Loc. cit., p. 84 s
5. H. 0. Lange, dans Chantepie de la Saussaye, Lehrbuch> 2* éd., I, p. 139; Brede Kristensen, /. c, 73.
condition d'une vie nouvelle plutôt que la doctrine de la rétribution. La rétribution future n'est jamais devenue le point de vue dominant dansla religion égyptienne *. On ne pourrait trouver une affirmation nette d'un jugement avec ciel et enfer*. Malgré les allusions à une destruction des ennemis de la lumière, la perspective d'une rétribution future ne semble pas avoir joué un très grand rôle dans la vie et la piété égyptiennes. En Egypte, le chapitre I er et le chapitre 5 de notre ouvrage se rejoignent : cTun côte\ la continuation de l'existence, soit dans la tombe, « la demeure de l'éternité », comme l'appellent les inscriptions égyptiennes, et dans le sombre pays des sépulcres de Sokaris, soit dans le paradis agricole, les champs d'Aalou ; cette continuation n'existait, pendant la période memphitique, probablement que pour les riches auxquels on avait fait de coûteuses funérailles, tandis que, pour les autres, il n'y avait que l'anéantissement; plus tard il semble que dans cette continuation d'existence les puissants fussent heureux dans les champs d'Àalou et les autres vécussent dans l'obscurité; il y a enfin peut-être aussi une tendance à faire partager à tous le même bonheur 1 ; de l'autre côte\ le dogme religieux de la vie éternelle et de la victoire de la vie sur la mort par l'union avec les dieux, soit avec Osiris, le dieu des morts et le dieu de la lumière qui aide les hommes purs et les pieux, soit avec Râ dans son voyage à travers l'obscurité, jusqu'à l'éternel renouvellement; les ennemis du dieu périssent d'une façon ou de l'autre. Entre ces deux groupes d'images de la vie future, jamais en Éxgypte la croyance de la rétribution n'a marqué une empreinte profonde; elle n'a été qu'une greffe entée çà et là; mais elle n'a jamais changé la nature de l'arbre. Les peuples des rives du Tigre et de l'Euphrate et ceux des bords du Nil ont cherché la solution à l'énigme de la mort dans la théologie solaire; ni les uns ni les autres ne sont arrivés à un dualisme. Toutefois chez les Chaldéens dominait l'idée
l.C. P. Tiele, /. c, I, 70.
2. E. A. Wallis Budge, The Book of the Dtad, transi., xcm, a une opinion différente.
3. Comparez C. P. Tiele, InleiUny tôt de Godsdienstwetenschap, I, p. 168.
de la vie de la tombe dans son obscurité; chez les Egyptiens elle a été de plus en plus refoulée par la gloire et la puissance du dieu du soleil et de la vie.
Chez les Indo-Germains. — A l'opposé de ce que nous avons vu chez les Mongols et chez les Sémites, la troisième des grandes races conquérantes qui ont régné dans le monde, celle des Indo-Germains, a développé puissamment la pensée de la rétribution future. La foi en la félicité ou le malheur dans la vie à venir, d'après la conduite dans la vie présente, s'est manifestée d'une manière indépendante chez les Indiens, chez les Iraniens, chez les Grecs et chez les Romains, peutêtre même chez les Germains.
Dans l'Iran. — Dans l'Iran, tous les documents religieux les plus anciens parlent du ciel et de l'enfer.
Dans rinde. — Dans l'Inde, la double rétribution apparaît déjà dans les hymnes postérieurs du Rigvéda. Les Hindous du temps des Védas regardaient déjà le royaume lumineux de Yama, où Ton retrouvait les ancêtres en compagnie des dieux, comme une récompense pour ceux qui avaient su plaire à ceuxci. Le Rigvéda ne décrit pas moins de trois cieux 1 , trois degrés de félicité*. L'idée de l'enfer est moins claire. La tombe et le lieu des tourments sont confondus, sans qu'on puisse bien distinguer la limite qui les sépare. Pourtant à l'époque védique, il y avait déjà un lieu de châtiment pour les morts 1 . Depuis, l'enfer s'est divisé en plusieurs degrés*. Toutes les religions hindoues, qui sont sorties plus ou moins directement de r adoration védique de la nature, font une place très importante au châtiment et à la récompense au-delà de la mort. Dans le bouddhisme originel, cette pensée avait son caractère propre et ne portait pas la marque de la rétribution. Nous nous en occuperons plus tard. Le bouddhisme postérieur a remplacé la doctrine ésotérique du nirvana et de la renaissance à la vie
t. Ou mondes, A. Bergaignc, loc. cit., I, p. 85.
2. H. Oldenberg, Religion des Veda, p. 531 ; E. Hardy, Die vedischbrahmanische Période, p. 108, interprète cette expression comme désignant seulement un troisième ou suprême ciel.