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INFLUENCE DE LÉTAT DES ORGANES SUR LES FONCTIONS INTELLECTUELLES

Influence de l'état des organes sur l'activité intellectuelle du système nerveux. Les fonctions intellecluelles étant placées sous la dépendance du système nerveux, il est évident que toute modification survenue dans ce système doit réagir plus ou moins profondément sur ses manifestations.

Nous avons vu dans un autre chapitre que l'activité des éléments nerveux est due à la présence du sang, et qu'à mesure qu'on prive un animal de ce liquide, son intelligence se ralentit graduellement et finit par disparaître, pour reparaître bientôt si on lui restitue le sang qu'il a perdu. La vie et l'intelligence peuvent être amsi rendues, comme nous l'avons vu également, à une tète complètement séparée du tronc.

Ce n'est pas seulement la quantité plus ou moins grande du sang qui arrive aux cellules cérébrales qui influe sur les opérations mtellectuelles, mais encore sa qualité et la nature des substances qu'il contient. Quelques atomes d'opium ou de chloroforme, dissous dans ce liquide, alourdissent l'intelligence la plus brillante; sous l'influence de substances excitantes, telles que le haschisch! la caféine, etc. les idées s'associent, au contraire, plus rapidement, l'imagination devient plus active et les mêmes faits sont perçus sous des aspects bien difl"érents.

Les raomdres influences extérieures agissent considérablement sur l'activité de notre système nerveux. Les idées qui viennent à l'esprit par une froide matinée d'hiver, lorsque la pluie ruisselle

sur les vitres des fenêtres, diffèrent entièrement de celles qui s'associent dans le cerveau lorsque, par une belle soirée d'été, nous écoutons dans le silence d'une forêt le chant d'un rossignol ou le murmure d'un frais ruisseau. C'est une girouette facilement changeante qu'un cerveau humain.

Troubles intellectuels consécutifs aux lésions des éléments nerveux. On peut facilement prévoir, d'après ce qui précède, que les lésions des centres nerveux devront profondément réagir sur les organes placés sous leur dépendance.

L'observation montre, en effet, que ces lésions ont pour conséquence des troubles divers : perte plus ou moins grande de la parole, paralysie, affaissement de l'intelligence, aliénation mentale, etc., qui varient naturellement, suivant la lésion; mais la physiologie des diverses parties des centres nerveux est encore trop peu connue pour qu'on puisse déterminer facilement à quelle lésion correspond un trouble fonctionnel observé. Ces lésions ne peuvent être observées, du reste, le plus souvent qu'au microscope, et c'est ce qui, pendant si longtemps, a fait ignorer leur existence. *

* Lésions des cellules de la substance grise cérébrale dans la folie. —

D'après les observations du D"^ Voisin, les lésions varie'es des cellules cérébrales qu'on observe habituellement dans la folie sont le résultat d'un défaut de nutrition provenant d'altérations des vaisseaux ou d'obstacles au cours régulier du sang dans les capillaires. Suivant lui, les lésions des cellules nerveuses comportent trois degrés:

« Dans le premier, le protoplasma a subi une dégénération graisseuse et pignientaire. Le noyau et le nucléole sont intacts ; la lésion n'occupe, dans le principe, que le fond de la cellule ; plus tard, elle l'envahit tout entière. Dans ce degré, les prolongements cylinder ne présentent aucune modification apparente.

<< Dans le second degré, le protoplasma subit un commencement de travail de résorption; le pourtour du corpuscule ganglionnaire se flétrit et se ratatine par places, et ce pourtour se rapproche tellement du noyau que celui-ci arrive à constituer une partie du bord de la cellule. A ce moment, une portion du protoplasma a entièrement disparu. En même temps, le corpuscule ganglionnaire devient de plus en plus opaque, granuleux, pigmenté et irrégulier sur ses bords; le noyau et le nucléole sont de moins en moins visibles au milieu de cet amas brunâtre; puis le prolongement cî/ZmfZer s'atrophie et devient informe. Les autres prolongements présentent la même altération atrophique, et deviennent d'une friabilité telle qu'ils se brisent avec la plus grande facilité.

" Dans un troisième degré, enfin, le protoplasma ayant à peu près disparu, le contour du noyau paraît être celui de la cellule ; le corpuscule ganglionnaire prend

IndépenJaininent dos causes générales, comme la tuberculose, les intoxications palustres, saturnines ou alcoolicjues, l'hérédité, ou des causes passagères, comme l'ingestion de certaines substances, telles (|ue le haschisch, la Itelladone, etc., la cause la plus iVéquente des troubles intellectuels est la circulation irrégulière du sang qui baigne les cellules nerveuses. Nous avons vu combien la présence du sang est imlispensable à leur Ibnclionnement, et on comprend dès-lors comment les troubles circulatoires les plus légers peuvent modilier ce fonctionnement. Quand une des petites artères du cerveau est obstruée par un caillot, il arrive, à moins qu'une circulation coUatéi'ale ne s'établisse bientôt, que la circulation et, par suite, la nutrition s'arrêtent dans les régions alimentées par les vaisseaux qui émanent de l'artère obstruée. La destruction des cellules et, conséquemment, le ramollissement partiel de la région atteinte, en seront nécessairement la conséquence.

L'observation démontre que la suractivité habituelle des cellules non suivie d'une période de repos suffisante peut donner lieu aux mômes phénomènes. C'est peut-être à cette cause qu'il faut attribuer la fréquence désolante du ramollissement cérébral avec paralysie et perte de l'intelligence, si commune depuis quelques années. Cette maladie, plus cruelle que la mort, menace spécialement tous les individus dont l'organe fonctionnant d'une façon prédomi-

une fonne tout à fait irrégulière, anguleuse et une couleur rouille. Les prolongements secondaires ont disparu, et le prolongement cylinder s'est sépare de la cellule; il ne reste de lui qu'un petit bout recroquevillé très-mince, eflSlc, ou bien il n'en reste aucune trace. Dans ce cas, le corpuscule apparaît comme un corps isolé perdu dans la trame cérébrale, de forme anguleuse ou arrondie, parfois triangulaire, souvent luisant, de teinte rouille ou grisâtre, formé de granulations pigmentaires et graisseuses, et présentant encore le plus fréquemment dans son centre les restes du noyau, ce qui permet de reconnaître sa nature.

« Dans le délire partiel d'origine sensorielle, qui a j^ris naissance dans des hallucinations, dans la folie sympatliique partielle, les lésions occupent les couches optiques et les circonvolutions pariétales, tandis que les circonvolutions frontales sont saines.

«< Lorsque, au contraire, de partiel, le délire est devenu général, qu'il s'est compliqué d'incohérence , de démence, les altérations occupent toutes les circonvolutions.

« La perte de conscience dans l'état de folie, la croyance la plus complète aux conceptions délirantes sont, pour moi, maintenant des signes de la propagation des lésions aux circonvolutions frontales.» {Union médicale, 1872.)

nante est le cerveau. Sa marche est aussi insidieuse que fatale et ses symptômes dangereusement trompeurs *.

Pour terminer le peu que j'avais à dire de la physiologie des troubles des fonctions intellectuelles, je ferai remarquer qu'en dehors des troubles consécutifs à une intoxication passagère des cellules cérébrales par le sang , comme , par exemple , à la suite de l'ingestion d'une certaine quantité d'alcool, on peut encore observer des troubles intellectuels , sans lésion cérébrale, consécutifs à certaines lésions des organes des sens. C'est ainsi, par exemple, qu'on observe des hallucinations de la vue dans le glaucome et la cataracte. Le cerveau est sain, mais les sens ne le sont pas et fournissent des sensations, et partant des idées inexactes. Le raisonnement sera juste, mais le point de départ étant erroné, l'acte final sera anormal.

Influence des idées sur les organes. Les phénomènes intellectuels sont intimement liés, comme nous venons de le voir, à l'état des centres nerveux et des divers organes. Mais ces phénomènes réagissent profondément à leur tour sur l'état des organes, et le moral a autant d'influence sur le physique que ce dernier sur le premier. A chaque idée correspondent certains mouvements déterminés en rapport avec elle, et c'est la répétition des mêmes idées et, par suite, des mouvements qui s'y rattachent qui donnent à chaque individu sa physionomie spéciale, parfaitement en rapport, le plus souvent, avec ses occupations habituelles.

* « Cet artiste inspiré, ce Httérateur plein de verve, ce savant aux projets hardis, sont touclie's déjà par la fatale atteinte d'un mal qui les tuera dans moins de deux ans; cette activité intellectuelle admirée par tous est déjà de l'excitation cérébi-ale; les accidents congestifs sont prochains; demain, ce qui n'est encore qu'une conception ingénieuse aujourd'hui, atteindra les plus folles exagérations, et au lieu de l'homme soucieux de l'avenir, il n'y aura plus qu'un insensé, gaspillant dans de stériles et ruineuses prodigalités une fortune laborieusement acquise! Que nous aurait-il fallu pour porter presque à coup sûr un pronostic aussi triste? Presque rien, quelques mots lentement prononcés, avec cette hésitation traînante que personne n'aura remarquée, et qui ne laissera plus de doute pour nous sur la gravité des accidents si nous avons pu saisir des tremblements flbrillaires des muscles des lèvres, de la face; si l'un des sillons naso-labiaux est moins profond que l'autre; s'il y a du côté des yeux une inégalité pupillaire, que certes personne n'aura même aperçue.» (D^ Delasiauve, Des aliénés et de la responsabilité médicale.)

l.a liaison (|ui cxislr ciitrt' les idées et eerlaiiis iiiouveinents est si pi'olomle ([iie des acieiii's. ()l>li,:.,'i's de |)i'eiidi(' diverses expressions (le physionomie ou allitudcs pour simuler telle ou telle passion. Unissent souvent par éprouver réellement, d'une faeon involontaire, les sentiments qu'ils cherchaient à sinniler. C'est j)Our la même raison (pie, (piaiid l'esprit est chagrin, on peut, en forçant la ligure ii prendre une e\j)ression souriante, forcer aussi les pensées il devenir moins ti'istes.

Un état que l'esprit conçoit comme devant se produire et qu'on attend avec cette certitude entière, nommée la foi, tend en réalité à se produire. C'est sur ce fait (pi'est basée l'explication scientifique des tables tournantes que l'on supposait autrefois animées par des esprits. Plusieurs individus étant placé* autour d'une table, les doigts posés sur ses bords, avec la conviction bien arrêtée qu'elle doit tourner, finissent par produire involontairement, et sans en avoir nullement conscience, les mouvements nécessaires pour la faire tourner. La baguette divinatoire et le pendule explorateur sont des phénomènes du même ordre.

Cette inlluence des idées sur les organes ne se borne pas à des mouvements passagers ; elle peut déterminer les lésions organiques les plus profondes. Personne n'ignore l'action d'un chagrin profond sur la constitution.

C'est à cette intluence du moral sur le physique que nous avons déjà étudiée dans notre précédent chapitre, en examinant le rôle de la sensibilité dans l'organisme, qu'est due la manifestation de ces phénomènes (jualiliés de merveilleux, tels que, au moyen âge, ces productions des stigmates de la passion sur les membres des extatiques qui y rêvaient constamment avec l'ardent désir de les voir apparaître, et, dans tous les temps, ces guérisons de maladies graves par l'adoration de reliques dans la puissance desquelles le malade avait une foi vive. Le docteur Bouchut rapporte qu'étant interne à l'Hôtel-Dieu, il y vit une petite fille de onze ans, muette et paralytique des quatre membres, qui avait été traitée inutilement par plusieurs médecins de province. Amenée à Paris, où elle était convaincue qu'elle trouverait la guérison, elle guérit rapidement en effet et sans avoir subi d'autre traitement que la vue d'un

médecin dans lequel elle avait une grande confiance. L'aspect du médecin, la façon dont il s'y prend avec les malades, sont pour beaucoup dans ses succès. Des homéopathes ayant une confiance absolue dans leur art réussissent souvent mieux auprès du malade avec leurs remèdes, évidemment sans action réelle, que des médecins fort instruits, mais qui, précisément parce qu'ils sont trèsinstruits, n'ont qu'une confiance limitée dans l'eflicacité de leurs prescriptions et, par suite, ne peuvent que difficilement communiquer à leurs malades une croyance qu'ils n'ont pas.

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