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Où demeure son âme la troisième nuit

24. Alors Ahura Mazda dit : « saint Zarathustra, elle tourbillonne près de la tête, récitant les paroles de la Gâtha Kima : O Seigneur très sage, à quelle terre en prière, o Seigneur très sage, où irai-je en prière ? Cette nuit, l'âme aspire toute la détresse que peut contenirle monde des vivants.

25. « O Saint Zarathastra, à la fin de la troisième nuit, à l'aube, l'âme de l'homme méchant croit être parmi des neiges et croit sentir des puanteurs. Vers lui un vent semble souffler de la région du nord, des régions du nord, puant, plus puant qu'aucun autre vent.

26. Alors l'âme de l'homme méchant croit respirer ce vent avec ses narines : « D'où souffle ce vent, le plus puant que j'aie jamais respiré avec mes narines? »

Ici les copistes ont sauté la description analogue de la religion (daéna) de l'homme méchant. Artâ-Vlrâf, le Dante du mazdéisme, voit l'âme d'un impie en détresse au pont Cinvat, et ses guides, Sraosa et Atar, lui donnent, d'après Artâ-Vîrâf Nâmak, 17, la description suivante du sort de l'âme impie, description qui n'est pas complètement analogue à ce que nous venons de lire dans le fragment du Hâtôxt-Nask. Dans les manuscrits, ce fragment a été réuni au traité pehlvi : Artâ- Vîrâf Nâmak. C'est vraisemblablement pour cette raison que les copistes ont omis précisément cette partie du fragment du Hâtôxt-Nask qui correspondait au chapitre 17 de cet écrit pehlvi. C'est à l'honneur des Mazdéens qu'ils semblent avoir éprouvé plus d'intérêt pour le voyage de l'âme pieuse de la terre au ciel que pour le sort analogue de l'impie. Le récit de ce voyage nous est conservé dans la langue de l'Avesta, non seulement dans le fragment que nous venons de traduire, mais aussi à la fin d'un autre fragment de l'Avesta sassanide, fragment tiré probablement du Nask qui était appelé Vîstâsp Sâst, publié par Westergaard et désigné d'habitude comme le

LA DOCTRINE DE Lk RÉTRIBUTION 87

Yast 24. Le récit du sort de l'impie n'existe qu'en pehlvi au chapitre 17 de l'Artâ-Vîrâf Nâmak dont nous donnons les versets suivants d'après la traduction de Darmesteter :

« Et dans ce vent, il voit sa propre Religion, ses propres actions; c'est une femme de mauvaise vie, sale, pourrie, sans le kosti (ceinture sacrée), genoux courbés en avant, derrière saillant, avec des bourdonnements sans fin, et semblable aux

()lus infectes xrafstras (bêtes malfaisantes), la plus impure et a plus puante des créatures 1 . »

Et l'âme du méchant lui dit : « Qui es-tu, toi qui es plus laide, plus impure, plus puante qu'aucune créature d'Auhrmazd ou d'Aharman que j'aie jamais vue? »

Et elle lui répond : « Je suis tes mauvaises actions, jeune homme aux mauvaises pensées, aux mauvaises paroles, aux mauvaises actions. C'est à cause de tes désirs et de tes actions que je suis laide, mauvaise, criminelle, souffrante, pourrie et puante et impuissante et accablée, telle que je t'apparais.

« Quand tu voyais un homme offrant le sacrifice, le darûn, (draona, le pain sacré), l'hymne d'éloge ou l'hommage, ou le culte des Yazats (divinités) ; traitant avec soin et protégeant l'eau, le feu, le troupeau, les plantes et les autres bonnes créatures; toi, tu faisais la volonté d'Aharman et des démons, tu faisais des actions mauvaises. Quand tu voyais un homme faisant aumône et charité, comme il convient, aux gens de bien et aux fidèles venus de loin ou de près, leur offrant l'hospitalité et leur donnant — toi, tu faisais l'avaricieux et fermais ta porte. J'étais odieuse, tu m'as rendue plus odieuse; j'étais horrible, tu m'as rendue plus horrible ; j'étais un sujet de reproche, tu m'as rendue plus reprochée encore; j'étais assise au nord, tu m'as fait asseoir encore plus au nord (plus près de l'enfer), par tes mauvaises pensées, tes mauvaises paroles, tes mauvaises actions. Et pendant longtemps on me blâmera pour avoir longtemps adoré Zanâ Minôi ( Arira Mainyu, le mauvais esprit) et l'avoir consulté. »

Ici recommence le texte du fragment du Hâtôxt-Nask.

33. « Le premier pas que fait l'âme de l'homme méchant, elle le pose en Mauvaise Pensée ; le second pas que fait l'âme de l'homme méchant, elle le pose en Mauvaise Parole ; le troisième pas que fait l'âme de l'homme méchant, elle le pose en

4. A rapprocher de la description du démon du cadavre, la Druj Nasu, au Vendidad, 7, sous la forme d'une mouche 1

Mauvaise Action; le quatrième pas que fait l'âme de l'homme méchant, elle le pose dans les Eternelles Ténèbres. 34. Un méchant, mort auparavant, lui adresse la parole et demande : « méchant, comment es- tu mort? Gomment es-tu venu des demeures ' [riches en viandes] et des désirs [amoureux], du monde corporel au monde spirituel, du monde périssable au monde impérissable? comment est pour toi la longue détresse? »

35. Aura Mainyu dit : « Ne le demande pas comme tu le demandes, à lui qui a parcouru le chemin effrayant, pernicieux, dissolvant, où le corps et l'esprit de vie se séparent. »

36. « Apportez-lui de la nourriture, du poison, du poison puant, voilà la nourriture, après la mort, du jeune homme au mauvais esprit, aux mauvaises paroles, aux mauvaises actions, à la mauvaise religion ; [voilà la nourriture, après la mort, pour la femme impure *, riche en mauvaises pensées, riche en mauvaises paroles, riche en mauvaises actions, mal instruite, rebelle à la puissance de son maître, méchante! »]

Vendiddd, 10, 27-33.

La femme que l'âme du mort rencontre sur son chemin se présente d'une façon différente dans le second des deux textes d'une valeur capitale pour l'appréciation du sort de l'âme après la mort, qui nous ont été conservés de l'Avesta sassanide, dans le Vendîdâd, 19. Ici nous trouvons un plus grand nombre de représentations empruntées aux croyances populaires que dans le fragment du Hâtôxt-Nask. Nous allons traduire quelques versets du Fargard 19 du Yendîdâd où la description du sort de l'âme se trouve, parmi d'autres morceaux, dans le récit de la soi-disant tentation de Zarathustra. Ce passage est directement inspiré par la doctrine de la rétribution. L'homme pieux se soumet à une masse de devoirs religieux, mais non sans calcul. Qu'est-ce qui lui sera rendu pour cela? Quand le remboursement lui sera-t-il fait pour le bien qu'il a accompli ? Quel en est le fruit? En un mot, la condition de l'âme après la mort

t. « du Druj ». Drujô dans le texte est évidemment une addition d'un copiste qui voyait vaguement qu'il s'agissait de l'enfer. 2. Jahika, qui appartient à Jahi, le démon féminin de l'impureté.

n'est pas simplement une continuation de la vie terrestre, mais une rétribution : d'où une éclatante démonstration de l'utilité de la religion. Si je me soumets aux prescriptions de la piété, je dois en retirer de plus grands avantages et de plus sûrs que ceux que l'expérience m'a appris qu'on en retirait dans cette vie. La religion est un échange de services entre Dieu et l'homme. La vie future prolonge jusqu'à l'éternité la possibilité de la récompense.

Ahura-Mazda, dans le verset précédant le texte que nous allons reproduire, approuve le projet de Zarathustra d'amener des hommes et des femmes à lui donner de leurs terres, de leurs eaux (pour la fertilité de la terre), de leur blé et de tous leurs biens, à lui, le prêtre, l'avocat de la religion. Cette confusion des intérêts du prêtre avec ceux de la religion est visible à chaque ligne de l'Avesta. Zarathustra demande plus loin, au verset 27 : « L'homme, où recevra-t-il les dons (rfdOra 1 ), qu'il aura donnés à l'âme (urune, au profit de son âme) par avance (para dailyât) dans le monde corporel (astvaintiaAhvô)? » L'échange ne peut pas être établi plus nettement et plus grossièrement. Les dons que l'homme pieux a donnés au prêtre pour son âme ne lui seront-ils pas rendus? Où? Ahura-Mazda répond :

28. «Après qu'un homme a disparu 1 , après qu'un hommeest mort, les démons impies et malveillants font leurs attaaues». Quand luit l'aube de la troisième nuit et que l'aurore s'allume, Mithra bien armé arrive aux montagnes saintement rayonnantes et le soleil monte. 29. Alors, 6 Spitama Zarathustra, le

1. K. F. Geldner traduit ddtora par « Rechnungen, Conto », en pensant aux comptes du doit et avoir de !a piété qui sont faits au pont Ginvat. Studien zum Avesta, I, 5, Strasbourg, 1882.

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