L'ODORAT
Organe de l'odorat. L'organe de l'odorat a son siège sur la muqueuse qui tapisse l'intérieur du nez. Ce dernier a, comme on le sait, la forme d'une pyramide triangulaire adossée par un de ses côtés à la partie médiane de la lace. Son sommet, racine du nez, est uni à la région frontale; sa base olfre les deu\ orifices antérieurs des narines , séparées par une cloison médiane.
Fig. 2W. — Charpenle osneuse el carlUages du ne:.*
Le nez se compose d'une partie osseuse, constituée par l'apophyse montante du maxillaire supérieur et les os propres du nez, et d'une partie cartilagineuse formée par la réunion de plusieurs cartilages.
Cette charpente est recouverte de plusieurs muscles, que nous
* 1) Apophyse montante du maxillaire supérieur. — 2) Os nasal. - 3) Cloison des narines, latéral droit. — al Cartilage de l'aile du nez. — 6) Jfoyaux cartilagineux. — ") Aile du nez.
4) Cartilage
i/ui)<>i;Ar, ij', (Jour i:r i.i: ioiciiki;.
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iiNons (It'crils aillouis. sci'vjiiil ii mouvoir s;i piirlie iiiR'rieiin' . cl (111111' peau livs-riclie en ,y:lan(les si'hacées.
I.cs (leiiK ouvciiuivs (|iie le 110/ |MVseiil(? ii sa base ont ivru le nom (le iniriiics. Kilos se conlinuenl a\ec les cavités iioiimiées fusses nasales, sépai'ées eu deux parties syinétri([iies par une cloison veilicaie niéiliane forniée pai' la lame perpendiculaire de \'()> ethinoide et du router. Les parois des lusses nasales sont consti-
Fig. 250. — Coupe transversale des fosses nasales, destinée à montrer les corn,els et les sinus. *
tuées pai' plusieurs os du crâne et de la face. Sur ces parois on trouve de haut en bas trois lamelles, nommées cornets, qui leur sont adhérentes par leur bord supérieur et s'enroulent en dehors [)ar leur bord inléi'ieur libre. Ces lamelles circonscrivent avec la paroi externe des fosses nasales des espaces nommés méats, (juon a divisés, comme les cornets correspondants, en supérieur, moyen et inférieur.
Le plancher des fosses nasales est formé par l'apophyse palatine
* I, I] Sinus maxillaire. — 2) Orifice dii sinus maxillaire droit. — 3, 3) Paroi intérieure de Torbite. — i, i) Cellules de l'ethmoide. — o, 6. 7) Cornets supérieur, nii>ycM et inférieur. — S, 9, 10) .Méats su|)érieur, moyen et inférieur des narines. — ■ Il Cloison des narines — 1-^ Base des fosses nasales.
du maxillaire supérieur et" la lame horizontale de l'os palatin. Leur voûte est constituée par la lame criblée de l'ethmoïde , les os du nez et une portion de l'os sphénoïde. Leur ouverture antérieure communique avec les narines. Leur' ouverture postérieure est divisée par le bord postérieur du vomer en deux ouvertures symétriques correspondant chacune à une des fosses nasales et faisant communiquer ces dernières avec l'arrière-gorge.
Fig. 251.
Vue postérieure des fosses nasales après que la paroi postérieure du pharynx a été enlevée- *
La voûte des fosses nasales et leur partie latérale communiquent avec des cavités nommées sinus, creusées dans les os du crâne et de la face, notamment le frontal, le sphénoïde, le maxillaire supérieur.
Toute la cavité des fosses nasales, ainsi que les parois des cornets qu'elle contient et des sinus avec lesquels elle communique, est tapissée par une nmqueuse nommée membrane pituitaire, dont l'épaisseur, de ï/!i de millimètre seulement dans certains points,
* I) Os occipital. — 2) Rocher. — 3) Trompe d'Eustaclie fermée. — i) Trompe d'Eustache ouverte. — o) Muscles du voile du palais. — 6) Paroi du pharynx. — T) Face postérieure du voile du palais. — 8) Orifice de la trompe d'Eustache. — 9) Bourrelet de sa circonférence supérieure. — 10, 1 1) Plis de la surface postérieure du voile du palais. — 12) Cloison séparant les fosses nasales. — 13) Cornet moyen. — 14) Cornet inférieur.
L'ODORAt, LE GOUT ET LE TOUCIIKl;.
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alleiiit .■) iiiilliiiiclics dans cnix (nii sont le \)lus vn rapport avec le coiiianl dair (|iii traverse les fosses nasales.
Cette iiietiihrane est recouverte, excepté dans la partie spécialement alVeelee à l'odorat, d'un épilhéliiini vihratile, cest-ii-dire nnini de cils doués de mouvements sjjonlanes, et contient dans son épaisseur un nondtre considérable (150 par centimètre carré en certains |)oints) (le|)elites glandes en graj)pe, (pii sécrètent un mucus, li(jui(le a l'état normal, destiné à maintenir sa surface dans un état d'humidité permanent. Lorsque cette sécrétion se supprime ou lorsqu'elle
Fig. 252. — Ramifications du nerf oljacHf dans le nez.*
devient trop visqueuse, ce qui arrive, par exemple, dans l'affection vulgairement connue sous le nom de rhume de cerveau, l'odorat est plus ou moins aboli.
La membrane pituitaire est très-riche en vaisseaux. Les branches artérielles qui s'y distribuent viennent de la maxillaire interne. Les veines qui en partent vont se jeter dans la veine faciale.
C'est sur la pituitaire que s'épanouit le nerf qui jouit de la pro-
* o) Nerf ulfaclif et ses divisions. — n) Filet interne du nerf nasal interne. — j'} Rameau nasal du nerf palatin. — p') Rameau externe du sphéno-palatin. — s) Ganglion spliéno-palatin.
priété de percevoir les odeurs, c'est-à-dire le nerf olfactif. Il sort de la lame criblée de l'os ethmoïde par 15 à 20 filaments, qui se distribuent à la moitié supérieure des fosses nasales. La muqueuse de la partie inférieure du nez, ainsi que celle des sinus, n'en contient pas.
Le mode de terminaison des branches du nerf olfactif est encore inconnu. Elles sont probablement en relation avec des cellules ovoïdes qui se trouvent dans l'épaisseur de la pituitaire et auxquelles on a donné le nom de cellules olfactives.
Nature et classification des odeurs. Les agents susceptibles de produire une impression sensitive sur le nerf olfactif ont reçu le nom iVoileurs. La plupart des physiologistes admettent que les odeurs sont le produit de la volatilisation de particules très-ténues qui se séparent des corps odorants. D'autres croient qu'elles résultent d'un mouvement vibratoire ayant lieu dans les molécules de ces corps et se transmettant à un éther ambiant dont les vibrations viennent frapper la membrane de l'appareil olfactif, comme le font celles de l'air pour l'appareil auditif; ils se fondent, pour soutenir cette théorie, sur ce que certaines substances, telles que l'ambre gris et le musc, par exemple, peuvent rester odorantes pendant des années sans rien perdre de leur poids. Mais cela prouverait uniquement le peu de sensibilité de nos balances relativement à celle de nos nerfs et la divisibilité extrême de la matière. Quoi qu'il en soit, on voit que ce sont deux hypothèses analogues à celles de l'émission et de l'ondulation pour la lumière, avec cette di/Térence cependant qu'il est infiniment probable que si la lumière se propage par les ondulations qu'impriment à un milieu particulier les vibrations des coips lumineux, les odeurs se propagent, au contraire, par l'émission de particules venant frapper l'appareil olfactif. A l'exception de certains corps qui ne deviennent odorants que quand on les frotte, comme plusieurs métaux, la plupart des substances odorantes, les essences qui constituent le parfum des fleurs notamment, sont très-volatiles.
Mais s'il semble impossible qu'un' corps puisse être odorant
L'ODouAT, i.i; coi'i" i/r i.i: rorcin;!;. 6«7
Siins (|U il sCii (lc i^;i.i;(' (|ii('l(|ii(' cliosc. il csl . iiii coiilriiirc, Ibil |i()s>ilil(' (jiii' ce ne soil |i;is ;iii\ parliculcs mriiics (|iii se dégagent (les cor|)s odorants ([u'esl duc rinii)iessi(jn dodeur. Ouwnd lèses-, sences se volaliliscnl à l'ahi'i de l'oxygène de l'air, elles ne sont |)as odoianles. Ce n'est donc q»ie par leur eoïubinaison cliimiiiue avec ce gaz (ju'elles ac(|uièrent cette [)ropriélé. Or rien nVmjxMlK; d'adnieltie (pie. de nirnie (|ue certaines condjinaisoiis cliiiiiicpies produisent des vibrations auxiiuelles on a donné le nom de chaleur et de htmii'i'e, d'autres combinaisons {missent produire des vibrations particulières d'un milieu déterminé qui constitueraient les o;leurs; mais, dans l'état actuel de la science, il est impossible de rien |)réciser sur ce point.
La chaleur, (jui favorise, comme on le sait, la volatilisation des corps, augmente habituellement leur odeur. C'est sui'tout aux rayons du soleil que les plantes laissent échapper leurs parfums.
L'état hygromélri(iue de l'air a aussi une inlluence marquée sur nos sensations olfactives. Dans un jardin en lleur, c'est le matin , alors ([ue la rosée s'évapore sous les premiers rayons du soleil en entraînant les principes volatils des plantes, que Tair est le plus embaumé.
La quantité de matière odorante nécessaire pour produire sur la muqueuse olfactive la sensation d'odeur est tout à l'ait impondérable avec les instruments que nous possédons; l'odorat est un réactif plus sensible que ceux: de la chimie, car il nous décèle dans l'atmosphère la présence de substances dont ces derniers seraient complètement impuissants à nous révéler la trace. On reconnaît encore par l'odorat l'hydrogène sulfuré, quand l'air en contient seulement dans la proportion d'un ou deux millionièmes.
Pas j)lus que pour le son. nous ne possédons d'aj)pareils susceptibles de mesurer l'intensité des odeurs. Nous ne possédons pas non plus les bases d'un classement rationnel des odeurs ; aussi les classifications proposées sont-elles aussi nombreuses que les observateurs. Linnée les di\isait de la façon suivante :
Odeurs aromatiques : laurier, anllet, etc.; odeurs frayantes: Jasmin, lis, safran, etc.; odeurs ambrosiar/ues : musc, ambre, etc.; odeurs alliacées: ail, assa fœtida, etc.; odeurs fétides: valériane.
bouc, etc.; odeurs viveuses: œillet d'Inde, plante de la famille des solanées, etc.; odeurs nauséeuses: courge, concombre, etc.
D'après Stark, les substances colorées absorberaient les odeurs d'une façon très-inégale. Après le noir, le bleu serait la couleur la plus absorbante; viendraient ensuite le vert, le rouge, le jaune et enfin le blanc, qui n'absorberait presque rien. II est certain cependant que du papier à lettre blanc, parfumé avec du musc, garde son parfum très-longtemps.
Fonctions de l'appareil olfactif. L'air étant le véhicule des odeurs, la nature a placé chez les animaux à respiration aérienne l'appareil olfactif sur l'une des voies que l'air traverse pour arriver aux poumons.
La partie de l'appareil olfactif impressionnable par les odeurs est , comme nous l'avons vu , la partie supérieure des fosses nasales, la seule sur laquelle se ramilie le nerf olfactif. La partie inférieure de ces cavités, ainsi que l'intérieur des sinus, bien que tapissée aussi par la membrane pituitaire, ne recevant pas de nerfs, est insensible aux odeurs. Il est probable que les sinus n'ont d'autres fonctions que d'emmagasiner l'air odorant et de prolonger ainsi son impression.
L'odorat est d'autant plus sensible que les replis de la pituitaire sont eux-mêmes plus nombreux; delà l'utilité des cornets. Chez les animaux dont l'odorat est plus parfait que chez l'homme, le chien, par exemple, ces replis sont très-nombreux. Aussi cet animal flaire-t-il le gibier et sent-il son maître à des distances prodigieuses. «Les mammifères, comme le dit BufTon, sentent de plus loin qu'ils ne voient. Non-seulement ils sentent de très-loin les corps présents et actuels , mais encore ils en sentent les émanations et les traces longtemps après leur absence. Un tel sens est un organe universel de sentiment. C'est un œil qui voit les objets non-seulement où ils sont, mais encore partout où ils ont été. »
Ce n'est qu'exceptionnellement que l'homme possède une sensibilité de l'odorat égale à celle de certains animaux. Des voyageurs rapportent que les Inviiens de l'Amérique du Nord poursuivent leurs ennemis à la piste. Certains nègres distinguent ainsi de loin
l/UD.UKAT, LE (iULT KT LE TULCIIEK. Oba
un Itliiiif (I un noir. \a' JniinKtl des .sai-(utls du I08/| iii|)|)(jilt.' (|irun ivli.ii;i(.'u\ (le l*^a.^Ul' avail l'oiloral .si fin (ju'il rcconnaissail par leur odeur les cirverse.s personnes el même, allirmait-il, une lemme chaste de celle qui ne l'était pas.
L'olfaction peut s'exercer d'une façon passive, comme lorsque les particules odorantes .^ont entraînées dans les mouvements ordinaires de la respiration., ou être volontaire, comme dans [action (le llan'ci'. (pii consiste, ainsi qu'on le sait, a faire des ins[)iralions longues et soutenues , la liouche étant fermée. Quand on veut, au contraire, se soustraire à une impression olfactive désaiiréable , on pratique une forte e^ipiration j)our chasser l'air odorant ; puis l'inspiration , au lieu de se faire par les narines, se fait par la bouche.
l>es corps gazéiformes sont seuls capables de produire la sensation olfactive; si on remplit la cavité nasale d'un liquide volatil, comme de l'eau de Cologne, par exemple, il n'en résulte aucune sensation d'odeur.
On croyait autrefois que la faculté de sentir n'était possible ([ue dans les mouvements inspiratoires, et non dans les mouvements expiratoires , et cela parce que les odeurs provenant de l'estomac ou des poumons ne sont pas perçues généralement par les personnes dont elles émanent; mais ceci tient uniquement à ce que la persistance de l'impression émousse bientôt la sensibilité de la muqueuse olfactive pour l'odeur qui l'affecte constamment. C'est un phénomène analogue à ceux que l'on constate pour d'autres sens. Nous avons vu combien la sensibilité de la rétine s'émousse rapidement sous l'influence d'un éclairage intense. Si le malade n'est pas incommodé par des odeurs venant de son estomac ou de ses poumons , c'est que sa sensibilité est bientôt émoussée pour ces odeurs; mais lorsque l'aflection débute brusquement, il les perçoit parfaitement pendant quelque temps. Chacun sait, du reste, que, quelque fort que soit un parfum, on finit par ne plus le sentir quand on le respire assez longtemps. *
Nous avons vu qu'une excitation quelconque des nerfs sensitifs de l'oreille ou de r<eil produit toujours une sensation acousti({ue ou lumineuse ; il doit en être de même pour l'odorat , et une irri-
tation du nerf olfactif doit produire une sensation d'odeur ; mais le fait n'a pas encore élé vérifié expérimentalement.
Indépendamment de leur action sur l'appareil olfactif, les substances odorantes produisent sur le système nerveux des effets variés qu'on ne peut pas toujours attribuer aux o'deurs mêmes. Les émanations des racines d'ellébore blanc causent à ceux qui les arrachent des vomissements. Des personnes endormies dans des greniers où se trouvaient des racines de jusquiame noire se sont réveillées atteintes de céphalalgie et de stupeur. Les odeurs de cadavres en putréfaction ont déterminé quelquefois la mort rapide des personnes qui les respiraient; mais c'est là plutôt un empoisonnement par absorption pulmonaire — absorption dont nous avons expliqué l'extrême énergie — qu'une action directe des odeurs sur le système nerveux.
Je crois que c'est aussi à l'absorption par la muqueuse pulmonaire des essences dégagées par les fleurs qu'il faut attribuer les effets incontestables: vertiges, syncope, etc., qu'elles produisent souvent sur le système nerveux, effets qu'où a essayé d'expliquer par leur dégagement d'acide carbonique, sans songer combien ce dégagement est minime. Ces effets sont exagérés, du reste, par certaines dispositions individuelles. On a cité des sujets qui tombaient en syncope en flairant une rose ou un lis. Oriila et Cloquet parlent également de personnes qui ne pouvaient supporter l'odeur d'ime décoction de graine de lin sans éprouver bientôt à la face une tuméfaction suivie de syncope.