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GÉNÉRATION SPONTANÉE

Reproduction sans le concours de parents. La difllculté de reconnaître l'origine de certains êtres a fait admettre à tous les naturalistes de l'antiquité et du moyen âge que ces êtres pouvaient naître sans parents, d'un milieu convenable. C'est à ce mode de

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reproduction (lu'on ;i doiiiu' l(.' nom de (jéniiralion spontatwe ou àliélérogénie. Arislote enseiijnait que les anguilles naissaient du limon des fleuves. Virgile et Pline croyaient (jue les abeilles pouvaient naître du cadavre d'un bœuf.

Avec les progrès des sciences ces erreurs disparurent, mais la naissance d'un grand nombre d'insectes continua d'être attribuée à une origine spontanée, jusqu'au jour où le médecin Hedi prouva, à la lin du dix-septième siècle, qu'en recouvrant de gaze un morceau de viande abandonnée à l'air, il ne s'y développe aucun ver, tandis qu'il en est bientôt rempli si le morceau de gaze est enlevé, parce qu'alors les mouches peuvent aller y déposer leurs œufs.

On sait aujourd'hui d'une façon certaine que la plupart des animaux et des végétaux naissent de parents semblables à eux; mais pour ces êtres microscopiques inférieurs qui naissent par milliers dans les infusions de substances organiques et que pour cette raison on a nommés infusoires , un grand nombre de physiologistes admettent qu'ils peuvent se former spontanément, c'est-à-dire sans parents, aux dépens de la matière organique dans laquelle on les trouve plongés.

La séparation profonde qu'on croyait autrefois exister entre les substances organiques, c'est-à-dire entre ces composés comme l'albumine, le sucre, l'urée, etc., engendrés par les corps organisés, et les matières minérales, c'est-à-dire les corps qu'on trouve dans la nature inanimée, comme le fer, le plomb, les sels métalliques, etc., a disparu du jour où on a pu réussir à produire artificiellement un grand nombre des premières en combinant ensemble les secondes. Le passage de la matière minérale à la matière organique est aujourd'hui facile, mais la transformation de la matière organique en matière organisée n'a pu être réalisée encore avec les moyens dont la science dispose. Entre l'albumine et les cellules de matière albumineuse qui constituent uniquement un grand nombre d'êtres inférieurs comme les monères, la différence est au premier abord minime, mais en réalité elle est profonde, car la cellule vit^ c'est-à-dire assimile et désassimile constamment, puisse reproduit, alors qu'une substance organique comme l'albumine, abandonnée à elle-même, ne subit aucune modification.

Ce que la science est encore impuissante à faire, la nature, d'après les partisans des générations spontanées, le réaliserait chaque jour sous nos yeux, et ces milliers d'êtres qui surgissent des milieux organiques placés dans des conditions convenables, se formeraient, comme nous le disions plus haut, aux dépens de ces milieux mêmes*, au lieu de venir des œufs qui ont pu y être mélangés, comme le prétendent les adversaires de cette doctrine.

La question des générations spontanées a été, il y a quelques années, l'objet de discussions très-vives entre deux académiciens, I\1M. Pasteur et Pouchet. Leurs expériences fort nombreuses se résument toutes k mettre en contact des substances organiques avec de l'air qui a traversé des acides ou des tubes chauffés au rouge de façon a tuer les germes qu'il pourrait contenir. Dans ces conditions, M. Pasteur prétend qu'on ne voit jamais apparaître d'infusoires dans les solutions organiques. M. Pouchet soutient au contraire qu'elles en sont peuplées. Malheureusement la difficulté extrême de ce genre d'expériences rend leur vérification très-difficile.

Il est infiniment probable que les êtres qui naissent par milliers dans les substances organiques en putréfaction ne proviennent pas de germes flottants dans l'atmosphère ; autrement cette dernière contiendrait une poussière capable de la rendre opaque. Mais la démonstration de cette proposition est bien difficile depuis qu'on a reconnu que certains êtres peuvent résister à des températures extrêmement élevées. M. Gavarret a fait voir que les rotifères, ces animaux ressuscitants singuliers qui peuvent employer plusieurs années à dépenser les 18 jours de vie que la nature leur a départis, résistent à des températures de iiO degrés. Les germes de certaines plantes peuvent résister à l'ébuliition, comme l'a prouvé M. Pouchet lui-même, et tout récemment Stricker a montré que

* La tendance de ces petits êtres k naître est telle que si pendant l'été on met de la viande fraîche dans l'eau pendant deux heures seulement, on peut trouver sur cette viande , examinée au microscope à un fort grossissement, des milliers de bactéries. J'ai constaté que la viande faisandée en contenait des quantités innombrables.

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\c saiii,' (k's ;miiiuiu\ iiioi'ls de sopliciMiiic ne pcid nullement ses propriétés virulentes qunhd on le lait bouillir.

Malgré la (lillicullé de démontrer expérimenlalement la réalité des générations spontanées, les raisons qui militent en sa laveur sont assez puissantes pour que le nombre de ses partisans s'accroisse chaque jour. Il est dilTicile, en eiïet, d'admettre que l'air soit reni|)li d'une masse compacte de germes attendant des milliers d'années le moment où ils trouveront l'occasion de se développer, comme, par exemple, les spores qu'on voit naître dans tous les lieux du globe où de la bière est consommée. Peut-on croire que ces spores se trouvaient là depuis des siècles attendant le jour où l'homme inventerait la bière? Il y a des végétaux, comme le mcodium cellare, qu'on ne rencontre que sur les vieilles futailles; leur inutilité est complète. Peut-on admettre qu'ils furent créés dans la prévision qu'un jour l'homme remplacerait les outres ou les amphores par des tonneaux?

Quant aux colères qu'a soulevées et que soulève encore cette vieille question des générations spontanées , elles font sourire le philosophe qui recherche la vérité sans s'inquiéter de savoir si les faits viendront ou non à l'appui de théories préconçues. C'est une étrange prétention que de dire, comme M. Pasteur, que le triomphe de l'hétérogénie serait le triomphe du matérialisme et de l'athéisme. Quand bien môme des milliers d'êtres et des plus parfaits naîtraient chaque jour sous nos yeux, que pourrions-nous savoir des forces qui les ont fait naître? Notre intelligence est si limitée que la science est obligée de se borner toujours à constater des effets sans pouvoir remonter à leurs causes. L'arbre verdit au printemps et jaunit à l'autonme; dans cette solution, limpide il y a un instant, naissent maintenant des cristaux doués des formes les plus régulières. De ces phénomènes si simples en apparence, si merveilleux en réalité, quelle intelligence humaine connaîtra jamais la cause?

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