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MÉCANISME DE LA VISION

Imperfection optique de l'œil. L'œil est, comme nous venons de le voir, un appareil d'une structure assez compliquée, et la perfection apparente des parties qui le composent a fait croire pendant longtemps qu'il était, ainsi que l'écrit encore M. le professeur liéclard, (( le plus merveilleux appareil d'optique que nous puissions imaginer. » 3Iais une étude plus approfondie de cet organe a montré que cette opinion est complètement erronée et que , au point de vue optique, Tœil est l'instrument le plus imparfait qu'on puisse construire. Comme l'écrit l'illustre auteur dé V Optique physiologique , si un opticien essayait de livrer un instrument entaché des défauts que l'œil présente, on serait parfaitement autorisé à refuser son ouvrage en accompagnant ce refus des expressions les plus dures.

Au point de vue optique, l'œil réunit, en effet, à peu près tous les genres d'imperfections connus: aberration de sphéricité et de réfrangibilité, irrégularité des surfaces, centrage imparfait des courbures de la coi'née et du cristallin, défaut de transparence de ses milieux réfringents, sensibilité très-obtuse de la plus grande partie de la rétine, etc. Qu'on suppose les lentilles d'une chambre noire entachées des défauts optiques de l'œil, et la plaque photographique destinée à recevoir l'image formée par elles d'une sensibilité aussi inégale que celle de la rétine, et on devinera facilement quels résultats médiocres le photographe pourrait obtenir avec un semblable instrument.

Mais il ne faut faire servir un instrument d'optique qu'aux usages pour lesquels il est construit. Une simple loupe est dans certains cas plus utile que le meilleur des microscopes, de même qu'une balance ordinaire est plus commode pour les usages habituels de la vie que la meilleure balance de précision. Plus un instrument est parfait, plus en revanche il est délicat, long à manier et sujet à se déranger.

L'œil, tel qu'il est construit, est sufiisant pour les usages auxquels il est destiné. Une perfection plus grande, en admettant

LA vri:.

<|ii«"ll"' «Mil (•!(' possihl.'jivcc les moyens dont la nature pouvait dis- |)os(r, ICÙt vriuUi s;ms doulc plus compliqué et exposé à plus de dt-M'.m-cmonts, ind.'jxMidamuient d'autres inconvénients sur ics^niels nous aui'ons ii l'evcnir.

Kvaminons actuellement les fonctions de rinslrument dont nous avons précédemment décrit la structure.

Théorie de la vision. — Usage des diverses parties de

rœil. — Sous le rapport de la vision, l'œil est tout ii fait comparal.le à une chambre noire photographitpie (pii sérail pleine d'eau au heu d'être pleine daii'. Les parois de la chambre noire sont formées par la sclérotique; les lentilles de l'objectif par la cornée et le cristallin; le diaphra-me placé entre les lentilles, par Tiris; le j)apier noir ou la j)einture de même couleur dont est recouvert l'intérieur de l'appareil est remplacée par la choroïde, et enfin la glace dépolie sur la(iuelle vient se peindre l'image des objets, par la rétine.

L'usage des diverses parties que nous venons d'énumérer est rigoureusement le même dans la chambre noire que dans r(inl. La cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin et l'humeur vitrée * servent dans l'œil, comme les lentilles dans la chambre noire, à donner sur un écran— glace dépolie dans cette dernière, rétine dans le premierune image réduite des objets ^^ La nature aurait pu sans doute se contenter dans l'œil, comme on s'en contentait autrefois dans les anciennes chambres noires, d'une seule lentille; mais alors, pour obtenir le même degré de convergence qu'avec plusieurs, il aurait fallu donner à cette lentille unique un foyer très-court et augmen- •

* L'humeur vitrée ne sert pas uniquement à augmenter la convergence des rayons qm la traversent. Je crois que son principal rôle doit être d'absorber les rayons calorifiques et de les empêcher d'arriver à la rétine où, par suite de la concentration opérée par le cristallin, ils développeraient une chaleur susceptible d'altérer cette niembrane. Chacun sait qu'avec une lentille, même très-petite, il est facile de concentrer assez de rayons sur un morceau de papier pour l'enflammer.

•• • L image formée sur la rétine peut être facilement aperçue en plaçant un objet .tres-cclaire devant un œil d'animal récemment enlevé de son orbite, et dont o.' a aminci la paroi postérieure. Sur cette paroi formant écran, on aperçoit l'image renversée et redu.te des objets, absolument comme on l'aperçcit sur la glace dépolie (l une chambre noire. ^

ter seQsiblemoat, par suite, son aberratioa de sphéricité, c'est-àdire diminuer la netteté des images qu'elle fournit.

Dans l'œil, comme dans la chambre noire, le diaphragme sert, d'une part, à régler la quantité de lumière qui pénètre dans l'instrument et à la proportionner à la sensibilité de la rétine ou de la plaque photographique ; d'autre part, à éliminer les rayons qui passent par le bord des lentilles et à corriger, par suite, l'aberration de sphéricité résultant de leur courbure. Les photographes ont pour chacun de leurs objectifs une série de diaphragmes d'ouverture variable qu'ils leur adaptent suivant les circonstances; l'œil n'en a qu'un, l'iris; mais comme, sous l'influence des muscles dont il est muni, son ouverture peut considérablement varier, c'est absolument comme s'il en possédait plusieurs.

Dans la chambre noire, comme dans l'œil, les images des objets éloignés se trouvent, ainsi que nous l'avons vu en parlant des lentilles convexes, au foyer principal de ces dernières. Pour les objets suffisamment rapprochés, elles sont à leur foyer conjugué, c'est-àdire à une distance de la lentille qui varie avec la distance à laquelle cette dernière se trouve de l'objet.

Adaptation de l'œil à la vision à diverses distances. Une

chambre noire et un œil construits comme ceux, que nous venons de décrire' seraient nécessairement incomplets. Les lentilles étant à une distance invariable de l'écran ou de la rétine , il n'y aurait que les objets toujours placés à la môme distance de la lentille qui formeraient nettement leur image sur cette paroi. Toutes les fois que l'objet se rapprocherait ou s'éloignerait, son image s'éloignerait ou se rapprocherait de l'écran. Elle perdrait considérablemept alors de sa netteté, parce que chacun des points de l'objet, au lieu d'être reproduit par un point, formerait une série de petits cercles (cercles de diffusion), qui se couvriraient réciproquement.

Dans les chambres noires des photographes on remédie à cet inconvénient en faisant varier, au moyen d'une crémaillère , la distance qui sépare les lentilles du verre dépoli, ce qui fait varier en même temps leur foyer et permet, par suite, à l'image de toujours tomber sur l'écran; mais il est clair qu'on obtiendrait le même ré-

siilliil (Ml ciiiplo^aiil une sùi'ic de leiUilks de coiiiliiiics cl. parlant, (le foyers variahles, calcules <lo ra(;()ri à l'aire t<jiiilii'i' (oujoiirs sur la glace dépolie riniai^e des oitjels placés ii diverses dislauces. Il est clair aussi ({uOii arriverait é.^aleinent au même but avec une seule lentille dont la courbure et, partant, le foyer pourraient varier à volonté. .

(le dernier moyen est |)récisément celui auquel la nature a eu rec(jurs(lans l^eil. Au moyen d'un n)uscle spécial, le nmscle ciliaire, elle l'ait varier la courbure du crislallin, c'est-à-dire la longueur de son foyer, et arrive ainsi au même résultat que celui qu'on obtient avec la crémaillère des objectifs, c'est-à-dire d'avoir sur un écran de position li\e des images toujours nettes d'objets placés à des distances extrêmement variables. '

De nombreuses théories, dont nous croyons inutile de retracer I histoire, ont été autrefois proposées pour expliquer comment l'œil peut s'adapter à toutes les distances. Ce sont les travaux de Cramer et de Helmholtz qui ont prouvé que cette adaptation résulte d'un changement de forme du cristallin, lequel aui^mente d'épaisseur pour la vision de près, c'est-à-dire raccourcit son foyer, et s'amincit au contraire pour la vision à distance et, par suite, allon2;e ce même fover.

C'est de la dimension et des changements de rapports de.^ images formées sur les surfaces de r(Bil, images dont Sanson et J^irkinge constatèrent l'existence pour la première fois, qu'il a été possible de d(''duire les variations de courbure qu'éprouve le cristallin dans la vision des objets éloignés et dans celle des objets rapprochés. Quand on place de\ant l'œil un corps lumineux, une bougie par exemple, on peut apercevoir dans l'intérieur de cet organe trois images formées par la réflexion de la lumière sur la surface de la cornée, sur celle de la face antérieure du cristallin, et enfin sur la face postérieure de ce dernier. Ces diverses surfaces agissent comme le feraient des miroirs. Les deux premières images, étant formées par des miroirs convexes, sont droites et virtuelles; la troisième, étant formée par un miroir concave, est réelle et renversée.

A l'exception de l'image produite par la cornée, qui est invariable, la position et la distance réciproques des autres images va-

rient suivant la distance à laquelle la bougie est placée de l'œil. On en conclut que la courbure de la cornée n'a pas changé, tandis que celle du cristallin s'est modifiée. En mesurant ces images au moyen d'un appareil nommé ophthalmomètre, on en déduit par le calcul les variations de courbure subies par le cristallin.

Helmholtz a ainsi reconnu qu'en s'aocommodant aux diverses dislances, le cristallin pouvait éprouver un épaississement anléropostérieur de k dixièmes de millimètre, portant principalement sur sa face antérieure. Quand le muscle ciliaire n'agit pas, c'est-à-dire quand l'œil est au repos, le cristallin est accommodé pour les objets situés à de grandes distances *. Ce n'est que pour voir les objets rapprochés que sa courbure doit varier.

On donne le nom de force d'accommodation à la puissance qui intervient pour forcer le cristallin à changer sa courbure de façon à réunir sur la rétine les rayons lumineux d'objets rapprochés. La distance qui sépare le point le plus éloigné de la vision distincte [punctum remotum) et le point le plus rapproché [punclum pro.rimum) se nomme parcours de r accommodation. Le punctum remotum correspond au repos de l'œil, c'est-à-dire au relâchement du muscle ciliaire et, par suite, au minimum de courbure des deux faces du cristallin; le punctum proximum correspond, au contraire, au maximum d'action du muscle ciliaire, c'est-à-dire au maximum de courbure du cristallin. Et, comme tout muscle qui se contracte se fatigue, il s'ensuit que la vision sur des objets rapprochés est beaucoup plus fatigante que celle sur des objets éloignés, puisque dans ce dernier cas le muscle ciliaire est au repos.

La façon dont agit le muscle ciliaire dans l'accommodation a été expliquée de plusieurs manières. L'explication qui paraît la plus probable est la suivante donnée par Helmholtz. Le cristallin est, comme nous l'avons vu, supporté, suivant sa circonférence, par un ligament plissé à la manière d'une collerette, nommé zone de Zinn

*Les images des objets placés devant une lentille à une distance supérieure à cent fois environ la longueur du foyer principal de cette lentille se trouvent sensiblement à son foyer principal pour toutes les positions comprises entre la distance précédente et l'infini. Il en résulte qiie dans l'œil l'accommodation ne doit plus intervenir dès que les objets sont situés au delà de quelques mètres.

i.A \ tj:.

f! iiitiiiiemenl lie ii hi clioroidc. l"Ji se coiilfiicliiiil . le muscle ciliuire pousse la elioroïcle en avant, el, coiimie la zone de /inn suit cette dernière dans ses iiiouveuients, elle se relàclie, et le (ri>tallin ahandoniii' à son élasticité naturelle devient plus convexe.

l-if . 23«i. — Mécanisme de l'accommodalion. *

On peut se rendre compte facilement de ce que pourrait être la vision sans l'accommodation en paralysant le muscle qui produit cette dernière, au moyen d'une goutte d'atropine introduite dans l'œil. La vision n'est alors possible que quand l'objet est placé à une certaine distance. Aussitôt qu'on le rapproche, elle ne l'est plus. Au lieu d'avoir plusieurs lentilles de rechange ou, ce qui revient au même, une lentille de courbure variable, l'œil n'en a, plus qu'une et ne peut voir, par suite, que des objets toujours placés à la même distance, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Les individus privés de leur cristallin par suite de l'opération de la cataracte sont privés également de leur accommodation. Une seule lentille convexe placée devant leur cril pour remplacer le cristallin serait insuHisante pour leur permettre la vision h diverses distances; aussi sont-ils obligés d'en avoir plusieurs de forces différentes.

L'accommodation joue, comme nous le voyons, un rôle capital dans la vision. Nous aurons encore h revenir sur l'importance de

* On voit du colù gauche la forme du cristallin dans la vue des olijets éloignés, cl du côté droit sa forme dans la vision des ohjcts rapprochés, lorsque l'accommodation Inteivicnt.

ce rôle en étudiant la physiologie des troubles qui peuvent atteindre cette essentielle fonction.

Aberrations des lentilles de l'œil — Irrégularité de leurs courbures. — L'œil présente, comme nous l'avons déjà dit, plusieurs défauts, dont les principaux sont l'aberration de sphéricité, l'aberration chromatique et l'asymétrie de ses courbures.

Nous avons déjà vu que la multiplicité des milieux réfringents de l'œil a pour résultat de permettre au cristallin d'avoir, une courbure moindre et, par suite, une aberration de sphéricité plus restreinte. L'accroissement de densité de cet organe du centre à la circonférence contribue aussi à corriger l'aberration, et enfin la pupille, en retenant les rayons qui tomberaient sur le bord de la lentille, complète sufiisamment la correction.

Dans la vision pour les objets rapprochés, l'dberration de sphéricité augmente à mesure que le cristallin devient plus convexe ; aussi la pupille se rétrécit-elle pour laisser passer de moins en moins de rayons, comme l'a démontré Helmholtz.

C'est également la pupille qui corrige en partie l'aberration chromatique de l'œil en retenant les rayons marginaux. Du reste,, comme le pouvoir dispersif de cet organe est minime, son défaut d'achromatisme se fait habituellement peu sentir, et les différentes couleurs dont se compose la lumière blanche forment leur foyer à peu près au même point.

Il est cependant très-facile de mettre en évidence, par des expériences fort simples, le défaut d'achromatisme de l'œil. En éclairant les fils micrométriques d'une lunette astronomique avec les diverses couleurs du spectre, on voit que quand ces fils sont visibles dans une couleur déterminée, la couleur rouge par exemple, ils ne le sont plus dans une autre, telle que le violet, et qu'il faut faire varier la distance à laquelle l'oculaire se trouve d'eux pour les mettre au point, c'est-à-dire les rendre visibles, ce qui prouve bien que les diverses couleurs ne forment pas leur foyer sur le même plan de la rétine.

Dans les instruments d'optique les plus ordinaires, les divers méridiens des lentilles sont parfaitement symétriques, c'est-à-dire

(liic les lenlilles ont hi iiirme courlnire djins lo sens vertical, |)iif exemple. <|ue dans le sens liorizoïiUil ; mais dans l'd-il il n'en esl l)as de même: les diveis méridiens du crislallin et de la cornée ont des rayons de longueur diirérente. Quand les diiïérenccs sont assez notables, ce qui est relativement fréquent, il en résulte un état particulier de la vision auquel on a donné le nom d\is(if/)ii(iti.siiir, et qui consiste en ce (|ue la vision est inégale dans les divers méridiens de r(ril. Par suite, il devient impossible de voir avec une netteté, égale des lignes tracées en diflerents sens sur une feuille de papier. Le méridien vertical, par exemple, n'ayant pas la même force de réfraction que le méridien horizontal, il est évident que l'image des lignes verticales ne se fera pas sur le même point de la rétine que celle des lignes horizontales. L'œil jjeut ainsi être myope dans un sens, et presbyte dans l'autre. Nous aurons à revenir sur ce point en traitant des anomalies de la vision.

Vue droite au moyen d'images renversées. Lesimagesse peignent sur la rétine renversées, ainsi que l'indique la marche des rayons lumineux dans l'œil, et comme on peut, du reste, s'en convaincre en examinant l'image formée sur le fond de l'œil, enlevé de l'orbite, d'un animal tué récemment. Cependant chacun sait que les images paraissent droites et non renversées. 3Iidler et divers physiologistes, renouvelant l'ancienne explication du célèbre évèque et philosophe Berkeley, disent que nous ne jugeons de la position des objets que par la relation qu'ils présentent avec les corps environnants et que, tous étant renversés, aucun ne le paraît. Mais c'est là un raisonnement spécieux. En regardant dans une lunette astronomique qui renverse les objets, nous avons bien la sensation d'objets renversés, bien que manquant de points de comparaison. Il est probable que si nous voyons les objets droits et non renversés, c est uniquement parce que nous transportons à l'extérieur toutes les images qui se font sur la rétine, et cela dans la direction que les rayons lumineux ont suivie jjour arriver à l'œil. Par conséquent, dans la fig. 220, le point a de l'image rétinienne ab sera vu en A, et le point b en 13, c'est-à-dire que l'objet sera aperçu dans sa direction réelle.

Parties impressionnables de la rétine. — Perception des couleurs. — La rétine constitue, comme nous l'avons vu, l'écran sur lequel vient se peindre limage produite par le cristallin et les divers milieux réfringents de l'œil. Ses parties sensibles a la lumière éprouvent, en présence de cet agent, des vibrations ou des changements moléculaires transmis par le nerf optique au cerveau qui les perçoit.

Toutes les parties de la rétine ne sont pas également impressionnables par la lumière. Sur les 15 centimètres carrés environ de surface qu'elle présente, la portion de 1 millimètre seulement d'étendue, à laquelle on a donné le nom de tache jaune, peut percevoir nettement les objets. Les parties voisines ont une sensibilité très-obtuse et ne voient les objets que d'une façon confuse. Pour voir nettement toutes les parties d'un corps volumineux, nous sommes obligés d'imprimer successivement au globe oculaire, par l'intermédiaire des muscles qui y sont fixés, les mouvements nécessaires pour amener sur la tache jaune l'image des diverses parties de ce corps. Sur les 160 degrés d'étendue environ que l'œil embrasse de droite à gauche, une étendue correspondant à 1 degré seulement est vue nettement. Aussi, quand nous lisons, nous n'apercevons que deux ou trois mots à la fois, et pour continuer la lecture, il faut remuer l'œil ou le livre.

Cette étendue minime de champ visuel est, sans doute, une imperfection optique; mais il est fort probable que si la rétine avait eu sur tous ses points une sensibilité égale, cette sensibilité aurait été plus gênante qu'utile. Tous les objets présents à nos yeux étant vus avec une netteté pareille, il serait très-dillicile, en efîet, de concentrer uniquement notre attention sur une de leurs parties; au lieu de ne voir que quelques mots à la fois en lisant, nous eussions vu la page entière, ce qui eiit, sans doute, produit la plus étrange confusion dans notre esprit, le cerveau n'étant pas plus organisé pour comprendre également plusieurs idées qui lui sont simultanément présentées que pour comprendre plusieurs conversations à la fois.

Les divers éléments nerveux dont se compose la 'rétine sont loin d'avoir pour la lumière une sensibilité égale. Les bâtonnets et les

cônes — cos derniers suiloul — sont los seules parties ([ni sctnblenl >n.>cc|)lil»les drlrc iinjjressioiuRvs par elle. I.a partie la plus sensible de Iceil, la tache jV.une, n'a presque (jue des cônes. Peutêtre les bâtonnets ne sont-ils c|uc déjeunes cônes en voie de formalion. Nous avons |)arlé de riiypolhèse d après lariuelle les uns p'rcevraient seulemenl les sensations de lumière, les autres les couleui's.

La lumière n'est, connue on le voit, perçue que jjar les couches les plus internes de la rétine; les plus externes, qu'elle traverse d'al)ord, sont complètement insensibles.

Il est prol);d)le qu'il doit y avoir dans les éléments nerveux de la rétine certaines parties impressionnables par telles ou telles couleurs déterminées, c'est-à-dire par des vibrations plus ou moins nombreuses, et insensibles pour d'autres. Il existe des personnes ne pouvant percevoir di\erses couleurs ou ne pouvant même en percevoir aucune. Pour ces dernières, toutes les couleurs, le bleu, le vert. le jaune, ont un aspect identique, et tous les corps ont une teinte uniforme, comme l'est celle d'une photographie. Chez elles, sans doute, les fibres présidant à la perception des couleurs n'existent pas ou sont paralysées. Certains médicaments, la santonine notamment, semblent pouvoir produire un efTet analogue. Les personnes qui en ont absorbé voient les objets d'un vert jaunâtre.

Entre la cécité complète des couleurs et leur perception parfaite, il y a une foule de degrés. La perfection relative avec laquelle elles sont appréciées par l'œil joue un rôle considérable en peinture. Ce n'est évidemment que par un défaut de perception exacte des couleurs que nous pouvons expliquer la persistance de certains artistes à représenter les objets avec des couleurs qui ne rappellent en rien celles qu'ils ont dans la nature. Leur inexactitude dans un sens qui est toujours le môme nous prouve qu'ils peignent bien les objets tels qu'ils les A'oient réellement, et on comprend facilement leur irritation quand on les critique sur ce point.

Certaines anomalies dans la perception des couleurs sont le résultat dune altération pathologique de l'œil qu'on peut diagnostiquer chez un peintre rien que par la façon dont il peint ses tableaux. Un peintre âgé dont le cristallin a jauni, ainsi que cela

arrive si fréquemment dans la vieillesse, donnera au bleu de ses tableaux un ton beaucoup plus intense que les objets ne l'ont réellement, et cela uniquement parce que, voyant les objets comme s'il les regardait h travers un verre jaune qui rend le bleu beaucoup plus pâle qu'il ne l'est, il se trouve forcément conduit à peindre avec des bleus trop intenses. L'œil normal sera choqué de cette imperfection; mais si nous lui donnons artificiellement le même défaut que celui dont est affecté l'œil du peintre, en interposant devant sa surface un verre jaune de teinte convenable, une partie du bleu sera absorbée et les objets peints avec cette couleur auront leur aspect habituel.

La couleur blanche, formée, comme nous le savons, par la réunion des sept couleurs, doitexciter simultanément tous les éléments nerveux de la rétine et, par suite, produire une grande fatigue ; c'est ce qui arrive en effet. Chacun sait que rien n'est fatigant comme la vue d'un mur blanc ou d'une route poudreuse sur lesquels les rayons solaires se reflètent.

La partie de la rétine correspondant à l'entrée du nerf optique, c'est-à-dire la région désignée sous le nom de papille optique, est d'une insensibilité presque complète à la lumière. L'existence de cette région, à laquelle on a donné le nom de point aveugle {punctum cœcum), peut être facilement mise en évidence. Fermez l'œil droit, et regardez avec fixité, de l'œil gauche, à 30 centimètres environ de distance, la croix figurée ci-dessous. Elle sera visible en

Fis. 237.

même temps que la tache noire placée à côté. Approchez lentement le livre de l'œil en fixant toujours la croix, et à un certain* moment correspondant à celui où l'image de la tache tombera sur le punctum cœcum, vous verrez cette dernière disparaître. Si l'on continue à rapprocher le livre, l'image de la tache sur la rétine, changeant de place, sortira bientôt du punctum cœcum et alors reparaîtra.

Ensiibstiliuml ;. h. laclic un poini liii„ii,o,iv ri ie|,etcint l'expérience précédente, ce deniiei- (lisp;uail. mais p;is < omplétenient, ce (jui prouve (|ue l'insensil.ilit(' du /wnr/um nrcam n'est pas ahsol'ue.

J.a tache avcui<le est assez irraude pour contenir l'iina-c d'un visage humain à la dislance de dcuv ou trois nièlres. .Mari(m.-. (pii découvrit son e\istence, amusa beaucouj), dii-on. Chailcs li d \ni^leterre et ses courtisans en leur montrant la manière de se voir nuituellenient sans léle, plaisanterie du reste assez lunébie a la lour de ce monarque.

Perceptions entoptiques. La distance qui sépare la partie de la rétine impressionnable a la lumière de celle sur laquelle les vaisseaux reposent étant de ^ ou ?, dixièmes de millimètre, ces' vaisseaux doivent, lorscpi'ils sont sullisanmient éclairés, projeter sur elle une ombre i)ei'ceptible, et c'est effectivement ce qu'il est facile d'observer.

. En éclairant la rétine de côte au moyen d'un faisceau lumineux projeté sur les parois latérales de la sclérotique avec une lentille biconvexe, pendant que l'œil rei^^rde un fond sombre, ou bien en promenant circulairement à peu de distance de l'œil la flamme d'une l)ougie, on aperçoit dans le champ de la vision une arborisation vasculaire identique à celle que montre l'ophllialmoscope. C'est l'image e«toy;//r/M6> (de grrô,-, dedans; wnvoaai, je vois) des vaisseaux du fond de l'œil.

Ce n'est pas seulement l'ombre produite par la projection àei=, vaisseaux sur la rétine qu'on peut apercevoir; l'ombre des corps étrangers, tels que les filaments contenus dans le corps vitré, ajjparait également-. Les mouches volantes que beaucoup d'individus voient souvent dans l'espace sont généralement des images entoptiques des éléments qui flottent dans l'humeur vitrée ou des épanchements séreux ou sanguins qui se sont produits dans cet organe.

Activité et repos de la rétine. - Persistance des impressions lumineuses. Images consécutives et par irradiation. — roules les fois que la ivtine n'est pas excitée et est au repos elle ne perçoit aucune sensation, ce qui constitue l'état d'obscuritétoutes les fois qu'elle entre en activité sous l'influence d'un excitant

quelconque, lumière ou tout autre, elle subit une modification particulière transmise au cerveau par le nerf optique, et une sensation lumineuse se produit. Mais nous savons que, quand un organe quelconque fonctionne, il se fatigue, et cela d'autant plus qu'il fonctionne avec plus d'activité et plus longtemps. Qu'on excite la rétine dans toute son étendue, en restant pendant quelque temps en plein soleil, elle se fatigue et sa sensibilité s'émousse très-vite; si alors on pénètre dans un appartement peu éclairé, on ne perçoit plus que très -confusément les objels.

On a reconnu, par l'expérience, que l'intensité de l'impression produite par une surface éclairée commence à diminuer dès les .premières secondes, et au bout d'une minute est réduite de moitié. Chacun sait que l'éblouissement produit par une lumière vive disparaît rapidement et que l'œil s'habitue très-vite à la supporter. Celte sorte de paralysie de la sensibilité peut être facilement constatée au moyen de l'expérience suivante, ainsi décrite par llelmholtz: «Couvrez k demi, avec une feuille de papier noir, une feuille de papier blanc ; fixez ensuite un certain point de la feuille blanche près du bord de la feuille noire et relirez rapidement, après 30 ou ko secondes, cette dernière sans détourner le regard ; alors, à l'endroit qui était noir, l'impression de blanc se reproduit avec sa fraîcheur première, et l'on est frappé de voir combien l'impression est aflaiblie et émoussée pendant le peu de temps qu'a duré l'expérience. »

L'épuisement de la sensibilité rétinienne sous l'influence de la fatigue empêche la rétine de revenir rapidement à son état primitif lorsqu'elle a été longtemps excitée, et il en résulte que l'état produit par l'excitation se continue môme lorsque cette dernière a cesse. Les images ainsi perçues ont reçu le nom d'images consécutives. C'est une image de cette sorte qu'on perçoit lorsqu'après avoir fixé les yeux suffisamment longtemps sur un objet bien éclairé, une lampe par exemple, .on continue, en fermant les paupières, à le voir encore. Lorsque l'objet fixé est coloré, la couleur de son image consécutive est généralement complémentaire de celle de l'objet, surtout si le regard, après s'être détourné de ce dernier, se porte sur une surface blanche. S'il est rouge, par exemple, son image

consociitivc esl verte. La dillerence de coloralion |)iiraîl Iciiii- à ce (|ii(' la parliede la r<'liiie siii' hKiuclic rima.^'c lomlic a IV'l;it de lnliiièi'c rou.^e, élant l'ali.i^uee [)dv elle, est niuins e\,citai)le par cette couleur que la partie voisine; quand alors elle reçoit de la lumière Itlanelie, les rayons roui,'es ne l'evcilent plus assez activement, et la rétine ne perçoit (pie leur couleur complémentaire, c'est-à-dire celle ([ui aveceuv rui'iiie le Manc; le vert. j)ar consécpient. poiii- la couleur rouge.

Non-seulement l'ébranlement produit par TeKcltaiit lumineux sur la rétine persiste après que l'excitation a cessé, mais encore il s'étend au delà des parties frappées par la lumière, et l'irradiation est d'autant j)lus étendue que la rétine a été plus excitée. Découpez dans une feuille de papier blanc, puis dans une feuille de papier noir, deux cercles de mêmes rayons, collez ensuite le cercle noir sur du papier blanc et le cercle blanc sur du pajjier noir. En les plaçant ensuite exactement à la même distance de l'œil, les deux cercles, bien que parfaitement égaux, sembleront de dimensions très-inégales. Le disque noir paraîtra plus petit que le disque blanc. Cela tient à ce que, ce dernier excitant plus vivement la rétine que le noir, l'image produite sur la rétine pa» le disque blanc s'irradie sur les parties voisines et le fait paraître plus étendu qu'il ne l'est réellement. Le disque noir paraîtra, au contraire, réduit, parce que l'irimliatiou rétinienne de la partie blanche qui l'entoure empiète sur son image.

Les objets de couleur claire paraissent, comme on le voit, plus étendus qu'ils ne le sont réellement. Avec des gants ou des chaussures de couleur claire, les mains et les pieds paraissent plus grands qu'avec des gants ou des chaussures de couleurs foncées.

Quelque courte que soit la durée d'une impression lumineuse, telle (jue celle d'un éclair, par exemple, elle persiste toujours sur la rétine un temps plus long que la durée de l'excitation ellemême. Le phénomène lumineux le plus fugitif persiste au moins 13 de seconde sur cette membrane.

Il résulte de ce fait que des impressions lumineuses séparées par une fraction de seconde moindre que la durée de la persistance de la sensation doivent paraître continues. Un charbon incandescent

qu'on fait tourner rapidement donne à l'œil la sensation d'un cercle lumineux continu; on peut même, de la vitesse nécessaire à imprimer au charbon pour qu'il produise la sensation d'une circonférence complète, quand il tourne devant l'œil, déduire la durée de la persistance de l'impression sur la rétine.

Plusieurs illusions curieuses sont basées sur ce fait de la persistance de l'impression lumineuse. Une des plus singulières est celle jjrésentée par l'instrument connu sous le nom de phanékisticope, qui, légèrement modifié dans ces derniers temps, se vend maintenant à Paris chez tous les marchands de jouets, sous le nom de zootropc. Tel qu'on le fabrique actuellement, il consiste en une boîte circulaire percée de fentes verticales et montée sur un axe autour duquel elle peut prendre un mouvement de rotation rapide. Contre les parois intérieures de cette boîte sont appliquées des bandes de papier, sur lesquelles on a dessiné des corps en mouvement, un cheval au galoj) par exemple, aux différentes phases successives de leurs mouvements. En regardant dans la boîte par la partie supérieure des fentes, alors qu'elle est animée d'un mouvement de rotation rapide, les objets paraissent se mouvoir. Dans l'exemple que nous avons Choisi, le cheval semble galoper rapidement. L'illusion résulte de ce que, quand une image frappe la rétine, l'impression de celle qui précède n'est pas éteinte et se fusionne avec ri mage qui la suit.

Dimension des objets visibles. — Angle visuel. — Les

objets ne sont, comme on le sait, visibles qu'à la condition d'avoir une certaine étendue ; trop petits ou trop éloignés, ils cessent d'être aperçus. Cela tient a ce que chacun des éléments nerveux dont se compose la rétine ne transmet- au cerveau qu'une impression en même temps. Or, comme la dimension de ces éléments est seulement de 3 à /i millièiBes de millimètre, toutes les fois que deux points A et B (fig. 238) d'un objet seront assez rapprochés pour que l'image a, 0 qu'ils forment sur la rétine ait moins de 0""%003, ces deux points cesseront d'être visibles séparément et ne donneront lieu qu'à une seule sensation.

Connaissant les dimensions des éléments nerveux de la rétine,

(jui sont, comiiu' nous venons de le dire, de .'i à f\ millièmes de millimètre, la distance du centre optique de l'œil, c'est-à-diic du

l'it;. iW. — Aiifjlc visuel.

[Joint o où s'entrecroisent les rayons lumineux dans l'œil, a la rétine, qui est de 13 millimètres environ, on en déduit facilement, d'après les propriétés connues des triangles semblables AoB et aob, la dimension (juc doit avoir un objet placé à une distance déterminée pour être rendu visible. On trouve ainsi que, pour être visible à 20 centimètres par exemple, un objet doit avoir 1 vingtième de millimètre environ.

Par un calcul géométrique fort simple, on peut également déduire la grandeur des derniers éléments de la rétine de la connaissance exacte de l'angle le plus petit sous lequel deux points placés h une distance connue peuvent être vus distinctement.

L'angle formé au centre optique de l'œil par les rayons jjarlis des extrémités d'un objet, c'est-à-dire l'angle AoU sous lequel est vu cet objet, a reçu le nom iVangle visuel.

Portée de la vue distincte. — Acuité de la vision. — La

portée de la vue distincte est la distance maxima à laquelle un objet peut être reculé sans cesser d'être visible. Elle varie suivant les individus et des circonstances fort diverses, et il importe, pour les besoins de la pratique médicale, de pouvoir la mesurer avec exactitude.

Le degré de l'acuité visuelle peut être apprécié par la faculté plus ou moins grande de percevoir deux points séparés, et, par suite, par le plus petit angle sous lequel on puisse reconnaître ces

deux points, angle naturellement d'autant plus petit qu'on est plus éloigné de l'objet.

Les ophthalmologistes ont, dans ces dernières années, pris pour type de l'acuité visuelle celle d'un œil qui reconnaît les objets soustendant un angle de 5 minutes, c'est-à-dire un angle égal à 1/12 de degré.

En partant de celte donnée, Giraud-Teulon et Snellen ont construit des échelles de caractères ty{)Ographiquss dont la hauteur, proportionnée à l'écartemant des deux côtés de l'angle, varie naturellement suivant la disîance à laquelle ils sont du sommet de cet angle. Chacun d'eux doit pouvoir être vu par un œil normal à une distance variable suivant sa hauteur, mais représentée par la distancée laquelle il a fallu les éloigner du sommet de l'angle pour leur donner la grandeur (ju'ils possèdent. Cette grandeur est indiquée en chiffrés romains à côté de chaque caractère. Le numéro placé au-dessus de chaque série exprime ainsi , en pieds de Paris, la distance à laquelle les lettres se présentent relativement à leur hauteur sous l'angle de cinq minutes. Les caractères de cet ouvrage, par exemple, doivent être lus parun ccil normal à peu près à 1 mètre. Il y a loin, comme on le voit, de cette distance à celle de 25 à 30 centimètres , donnée comme moyenne de la vue normale dans les anciens ouvrages pour des caractères analogues.

Supposons maintenant qu'un œil qui n'est pas myope ne puisse voir qu'à une distance de 10 pieds, par exemple, des caractères de dimension telle qu'ils devraient être vus à 20 pieds, ou à 5 pieds seulement des caractères qui devraient être lus à 10, on en conclura évidemment que son acuité visuelle a diminué de moitié.

Si l'œil est myope, on neutralise d'abord sa myopie avec des verres convenables, avant de procéder à l'épreuve précédente; autrement on s'exposerait à considérer comme un résultat de la diminution de l'acuité visuelle, c'est-à-dire de la sensibilité de la rétine, ce qui n'est que le résultat de la myopie.

L'acuité de la vision varie sous des causes fort diverses. Elle diminue sous l'influence de l'anémie, des excès vénériens et alcoo-

IkIIU'S, (le l'iisiiico (le cei'liinies suhstiinces, coiiiiiie le laliac (liiez le ijjèine sujet, elle \arie rréiniefiiiiiciiL

llseiiilile (jue, dès ranti(|iiite la plus l'eculée, on sa\ait couslalei' et reeonnaitre le tlei^ré de celte variation, si on s'en rapporte aux auleurs du T.iluuiiL (|ui prétenilenl ([u'une marche iroj) rapide l'ait perdie a riiouinie I ÔOO île son acuité visuelle.

La variation de l'acuité visuelle sous linlluence de causes légères peut se constater facilement par l'expérience. Lisez a l'éclairage d'une Ibrle lampe avec un seul (cil, l'autre étant fermé, et au bout d'un (piart d'heure compare/, l'acuité visuelle de ce dernier avec celle tlu |)i'emier, en regardant un objet placé dans l'ombre, (|ue vous lixerez alternativement avec chaque œil. l'autre restant fermé. Vous verrez alors que la sensibilité rétinienne a trèssensiblement diminué dans l'œil fatigué par la lecture, et que les objets fixés avec cet œil ont une teinte sombre qu'ils n'ont plus quand on les regarde avec l'autre œil.

A rexce[)tion des excitants généraux, et peut-être aussi d'un petit nombre d'excitants locaux, connue l'eau froide, aucun agent thérapeutique n'est susceptible d'accroître l'acuité de la vision. Il y a quelques années, je pensai un instant avoir trouvé une substance jouissant de cette propriété dans l'alcaloïde de la fève de Galabar, que je cherchais alors a isoler, et ([ui, d'après mes expériences, augmente sensiblement la portée.de la vue distincte chez les myopes, ^fais cet accroissement de la vue distincte me paraît presque exclusivement attribuable, je crois, au rétrécissement de la pupille produit par cette substance , et, par suite, à l'élimination des cercles de diffusion qui est la conséquence de ce rétrécissement.

Influence de l'éclairage des objets sur l'acuité de la vision. Le degré de l'intensité lumineuse des objets a sur l'acuité de la vision une inducupe considérable, bien que négligée jusqu'ici par les ophlhalmologistes. Dans les expériences indiquées pour apprécier l'acuité de la vision, la hauteur des caractères est déterminée par une règle mathématiijue; mais la façon dont ils doivent être éclairés est abandonnée ii l'appréciation do l'opérateur. Or la distance à laquelle ces caractères peuvent être lus est subordonnée

en très-grande partie à la façon dont ils sont éclairés, et l'expression éclairage convenable, qu'on emploie habituellement pour faire connaître la source lumineuse, est une de ces indications banales dont fourmillaient autrefois les livres de sciences, mais dont un physiologiste ne saurait aujourd'hui se contenter.

Suivant l'éclairage dont on fait usage, bougie, lampe, lumière solaire, etc., l'acuité visuelle peut, comme je l'ai reconnu, varier dans le rapport de i à 4, et, par suite, un individu dont l'acuité visuelle semblait réduite des deux tiers à la lumière d'une bougie aura toute son acuité normale à la lumière solaire.

Les variations de l'acuité visuelle sous l'induence de l'accroissement de la lumière sont surtout sensibles quand l'éclairage primitif de l'objet est faible; mais quand cet éclairage est assez intense, comme celui produit par cent bougies par exemple , la lumière la plus intense, comme l'est, par exemple, celle du soleil, qu'on évalue généralement à 200,000 bougies, n'augmente que très-peu la vision.

On voit par ce qui précède que les oculistes qui éclairent leurs échelles typographiques avec une simple bougie, comme le font la plupart, s'exposent à des erreurs de diagnostic considérables. Il serait indispensable qu'ils fissent usage comme source éclairante d'une ou de plusieurs fortes lampes dont l'intensité aurait été mesurée au photomètre, en. la comparant avec une source lumineuse invariable. On choisirait avec avantage, je crois, celle produite par la combustion d'un fil de magnésium de 1 millimètre de diamètre.

Vision avec les deux yeux. Nous avons jusqu'ici considéré l'œil comme unique et, par suite, comme ne donnant au cerveau que la sensation d'une seule image. Mais, comme nous possédons deux yeux, il semble que nous devions voir les objets doubles , de même que deux chambres noires mises côte à côte donnei'aient deux images d'un même objet.

Si nous ne voyons habituellement qu'une seule image avec les deux yeux, cela tient à ce que les deux images sont reportées au sommet de l'angle formé par le prolongement des rayons lumineux allant de chaque œil k l'objet. Qu'on vienne à changer la direc-

LA VUK. C35

tioi) (1(S a\ts (les yeux en prossaiil latniilniicnt Tiiii dVtix . par exemple . ou en loiieliant , (•'est-à-dire en déviant un d'il de sa direetion normale, immédialenient les objets |)araissent doubles. En plaçant devant les yeu>v deux tubes (ju'on diriire vers deux corps send)lables. tels (pie deux billes (h; billard, de ra(:on ii ce (pie ces deux corps soient dans la direction du prolongement des lubes. on a la sensation d'un seul objet qui send)lc exister au sommet du V formé par le point de rencontre des deux axes optiques.

I.es deux ima.i^es d'un même objet formées sur les deux rétines ne sont pas idenli(pies. En plaçant devant les deux yeux, aune égale distance de chacun, un objet (luelconque , connue un dé, par exemple, et en le regardant alternativement avec un seul (cil. laiilre étant fermé, on peut se convaincre facilement (ju'on ne le \o'\l null(Mnent sous le même aspect avec chaque œd. La théorie, vériliée i)lus tard par la découverte du stéréoscope, a prouvé que c'est à la perception simultanée de ces deux images dilTérentes d'un môme objet qu'est due la sensation du relief.

En photographiant un objet avec deux chambres noires placées l'une à c(Hé de l'autre et convergeant vers lui comme le font les deux yeux , on obtient deux images un peu différentes qui, regardées de façon à les projeter dans la direction de la convergence de l'axe des deux yeux , ce qui se fait très-commoderaent avec le stéréoscope, se superposent et donnent immédiatement la sensation

du relief.

Dans la vision habituelle . les deux yeux ne fonctionnent pas également ; il y en a toujours un qui fonctionne plus activement que l'autre. Qu'on regarde une surface blanche en plaçant devant chaque œil un verre de teinte différente , une des deux couleurs seule est d'abord alternativement perçue ; puis les impressions se confondent, et il en résulte une sensation mixte remplacée bientôt par les alternatives que nous venons d'indiquer.

Nature et constatation des troubles visuels. Chacun des éléments constitutifs de l'œil: enveloppes de cet organe, milieux transparents, appareil de l'accommodation ou de la transmission, appareil moteur, etc., peut être le siège d'anomalies diverses d'où résultent des troubles fonctionnels plus ou moins profonds.

L'étude de l'œil et de ses fonctions a été , dans ces dernières années , l'objet de travaux importants de la part de physiologistes et de physiciens éminents. Leurs recherches scientifiques ont eu bientôt, ainsi que cela arrive toujours, des applications pratiques importantes, et, grâce aux recherches de savants, dont les plus distingués ne se sont jamais occupés cependant de pratique médicale, l'ophthalmologie a fait en quelques années des progrès beaucoup plus considérables qu'aucune autre branche de la médecine dans le même.^temps. Nous connaissons infiniment mieux qu'on ne la connaissait il y a quelques années la physiologie des diverses parties de l'œil, et cette connaissance, jointe à l'emploi de nouvelles méthodes d'exploration de cet organe, nous permet de remonter à la cause des troubles visuels dont l'origine était autrefois ignorée et dont, par conséquent, le traitement ne pouvait être quMncertain.

Nous n'étudierons ici que les troubles visuels consécutifs à des défauts de réfraction et de courbure des milieux de l'œil et ceux résultant d'une anomalie de l'accommodation, c'est-k-dire les troubles visuels désignés sous les noms de myopie, iV hypermétropie, d" astigmatisme et de presbytie. Ce sont ceux dont la physiologie est la mieux connue. Pour les autres, nous renvoyons aux travaux de Gra?fe, Donders, Helmholtz, et aux excellents ouvrages de Giraud- Teulon, E. Meyer, etc.

Dans notre élude physiologique de la vision nous avons supposé

(|iit' la lorcc (le icriaclioii ilc I d'il cl sa Ioiujihmii- sont toujours dans un i'a|)|)oii cxacl . rn sorte (\uc l'iiiiage dos objcLs éloignés t()nil)e exacli'nicnl sur la rétine. 3Iais on eoinpi'cnd (juo ce rapport peut ne pas exister r! (pie, relativement ii la distance où se trouve le loNcr de ses Icnlillcs. ["(cil peut cire ti'op c()iiii on (com loni^', etj pai' suite. I inia^ue ik'> oi)jcts se loriiier en avant ou en arrière de la rétine. Il arrivera alors, comme cela arrive dans une chambre noire dont la lentille est trop loin ou tiop près du verre dépoli, que Timai^e manquera de netteté. Le foyer de chacun des points de l'objet, au lieu d'être représenté, en eiret, par un point sur l'écran, sera re|)résenté par de petits cercles, dits cercles de diffasinn , (pii troublent la ncltclc des images en se sul)erposant.

Quand l'image des objets se forme en avant de la rétine, c'est-iidire quand l'œil est trop long, on dit qu'il est myope (de fxvûv, cligner); quand elle se forme en arrière, c'est-à-dire quand l'œil est trop court, on dit qu'il est hypermétrope (de imto, au delà; fitrQov, mesure, et ayj, œil).

Mais la longueur de l'œil peut être parfaitement proportionnée à la force de ses lentilles et cependant l'image se former encore en arrière de la rétine^ absolument comme s'il était trop court; c'est là ce qui arrive dans la presbytie ou presbyopie (de Ttotoftiç, vieillard . Cette anomalie tient à l'état de l'accommodation. Chez le presbyte, l'image des objets éloignés se forme bien sur la rétine; mais, comme son cristallin, généralement par suite des progrès de l'âge, a perdu de son élasticité, il ne peut plus prendre les changements de forme nécessaires pour raccourcir son foyer quand les objets se rapprochent, et ce foyer, de longueur convenable pour les objets éloignés, se trouve trop long pour les objets rapprochés, ce qui fait que les rayons lumineux, au lieu de se réunir sur la rétine, vont s'entrecroiser en arrière de cette membrane. Il est évident que le même résultat sera produit si c'est le muscle ciliaire qui cesse de fonctionner, bien que le cristallin ait conservé sa structure normale.

La presbytie est donc une anomalie de l'acconnnodation qui est affaiblie, tandis que la myopie el l'hypermétropie sont des anoma-

lies de la réfraction qui n'est plus en rapport avec la longueur de la chambre noire constituée par l'œil.

Enfin, par suite de l'irrégularité des courbures de l'œil, la réfraction peut , comme nous l'avons dit déjà , ne plus être la même dans les divers méridiens du globe oculaire et , par suite , le foyer des rayons lumineux ne pas être le même dans une direction que dans l'autre. Hypermétrope dans le sens vertical, par exemple, l'œil sera myope dans le sens horizontal, et, par suite, des lignes verticales tracées sur une feuille de papier ne pourront être vues nettement à la même distance ([ue des lignes tracées dans le sens horizontal. C'est cet état qu'on désigne sous le nom iï astigmatisme (de a, privatif; oiiytia, point), ainsi que nous l'avons déjà vu.

On désigne habituellement sous le nom (ï emmétrope (de tauETÇoç, conforme à la mesure) l'œil normal, c'est-à-dire l'œil dans lequel les rayons lumineux venus de l'iniini ou d'objets assez éloignés pour qu'ils soient sensiblement* parallèles forment leur foyer sur la rétine, et sous le nom (Wimétrope (de a, privatif; ^troov, mesure, et ajw, œil) l'œil dans lequel les rayons lumineux, également venus de l'infini, se forment en deçà ou au delà de la rétine, il résulte de cette définition que l'œil presbyte est emmétrope, car les images d'objets éloignés se forment nettement sur sa rétine, tandis que l'œil myope ou hypermétrope ne réalise pas cette condition, et est, par conséquent, amétrope.

Pour savoir si un œil est emmétrope ou amétrope, on opëi'e de la façon suivante : Les rayons lumineux étant considérés comme sensiblement parallèles, c'est-à-dire comme venant de l'infini, distance pour laquelle l'œil est normalement accommodé, lorsqu'ils viennent d'un objet distant d'environ 20 pieds, on place à 20 pieds d'un mur auquel est fixée une des échelles typographiques dont nous avons parlé, le sujet sur lequel on veut expérimenter, et on l'invite à lire les caractères calculés pour être lus par un œil noré mal à cetjte distance, caractères au-dessus desquels se trouve habituellement tracé en chiffres romains le numéro XX. Si l'œil lit nettement ces caractères à la distance indiquée et que des verres convexes interposés devant lui les rende moins nets, il est em-

LA VUE. f>39

iiicli'ono' . Il csl, iui coiitiaiiT. altciul d aMi('tr<)|)ir on de diiiiiruilion lie la Ibrce visuelle, s'il ne peul pas l(is lire, e( il l'aiil alors essayer l'action dc^ lentilles sur lui.

Si les verres successivement essayés n améliorent pas assez la vision pour (|ue r<eil lise les caractères précédents ii la distiince indi(iuée, il est réellement atteint d'une diminution de l'acuiti' visuelle, et on la mesure en recherchant quelle est, avec des verres rendant la vision la plus nette possible , la distance à laquelle le sujet doit se rapprocher pour lire les caractères. S'il se rapproche de 10 pieds, j)ar exemple, pour lire le numéro XX qu'il devait lire à 20 pieds, on en conclut que l'acuité de sa vision a haissé de moitié. Nous avons vu, en parlant de l'inlluence de l'éclairage des objets sur la distance à laquelle ils sont visibles , les objections (ju'on pourrait faiie à cette façon de procéder.

Si, dans l'essai précédent, nous trouvons qu'un verre convexe améliore la vision, on en conclut que le sujet est hypermétrope; si c'est, au contraire, un verre concave (jui la rend meilleure, on en conclut qu'il est myope. Le deijré d'anomalie se mesure en cherchant quel est le verre qui procure la vision la plus nette.

Pour la myopie, l'essai précédent peut être fait indifféremment avec les divers caractères de l'échelle, en plaçant le sujet a la distance indiquée pour chacun d'eux. jMais, pour riiypermétropie, il faut employer nécessairement les caractères les plus petits, c'estii-dire ceux qui obligent à se rapprocher le plus. Cette anomalie est d'autant plus manifeste, en effet, ainsi (pie nous le verrons plus loin, que le sujet est obligé de rapprocher davantage les objets.

Dans la pratique, on désigne le degré d'amétropie par la force de réfraction du verre qui doit être mis devant l'œil amc'troj)e pour que les rayons parallèles viennent fonner leur foyer sur la rétine, c'est-à-dire pour (pie les objets éloignés soient visibles. On dit

* Si les verres convexes ne rendaient pas la vision plus difficile, cela indiquerait que l'œil est atteint de cette forme d'hypermétropie dans laquelle un léger effort d'accommodation suffit pour ramener sur la rétine le foyer des rayons lumineux. Un ven-e convexe mis devant un tel œil a pour effet de relâcher son accommodation, qui se trouve remplacée par l'action de la lentille, et l'œil y voit aloi's aussi bien avec cette dernière que sans son concours, ce qui ne saurait arriver avec un œil normal.

qu'une myopie est de 1/10 quand le verre nécessaire pour la neutraliser est un verre de 10 pouces de foyer*.

La presbytie se reconnaît à ce que la vue ne distingue plus netlement les petits caractères à une distance moindre que 10 ou 12 pouces. Plus la presbytie sera plus forte, plus le verre convexe nécessaire pour y remédier aura un court foyer.

Quant a l'astigmatisme , on le reconnaît en cherchant si un disque opaque percé d'une fente longitudinale et placé devant l'œil finit, après avoir été tourné successivement dans plusieurs sens, par rendre la vision plus nette dans un sens déterminé que dans les autres. Cette amélioration tient a ce que, la vision ne se faisant plus que dans la direction d'un seul méridien , les cercles de diffusion que produisait le passage des rayons lumineux dans les autres se trouvent éliminés. On recherche ensuite, au moyen de verres concaves ou convexes mis devant la fente précédente , l'état de la réfraction dans les divers méridiens.

Les différentes anomalies de la vision que nous venons d'apprendre à reconnaître peuvent, notamment dans les hauts degrés de la myopie, s'accompagner d'altérations diverses des parties profondes de l'œil. On les constate au moyen de l'instrument nommé uphthalmoscope.

Le principe de cet instrument est fort simple. En regardant à l'œil nu la pupille , nous ne voyons qu'un trou noir, absolument comme en regardant dans une chambre obscure par une petite lucarne. Pour rendre le fond de l'œil visible, il faut l'éclairer et trouver moyen de s'interposer directement entre la partie éclairée et la source lumineuse , attendu que, la lumière suivant la môme direction pour sortir de l'a^l que pour y entrer, les rayons lumineux réfléchis par le fond de l'œ^l retournent exactement après leur réflexion au point lumineux d'oii ils étaient partis. Helmhollz a résolu le problème au moyen d'un miroir réflecteur concave percé à son centre, avec lequel on réfléchit la lumière d'une lampe sur

■" Les mesures en pouces et en pîeds sont encore, par suite de la difficulté qu'il y aurait à refaire tout le matériel des ateliers, les seules usitées chez les opticiens et forcément, par suite, chez les oculistes.

la ]»ii|ull(' (le l.ril à oI)sei-vci- : lu lond de la-il se trouve ainsi éclairé par la lumière que renvoie le miroir, et on peut percevoir les rayons rc-llecliis par la rétine en regardant à travers l'ouverture centrale du miroir. La pupille, de noire qu'elle était, pa.aît alors rouge, et le fond de l'iril est vivenjent éclairé.

FJL'. 239.

Ophtludmoscope. *

Comm« les rayons lumineux réfléchis par le fond de l'œil subissent, en passant à travers les milieux de cet organe, la même déviation qu'ils subiraient en traversant une lentille, ils vont former devant I'omI une image dont la position varie suivant la situation de la rétine relativement au cristallin. Le plus souvent, en raison du voisinage de la rétine et du foyer principal du cristallin , cette image serait fort loin; on interpose alors entre le miroir et l'œil une lentille convexe de très-court foyer, qui oblige les rayons lumineux à faire leur image plus près de I'omI.

Vu à l'ophthalmoscope, le fond de l'œil possède à peu près

■ a)Miioir. — h, r) Lentilles.

l'aspect que nous avons figuré page 607. La pupille et les vaisseaux sont très-faciles à apercevoir, mais la tache jaune se distinsfue difficilement. o»

Examinons actuellement en détail les diverses anomalies de la vision dont nous venons d'apprendre à constater l'existence.

Myopie. Nous avons vu que dans la myopie la force de réfraction de l'œil était, relativement à la longueur de cet organe, dans un rapport tel, que les images des objets éloignés se formaient en avant de la rétine et, par suite, manquaient de netteté. Elles n'acquièrent la netteté qui leur manque que lorsque les objets se rapprochent de l'œil. L'image formée au foyer conjugué des objets, s'éloignant, en effet, à mesure que ceux-ci se rapprochent, finit, quand ils sont suffisamment près, par tomber exactement sur la rétine.

La myopie est donc caractérisée par ce fait que les objets éloignés sont vus d'une façon confuse, tandis que ceux rapprochés sont perçus, au contraire, très-nettement. Plus la myopie sera prononcée, plus le myope sera obligé de rapprocher les objets pour les distinguer.

La cause de la myopie a été méconnue pendant longtemps; on l'attribuait à tort à la trop grande convexité de la cornée: erreur qui figure encore dans la plupart des traités de physique. Mais les mesures précises de Donders et d'Helmholtz prises sur des milliers d'yeux myopes ont prouvé que leur cornée était généralement plutôt aplatie que bombée. *

La vraie cause anatomique de la myopie est l'allongement trop considérable du diamètre antéro-postérieur de l'œil, allongement qui fait que cet organe tend à prendre chez le myope la forme d'un œuf. Donders , qui a mesuré exactement 2500 yeux de myopes, a reconnu que la longueur de cet axe, au lieu d'être de 25 à 26 millimètres, comme à l'état normal, peut atteindre 33 millimètres. Cependant il pourrait y avoir également myopie bien que la longueur de l'œil fût parfaitement normale. Gela arriverait, par exemple, si, par suite du degré des courbures des lentilles de cet organe, les rayons lumineux qui les traversent n'étaient pas suffi-

s;.M„M()m réfractés. Il est |,rol);.l.le que c'est à cette forme de myopie <|-' ;.|.(.î.rtienncnl les yeux ...yopes dont la vision ncsuhU aucune (les aiteriitions dont nous allons parler.

^ Le:i plus lâcheuses erreurs rèirnerU encore au sujet de la myopie Lœd myope est considéré comme fiu o'il excellent et qui s'améliore constamment avec I a.^e. Or rien n'est plus inexact. Un œil myope est. couuue ledit fort i.ien Donders, un œil malade, et 1 ii/uelioration apparente de la myopie avec l'àge tient simplement a ce que. la presbytie venant s'ajouter à cette dernière, le point le plus rapproche de la vision distincte est forcément éloii^né J e suiet hra alors d'un peu plus loin; mais pour la vision à distance il restera toujours aussi myope. S'il lui airive quehiuelois avec l'a-e de voir un peu mieux les objets éloignés, ce n'est pas parce que sa myopie aura diininue, mais uniquement parce que, sa pupille s'étant rétrecie, les cercles de diffusion formés par la rétine seront un peu moins nombreux. ^

Si l'œil myope restait constamment au même degré de myopie cette afTection constituerait simplement une infirmité désagréable' a laquelle, au moyen de verres appropriés, il serait plus ou moins facile de remédier. Mais ce qui constitue son danger, c'est que dans ses degrés élevés elle est habituellement progressive et conduit alors a une cécité incurable, si on ne réussit pas à entraver sa marche.

La myopie est généralement congénitale. La grande majorité des myopes sont nés myopes; mais on peut le devenir par un tra- ^a.l assidu, et chez les sujets déjà myopes, le travail assidu a pour conséquence presque nécessaire de transformer la myopie lé'^ère en myopie progressive. C'est un fait d'expérience dont la physiologie donne une explication facile.

La myopie est, comme nous l'avons dit, le plus souvent causée par hdlongement trop considérable du diamètre antéro-postérieur de 1 œil, allongement qui ne peut se produire sans que toutes les membranes de l'œil soient plus ou moins amincies, absolument comme les parois d'un ballon en caoutchouc s'amincissent a mesure qu on le gonOe. Toutes les causes susceptibles d'agir sur lœil, soit en comprimant ses enveloppes, soit en déterminant la

g44 PHYSIOLOGIE HUMAINE.

congestion de ses vaisseaux et, par suite, une hypersécrétion des liquides intra-oculaires, tendront à accroître l'amincissement de ses membranes et son allongement d'avant en arrière, allongement plus facile dans la longueur de l'œil que dans sa largeur, par suite de la disposition des parties q&i l'entourent.

Deux causes interviennent dans la vision des objets rapprochés pour produire cet effet : la première est la convergence considérable des deux yeux nécessitée par la vision sur des objets rapprochés, convergence qui ne peut se produire sans la contraction excessive des muscles de l'œil et, par suite, sans une pression plus ou moins »rande sur le globe oculaire; la seconde est la fatigue de l'accommodation consécutive à la vision à petite distance, fatigue qui s'accompagne de congestion des procès ciliaires et d'une gène de la circulation dans les veines choroïdiennes. L'entrave à la circulation a pour conséquence une hypersécrétion des liquides intra-oculaires et, par suite, un excès de pression dans l'intérieur de l'œil. La congestion est surtout aggravée par la position inclinée de la tête et l'inclinaison du tronc, qui gênent la circulation en retour.

Quand ces causes diverses d'augmentation de la myopie persistent , cette affection progresse rapidement. Les membranes oculaires s'aminci?;sent de plus en plus, et dans l'endroit où elles résistent le moins, c'est-à-dire au pôle postérieur de l'œil, il se forme une dilatation (slapJnjlôme postérieur) qui augmente la longueur du globe oculaire et, par suite, la myopie. La choroïde amincie ne contient plus assez de pigment et devient impuissante à absorber suffisamment les rayons lumineux en excès, ce qui fait que la lumière devient très-fatigante pour l'anl. Les éléments de la rétine, gênés dans leur rénovation moléculaire par la compression qu'ils subissent, s'altèrent, et quand l'altération atteint la région de la tache jaune, la vision directe est plus ou moins perdue.

Ces complications diverses de la myopie, dont nous n'énumérons que les principales, sont loin de constituer l'exception. D'après Donders, il est infiniment rare qu'après trente ans une myopie de 1 12 , c'est-à-dire une myopie neutralisée par un verre concave de 112 pouces, ne soit pas accompagnée d'atrophie de la choroïde.

Une des complications les plus habituelles de la myopie, et qu'il

ol. [lai- siiili', iinli>|i(Mis;il)li' de mentionnei-, est un stial)i.siiic ilivergent, produit |)ar rinsullisancL', c'est-ii-dirc la lailjlcsse relativ.' dos muscles di'oils intcM-iies {(islh(hioj)ie innsnilairc). Fatigues par les ellbrts ([u'ils l'ont ineessaniment pour iniprituer aux. yeux, le degré considérable de convergence nécessité par la vision sur des objets très-rapprochés, ils deviennent bientôt impuissants a remplii' leur (onction, et le malade Unit par loucher plus ou moins.

.Nous avons vu, en étudiant la marche des rayons lumineux, dans les lentilles, que les verres concaves l'ont diverger les rayons (pii les traversent. Placés devant un d'il myope, leur effet sera donc de réunir les rayons lumineux en arrière du point où ils se croisent habituellement et, par suite, de les reporter sur la rétine. Le verre le moins Tort avec lequel le myope voit le mieux est celui qu'il faut choisir.

Fig. 250.— Action des verres concaves sur la marclic des rayons luiuineux dans l'œil myope.* Choix des verres pour la myopie et hygiène de cette affection. — L'énoncé

théorique que nous donnons de l;i règle qui doit présider au clioix des verres dans la myopie est fort simple, mais son application présente plus d'une difficulté. Généralement CCS verres sont choisis par des opticiens absolument étrangers à, la physiologie de la vision et, par suite, fort mal choisis. Or rien n'est plus pernicieux pour un myope que l'usage de verres qui ne sont pas adaptés à sa vision.

Ce qui rend surtout difficile le choix des verres dans la myopie, c'est qu'avec un verre trop fort le myope peut y voir tout aussi bien qu'avec un verre plus faible. Grâce à des efforts constants d'accommodation, efforts dont nous avons fait plusieurs fois ressortir le danger, le myope peut corriger l'excès de force dispersive du verre et ramener les images sur la rétine. Mais alors son accommodation intervient pour toutes les distances, et la vision de loin le fatigue tout autant que la vision sur des ol)jets rapprochés.

On reconnaît en pratique que le verre choisi par le myope est Ifop fort lorsque, en l'éloignant de l'œil, ce qui diminue sa force, la vision s'améliore. Il est égale-

* Le foyer F du point R est reporlé par l'action divergente de la lentille LL au point F", c'est-à-dire sur la rétine.

ment trop fort si un verre convexe à long foyer place' devant lui, lequel a encore pour effet de diminuer sa force, améliore la vision. Il est, au contraire, trop faible, ou, pour mieux dire, on peut en choisir un plus fort si, lorsqu'on le rapproche de l'œil, les caractères typographiques deviennent plus visibles.

Il n'y a jamais de danger à choisir un verre trop faible, mais il y en a toujours à choisir un verre trop fort, à cause des efforts permanents d'accommodation que ce dernier nécessite. Sauf le cas de myopie très-faible ou de myopie forte dans un œil parfaitement sain, ce qui existe fort rarement, il ne faut pas essayer de neutraliser complètement la myopie, à moins que les verres ne doivent être employés qu'accidentellement, et surtout pour la vision à distance, parce qu'alors, si le verre est bien choisi, l'accommodation n'intervient pas. Ce n'est donc pas de lunettes restant constamment devant les yeux que les myopes doivent faire usage, mais uniquement d'un pince-nez ou d'un binocle, dont ils ne doivent se servir que pour voir de loin. Pour la lecture, je crois que le conseil du savant ophthalmologiste de Grsef de ne jamais se servir de verres concaves doit être suivi d'une façon absolue.

Les pince-nez dont les myopes font usage doivent être choisis de façon à ce que le centre du verre corresponde exactement au centre de la pupille, ce qui n'a presque jamais lieu avec ceux habituellement en usage. On ne voit pas alors par le centre du veiTe, mais par une portion plus ou moins rapprochée de sa circonférence, la portion externe généralement; et comme un verre concave peut être considéré comme composé de deux prismes accolés par leur sommet, il s'ensuit que l'image vue à travers la base de ces prismes sera plus ou moins déviée. Les objets paraîtraient alors doubles si les muscles de l'œil ne venaient pas neutraliser l'effet du prisme, c'est-à-dire si, par suite de la contraction permanente des muscles du globe oculaire, ce dernier n'était pas assez dévié de son axe pour que les images des objets tombent toujours sur la partie sensible de la rétine nommée tache jaune.

Le myope qui emploie des verres pour lire ou écrire évite, il est vrai, la convergence des yeux et l'asthénopie musculaire que nous avons dit en être la suite; mais comme les venes concaves^lui rapetissent les objets, il se rapproche malgré lui de son papier pour avoir des images rétiniennes plus grandes, et force alors l'accommodation à intervenir pour ramener sur la rétine le foyer des rayons lumineux qui autrement s'en éloignerait.

Pour justifier la nécessité des verres pour la lecture, le myope pourrait alléguer, il est vrai, que la position inclinée de la tête est fatigante, et il pourrait ajouter fort dangereuse, à cause de la congestion oculaire qu'elle détermine. Mais il lui est extrêmement facile d'éviter complètement cette position inclinée, au moyen d'un pupitre faisant avec l'horizon un angle variant à volonté, et qui doit être en moyenne de 40 à 45°, ce qui lui permet de rapproclier son papier de ses yeux autant que cela est nécessaire. On a déjà construit plusieurs pupitres de cette sorte , mais ils ont le défaut d'être compliqués et coûteux. Après divers essais j'en ai fait fabriquer un d'une construction si simple qu'il peut être établi par le premier venu. Il consiste simplement en une planche de 40 centimètres de largeur, munie à sa partie inférieure d'une petite saillie qui empêche les objets placés à sa surface de tomber. Une règle clouée sur la table de travail empêche l'extrémité inférieure de cetta planche de glisser. Sa partie supérieiu-e repose sur un bloc de bois taillé en pyramide tronquée, de même largeur que la planche. Suivant qu'on rapproche plus ou moins ce dernier du sommet de la planche, on diminue ou on augmente l'angle qu'elle fait avec la table. Si on veut maintenir un cahier ou un livre à un endroit déterminé de ce pupitre sans être obligé de le soutenir, on appuie sa partie inférieure contre une petite règle fixée sur lui, à la hauteur choisie, au moyen d'une vis de pression identique à celle qui permet de fixer à volonté en place le tiroir postérieur des chambres noires.

(^111111(1 la inyupiu est tollciuoiit t'orto que la couvcrgcucc des yeux est consiclijnil)le, il est infiiiimout prcterahlo de no tairo usage que d'un seul œil pour l'cjcriture et la lecture. C'est ce que font d'instinct, du reste, et le plus souvent sans s'en douter, la i)lupart des myopes; mais il faut se servir tantôt d'un œil, tantôt de l'autre; autrement, celui (jui resterait toujours inactif finirait par devenir amblyopique. Il faut aussi suspendre toutes les demi-heures pendant quelques minutes la lecture ou l'écriture, afin de reposer l'acconnuodation.

Même quand les verres ne sont pas trop forts et no doivent servir que pour la vision des objets éloignés, auquel cas la fatigue produite par l'accommodation et la convergence ne saurait intervenir, je suis convaincu, contrairement, du reste, à l'opinion de plusieurs savants ophtlialmologistes, que les verres concaves ont sur l'œil une action fâcheuse, qui a pour résultat la diminution de l'acuité visuelle et l'augmeutation de la myopie. Cette influence est difficile h. expliquer parfaitement au point de vue physiologique; mais on pourrait peut-être l'attribuer à la multiplicité des foyers des verres, produite par leur défaut d'aciu-omatisme, et aux déformations des images, résultant, non-seulement de l'aberration de sphéricité de ces verres, mais encore de ce que, les lentilles n'étant jamais parallèles aux milieux réfringents de l'œil, les objets sont vus avec une netteté inégale dansteurs diverses parties, ce qui détermine des efforts d'accommodation pour ramener les divers foyers sur un même plan, défauts divers auxquels on peut joindre le plus souvent un centrage inexact et, par suite, la transformation du verre en prisme, comme nous l'avons vu plus haut. Alors que la coustruction des lentilles pour les microscopes, les chambres noires, etc., ont reçu dans ces dernières années des perfectionnements très-considérables, les verres des lunettes sont restés des instruments d'optique grossièrement imparfaits qui n'ont pas subi la moindre amélioration depuis leur origine. A plusieurs reprises, il est vrai, on a tenté de les aciiromatiser, mais sans y réussir d'une W;on pratique.

Quelles qu'en soient les causes, l'usage habituel des verres concaves a pour résultat final, comme nous le disions plus haut, de diminuer l'acuité visuelle et d'augmenter Il myopie. Le premier marchand de lunettes venu sait fort bien que la plupart des myopes qui commencent h faire usage de verres prennent bientôt des numéros de plus en plus forts et qu'ils refusaient d'abord. Sans doute, on rencontre des myopes qui toute leur vie out porté les mêmes verres, mais cela tient le plus souvent à ce que, considérant comme un danger de les changer, ils se sont résignés à une diminution graduelle et, par cela même, peu sensible de la vision.

Les myopes ayant généralement la pupille assez dilatée, leur rétine reçoit beaucoup de lumière, et, comme d'autre part, leur choroïde plus ou moins altérée et amincie ne remplit plus qu'imparfaitement son rôle d'absorber les rayons lumineux en excès , il s'ensuit qu'une lumière un peu vive les fatigue généralement beaucoup. Aussi, la façon dont ils éclairent les objets sur lesquels ils travaillent a-t-elle une grande influence sur la marche de leur afiection. Pour lire ou écrire, la lumière doit venir latéralement du côté gauche, un peu en arrière, c'est-îi-dire que la table sur laquelle on écrit doit faire un angle de 45» environ avec le mur où est percée la fenêtre qui donne la lumière et être éloigné de cette dernière. L'éclairage tombant d'en haut, comme celui fourni par la partie supérieure de hautes croisées dont la partie inférieure serait masquée, est le meilleur; la lumière venant de face est la plus mauvaise de toutes; celle venant de droite ne vaut pas celle venant de la gauche, parce que l'ombre de la main est portée, quand on écrit, sur le point qu'il faut regarder. Celle venue par derrière produit sur le papier une ombre encore plus considérable.

Quand on emploie la lumière artificielle, bien plus fatigante, comme on le sait, que celle du jour, sans que cependant nous puissions dire exactement jjourquoi, la lumière doit tomber, comme précédemment, obliquement du côté gauche. La source

lumineuse doit être placée, au moyen d'une suspension ou d'un support, à un niveau plus e'ievé que la tête du sujet qui écrit, et l'éclairage suffisant pour que le myope lise aussi loin que sa vue le lui permet; un éclairage insuffisant l'obligerait à rapprocher les yeux et à faire des efforts d'accommodation. Quand la source lumineuse est suffisamment intense, l'interposition entre elle et l'œil d'une mince feuille de papier bleuâtre, qu'on fixe à l'abat-jour avec une épingle, soulage beaucoup la vision.

L'ouverture de la pupille a sur la vision des myopes une influence très-marquée. Les myopes ont généralemant la pupille dilatée , et cette dilatation contribue à augmenter leur myopie. Plus la pupille est large, en effet, plus il passe de rayons par la partie périphérique du cristallin, et plus les cercles de diffusion produits sur la rétine sont grands. En diminuant l'ouverture de ce diaphragme, on augmente d'une façon considérable la portée de la vision. En regardant à travers une carte percée d'un trou très-fin pratiqué avec la pointe d'une aiguille les caractères d'un livre bien éclairé, le myope reconnaîtra facilement que sa myopie est presque aussi bien neutralisée qu'avec le verre concave le plus fort qu'il puisse utilement employer. S'il ne pouvait lire des petits caractères qu'à 15 centimètres, par exa|jple, sans le secours de la carte, il les lira à 50 en regardant à travers cette dernière.

Chez une personne dont l'œil est normal, la vision à distance n'est pas améliorée par les petites ouvertures, parce que quand les objets cessent d'être visibles pour elle, ce n'est pas parce qu'ils ne forment plus leur image sur la rétir^^, mais uniquement parce qu'ils sont trop petits. Il ne se produit des cercles de diffusion sur la rétine d'un œil normal que quand les objets sont trop rapprochés de cet œil pour que leur image, malgré les efforts de l'accommodation, puisse se former sur elle; mais alors, en regardant à travers un trou, qui réduit l'étendue des faisceaux lumineux reçus dans l'œil et, par suite, les cercles de dift'usion des faisceaux réfractés, l'image devient visible. C'est précisément pour réduire le diamètre des faisceaux lumineux traversant la pupille que les myopes clignent habituellement les yeux.

Hypermétropie. L'hypermétropie est l'opposé delà myopie. L'image des objets éloignés, au lieu de se former en avant de la rétine, se forme, comme nous l'avons dit, en arrière. Aussi, pour

les voii" flislincteineiit, rii\|)ci'iiit'lr<)pc osl-il ohlii^M- de raccourcir le loyer de son cristalliii en faisant intervenir son accommodation, afin de forcer les rayons liitnineu\ à se n'unir sur la létine.

I.'livpernu'lropie est nue alfection fort couunune, (jui a et(' loni<leiii[)S couroiiduc avec la |)resbylie. Klle s'en rapproche, il est vrai, |)ar ([uehjues syuiptiuues, mais elle en diffère essentiellement par d'autres, et suitout par ses causes. Le presbyte ne voit pas les objets rapprochés parce que son cristallin, ayant perdu de son élasticité, ne peut changer facilement de foyer sous rinfluence du muscle ciliaire. Chez Thypermélrope, le ci'istallin est normal, mais l'ieil est trop court, et les images se foiinent ainsi en arrière de la rétine. Mais, par le fait même que son accomuiodation est normale, il peut, le plus souvent, agir assez sur son cristallin jKjur raccourcir suffisamment le foyer de ce dernier et, par suite, ramener sur la rétine les images des objets.

L'accommodation intervient donc constamment chez l'hyperniétrope pour maintenir son cristallin suffisamment convexe, tandis que dans l'œil normal elle n'intervient que pour la vision sur les objets rapprochés. Si le muscle de l'accommodation, c'est-à-dire le muscle ciliaire, est puissant, l'anomalie résultant du trop grand raccourcissement de l'œil sera complètement masquée, et l'hypermétrope verra bien de près comme de loin. .Mais tout muscle qui fonctionne sans relûche finissant toujours par se fatiguer, l'hypermétrope ne saurait travailler un certain temps sans fatigue.

En général, l'hypermétrope voit mieux de loin que de près et avec moins de fatigue, car, ayant déjà employé une [)artie de son accommodation pour la vision à distance, il ne lui en reste que fort peu pour la vision sur les objets rapprochés, c'est-à-dire que son cristallin, déjà rendu très-convexe pour les objets éloignés, ne peut que très-diflicilement être rendu {)lus convexe encore pour les objets rapprochés. Les efforts que fait le muscle ciliaire pour lui maintenir la convexité nécessaire ont bientôt pour résultat une faiblesse visuelle, produite par la fatigue de l'accommodation, qu'on désigne sous le nom d'asthénopie accommodative . Le malade ne peut écrire ou lire qu'un temps fort court ; s'il persiste, le muscle ciliaire cesse d'agir et la vision se trouble.

Il est évident que, puisque, par suite du raccourcissement de l'œil, le foyer du cristallin de l'hypermëtrope est trop long, le moyen de rendre ce foyer plus court est de placer devant l'œil des verres convergents, c'est-à-dire des verres convexes. Ils améliorent chez lui la vision de près et à distance, tandis que chez le presbyte c'est seulement la vision sur les objets rapprochés qui est améliorée par eux.

Fig. 2U. ,

liifluence des lenlilles convexes sar la marche des rayons lumineux dans l'œil hypermétrope.*

L'hypermétrope doit se servir de verres aussitôt qu'il éprouve de la fatigue en lisant. C'est le seul moyen qu'il ait d'empêcher la fatigue de son accommodation.

Tandis que le myope doit choisir le verre le plus faible avec lequel il voit le mieux, l'hypermétrope doit choisir, au contraire, le verre le plus fort avec lequel la vision est rendue la plus nette. Chez ce dernier, en effet, les verres ne relâchent pas immédiatement toute l'accommodation, qui continue à corriger une partie de l'hypermétropie et à la masquer. Chez le myope, au contraire, le verre trop fort amène immédiatement des efforts d'accommodation pour raccourcir le foyer du cristallin de façon à contrebalancer l'excès de force dispersive du verre.

Astigmatisme. Cette forme d'amétropie consiste, comme nous l'avons déjà dit, en ce que les courbures de l'œil ne sont pas les mêmes dans tous les sens. Hypermétrope, par exemple, dans un méridien, l'œil est normal dans un autre, et en fixant le regard sur un papier recouvert de lignes verticales et de lignes

* Le foyer F du point R est reporté en F', c'est-à-dire sur la rétine, par l'action de la lentille convergente LL.

hori/ontalcs égaleineiy, espacées, il ne. voit jkis celles trac(TS dau^ un sens à la même distance que celles tracées dans I autre.

Lors(jue rasli-matisme dépasse certaines limites, il en résulte pour le méiidien oti la vue est la moins longue la production de ^ cercles de dillusion (jiii troublent la netteté des inia.i^es formées dans les meiidiens dont la réfraction est dilïërente.

Un dL^:i ellels les plus imj)orlants de l'astigmatisme est d'altérer plus ou moins la forme des objets. C'est h cette anomalie de l'œil (lu'on peut attribuer les imperfections constatées dans les tableaux de divers artistes. Supposons (ju'un peintre soit atteint de cette forme d astigmatisme dans la([uelle la vision est normale pour les lignes verticales, mais myope pour les lignes horizontales, il verra les objets allongés dans leur direction verticale, qui est celle où il les voit le mieux. Le cou et l'ovale des figures de ses modèles lui paraîtront, par suite, beaucoup plus longs qu'ils ne le sont réellelement, et, nécessairement, il les représentera tels qu'il les voit, c'est-à-dire trop allongés. Si nous rendons notre œil astigmate comme le sien, au moyen de verres cylindriques convenablement choisis, nous verrons aussitôt tous ces défauts disparaître. Avec de tels verres, en effet, l'image d'un objet carré auquel le peintre avait donné la forme d'un rectangle allongé dans le sens de sa hauteur prend l'aspect d'un carré.

Nous avons vu qu'on constatait l'existence de l'astigmatisme en recherchant si un disque opaque percé d'une fente placé devant l'œil améliorait la vision. La direction dans laquelle il faut placer la fente pour éliminer les cercles de dilfusion et, par suite, rendre la vision plus nette, indique dans quel méridien la vision est la meilleure.

L'astigmatisme est fréquent chez les sujets atteints de myopie. Sa cause la plus commune est une altération de forme de la cornée, qui est habituellement plus convexe dans son méridien vertical que dans son méridien horizontal. L'altération peut porter simultanément sur le cristallin et la cornée, et l'irrégularité de la première neutraliser la seconde ou s'ajouter à elle.

On remédie à l'astigmatisme régulier, c'est-à-dire à celui dans lequel la courbure des surfaces réfringentes est régulière dans toute

l'étendue du méridien, au moyen de verr^ cylindriques, ainsi nommés parce que, au lieu d'être travaillés, comme les verres ordinaires, par un mouvement rotatoire sur la surface d'une sphère, ils sont travaillés par un mouvement de va-et-vient sur une surface cylindrique. De tels verres ne produisent d'effets optiques que dans une direction. On les fait, comme les verres sphériques, concaves ou convexes; les premiers s'emploient contre l'astigmatisme myopiquc; les seconds, contre l'astigmatisme hypermélropique. Les essais faits sur l'œil malade indiquent l'angle que l'axe des cylindres doit faire avec la verticale et, par suite, la position à leur donner dans leur monture.

L'astigmatisme irrégulier, c'est-à-dire celui dans lequel la réfraction varie dans les divers secteurs d'un même méridien, est, en général, au-dessus des ressources de l'art.

Presbytie. L'œil presbyte est, comme nous l'avons dit, un œil d'une longueur normale, mais dont l'accommodation est plus ou moins paralysée, soit parce que le cristallin, sous des inlluences diverses, et notamment celle de l'ùge, a perdu de son élasticité et n'obéit plus, par suite, à l'action du muscle ciliaire; soit parce que ce même muscle, plus ou moins paralysé, cesse de fonctionner, bien que le cristallin n'ait subi aucune altération. Il en résulte que les objets situés à une grande distance sont nettement visibles, car Vœ'û est construit de façon que l'accommodation n'intervient pas pour les objets éloignés, mais que la vision sur les objets rapprochés est impossible. L'œil presbyte peut être comparé à une chambre noire mise au point avec la crémaillère de la lentille et qu'on rapprocherait de l'objet sans pouvoir faire changer le foyer de la lentille.

La presbytie n'est donc, en aucune façon, comme on le dit généralement, le contraire de la myopie ; elle est une anomalie de l'accommodation dont la puissance a diminué. C'est l'état habituel de l'œil dans la vieillesse. Elle commence vers kO ans et va toujours en augmentant.

Lorsque le point le plus rapproché où la vision distincte est possible n'est qu'à 10 pouces environ, les caractères sont trop

jx'lils |)()iir rtrt' iicttciiiciil pcirus, et le i)rt'sl)yte est oltlii^é de prendre des verres convexes, de façon ii raccoincir le foyer de son cristallin et pouvoir, par suite, raj)pr()clier les ol)jets. (les verres doivent être elioisis de façon à ce ({u'ils |)ennetlent la lecture ù 18 pouces environ, distance qui est la plus commode pour la lecture.

La myopie et la presbytie peuvent parfaitement coexister, et c'est même, comme nous l'avons dit. ce qui arrive chez la plu{)art des myopes et a fait croire que leur vue s'améliore avec l'âge. Leur IJundiDii remotuni s'éloignant dans la vieillesse, par suite de la paralysie de l'accommodation, ils ne peuvent [)lus y voir de près, et sont obligés d'éloigner de leurs yeux le livre qu'ils veulent lire; mais ils n'y voient pas mieux de loin. Ils sont presbytes de près et obligés souvent de j)rendre des verres convexes pour les objets rapprochés, mais toujours myopes et toujours obligés de prendre des verres concaves pour les objets éloignés.

En terminant l'étude de la vision, nous ne regrettons pas les développements que nous avons cru devoir consacrer à cette importante fonction et a la physiologie des troubles qui j^euvent l'atteindre. Sans doute, sur bien des points l'obscurité règne encore, et sur bien des points aussi la thérapeutique est restée incertaine; mais le chemin déjà parcouru n'était pas moindre que celui qui reste à parcourir. En renonçant aux vieilles traditions médicales pour emprunter aux physiciens leurs procédés rigoureux d'observation et leurs habitudes de raisonnement, l'ophthalmologie est résolument entrée dans une voie où toutes les branches de l'art de guérir devront nécessairement s'engager à leur tour.

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