Sat. Br., XI, 6, 1 (Hardy
par une croyance populaire et grossière de récompense et de châtiment qui s'est répandue chez des millions d'individus en dehors des limites de l'Inde. Pour donner un exemple des croyances actuelles du bouddhisme, il faut décrire l'aspect de l'univers d'après les Birmans 1 . Il y a trente et un mondes. Aux degrés inférieurs se trouvent les quatre lieux de punition, plus haut la demeure des hommes, puis six heureux séjours pour les Nais (esprits, dewahs), au-delà neuf salles élevées pour les Bupas, au dessus les sept places suprêmes des Byammahsy enfin les quatre lieux des Arupas où demeurent les incorporels 3 qui ont rompu toutjien avec le monde matériel et sont mûrs pour le (Nirvana) Neiïban.
Les autres religions de l'Inde ont aussi appliqué la rétribution à la vie future. Brahma a son ciel, Indra, le sien, Viçnu, également, etc. ; ils y rassemblent leurs fidèles après la mort. Nous n'avons pas à énumérer toutes les fantaisies de l'imagination hindoue à propos du ciel et de l'enfer.
En Grèce. — En Grèce, mieux que partout ailleurs, à l'exception d'Israël, nous pouvons suivre les divers mylhes, sentiments et pensées, qui ont amené à la conception d'un au-delà. A cet égard, nous avons à remercier avant tout MM. Erwin Rohde et Albrecht Dieterich. Combien divers sont les points de départ ! Combien différentes, pour ne pas dire opposées, les perspectives qui s'ouvrent à la porte de la mort, qu'elles aboutissent aux cavernes des héros, à l'Hadès homérique où errent les tristes ombres, au bonheur tumultueux des disciples de Dionysos, à la douce félicité des initiés d'Eleusis, ou au monde d'éternelle lumière dont ont parlé Socrate et Platon où habitent ensemble les divinités bienfaisantes et les esprits délivrés des liens terrestres ! Déjà au vni e siècle avant J.-C, la pensée de la rétribution est claire et visible.
Dans la forme la plus ancienne, avant que la théologie orphique ne l'eût imprégnée de pensées plus intimement religieuses, le culte d'Eleusis semble avoir possédé une
1. Shway Yoe, The Burman, his life and notions, I, p. 108 ss.
2. Arûpa « sans forme », apposition du Brahma et du Nirvana, J. Dahlmann, Nirvdna, p. 25, 115.
croyance en la rétribution plutôt que l'idée de la vie éternelle et de la préservation de la mort, acquise dans l'union avec Dieu. Le seul texte * que nous ayons sur l'enseignement d'Eleusis à propos de la vie future parle des différentes conditions réservées dans l'Hadès aux initiés et à ceux qui ne le sont pas. Nous pouvons comparer ces initiés d'Eleusis à la société religieuse de l'Océanic, les Areois dont nous avons parlé plus haut. Leurs cérémonies religieuses donnaient un meilleur sort dans l'autre monde. Un voleur initié sera mieux placé qu'Épaminondas ! s'écrie Diogène avec ironie. Quoique tous les initiés trouvent une existence heureuse, quelque inégale qu'ait été leur conduite morale, quoique la justice ne fasse point de séparation entre les bons et les mauvais, il n'y en a pas moins là, contrairement à l'avis de Rohde 2 , une sorte de rétribution. Déjà à une époque reculée la rétribution est cependant réglée d'après des principes plus élevés. M. Rohde, de son œil perçant, a distingué les différents fils avec lesquels avaient été tissées les représentations de cette rétribution, dont il semble parfois regretter l'apparition à l'horizon de l'esprit grec. Entraîné par son amour pour l'Hellène adolescent, riant et jouant avec la vie, il éprouve de la peine aie voir vieillir, le front plissé par la pensée de l'avenir, la voix de la conscience résonnant dans son âme.
A Rome. — Si décisive qu'ait été l'influence intellectuelle de la Grèce sur Rome, on ne saurait dire pourtant que les Romains aient emprunté à l'Orient la doctrine de la séparation entre les morts, se des piorum et sedes impiorum % ou quels que soient les noms qu'on donne aux différents séjours des morts. Ici la raison de l'application tardive de la rétribution se trouve dans la puissance du culte des ancêtres, qui, par une certaine ressemblance avec celui de la Chine, a détourné la pensée du sort de l'àme personnelle. Mais s'ils