CHAPITRE PREMIER
MODES DIVERS DE REPRODUCTION DES ÊTRES
§ l^"". Génération spontanée. — Reproduction sans le secours de parents. — Croyances des Anciens. — E.xpcricnces de Kcdi. — Discussion entre MM. Pasteur et Pouchet. — Réalité probable des générations spontanées. — Difficulté de vérifier expérimentalement l'existence de ce mode de reproduction. — § 2. liei^roduction des êtres vivants par scission et par bourgeons. — Les végétaux et beaucoup d'êtres inférieurs se reproduisent de cette façon avant de se multiplier par œufs. — Production de plusieurs polypes par la division d'un seul en plusieurs fragments. — Reproduction des vers intestinaux. — Transformation du cysticcrque du cochon en ténia de l'homme. — Régénération de la tête et des membres chez beaucoup d'animaux après leur ablation. — Phénomènes de régénération de parties coupées chez les animaux supérieurs et chez l'homnie. — § 3. Reproduction par œufs. — Organes sécréteiirs de l'œuf, ovaires, etc. — L'œuf et sa structure. — Identité de l'œuf
dans l'espèce humaine et chez les oiseaux. — Ponte de l'œuf ou ovulation.
Phénomènes qui l'accompagnent. — Menstruation. — Organes sécréteurs des éléments fécondants de l'œuf. — Nature de ces éléments. — Spermatozoïdes, leur analogie avec les ovules. — Expériences de l'abbé Spallanzani sur leur action. — Fécondation de l'œuf. — Observations d'Harvey, Bœr, Coste, etc. — Causes de la production des sexes. — Influence du degré de maturité de l'œuf. — Expél'iences faites sur les mammifères.
Tout ce qui vit à la surface du globe, depuis la plante jusqu'à l'homme, doit fatalement mourir. Même quand ils échappent à ces mille chances de mort qui les menacent sans cesse dans le cours de leur existence, les êtres vivants ne sauraient dépasser certaines limites rigoureusement fixées pour chacun d'eux. Arrivés à cette période extrême qu'ils ne doivent pas franchir, leurs éléments rendent à l'atmosphère et au sol les parties dont ils étaient composés et qui serviront bientôt à former de nouveaux êtres.
Mais cette disparition des individus n'entraîne pas celle des races dont ils sont les représentants, car tous possèdent la propriété de reproduire des êtres faits à leur image et destinés à perpétuer leur espèce. L'individu vieillit et passe, mais semblable à un être unique qui toutes les fois qu'il arriverait à la vieillesse pourrait toujours rajeunir, l'espèce brave la main du temps et garde sa jeunesse éternelle. Nous n'avons vu ni Babylone, ni Thèbes , ni Memphis , ni aux premiers âges de noire planète la vie à son aurore , mais nous descendons d'êtres contemporains de ces âges reculés, et nous sommes autant portion d'eux-mêmes que seront partie de nous-mêmes les races qui vivront dans des milliers de siècles , futurs habitants de villes qui ne sont pas nées et d'empires inconnus. Dans cette chaîne immense dont nous ne connaissons ni l'origine ni la fin , chaque être est un anneau aussi intimement lié à ceux qui le précèdent qu'à ceux qui le suivent.
Les procédés par lesquels les êtres vivants se reproduisent sont peu nombreux. En dernière analyse, ils consistent tous dans la séparation de l'individu d'une partie de lui-même, portant en elle la faculté de se développer conformément à l'être dont elle émane. C'est ainsi que la branche séparée de l'arbre et placée dans un milieu convenable se développe et devient un arbre identique à celui dont elle a été détachée; que si on coupe un polype en plusieurs morceaux, chaque fragment devient bientôt un polype complet. Chez les animaux supérieurs les procédés sont plus compliqués, mais au fond le principe est identique.
Nous allons examiner successivement dans ce chapitre les procédés divers auxquels la nature a recours pour assurer la perpétualion des êtres. •