SOURCE DE L'ACTIVITÉ DU SYSTÈME NERVEUX
Mise en activité des éléments des tissus sous l'influence du système nerveux. Les forces dont les éléments nerveux provoquent la manifestation dans tous les organes ne naissent pas dansces éléments eux-mêmes. Le rôle des filets nerveux n'est que de mettre en activité les propriétés des parties avec lesquelles ils communiquent, c'est-à-dire de provoquer l'oxydation des matériaux qu'elles contiennent et, par suite, la mise en liberté des forces résultant de cette oxydation.
èans le système nerveux, les forces que tous les tissus tiennent en réserve ne pourraient pas plus être mises en liberté que la chaleur produite par la combustion du charbon ne pourrait se dégager si une étincelle ne venait pas d'abord l'enflammer.
En réalité, le système nerveux n'agit directement sur aucune fonction; ce n'est pas lui qui sécrète la bile dans le foie, sépare l'urée du sang dans le rein, le lait dans la glande mammaire, etc.; il crée seulement dans la trame des tissus des conditions favorables à la manifestation de ces phénomènes; mais au fond l'activité propre des divers éléments est indépendante de son action.
Au point de vue de la manifestation des forces, le rôle du système nerveux n'est que de provoquer la transformation en forces vives des forces de tension que les tissus contiennent, et de même
ACTIVITÉ ET KErOS DU SYSTEME NERVEUX. 837
qu'un faible enfant peut mettre en mouvement la plus puissante locomotive, en tournant le robinet qui permet à la va[)eur d'ariiver sous les pistons de ses eylindres, de même aussi une minime excitation nerveuse peut avoii* pour conséquence un (lé,i,'ageraent de force nmsculaire considérable.
Sans doute, l'activité de la cellule nerveuse n'est [jas la même que l'activité de la fibre musculaire, et entre la perception d'une sensation et la contraction d'un muscle il n'y a pas d'analogie apparente, mais ce sont au fond des modes divers d'une même force.
Les forces pouvant généralement, quand elles changent d'état, être appréciées par nos instruments, on s'est demandé si la production des phénomènes intellectuels ne serait pas susceptible d'être également mesurée. Avec l'appareil de Melloni on a pu effectivement constater que toute opération intellectuelle est accompagnée d'une élévation de température de l'extérieur du crâne. (( Les idées que font naître les émotions, dit le docteur Barker, pro- « duisent le plus de chaleur dans leur perception. Quelques minutes « employées à réciter une poésie émouvante produisent plus d'effet «que plusieurs heures de réflexion. Les expériences du docteur (( Lombard ont prouvé que la chaleur développée par la récitation « d'une poésie émouvante est toujours moindre quand cette récita- « tion est orale, c'est-à-dire quand elle est exprimée par le jeu des « muscles. Ces résultats s'accordent avec le fait bien connu que « l'émotion trouve souvent du soulagement dans les démonstrations « physiques. L'énergie de l'émotion diminue par sa transformation « en énergie musculaire.* »
L'activité propre qu'il possède , le système nerveux l'emprunte
* Extrait (l'une Conférence sur la corrélation des forces vitales et physiques, traduite et publie'e dans Les Mondes par l'abbé Moigno. Si quelques personnes ignorantes tentaient de taxer cette catégorie de recherches de matérialistes, je leur dirais simplement avec Stuart Mill: « S'il y a du matérialisme à essayer de dé- •< terminer les conditions matérielles de nos opérations mentales, toixtcs les théories « de l'esprit un peu compréhensives peuvent être taxées en ce cas de matéria- "lisme. Nous ne saurons probablement jamais si l'organisation seule peut produire «la pensée et la vie, mais nous savons à n'en pas douter que l'esprit emploie un «organe matériel; or cela admis, quel matérialisme y a-t-il à pousser les applica- «tions physiologiques aussi loin qu'elles peuvent nous conduire? »f Ribot, loc. cit.)
nécessairement quelque part; sa source n'est autre que celle où tous les tissus puisent les forces qu'ils dépensent, c'est-à-dire les matériaux nutritifs fournis par les aliments et apportés par le sang. Si on vient en effet à tarir cette source, en empêchant l'arrivée du sang aux éléments nerveux, leur activité s'éteint bientôt.
C'est sans doute comme dans les fibres musculaires, à l'état de forces de tension, que les forces existent dans les matériaux que les cellules nerveuses contiennent. Dans les actes réflexes , il est probable que c'est l'excitation sensitive consécutive à l'impfession reçue par les sens qui les met en liberté. Dans les organes soustraits à l'action de la volonté et sujets à des mouvements rhythmiques, comnje le cœur par exemple, il est possible que ce dégagement ait lieu d'une façon continue, mais ne se manifeste qu'à périodes intermittentes, alors seulement que la tension de la force mise en liberté est devenue assez considérable pour vaincre la résistance qu'elle doit surmonter, absolument comme l'électricité d'une machine électrique dont on tourne continuellement le plateau ne se dégage sous forme d'étincelle que lorsqu'elle s'est accumulée en assez grande quantité aux armatures de l'instrument pour que sa tension puisse vaincre la résistance de l'air.
L'origine de l'activité nerveuse est donc, comme celle de toutes les activités de l'organisme, empruntée aux aliments, et, ainsi que nous l'avons vu dans un précédent chapitre, ces forces diverses ne sont que de la chaleur solaire transformée. Le physiologiste ne doit pas plus s'étonner de voir dériver des transformations de cette force unique les puissances si variées : mouvement, activité intellectuelle, etc., manifestées par les êtres vivants, que le physicien n'est surpris de voir une force quelconque, comme le mouvement par exemple, être à volonté transformée en électricité, lumière, chaleur, magnétisme, etc. Ce sont des faits que la science constate, mais que l'intelligence bornée de l'homme est absolument impuissante à comprendre.
Acrivrn: i:r kki'os di: svsthmk nkkvkix. 8.39