Saddar BundahU, West, Pahlavi Texte, I, p. 127, note
entre le ciel et l'enfer, où sont les indécis, il n'y arien chez lui qui ressemble à l'indignation du voyant chrétien s'écriant : « Tu n'es ni froid ni bouillant; plût à Dieu que tu fusses froid ou bouillant, mais tu es tiède ». Il apporte tout simplement de la part des anges qui le conduisent une exhortation aux vivants de faire au moins quelque bonne œuvre de peu de poids. On arrive au ciel si seulement les bonnes œuvres excèdent les mauvaises de trois mesures de punition ou « coups de sraosôcarana ».
En dehors des œuvres individuelles, il y a un thésaurus supererogationis, qui s'accroît continuellement, dont les fidèles ont leur part (Ddtistân, 9, 57) et qui est formé de tout le bien qui a été fait depuis les temps de Zarathustra. Si les œuvres qu'un homme a accomplies sont insuffisantes au compte du pont Cinvat, Mithra et ses coadjuteurs lui accordent une partie des bonnes actions accomplies dans les sept cercles de la terre* pour qu'il ait la somme nécessaire (Saddar, i). C'est pourquoi il ne faut jamais trop s'effrayer de l'enfer (èâyast, 12, 28). Personne ne doit désespérer de la pitié et de la miséricorde du Seigneur. Il peut pour fort peu de bonnes actions faire entrer l'âme dans le ciel [Saddar, 4). En vérité dans le mazdéisme, « le chemin de la meilleure existence (sur le pont Cinvat) est large » (Dâtistân, 42, 2), non étroit.
b) La proportion exacte entre le péché et la punition d'après
le moralisme.
Mais celte doctrine bienveillante est néanmoins au service d'un dogme calculant et extérieur de la rétribution. Le moralisme est maître absolu, et l'élan de la piété, aussi bien que l'action divine, sont étouffés sous un réseau bien calculé de mérites. Il n'y a pas de place pour un Dieu qui, d'après une vieille collecte (X e Dim. après la Pentecôte), « signale surtout sa puissance en pardonnant au pécheur et en compatissant à ses misères ». Les rapports religieux de l'homme avec Dieu, la foi et la confiance sont dénaturés par le légalisme moral. Dans chaque cas, il est nécessaire de trouver 1& mesure exacte du péché, pour y appliquer un
remède équivalent et, par suite, se conformer à la règle suprême de la rétribution qui fixe la situation réciproque de Dieu et de l'homme pieux. C'est pour cette raison que h>s théologiens mazdéens se montrent extrêmement scrupuleux dans la dispensation des châtiments et des récompenses qui ne doivent pas être distribués «sans loi », mais en rapport avec le mérite. Asa Vahista (« la meilleure piété »), la divinité de la justice, de l'ordre, veille à ce que les méchants ne soient pas punis au-delà de leur péché 1 . Un impie, qui une fois avait donné un peu de foin à un bœuf avec son pied, ne subit pas les tortures de l'enfer sur ce pied [Artâ-Virâf Nâmak, 32). Un adultère, qui de son pied a tué quelques animaux nuisibles, a pu sortir ce pied de la marmite où il bouillait (60). A ce point de vue, Mânàscîhar, théologien de la seconde moitié du ix° siècle, est le plus méticuleux. Pendant les trois nuits qui suivent le décès, le mort éprouve, d'après lui, du plaisir pour ses bonnes pensées, ses bonnes paroles et ses bonnes actions et du déplaisir pour ses mauvaises pensées, ses mauvaises paroles et ses mauvaises actions (Dâtistân, 20). Ceux dont les péchés pèsent davantage reçoivent, cependant, dans le lieu des tourments une faveur pour leurs bonnes actions (Slkand, 4, 98). Même le juste a commis des péchés dignes de châtiment, même Timpie a toujours quelque bonne action dont il peut tirer profit (Dâtistân, 24 s.).
Lajustice de la rétribution exigeait des degrés multiples dans le châtiment et dans la récompense qui sont la conséquence des multiples mesures du péché et de la piété. Déjà on trouve dans l'Avesta une classification des péchés. Une grande partie du Vendîdàd, la loi, est remplie d'une estimation détaillée de la gravité des fautes et des manquements et, par suite, des châtiments encourus. On employait comme mesure « un coup de fouet de cheval », aspahe as Ira, ou « un coup de l'instrument d'obéissance », sraosô-carana. Les deux expressions ont évidemment le même sens. Dans le Vendîdàd, tous les péchés sont munis de leur mesure de punitions depuis cinq jusqu'à dix mille sraosô-carana. Ces définitions du péché