‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 62 sur 242 · Annales du Musée Guimet, XXIV · texte numérisé non relu

Annales du Musée Guimet, XXIV

2. Cf. Dinkart, publié et traduit par Behramjee Sanjana Peshotan, Bom. bay, 1874-91, 1, 13 s. Par l'obéissance aux prescriptions de la religion l'homme entre en communication avec Ahurmazd, par une plus grande dévotion il établit une communication plus intime, par un degré de piété encore plus élevé, l'homme devient semblable aux « Ijads », aux divinités inférieures, les Yazatas de TAvesta. De même pour l'impie. Ceux qui commettent des péchés contre nature ou sont des Aâmoghs décevants et trompeurs deviennent eux-mêmes des démons, devas.

3. Ferrier, M' Gregor, d'après Geiger, Ostiranische KuUur, 141, note 4. 4> Comparez West, Pahlavi Texts, I, 98, note 3.

gouvit pas là faim (Dâtistdn, 32). Lorsqu'il s'agit de l'enfer, Mânûâcîhar ne sent pas le besoin d'interpréter ses horreurs au sens figuré — comme Thomas d'Aquin qui conclut dans sa Somme, III, xcvn, que les vers et les pleurs dans l'enfer ne sont pas corporels, mais que les ténèbres et le feu le sont bien réellement. Les théologiens mazdéens ne voulaient rien diminuer de la terreur de l'enfer. Voilà ce qu'il faut observer pour comprendre le Dante de la littérature pehlvie : l'auteur de l'Arlâ Vîrftf Nâmak.

Le héros de ce livre vivait dans les siècles qui ont précédé les conquêtes des Arabes et le livre qui contient le récit de son voyage dans l'autre monde doit être daté d'une époque antérieure au quatorzième siècle 1 . Il est dit qu'Artâ Vlraf avait bu, assis sur son lit, trois coupes de vin mélangé d'une potion soporifique. Pendant les sept jours qu'il demeura dans l'assoupissement son esprit parcourut d'abord l'espace qui se trouve entre le ciel et l'enfer, puis les paradis et le ciel, ensuite il retourna aupontCinvat, et visita les divers lieux dechâtiments qu'il y a en enfer. La description de l'enfer occupe la plus grande partie du livre, depuis le chapitre 18 jusqu'au chapitre 100 des cent et un chapitres que contient l'ouvrage. Les péchés et les souffrances des méchants sont décrites sans ordre apparent, avec une imagination grossière qui n'a rien de poétique, ni de créateur. La langue du menteur est mangée par les vers; celui qui a prononcé des paroles fausses ou vaines ou préjudiciables porte sur le dos une montagne couverte de neige et de glace ; celui qui a privé les chiens de nourriture ou les a battus est dévoré par des démons ressemblants à des chiens. Des femmes crient, quoiqu'elles aient été décapitées, parce que dans leur vie, elles ont pleuré leurs morts. Les adultères, les sceptiques, les enfants méchants, ceux qui ont transgressé les commandements de pureté, les femmes qui se sont servies de fard ou qui ont porté de faux cheveux, les infanticides, ceux qui ont trompé dans leur commerce, les avares, les juges prévaricateurs, voilà quelques-uns des pécheurs dont les punitions effrayent Artà Viràf dans l'enfer.

i. A. Barthélémy, livre d 1 Arda Viràf \ p. xivss.

Une certaine ressemblance dans le cadre extérieur avec la vision apocalyptique de l'Ascension d'Ésaïe a conduit à l'hypothèse d'une influence exercée sur l'apocalypse pehlvie par cet écrit chrétien, datant, selon Lawrence \ d'environ 70 après J.-C., selon Dillmann *, du milieu du deuxième siècle après J.-C, au plus tard ; Harnack place la vision d'Ésaïe à une époque plus avancée, au commencement du troisième siècle s .

Ésaïe est assis sur le lit du roi Ézéchias, entouré des conseillers du roi et des premiers d'Israël, de même qu'Artâ Vîrâf est entouré de tous les daslours, herbeds et mobeds. L'esprit est emporté de son corps et conduit par un ange à travers les différents degrés du ciel. La ressemblance entre les deux récits se borne pourtant à une similitude extérieure des circonstances, qui encadrent naturellement une vision. Il y a des analogies dans la littérature pehlvie. D'après la légende, Zarathustra avait reçu du Seigneur une boisson, ressemblant à du miel, et depuis qu'il l'avait bue, il avait vu dans les deux mondes toutes les choses qu'il a décrites depuis \ On ne trouve pas de points de ressemblance particuliers. L'Ascension d'Ésaïe a trait surtout au ciel, Artà Vîrâf dépeint spécialement l'enfer. La première décrit sept cieux, le second, quatre; on n'en trouve sept que dans une version postérieure et islamique. De la mAme manière la légende de Zarathustra, Zarthuét-ndmah, traduite par Easlwick, dans le livre de J. Wilson : The Parsi religion, p. 483, doit à l'Islam d'avoir adopté un plus grand nombre d'étages dans le ciel que les quatre paradis mazdéens. Les deux livres sont nettement séparés, non seulement par l'inspiration religieuse différente, mais aussi à cause de la différence des buts et des tempéraments des auteurs. L'Artâ Vîrâf Nàmak n'est pas une contrefaçon des multiples représentations du monde futur qui se trouvent en dehors du mazdéisme, il a son caractère propre. Ce n'est pas le fruit d'une imagination riche et créatrice, comme les légendes, mentionnées plus haut (pages 66 et suivantes).

Page 1