‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 86 sur 242 · Comparez V. Rydberg, loc. cit., I, p. 405 ss · texte numérisé non relu

Comparez V. Rydberg, loc. cit., I, p. 405 ss

2. A. Noréen, Fornnordisk religion, mytologi och teologi, dans Svensk Tidskrift, 1892, p. 180.

rétribution ne s'est pleinement montrée, que sur un seul rameau du tronc sémitique, chez les Israélites; ne F avaient-ils donc pas reçue des Indo-Germains? Mn Àmos, un Ésaïe, un Jérémie n'ont pas connu cette foi, et c'est une époque postérieure, moins féconde, qui Ta enfantée. Faut-il conclure de ce fait qu'Israël n'aurait connu cette doctrine que par les Indo- Germains, Perses ou Grecs?

Une double remarque doit être faite d'abord à propos de cette question. 1° L'idée de la récompense ou du châtiment immédiatement après la mort est, dans Israël, postérieure à celle de la fin du monde, de la résurrection et du jugement final. L'examen de l'influence du mazdéisme sur l'idée de la vie future chez les Hébreux se retrouvera ainsi au quatrième chapitre avec plus de force et dans sa partie la plus importante. 2° Ensuite il faut insister sur le fait que l'esprit individualiste a grandi sous les épreuves des temps postérieurs à l'exil et qu'il soulevait ainsi le problème du sort de l'âme après la mort. Déjà Jérémie ne s'était pas montré satisfait de l'application de la rétribution aux descendants [Jérémie, 31, 29 ss.) A peu près à la même époque Ézéchiel (18,2) critiquait le même proverbe : « Les dents des enfants ont été agacées parce que les pères ont mangé du raisin vert. » Dans plusieurs psaumes comme dans le livre de Job, le problème est agité. La solution sous forme de pressentiment et d'assurance que la communion avec Dieu pour celui « qui a Dieu » vaincrait la mort, est sortie du cœur même de la religion d'Israël pendant les tempêtes et les nuits sombres, épreuves qui obligèrent la foi à s'affermir pour ne pas fléchir et qui forcèrent l'espérance à se hausser pour atteindre la lumière. Nous on reparlerons lorsque nous ferons l'histoire de la vie éternelle. A la certitude de la foi en une vie éternelle pouvait facilement s'ajouter cette conséquence : le châtiment des impies. S'il est un cas dans l'histoire des religions, où il nous soit possible de suivre la croissance spontanée d'une nouvelle idée, c'est bien le cas présent.

Pas de traces dune influence mazdéenne. — Puisque la croyance en la rétribution dans la vie future est née en tant de lieux différents, pourquoi Israël eût-il été incapable de l'enfanter? Trouvons-nous entre TAvesta et les écrits juifs

des ressemblances touchant les punitions et les récompenses qui dénotent indubitablement un emprunt? La ressemblance se borne au contraire à l'idée générale du châtiment et de la récompense pour l'individu après la mort. Mais les formes concrètes qu'a revêtues cette idée sont aussi différentes que possible. Si les Juifs ont subi une influence du mazdéisme, pourquoi ne lui auraient-ils pas emprunté du moins la félicité dans la magnifique demeure du soleil, dans les lumières infinies du Très sage Seigneur, ce qu'ils auraient pu faire d'autant plus facilement que leur propre Yahvéh demeurait au ciel parmi les lumières et qu'en effet, d'après une des nombreuses conceptions du judaïsme postérieur, il recevait les hommes pieux dans son ciel 1 . Pourquoi partagèrent-ils leur sombre et pauvre royaume des morts, le Scheâl, en deux parties, le sein d'Abraham et le lieu des tourments 1 ?

Et lorsque les Juifs eurent découvert un lieu de châtiment, pourquoi ne présente-t-il aucune ressemblance avec la caverne du Mauvais Esprit ? La Géhenne, la vallée de Hinnom, était située près de Jérusalem; c'est là qu'on avait adoré Moloch (II Rois, 83, 10 ; Jér., 7, 31). Est-il nécessaire de rattacher le châtiment par le feu dans la Géhenne, à autre chose qu'au feu, qui faisait partie du culte de Moloch, ou à la révélation de Yahvéh par le feu? M. Schwally qui, à la page 145 de

1. E. Schûrer, Geschichte des jûdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi, 2« éd., II. 549.

2. Ainsi Josèphe reconnaît des sorts différents sous la terre jusqu'à la résurrection. Cf. ï Apocalypse de saint Jean, 20, 13 s., Luc, 23, 43, Actes, 2, 31, où le paradis est évidemment placé dans l'Hadès (R. H. Charles, A critical hUlory ofthe doctrine of a future life, p. 415). Cela ne me semble pas invraisemblable non plus dans Luc, 16, 23 ss., malgré Ferdinand Weber, pour qui « le grand abîme », au verset 26, désigne l'espace entre le ciel et la terre, et d'après lequel le Scheôl n'aurait été divisé en deux parties : Gehinnom et le paradis inférieur — à distinguer du paradis céleste — qu'au moyen âge; F. Weber, Jildische Théologie, 2 e éd., p. 341. Ce n'est que plus tard, dans le judaïsme hellénique, qu'on a cru que les morts allaient directement au ciel. Même le IV e Esdras, 4, 33 ss., 6, 49 ss., semble placer les fidèles aussi bien que les impies sous la terre jusqu'à la résurrection; au moins les lieux de punition des impies et les promptuaria où reposaient les âmes des fidèles étaient à portée de vue les uns des autres.

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son ouvrage sur les idées relatives à la vie future dans le judaïsme, renvoie ici à l'Arlâ- Vlrâf, reconnaît bien pourtant qu'il est d'une époque trop moderne pour que ses suppositions soient très exactes. Les maudits devaient souffrir dans cette vallée sousl'œil des hommes pieux. Cette représentation a donc une origine messianique et ne se rattache pas à la préoccupation de déterminer le sort de l'âme après la mort. Plus tard seulement, la Géhenne devint un lieu de châtiment souterrain qui ressemblait davantage au Tarlare qu'à la caverne du Druj. Dans la Géhenne il y a un feu éternel, dans l'enfer de l'Avesta du froid, de la puanteur, du poison jusqu'à la résurrection, lorsque tout le mal et toute l'impureté seront consumés ; il ne faut pas bâtir avec trop d'assurance des théories d'emprunt ou d'originalité sur de pareils traits qui sont naturels à toutes les conceptions de l'enfer. Le Livre slave d'Hénoch, X (Bonwetsch, p. 14), tout comme Artâ-Yîrâf Nàmak voient dans l'enfer du feu aussi bien que de la glace. Plus significatif est le fait que le Livre slave d'IIénoch, 10, 6, place le lieu des tourments dans la région du nord. Dans le Livre d'IIénoch éthiopien, 18, 14-19, 2; 21, 6-10, la prison où sont gardées les étoiles rebelles et, avec leurs séductrices, les anges qui avaient aimé des femmes terrestres, est située à l'extrême swrf. Dans le nord, au contraire, se trouve 82, 5, « le saint lieu, près de la maison de Dieu, le roi de l'éternité. »

Dans tout l'Avesta la séparation après la mort a un lien direct avec la fin du monde % mais lorsque l'idée d'une telle séparation apparaît chez les Juifs, ce lien n'existe pas. C'est d'autant plus remarquable que longtemps auparavant, les Juifs connaissaient le royaume du Messie et possédaient par conséquent une eschatologie. La conclusion s'impose. Si le judaïsme a éprouvé une influence extérieure lorsqu'il a étendu la rétribution après la mort, il faut que cette influence ait été exercée par une religion qui n'avait pas d'eschatologie, c'est-à-dire pas de doctrine sur la fin du monde. Cet examen peut être poursuivi. Dans aucun trait matériel, je ne trouve de ressemblances entre le dogme de la rétribution dans la Bible et dans l'Avesta.

Influence hellénique. — Mais ily a, au contraire, des ressemblances frappantes avec les représentations helléniques. Déjà

la division du Scheôl nous reporte nécessairement vers les punitions et le bonheur dans le seul et même Hadès. La tendance à partager l'Hadès est déjà visible chez Homère, et ce partage est clairement effectué par exemple dans la théologie éleusinicnne. Dans le Phédon, l'Hadès est parfois désigné comme le séjour des heureux en opposition avec le Tartare. Pindare parle de « lieux souterrains de félicité », où vont les hommes pieux * ! Ainsi que Ta relevé R. H. Charles dans son ouvrage récent sur le développement des croyances hébraïques de la vie future, p. 155 ss., le Scheôl tend à devenir, lui aussi, au moins pour quelques-uns, seulement une demeure temporaire (Es., 26, 19; Dan., i%, 2), de même que l'Hadès, dans les derniers siècles avant Jésus-Christ, se réduit à n'être plus qu'un passage « noir » vers l'Elyseion. On trouve cette signification sur des inscriptions sépulcrales, influencées par la théologie éleusinienne '.

Chez les Esséniens, l'influence grecque est probable. Ils enseignent, d'après Josèphe, lacorruptibilitédes corps, l'immortalité des âmes enveloppées dans le corps comme dans des chaînes que le désir leur a imposées. Ils ont un lieu de félicité de l'autre côté de la mer et un lieu de châtiment sombre et glacé. M. Cheyne ' éprouve une aversion inexplicable pour l'influence grecque chez les Juifs. Quand Josèphe, Bell., Il, 8, 11, parle des îles des heureux de l'autre côté de la mer, Orcàp roxeavov Siaixav, le savant professeur d'Oxford voit là une idée assyro-babylonienne qui nous est connue par l'épopée d'Istar, quoique dans un autre endroit, Josèphe désigne proprement les Champs Elysées. La description du lieu de tourment des Esséniens, Bell , II, 8, H, lui semble être zoroastrienne, taXq 8e çauXatç CoçcoBtq xai ^etj/ipiov açopiÇoviat jau^ov yipovzci TifAcopiûv âSta- Xe(icr<i)v. Le seul trait zoroastrique pourrait être ^etfxéptov, mais ne trouve-t-on pas le froid dans un grand nombre des représentations de l'enfer? Cela n'est pas suffisant pour démontrer que ce soit une influence de l'Iran. Quant à la doctrine essé-

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