New English Canaan, 1636, p
3. Rev. Ch. Harrison, Religion and Family amongst the Haidas, dans Journal of the Anthropological lnstitute of Qreat Britain and Ireland, t. XXI, pp. 14-29. Le pasteur Harrison avait vécu pendant huit ans sur Graham Island; il était, au moins à cette époque, le seul homme blanc, qui connût à fond la langue des Haidas.
dans la région inférieure, appartenant à Hetgwaulana, où il y a toujours des ténèbres, des tempêtes, des neiges et du froid, de sorte qu'on ne peut ni pêcher, ni chasser.
Les âmes des bons sont prises après la mort, non par le dieu Nuage, mais par le dieu Mort, « the Ghief Death ». Ils demeurent en plein bonheur avec leurs anciens amis, déjà décédés, près du dieu de la lumière, dans le ciel, le èdttigé, « the land above », où il n'y a ni nuages ni tempêtes. Mais ils doivent y aller en passant par le lieu sombre, qui appartient au dieu de la mort ; il parait que les âmes des hommes pieux doivent rester auprès de lui pendant douze mois avant d'entrer au ciel.
Mais à côté de ces morts qui vont au êâlligê après une année passée chez le dieu de la mort, et à côté de ceux qui après douze mois chez le dieu du nuage entrent au Hetgwaugê ou bien sont mangés par le dieu du nuage, il y a d'après M. Harrison, page 20, encore deux classes d'âmes après la mort, qui doivent recommencer la vie terrestre après douze mois. Il y en a qui lors de la mort étaient trop bonnes pour être capturées par le dieu Nuage, mais qui, après l'année passée chez le dieu de la mort, ne sont pas assez bonnes pour entrer dans le Sâtligè. Elles naissent de nouveau dans les corps d'enfants de la tribu, et ainsi elles continuent leurs transmigrations jusqu'à ce qu'elles soient prêtes pour le séjour de la lumière. D'autres âmes qui sont prises parle dieu du nuage sont trop méchantes après les douze mois passés chez lui pour être admises auprès de Hetgwaulana. Alors elles sont renvoyées à la terre, mais elles ne peuvent pas être réincarnées dans des hommes, elles doivent revêtir les corps d'animaux et de poissons, depuis l'ours noir jusqu'à la souris et être exposées à de grands tourments. De leur côté elles font beaucoup de mal aux vivants. Une espèce de baleines, « fin-back whales », sont très honorées parce que souvent les morts y entrent*.
1. Il me semble que M. Harrison a ordonné les diverses croyances d'une façon plus régulière qu'elles ne le sont dans la foi populaire. Il y a ici ces deux éléments : 1° la continuation, changement en baleines, en d'autres animaux, en esprits dangereux, etc.; 2° l'idée supérieure d'une rétribution dans deux endroits.
Il faut rattacher celte croyance à la doctrine de la rétribution quoique les éléments moraux y soient moins développés que le rite. « Un bon Indien, raconte. Harrisou, c'est essentiellement celui qui adore les grands chefs des dieux par l'intermédiaire des divinités inférieures, qui olfre régulièrement des sacrifices aux dieux inférieurs, qui assiste aux danses, qui contribue libéralement aux fêtes et qui obéit aux ordres du saaga (l'homme-médecine inspiré par les dieux) 1 ».
Chez les Mongols. — Les races mongoles n'avaient pas par elles-mêmes atteint la doctrine de la rétribution future. Les Finnois ont reçu l'idée de l'enfer du christianisme'. Chez les Turco-Tartares aussi, le grand nombre de cieux et d'enfers est probablement un emprunt fait au bouddhisme et au christianisme. Il semble que les grandes civilisations mongoles de la Chine et du Japon, avec leur morale si utilitaire, eussent dû étendre au-delà de la mort la rétribution qui réglait leur religion et leur morale. Aussi ont-ils adopté avec avidité la double rétribution que leur a apportée le bouddhisme, mais ils ne l'avaient pas eux-mêmes conçue. L'étude de la nature et l'imagination leur manquaient pour inventer, à côté de la vie de la tombe, un ciel pour les morts dans l'endroit où le soleil et la lune se couchent. Le culte des ancêtres était très favorable aux vertus sociales, qui, pour ces peuples, ont la plus haute valeur. De là vient que ce culte, libéré de ses usages tyranniques et de ses superstitions les plus frappantes, par Kong-tse et les autres philosophes, domine encore la religion d'État des Chinois. Bien que depuis des siècles, les Chinois aient connu par les bouddhistes le ciel et l'enfer, leur pensée sur la mort est beaucoup plus préoccupée du repos des défunts dans leurs tombes et de l'obéissance à l'égard de leurs esprits que du sort futur de leurs propres âmes. De même la religion d'État du Japon, le shintoïsme, a pris au bouddhisme sa croyance du ciel et de l'enfer; il ne semble pas l'avoir inventée lui-môme malgré son principe si accentué de rétribution.