atteindre l'origine de cette croyance populaire sur la mort. Mais autant que nous pouvons le savoir, ce culte s'appuie également sur le désir de rester en rapport avec le mort, et sur un autre instinct, sur une sorte de pressentiment, profondément enraciné dans le cœur de l'homme, je veux dire la conviction de la puissance de la vie et du droit quelle a de vaincre la mort.
Avant de puiser dans une connaissance plus élevée de Dieu et de la nature des formes supérieures, ce sentiment s'exprime, dans le stade le plus primitif, par la conviction que la mort n'est pas une chose normale, ni définitive, mais un accident. Une telle conviction se manifeste de deux manières très caractéristiques chez les peuples non civilisés. D'abord, dans les mythes sur l'origine de la mort; elle n'appartenait pas à la condition originelle de l'homme, mais se présentait comme une aventure malheureuse. La mort est anormale, l'immortalité normale 1 . Ce thème revient en variations innombrables, depuis le rat mystérieux qui, selon les traditions de l'Ile de Pâques et d'autres pays, causa chez son meurtrier la même décomposition qui l'avait envahi lui-même, depuis la boîte de Pandore jusqu'au premier mort vénéré par plusieurs peuples, parce que, le premier, il a trouvé le chemin du royaume des morts où il rassemble ceux qui meurent. Sous une forme plus haute, cette croyance apparaît dans le récit du paradis biblique. L'immortalité (Tiele, Inletding tôt de Godsdienstwetenschap, II, p. 197), non la mort (Schwally, Das Leben nach dem Tode, p. 83) est dans l'ordre. La mort est la suite du péché contre la loi de Dieu et de la vie.
Cette même idée est visible encore dans l'habitude générale de tâcher de faire revenir le défunt. Voilà le but des lamentalions et des cris aux funérailles, combattus par le Yahvisme, le Christianisme, l'Islamisme et toutes les religions supérieures. Jésus n'a été ni le premier ni le dernier à refuser de
1. Andrew Lang, Modem Mythology, XIII, p. 176 ss., d'après C. P. Tiele, lnleiding, II, p. 197 s.
croire que ceux qu'il aimait élaienl morls, quoique comme personne il ait fait éclater la vie au sein même de la mort. Déjà le Li-ki, un des anciens documents canoniques des Chinois, raconte f au chapitre 30 que lorsque quelqu'un mourait, on montait sur le toit et on l'appelait par son nom en disant : Oh ! Reviens ! Kong-tse détestait ceux qui hélaient leurs morts dans les champs 1 . Des exemples de ces évocations des morts se trouvent cités par Spencer». En Chaldée, il y avait beaucoup d'enchanteurs qui avaient pour métier de rappeler de la mort les défunts.
Le pouvoir que s'altribuait la sorcellerie de ressusciter les morts se trouve attesté même en Islande par le Skâldskaparmal, 10. Hild, la fille de Hogni, éveille chaque nuit ceux qui sont tombés parmi les guerriers de son père et de son mari Hedin, qui se battent entre eux. Mais cette résurrection est d'une tout autre espèce que celle des Gbaldéens. ou des Chinois. C'est seulement une forme mythique pour raconter que la tempête recommence de nouveau aussi longtemps que le monde subsiste.
Ce qui était bien longtemps avant les contemporains de Jésus une ferme et simple conviction : « Ta fille est morte, ne fatigue pas le Maître », ne se trouve chez les non-civilisés que comme une conviction mélancolique, acceptée avec peine et mauvais vouloir. Le caméléon est envoyé dans la tombe pour dire que l'homme doit renaître. Mais la salamandre qui est envoyée à sa suite avec un message opposé arrive la première, hélas! C'est ce que racontent les peuples bantous au sud du lac Nyassa 4 .