‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 57 sur 242 · Mot à mot : « aux passages du pont · texte numérisé non relu

Mot à mot : « aux passages du pont

promis à celui qui étudie la loi qu'il se tiendra devant le pont, affranchi de terreur, avec le cœur dilaté et bien préparé (Vendîdâd, 18, 6). Dans la liturgie du sacrifice (Vispered, 7 f 1) le pont Cinvat est invoqué aussi bien que le Ciel. Mais nulle part dans notre Avesta, pas plus dans le verset gâlhique de Yasna 81, 13 que dans le Vendîdâd, 19, 27, cité par nous au commenment de ce chapitre, on ne trouve une indication nette sur un jugement au pont 1 . Le mazdéisme connaît, comme nous le verrons plus loin, le jugement à la fin du monde, et plus tard on a transporté ce jugement au moment qui suit la mort. Selon l'Avesla, la séparation après la mort est opérée par Dieu sans jugement ni tribunal particulier 3 , comme encore de nos jours selon le judaïsme et le christianisme.

Le pont Cinvat dans la littérature pehl vie ; le jugement. — Le compte rendu de la traduction pehlvie et du commentaire de plusieurs livres de l'Avesta qui sont perdus, compte-rendu qui se trouve dans le recueil appelé le Dlnkart, dit, IX, 20, 3, que « le pont Cinvat est dressé jusqu'à Albûrz du Cakât-Î- Dâittk (du pic du jugement) dans Ylran-vej », et mentionne le jugement aussi ailleurs, VIII, 44, 16; IX, 39, 9 s.; 69, 39 s. Mais il est impossible de savoir ce qui en était dans le texte primitif du Sutkar Nask et ce qui se trouvait seulement dans le texte pehlvi. Ce sommet de montagne, Cakât-i-Dâitik, dans Y Iran-vej ,8.u milieu de la terre, haut de cent mesures d'hommes (Bundahis, 12, l;Artâ Virâf, 3, 53), et sur lequel repose le bout le plus proche « de l'esprit en forme de poutre » [Dât. 21) et qui tient son nom du jugement opéré à ses pieds, n'est pas nommé dans notre Avesta, pas plus que les Yasts consacrés à Mithra,

1. Gh. de Harlez, Ave$ta t clvi : « Les docteurs du iv 4 siècle de J.-G. y ont ajouté le jugement après la mort. »

2. V. Hydberg pense que l'idée d'un endroit souterrain pour le jugement est une très ancienne idée indo-germanique. « La réforme de Zarathustra repousse le jugement final jusqu'à la résurrection et au renouvellement du monde; mais pourtant elle conserve un jugement préliminaire à l'ancien endroit de jugement devant le pont Cinvat », l. c, II, 159. J'objecte à cette thèse : 1° que le jugement après la mort n'est pas indiqué dans les plus anciennes sources iraniennes ; 2° que Gakâtt-Dâittk ne se trouve pas sous la terre.

Sraosa et Rasnù ne connaissent le rôle de ces divinités comme juges auprès du pont. Le jugement et les juges ont fait l'objet des préoccupations des théologiens pehlvis. Le Dtnkart, VIII, 44,16,nommelejugementaupont Cinvat après avoirénuméré ces trois divinités comme représentants de la justice. D'après la tradition laplus répandue, le juge principal était Mithra, le dieu de soleil indo-arien, qui en cette qualité devint le dieu de la lumière, de la vérité et du droit, et fut appelé à jouer un rôle si considérable comme consolateur et opérateur de miracles à la fin de l'antiquité. Avec Rasnù il fait le compte des morts (Sûrfdar, i, 4 ; Dâtistân, 21). Arlâ Vlrftf, 8, a vu que Rasnù tient une balance d'or à la main dans laquelle il pèse les actions des hommes pieux et celles des impies. Astàt et Zamyât les conduisent sur la balance {Grand Bundahis, A. M. G., XXII, 321). L'obscurité du pont est éclairée pendant la scène du jugement par le feu Farnbag (A. M. G., XXII, 312). Pendant leur vie terrestre, leurs bonnes actions et leurs péchés ont déjà été comptés par Yohu Mano et Mithra tous les jours, et ils ont été examinés durant les trois jours qui ont suivi la mort par Sraosa et Rasnù (Dâtistân, 14). Le rôle suprême de Mithra dans le jugement s'accorde davantage avec le mazdéisme ethnique, répandu dans l'Iran déjà avant que les Achéménides eussent fait graver leurs inscriptions ou qu'Hérodote eût écrit ses récits et qui est représenté dans l'Avesla par les hymnes de Mithra et de la déesse Anàhita, où la supériorité de Mazda n'est pas absolue; ce rôle de Mithra, disons-nous, s'accorde mieux avec le mazdéisme ethnique qu'avec le mazdéisme de Zoroastre révélé par les Gâthas et qui est devenu religion d'État sous les Sassanides, mais après s'être déjà chargé de divers éléments ethniques. La représentation que donne le Mlnôlxral 12, 11 ss. du jugement auprès du pont Cinvat est caractéristique du cercle d'idées où se mouvait le zoroastrisme : « Aùharmazd et tous ses anges et archanges font en justice l'examen des âmes des hommes ». Mais l'orthodoxie moderne 1 , chez les Parsis, maintient encore Mithra comme juge de l'âme à côté de Rasnù et A ratât.

i. Jivanji Modi, au Congrès de Chicago, 1893.

c) Le ciel.

Alors vient le voyage de l'âme sur le pont Ginvat pour aller au ciel ou en enfer.

Conceptions naturistes du oiel. — Les images empruntées à la nature qui forment le fond de cette représentation sont très reconnaissables dans l'Avesta et plus tard. Le pont conduit à « la montagne élevée », H ara BarazaitV, autour delà terre, derrière laquelle le soleil el la lune se couchent et d'où ils reparaissent. C'est là que demeurent les bienheureux avec les dieux. UnversdesGâlhas (Yasna, AS, 6) désigne le lieu du soleil comme l'endroit de la piété parfaite. Dans « le Yasna des sept chapitres », moins ancien, le désir est exprimé de venir auprès du Seigneur dans les lumières, dans les hauteurs les plus élevées où Ton dit que le soleil se trouve (Yasna, 36, 5). Les étoiles, la lune et le soleil saluent les bienheureux (Vendidâd, 7, 52). Le ciel est représenté avant tout comme la demeure de la lumière {Yast, 3, 1 ; Yasna, 10, 6; Vendidâd, 22, 1). Le mazdéisme a ordonné avec sa précision coutumière sa représentation du ciel. Les hommes pieux vont d'abord dans la région des étoiles, ensuite dans la région de la lune, puis de là dans la région du soleil (Dinkart, IX, 43; Minôixrat f 7, 9 ss.)\ Enfin ils montent dans la lumière infinie, dans le ciel le plus haut, où demeure le Seigneur. On trouve quelques traces de Tidée que le ciel était une maison construite en pierre (asman, Yast, 13,2, asan, Yasna, 30, 5, ciel, signifient pierre), dans laquelle demeure le Seigneur. Au moins la théologie postérieure (A. M. G., XXII, 310, note 45) distingue le firmament thwdsa (Nyâyiêy i, 8) qui est compris dans le mouvement de la terre, de Y asman t « le haut et puissant ciel » (Sîrdza, i, 27), où demeurent les dieux. Le ciel, Garôdomâna, est représenté comme un « bien construit et richement décoré » palais de rois {Yast,

i. Ce qu'on appelle aujourd'hui Elburz.

2. Ici comme ailleurs je n'hésite pas à citer à propos de l'Avesta dcâ passages de la littérature pchlvie, qui ne contiennent que des données attestées par l'Avesta.

24, 28 ss.) que le Seigneur s'était construit (Vendidâd, 22, l) 1 . Aussi le Vahista, autre nom donné au paradis, est décrit dans le Grand Bundahis (A. M. G., XXII, 318), comme une espèce de maison construite en pierres. Ailleurs le ciel est appelé Thabit du Seigneur (Yasna, 30, S; Dînkart,Y!L, 30, 7), fait des pierres les plus magnifiques et décoré des plus nobles pierres (Yast, 13, 2). Mais ces représentations naturistes ou poétiques perdirent leur principal intérêt quand le ciel devint avant tout une notion religieuse.

Conception religieuse du ciel. — Bien plus souvent on voit la division des lieux célestes être faite comme dans le fragment du Hâtôxt-Nask, en paradis de la bonne pensée, paradis de la bonne parole et paradis de la bonne action avant les espaces infinis de la lumière*. La lumière est employée dans le mazdéisme comme dans la Bible et partout ailleurs au sens figuré aussi bien qu'au sens propre.

Garôddmâna. — Les noms magnifiques que porte le ciel en tant que séjour du Seigneur, des anges et des bienheureux, n'ont pas une origine naturiste, mais religieuse; c'est d'abord Garôdamâna d'après les Gâthas (changé une fois enmdn gairê, Yasna, 28, 4) ou Garônmâna dans l'Avesta postérieur, qui peut se rendre selon Haug, Darmesteter* et Tiele* par « la maison des chants » (de gar « chanter »). Dans le ciel de Yamaon entend aussi des chants et le son de la flûte (Rigvéda, X, £35, 7). Etdans la littérature juive et chrétienne le chant et la musique font partie des descriptions de la magnificence du ciel. Yahvéh « demeure parmi les hymnes d'Israël », dit le psalmiste juif, 22» 4, en pensant aux cris et aux lamentations

L. Le conte pehlvi de Yôèt-i-FrydnOy 2, 58, compare Garôtman à an palais royal.

2. Comparez le Yaèt, 3, 3. Peut-être ce partage en trois, les trois pas, avait-il son origine dans le rituel qui prescrivait au prêtre zoti de faire trois pas de sa place vers le feu dans la cérémonie après NyàyiS au feu. Yasna, 53 ; Dinkart IX, 43, 7 et Saddar, 87, 9, déclarent que le prêtre fait ses trois pas à cause des trois lieux du paradis. Ou bien la ressem* blance peut être fortuite.

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