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E. Hardy, Ind. Religionsgeschichte, p

rieux, » écrit Andrew Lan g dans son introduction à l'ouvrage de Parker, cité plus haut. « Dans la mythologie, ils sont, ou curieux quand ils donnent des explications fantaisistes des faits, ou romantiques et humouristiques quand ils racontent des histoires comme celles de Byamee ou de Darumulun pour leur plaisir », de même que les folk-lores européens rapportent beaucoup d'aventures plaisantes à propos de Notre-Seigneur, de la Vierge Marie ou des saints.

On doit faire une séparation semblable entre ce qui n'est pas proprement la religion, mais bien une philosophie primitive qui lui sert de base, comme aujourd'hui encore, la métaphysique sert de fondement à la foi, et les fictions qui servent de pâture à la curiosité. « La croyance populaire et le libre jeu de la fantaisie sont deschoses tout à fait différentes » (Hardy). La pensée de la vie future entrait pour une part importante dans la représentation primitive du monde, déjà avant que dans cette pensée les premiers hommes trouvassent des points d'appui pour leur vie morale et religieuse. Mais sur cette conception, qui a sa racine dans la faculté philosophique de rhomme primitif, a poussé une monstrueuse végétation mythique avec laquelle il ne faut pas la confondre ni l'identifier. Toute une suite d'exemples en ont déjà été donnés, par exemple les fables du chemin de la mort, les aventures que Ton a développées et multipliées aulant que possible. Veut-on voir les inventions de l'imagination dans leur somptuosité splendide ou décourageante, il faut se tourner vers les peuples qui n'ont pas eu de bonne heure le dogme de la rétribution pour faire de la vie future l'esclave de la morale. Dans les grandes religions mongoliques l'esprit utilitaire a étouffé la poussée de l'imagination. Chez les Sémiles, on savait peu de choses sur le royaume des morts. L'intérêt de la religion était, en effet, trop concentré sur la vie présente. Il ne s'est trouvé qu'un seul grand mythe de la mort chez les Sémites : c'est le voyage souterrain d'Islar. Combien plus riche est l'imagination des sauvages, depuis les Australiens avec leur belle légende de la visite des wirrenuns ou hommesmédecine dans le paradis, pour rapporter les fleurs qui sont mortes, quand Byamee quitta la terre, jusqu'aux Esquimaux

68 LÀ VIE FUTURE d'àPRÛS LE MAZDÉISME

dans leur pays glacé racontant toutes les aventures de l'âme dans la région des morts. Les Indo- Germains surtout se sont montrés fertiles en inventions sur le lieu où n'habite pas la mort. A ces mythes et non pas à la croyance générale sur la destinée des défunts il faut attribuer les innombrables voyages dans des mondes inconnus, tels que les expéditions de Thésée, de Pollux, d'Orphée, d'Ulysse et tout le cycle des héros grecs, l'épopée celtique du voyage de Bran à l'île de la joie et aux îles des femmes où il n'y avait ni mort ni maladie, mais une éternelle jeunesse, et les voyages des sagas islandaises qui, pour cette raison même, encore pendant le moyen-âge chrétien, ont été traduits en beaucoup de langues et ont occupé les imaginations sans qu'il y ait eu opposition de la part de la nouvelle religion. Celle-ci échangeait, il est vrai, les anciennes croyances contre une toute autre interprétation du monde, mais elle n'était pas empêchée de trouver plaisir aux productions de l'imagination poétique traditionnelle. Nous méconnaîtrions le caractère des créations de ce genre si nous voulions en déduire des théories arrêtées sur la vie future et transformer ainsi en dogmes les tableaux fictifs des mythes.

7. — L'achèvement philosophique de la croyance en la continuation.

La doctrine de P immortalité de F âme.

De ces mythes, fruits de l'imagination poétique, nous avons à distinguer la spéculation métaphysique qui a tiré les conséquences de la croyance populaire en la survivance après la mort.

Longtemps avant notre époque l'homme a éprouvé le besoin de s'expliquer la croyance à la vie au-delà de la tombe. Pourquoi l'âme survit-elle? La réponse classique à cette question se trouve pour la première fois dans la doctrine de Platon qu'on a appelée doctrine de ^immortalité de l'âme.

La distance est véritablement énorme entre la doctrine primitive de la continuation, qui ne comporte qu'un prolongement plus ou moins durable de la vie au-delà de la mort, et

la doctrine d'après laquelle un des éléments de l'organisme humain, l'âme, par sa nature propre, est inaccessible à la mort. La base est la même assurément. Dans les deux cas, nous nous trouvons en présence d'une Ihèse philosophique, si on peut s'exprimer ainsi, qui ne relève ni de la religion ni de la morale. Cette idée en elle-même, chez le sauvage aussi bien que dans ce que notre culture européenne et chrétienne a nommé le dogme platonicien de l'immortalité, esl privée de tout contenu moral ou religieux. 11 est de fait que la pensée d'une relation quelconque de cette vie future avec les dieux et celle de la rétribution ou du châtiment des fautes envers les dieux, les hommes et les autres créatures, se sont ajoutées à la doctrine de l'immortalité, mais ne lui appartiennent pas en propre dès l'origine. Sans doute la sollicitude avec laquelle on a recherché les preuves de l'immortalité de l'âme a eu sa raison d'être dans le caractère religieux et moral que l'on a bientôt imprimé à cette conception. Mais en elle-même l'immortalité de l'âme ne dépend ni de l'union avec les dieux, ni de la conduite des hommes pendant la vie; c'est une propriété que possède rdme, de même que le corps a celle de mourir et de disparaître.

Le dogme « platonicien » de l'immortalité de lame ne te trouve pas à l'état pur chez Platon. — Nous devons nous garder de l'illusion que la croyance en l'immortalité de l'âme repose vraiment sur les preuves données par Platon, c'est-àdire qu'elle soit un produit de la spéculation. Chez Platon, le lien avec les anciennes idées populaires est aussi visible que possible. L'idée de l'immortalité de l'âme n'était pas née de ses réflexions, mais il l'avait recueillie de la foi populaire, refondue et idéalisée déjà partant de penseurs. Il l'a dépeinte et adaptée à ses propres aspirations religieuses, l'a étayée et renouvelée parle travail de son propre esprit. Ce n'est que lorsque Platon eut fait reposer son enseignement de l'immortalité sur la propriété qu'aurait l'âme d'exister avant le corps et de survivre après la mort, que cette idée a été détachée de ses racines dans les conceptions en partie purement mythologiques du peuple, et qu'elle a pris par la forme qu'on lui donna, l'aspect d'un théorème philosophique, fruit de la logique. Ce

n'est donc pas chez Platon, mais dans la culture hellénique et chrétienne après lui qu'il nous faut chercher le dogme « platonicien » de l'immortalité de l'âme dans sa forme purement métaphysique, où la croyance à la continuation a trouvé sa plus parfaite expression. Pour la saisir dans sa pureté, nous devons donc nous adresser plutôt à saint Thomas d'Aquin ou à Jean Gerhard ou à quelque grand esprit du siècle dernier. Même dans la civilisation iranienne la conséquence métaphysique de la croyance en la continuation est, autant qu'on peut s'en rendre compte, un emprunt fait à la Grèce. L'être, par sa propre nature, est indestructible, apprenons-nous dans le document pehlvi appelé Dinkart, dont une partie a été publiée, traduite et commentée par Casartelli dans son livre : La philosophie religieuse du mazdéisme sous les Sassanides. L'auteur mazdéiste du Dinkart a grand'peine à concilier cette proposition avec le dogme des textes primitifs qui enseignent que le mal avec tout ce qui lui appartient sera vaincu et disparaîtra. Il parvient pourtant à accommoder sa sagesse spéculative à sa foi religieuse en admettant pour le diable une perpétuelle inaction.

Analyse du « Phédon ».

Nous trouvons, dans le Phédon, les trois idées suivantes mêlées ensemble : 4° l'idée purement physique ou métaphysique d'une survivance de l'âme grâce à sa nature même, idée que nous avons étudiée dans ce premier chapitre ; 2° l'idée morale d'une vie future dont l'intérêt principal consiste à donner des récompenses aux bons et dos châtiments aux mauvais, idée qui nous occupera au second chapitre de cet ouvrage; et 3° l'idée proprement religieuse d'une vie immortelle possédée déjà dans cette vie sur la terre et constituée par l'union avec le divin, idée qui sera étudiée dans le cinquième chapitre de cet ouvrage.

Ainsi, par la présence delà deuxième de ces idées, la vie future, telle qu'elle est enseignée dans le dialogue de Platon, ne consiste pas en une simple continuation de la vie terrestre, mais elle est une rétribution. L'auteur du Phédon allègue, chap. 13 et 31, la croyance populaire en différents lieux ré-

serves aux morls, iv PopSépw, etç péXtiorov xdicov, pour le mal et le bien. Après la mort il y a quelque chose et, « comme on disait autrefois, quelque chose de bien meilleur pour les bons que pour les mauvais »,chap. 8. Socrate s'empresse d'obéir à l'indication divine : il écrit des vers, chap. 4, avant de s'en aller, vers une vie, où il s'attend avoir des hommes bons et des dieux bons, chap. 32, qui sont des maîtres tous bons, chap. 8, 13 ; avant de se rendre « au bonheur des bienheureux », chap. 64. Le philosophe prévoit qu'après sa mort, il jouira d'une vie bien meilleure que s'il avait vécu d'une autre manière ici-bas. L'enseignement de Socrate à ses disciples rassemblés autour de lui dans sa prison se résume, d'après Platon, dans une application morale de la rétribution : Prenons soin de notre âme, chap. 57. Le prix de la victoire est si beau et l'espérance si grande que cela vaut bien qu'on exerce les vertus et qu'on cultive la science (chap. 62 s.).

Nous renvoyons donc le lecteur à la fin de notre deuxième chapitre pour connaître le tableau, ou plutôt les deux tableaux différents tracés dans le Phédon des destinées multiples qui attendent les âmes dans l'autre vie. Au chapitre 57 du Phédon Socrate semble même ébaucher une sorte d'exposé de la preuve morale de l'immortalité de l'âme, dont nous parlerons également au second chapitre de notre livre.

Quant à la troisième des idées dégagées ci-dessus, savoir la conception d'une vie immortelle acquise par l'union avec la divinité, une des preuves classiques données dans le Phédon pour prouver l'immortalité de l'âme relève sans aucun doute de l'ordre d'idées qui nous occupera dans notre dernier chapitre. Nous renvoyons le lecteur pour l'analyse de cette idée du Phédon, au chapitre 5, B,2, b) de ce livre.

Néanmoins il faut traiter du Phédon déjà ici, à la fin de notre étude sur la croyance à la survivance de l'âme ; et cela pour deux raisons : 1° Nous trouvons dans le Phédon toute une série de croyances et de mythes populaires qui appartiennent à notre premier chapitre. 2° Les quatre (ou trois d'après un autre calcul) preuves classiques de l'immortalité de l'âme énoncées par Socrate dans le Phédon tendent à démontrer que rame est immortelle par sa propre nature : ces preuves cons-

tituent ainsi l'achèvement philosophique de la croyance en la conlinuaiion.

Croyances et mythes populaires dans le « Phédon » qui se rattachent à l'idée de la continuation. — Le dialogue de Platon, le PA A/cm, présente sans cesse la philosophie en connexion étroite avec les idées animistes et religieuses qui avaient cours de son temps. Nous y reconnaissons toute une série de croyances et de mythes populaires, d'après lesquels la continuation de la vie après la mort n'a aucun rapport nécessaire avec la piété et les vertus ou avec l'impiété et les fautes de l'existence terrestre. En voici quelques exemples.

1° Qui ne se rappelle la page sublime, au chap. 35, où il est parlé du cygne dont le dernier chant est un transport d'enthousiasme pour la vie qui l'attend derrière la mort, au lieu d'exprimer l'angoisse à l'approche de la mort? Dans la conception primitive du monde, chez les Grecs, comme ailleurs, ce n'étaient pas seulement les hommes, mais aussi les animaux et les choses qui survivaient. Chaque objet a sa fravasi.

2° Platon sait de même que l'on voit des ombres des morts errer autour des tombes et des monumentsf cinéraires, chap. 30. Partout on trouve le même effroi à la pensée qu'après la mort on n'aura pas de demeure. C'est pourquoi l'enterrement avec toutes ses cérémonies a une si grande importance. Platon regarde cette existence sans repos des âmes comme un châtiment du mal commis antérieurement.

3° Les âmes sont conduites chacune par son daemon, dans le royaume des morts (chap. 8). Le chemin en est rempli d'obstacles que la pauvre âme doit vaincre. Ce mythe si répandu du chemin ou des chemins du royaume des morts avec leurs difficultés, que nous avons rencontré dans le mazdéisme sous la forme du pont Cinvat, n'avait, à l'origine, aucun lien avec la piété dont on avait fait preuve pendant la vie. Cette circonstance se retrouve dans un autre mythe de Platon. Certaines âmes sont mal reçues par les morts ou ne le sont pas du tout. Cela tient originairement à leur misérable aspect. Platon admet dans les deux cas que la vertu est la condition pour vaincre les épreuves et pour être bien reçu. Avant de vider la coupe de

poison, Socrate demande aux dieux de lui accorder un heureux voyage (ch . 66) .

4° L'objection de Cébès dans le Phédon, reproduite par Socrate au chap. 44, que la propriété de l'âme d'être quelque chose de fort et de divin, toxupov v. *al Oeoetîéç, ne prouve pas son immortalité, mais seulement qu'elle doit vivre longtemps? oti -ïuoXuxpéviév x£ è<rciv tyuxh* ne me semble pas avoir été inventée ni prise dans le magasin des possibilités logiques. Elle rappelle trop la croyance populaire fortement enracinée chez les Grecs que l'âme vit longtemps, plus longtemps que le corps, mais finit par mourir. Cébès cependant fait valoir cette opinion d'une façon caractéristique ; on lit ici à travers les lignes la conception platonicienne de la matière, considérée comme la cause du mal, de la corruption, et du corps qui est une chaîne, une prison (8e<jji.ù>v, chap. 12; eipyfxou, chap. 32; îeqjuorrjptav, chap. 62), un penchant perpétuel au péché et une source de tentations (chap. 9-12). Voici son raisonnement : L'âme a vécu avant le corps. Lorsque commence son union avec le corps commence aussi sa « déchéance » et sa « phtisie » qui se termine par la mort naturelle. Peut-on trouver une contradiction plus frappante à la doctrine mazdéiste où les fravasis reçoivent le corps pour s'en servir comme d'une arme vis-à-vis du mal et ainsi le vaincre, puis gagner la félicité éternelle ?

5° Un autre symbole qui était répandu dès avant Platon, et qui se rattachait aux noms du poète mythique de la Thrace, Orphée, et du philosophe Pythagore, mais qui, loin d'être sorti du cerveau d'un philosophe ou d'un écrivain religieux, était né au milieu des croyances populaires, est visiblement d'un bien plus grand poids aux yeux de Platon ; je veux dire la métempsycose, la croyance aux migrations de l'âme. L'âme du défunt entre dans un autre corps et commence une nouvelle existence sur la terre. On comprend de quelle importance cette conception était pour l'immortalité essentielle de l'âme chez Platon, en lisant ce qu'il fait dire à Socrate (chap. iB) : S'il est vrai que les âmes des morts reviennent ici, il n'y a pas besoin d'autres preuves de leur immortalité. Rien ne prouve mieux que l'immortalité de l'âme dont les succès-

seurs de Platon lui ont attribué l'invention, est de même or* dre que toutes les croyances populaires en la survivance, indifférente comme elles à la morale et à la religion.

Les preuves de l'immortalité de l'âme dans le « Phédon ». — J'en distingue quafre en exceptant l'argument moral à peine esquissé au chapitre 57 et sur lequel nous reviendrons plus tard. Le caractère purement théorique, dépourvu d'intérêt moral et religieux, est le plus sensible dans le premier, le second et le quatrième argument. Mais la troisième preuve repose aussi en partie et en son essence sur les mêmes fondements que la doctrine de la continuation.

1° Le premier, « l'argument des contraires ou argument cyclique »i, établit que toutes choses naissent de leur contraire. La mort naît de la vie : aussi la vie doit-elle naître de la mort. « Les âmes mortes existent quelque part, d'où elles reviennent à la vie ». On voit que celte première preuve n'est qu'une traduction de la métempsycose dans la langue philosophique de Platon. Cet argument du reste est nécessaire, pour que le suivant soit complet.

2° La seconde preuve, « l'argument de la réminiscence ou argument platonicien » (Carrau), se résume ainsi : la connaissance est le souvenir ; donc l'âme, qui connaît, doit avoir vécu auparavant. La première preuve rentre ici enjeu ; et le raisonnement peut s'établir sous cette forme : De même que notre âme a vécu auparavant et que, pour venir dans la vie présente, elle a passé par la mort, elle doit après avoir quitté, par la mort, celte existence, en retrouver une nouvelle.

3* Dans la troisième preuve, présentée au chapitre 25 as., Tune des conditions de l'immortalité, c'est que l'âme se libère par la philosophie des liens corporels. L'âme est opposée au corps dissoluble, composé, visible, mortel comme l'indissoluble, l'unité, l'invisible, l'immortel.

Cette argumentation est suivie d'une aulre proposition très remarquable d'après laquelle l'âme n'est pas nécessairement immortelle par sa nature ; elle peut perdre sa spiritualité et

1. L. Garrau, Étude historique et critique sur les preuves du Phédon de Platon en faveur de l'immortalité de l'âme humaine, p. 3.

devenir corporelle, elle doit elle-même se délivrer de son corps et du péché par son propre effort. Un philosophe doit rcpoç tJjv ^tjv T6Tpw8at, chap. 0. En effet, cette preuve est considérée par les auditeurs de Socrate comme moins probante (chap. 41) que l'argument précédent, tiré de la nature de la connaissance, qui est un souvenir. Nous reviendrons à cette proposition au cinquième chapitre, quand nous traiterons de la certitude de l'immortalité qui s'appuie sur l'état moral et religieux de l'individu, et non pas sur la connaissance physique de l'organisme.

La troisième preuve repose cependant en partie et en son essence sur les mêmes fondements que la doctrine de la continuation, et elle est appelée pour cette raison l'argument métaphysique. Qu'on se rappelle seulement, comme je viens de le montrer, qu'elle ne s'appuie pas exclusivement sur des arguments physiques ou métaphysiques chez Platon, comme il est arrivé chez ceux qui l'ont reprise après lui : l'âme appartient par sa nature aux choses indissolubles, simples, accessibles seulement à la raison, non aux sens, immortelles.

4° La quatrième preuve (chap. 45-56) qui est donnée pour repousser l'objection de Gébès contre la troisième et qui n'est donc qu'une amplification de celle-là, a une forme un peu plus complexe.

Le principe sur lequel elle repose, et qui est prouvé par une suite d'exemples, est le suivaut. « Non seulement un contraire ne reçoit jamais son contraire, mais même ce qui contient le contraire d'une chose qui le rencontre, è©' 8xi âv auto fy (chap. 83), ne reçoit jamais l'opposé de son contenu ». Ceci est appliqué à l'âme dans ses rapports avec la mort (chap. 84) . L'âme contient en soi la vie ; mais la mort est le contraire de la vie. Lorsque la mort rencontre l'âme, 8rav Ôovatoç èrc' ai-rip fy (chap. 88), l'âme ne peut mourir, c'est-à-dire recevoir la mort, le contraire de la vie qu'elle contient. Ainsi elle est immortelle. Quand la mort rencontre l'homme, émévroç, ce qu'il y a de mortel en lui meurt, mais la partie immortelle demeure vivante et intacte, abandonnant la place à la mort (chap. 86).

Conclusion. — Nous n'avons pas à examiner ici la force probante de ce raisonnement, ni à tirer d'une telle métaphysique les preuves de l'immortalité de l'âme. Nous ne bâtissons point de dogmatique spéculative; pour nous la question est historique. Nous nous efforçons seulement d'analyser la matière historique dans son ampleur infinie pour déterminer quels sont les motifs et les conditions qui ont déterminé l'apparition de l'idée de la vie future. Il est donc nécessaire pour l'intelligence du sujet d'élever et de maintenir des distinctions entre les différents principes et les motifs divers invoqués, même lorsqu'en réalité ils se trouvent dans un même système et jusque dans un même individu et qu'ils sont extrêmement difficiles à différencier. D'un autre côté, une semblable répartition des systèmes d'après les principes qu'ils contiennent nous oblige à mettre ensemble, d'une manière qui peut sembler surprenante au premier coup d'oeil, des croyances populaires, des mythes, des philosophies, très éloignées les unes des autres dans le temps et dans l'espace et qui relèvent de milieux très différents de civilisation. La conscience naturelle d'une vie future, que nous avons appelée, faute d'un meilleur terme, la doctrine de la continuation, s'est dépouillée dans notre culture européenne, des formes infiniment variées que lui avait données la croyance populaire. Mais la doctrine de l'immortalité que Platon ou Socrate établit dans le Phédon par une opération métaphysique, appartient à l'ordre de notions que nous examinons dans ce chapitre, par sa forme générale. L'âme, par nature, échappe à la mort. Nous n'avons affaire ici qu'aux sciences naturelles, à la physique où à la métaphysique, non à la morale, ni à la religion. Gela n'apparalt-il pas avec évidence dans la réflexion que Socrate fait dans le Phédon (chap. 29) sur la destination fondamentale qu'il faut établir entre les éléments de l'être humain quant à leur durée et à leur instabilité? Le corps est condamné à la décomposition et à la corruption. Mais cela n'arrive pas tout de suite. Si l'on meurt dans la vigueur de l'âge, le corps peut subsister pendant un temps considérable. Si l'on embaume le corps comme

les Égyptiens, il dure extraordinairement longtemps. A tout hasard certaines parties du corps comme les os, les muscles, veupa, etc., sont, « pour ainsi dire, immortelles » ; cependant le corps même tombe en pourriture. A un degré supérieur, cette immortalité s'applique à ce qui est invisible dans l'homme, à Fâme. Elle est délivrée de l'instabilité (chap. 20) *.

1. La doctrine de Platon sur l'immortalité a porté ses fruits surtout dans la civilisation chrétienne. On n'en trouve que peu de traces dans les inscriptions grecques gravées sur les tombes ; E. Rohde, Psyché, l r0 éd., II, p. 675 s. La plus ancienne épitaphe, qui contienne clairement l'idée de l'immortalité de l'âme, date, d'après Cari Maria Kaufmann, Die Jenseits-Hoffnungen der Griechen und Rômer nach der Sepulchralinschriften, p. 22 s., de la seconde moitié du iv° siècle avant Christ. Elle a été trouvée à Dipylon sur une pierre érigée en souvenir d'un Dionysos, qui fut enterré aux frais de l'État. En voici les lignes 5-7 :

xoivov IIepffS?6vY)c it&aiv ?x ct < OâXapov, a£>{ia pèv êvOàSe erôv, Aiovuat;, yaïa xaXviïres, 4wxV & àOàvatov xoivb; ?x et Tapiaç.

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