REPRODUCTION PAR ŒUFS
Au début de leur existence, la plupart des êtres sont représentés par un osuf, c'est-à-dire par une cellule anatomiquement constituée par une masse granuleuse recouverte d'une enveloppe. Cet œuf, mis en présence de certains éléments chargés de le féconder, éprouve une série de métamorphoses qui le transforment en un être semblable à celui qui lui a donné naissance.
Dans la reproduction par œufs, nous avons à étudier l'élément
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destiné à être fécondé, c'est-à-dire l'œuf, et l'élément destiné à le féconder, c'est-à-dire les spermatozoïdes chez les animaux et le pollen chez les végétaux. L'œuf est sécrété par les animaux et par les végétaux femelles; les spermatozoïdes et le pollen, parles animaux et les végétaux mâles.
Organes sécréteurs de l'œuf. L'organe sécréteur de l'œuf a reçu chez la femelle des animaux et des végétaux le nom d'ovaire. Chez les mammifères, et en particulier dans l'espèce humaine, l'ensemble de l'appareil sécréteur de l'œuf se compose d'une partie fondamentale, Vovaire, de parties accessoires, dont les plus importantes sont les trompes par lesquelles l'œuf est mené dans un sac nommé utérus oii il se développe et devient embryon s'il est fécondé, et enfin d'un canal nommé vagùi qui conduit au dehors l'œuf ou le fœtus expulsé par l'utérus.
Les ovaires sont deux glandes ovoïdes de /j. à 5 centim. de longueur sur 2 centim. de largeur, situées dans le bassin de chaque côté de l'utérus dans un repli du péritoine nommé ligament large. A leur extrémité interne se trouve un ligament qui les fixe à l'utérus; à leur extrémité externe s'insère la trompe de Fallope destinée à conduire leur contenu dans l'utérus.
Ils se composent d'une partie centrale spongieuse et d'une couche superficielle contenant un grand nombre de petils sacs membraneux, nommés vésicules de Graaf, dans lesquels se trouvent les œufs; chaque vésicule renferme habituellement un œuf. La grosseur de la vésicule varie avec son degré de maturation. D'un dixième de millimètre seulement qu'elle a d'abord, elle finit par acquérir plus d'un centimètre.
Dans l'espèce humaine, il existe environ 30,000 vésicules de Graaf dans chaque ovaire. Chacune renfermant au moins un œuf, on voit que si tous les œufs qu'une femme contient dan? son sein étaient fécondés, elle pourrait peupler une ville de 60,000 âmes.
Chaque mois chez la femme, et à des époques plus ou moins éloignées chez les autres mammifères, une vésicule de Graaf mûrit, se remplit de liquide, et après avoir atteint un voluuie de 1 à 2 centim. , se brise et laisse échapper l'œuf qu'elle contient.
MODES DIVERS DE REPRODUCTION DES ETRES
Ce dernier, >iiisi jiai' les Iroiiijjes, est eomluil ihiiis I iilcriis. Ce phénomène est aeeonipagné d'un étal eongestif de tout lajjijareil sexuel et il'une hénioirhagie à hujuelle on a doniK' le nom de ■menstnintiim , comme nous le verrons plus loin.
La plaie produite par la rupture d'une vésicule de Graaf se cicatrise bientôt et donne naissance à de petites masses auxquelles on a donné le nom de corps jaunes en l'aison de leur couleur. Elles disparaissent au bout de quelques mois.
Fig. 302. — Vésicule de Graaf et œuf humain dans l'ovaire. ■■ (L'œuf a ét« considérablement grossi).
Lutérus ou matrice est l'organe dans lecpiel l'œuf doit se développer et se transformer en fœtus. Il est placé dans le bassin, entre le rectum et la vessie, sous l'intestin grêle et au-dessus du vagin avec lequel il se continue. Sa forme est celle d'une poire triangulaire aplatie. Ses deux angles supérieurs reçoivent les orifices des trompes, son angle inférieur nommé col fait saillie dans le vagin.
1. 1} Tissu de l'ovaire. — 2, 2) Vaisseaux de l'ovaire. — 3) Tunique de la vésicule de Graaf. — 4) Couche de cellules [membrane granuleuse des anciens auteurs). — .i) Cellules précédentes, très-abondantes autour de l'ovule, où elles forment une masse nommée couche prolig'ene. — 6) Membrane vitjlline entourant l'ovule. — 7) Vitellus. — 8) Vésicule germinative ou vésicule de Purkinge.
L'utérus est maintenu en place par des replis du péritoine nommés ligaments larges qui le fixent au bassin. Sa longueur est de 6 à 7 centim., sa largeur de /i à 5 cenlim., son poids de /|0 à 50 gr. En dehors de l'état de grossesse, ses parois sont accolées et sa capacité, qui ne dépasse pas 3 centim, cubes, contiendrait difficilement une noisette. Pendant la gestation, il se dilate assez pour recevoir un fœtus volumineux.
Le tissu de l'utérus est constitué par une couche musculaire de fibres entrelacées. Il est recouvert d'une muqueuse riche en vaisseaux.
Du col de l'utérus au dehors s'étend un conduit membraneux de 10 à 12 centim. de long nommé vagin, dont à l'état ordinaire les parois sont accolées. Il est séparé, en avant, de la vessie par une cloison nommée vésico-vaginale, en arrière, du rectum par une autre cloison appelée recto-vaginale.
Œuf. L'œuf réduit à sa plus simple expression n'est autre chose, comme nous l'avons dit plus haut, qu'une cellule. Cette cellule, à laquelle on donne habituellement le nom d'ovule, est formée d'une masse granuleuse, le jaune ou vitellus , contenant à son centre une petite vésicule, vésicule germinative, et recouverte par une membrane nommée membrane vitelline.
L'œuf de la plupart des mammifères, et celui de la femme en particulier, n'a qu'un dixième de millimètre de diamètre, tandis que celui des oiseaux a un volume considérable; mais chez tous les animaux, il est construit exactement sur le même plan; s'il est plus gros chez les oiseaux, c'est qu'il contient chez ces derniers une provision de nourriture destinée à l'entretien de l'animal pendant son développement, provision inutile pour les animaux qui se développent comme les mammifères dans le sein maternel. Au début de son existence , l'œuf de l'oiseau ne s'étant pas encore recouvert des parties destinées à la nourriture de l'embryon, est tout à fait identique à celui des niammifères.
L'œuf de la femme — ou pour mieux dire l'ovule, car le nom d'œuf est plutôt applicable à l'ovule revêtu, comme chez les oiseaux, des parties accessoires nécessaires à l'entretien de l'eni-
MODES DIVERS DE REPRODUCTION DES ETRES. Bôô
Itryuii — est, ainsi (|ut.' nous laNOiis mi. coiileiui dans (\v>, sacs membraneux nommés vésicules de (iraar i[\n recouvrent la surface des ovaires.
En raison de sa petitesse, son existence ("ut loni,'temj)S ignorée. Ce n'est qu'on 18'i8 (ju'il lut aperçu pour la première fois par le savant russe Bicr. Quelcjues années après, Coste prouva son identité avec l'a^uf des oiseaux.
Ponte de 1' œuf ou ovulation. L'œuf peut être comparé à un l'ruit qui mûrit el ipii, sullisamment mûr, se détache de la branche qui le portail. Arrivé à un certain degré de maturation, il s'échappe de l'ovaire et tombe au dehors. C'est à ce phénomène qu'on a donné le nom de ponte de l'œuf ou ovulation.
Il se manifeste chez les mammifères à époques périodiques variables suivant les espèces. Dans l'espèce humaine, il revient une fois par mois; chez les insectes, il ne se produit qu'une fois dans la vie et est suivi de la mort de l'animal.
La maturation de l'œuf est accompagnée d'un développement correspondant de la vésicule de Graaf qui le renferme. Cette vésicule se dilate considérablement, comme nous l'avons vu, et bientôt trop distendue se brise et laisse échapper son contenu au dehors.
Si, en traversant les organes sexuels, l'œuf rencontre dans un endroit convenable les éléments destinés k le féconder, il est fécondé, se fixe dans l'utérus, se développe et devient embryon; dans le cas contraire, il est expulsé au dehors. Fécondé ou non, l'œuf est toujours expulsé au dehors chez les oiseaux , le développement de l'embryon se faisant chez eux hors du sein maternel.
Chez les mammifères, la ponte périodique de l'œuf est accompagnée d'un ensemble de phénomènes congestifs du côté de l'utérus, hémorrhagieetc, auxquels on a donné le nom de l' ut chez les animaux et de menstruation chez la femme. Dans l'espèce humaine, la chute de l'œuf et Thémorrhagie qui l'accompagne reviennent à peu près tous les 27 jours, c'est-à-dire environ une fois par mois.
Ce n'est qu'a une certaine époque de la vie, nommée la puberté chez la femme, qu'a lieu la chute du premier œuf; mais les ovule§ existent dans les ovaires bien avant la naissance. A une période de
l'existence, nommée ménopause ou âge de retour, ce phénomène s'arrête pour toujours.
Dans nos climats, l'ovulation et la menstruation qui l'accompagne commencent entre 12 et 15 ans et se terminent entre lib et 50 ans. La quantité de sang rendue pendant chaque période menstruelle varie suivant les latitudes. Dans les parties centrales de l'Europe, elle est de 150 h 500 grammes; dans les pays du Nord, comme le Groenland, elle dépasse à peine quelques gouttes.
Le sang qui s'écoule pendant la menstruation provient des capillaires de la muqueuse utérine qui, considérablement congestionnés, finissent par se rompre. Il est uniquement composé de sang veineux mélangé à des mucosités de l'appareil génital.
Pendant la gestation, la menstruation est supprimée et ne reparaît (|ue dans le second mois qui suit l'accouchement.
On a toujours su que les femelles des oiseaux peuvent pondre des œufs sans avoir été fécondées, mais on ignorait qu'il en fût de même dans l'espèce humaine. Il n'y a que 25 ans environ , qu'un illustre physiologiste dont la science déplore la perte récente, notre savant ami, M. Pouchet, démontra * que chez la femme, comme chez les mammifères et dans toute la série animale, l'ovaire émet des œufs a époques périodiques et que la fécondation ne peut se produire que lorsque cette émission coïncide avec la présence de l'élément fécondateur.
Dans l'espèce humaine, la chute de l'œuf se fait dans les 10 jours qui suivent la menstruation. Il en résulte qu'en dehors de cette période de 10 jours la fécondation est évidemment impossible. Le fait a été physiologiquement démontré par M. Pouchet. J'ai montré dans mon Traité de la génération qu'il était connu dans l'antiquité la plus reculée, ainsi que me Ta prouvé la lecture de certains passages d'un de nos plus anciens ouvrages sanscrits. Les lois de Manou. ** Ce fut la connaissance du même fait qui permit à Fernel, médecin de Henri II, de combattre la stérilité de Catherine de Médicis.
* Théorie positive de l'ovulation spontanée; in-8o, 18-17.
** Mânava Dliarma Castra. Lois de Manou, livre III, §§ 45 et 46.
MODES DIVEKS DE KE PRODUCTION DES ETRES. 8j7
La loi de Pouchet, vraie en principe, peut cependant présenter des exceptions dues soit à un rettirddans la sortie de l'ovule, soit à la vitalité des spermatozoïdes (jui. introduits diins rut(M'us avant la menstruation, peuvent (pichpielois y vivre jusqu'au moment de la chute de l'aHil' et aller le féconder.
Organes sécréteurs des éléments fécondants de l'œuf.
Le^j, organes sécréteurs des cléments Iccondants de Id'ut' (jnt l'eçu chez les animaux le nom de testicules. Le liquide qu'ils sécrètent s'accumule dans des réservoirs nommés vésicules séminales^ d'où il est élimine ensuite au dehors par le canal de Vurèthre.
Les testicules peuvent être considérés comme correspondant aux ovaires ; ce sont deux glandes ovoïdes entourées d'enveloppes nommées les bourses, lesquelles sont composées de plusieurs tuniques: le scrotum qui correspond à la peau, le dartos qui est l'analogue du tissu cellulaire sous-cutané, une tunique fibreuse formée de lames celluleuses entre lesquelles se trouve un muscle, le crémaster, qui peut, chez certains animaux, faire remonter les testitules dans l'abdomen , et enfin une membrane séreuse , la tunique vaginale, dépendance du péritoine et qui tapisse toute la surface du testicule auquel elle est soudée.
Chaque testicule est formé d'une masse filamenteuse très-molle recouverte d'une tunique fibreuse résistante nommée tunique albuginée, qui envoie dans l'intérieur de l'organe des prolongements qui le divisent en 150 ou 200 petites loges triangulaires nommées lobules.
La masse pulpeuse que contient chaque petite loge est formée par 2 ou 3 tubes cylindiùques, nommés canaux séminifères, enroulés sur eux-mêmes. Leur grosseur est celle d'un cheveu, c'est-à-dire un dixième de millimètre environ. Leur longueur est de 60 centimètres.
Les canaux séminifères s'anastomosent à une de leurs extrémités et forment une dizaine de conduits qui vont se jeter dans un tube d'une douzaine de mètres de longueur très-replié sur lui-même, nommé épididyme, placé sur le dos des testicules dont il occupe la longueur. L'extrémité inférieure de l'épididyme se continue avec un canal nommé canal déférent, qui, réuni à l'artère et à la veine
spermatiques, ainsi qu'aux nerfs et vaisseaux: lymphatiques de cette région, s'étend jusqu'à la partie inférieure de la paroi abdominale qu'il traverse daus un point nommé anneau inguinal. Audessus de cet anneau, les parties précédentes se séparent et le canal déférent va se jeter dans les réservoirs nommés vésicules séminales.
Les vésicules séminales sont deux réservoirs de cinq centimètres de long placés de chaque côté de la vessie, entre cet organe et le rectum, derrière la prostate. Chacune d'elles est constituée par 1'^roulement sur lui-même d'un canal de 15 centimètres de longueur sur un centimètre et demi de largeur.
C'est dans ces réservoirs que séjourne le liquide sécrété par les canaux séminifères ; au moment de son émission il en sort par un conduit, canal éjaculateur, del à 2 centimètres de long qui va s'ouvrir dans l'urèthre après avoir traversé une glande nommée jirostate, dont la destination semble être de sécréter un liquide destiné à délayer le produit de la sécrétion des canaux séminifères.
C'est par l'urèthre que s'échappe au dehors le liquide contenu dans les vésicules séminales. Cet organe est un canal de 15 à 20 centimètres de longueur, placé, comme une baguette entre les canons d'un fusil, entre deux corps érectiles désignés sous le nom de corps caverneux. Une de ses extrémités fait suite au col de la vessie, l'autre se termine par un renflement appelé gland, percé à son extrémité d'une fente nommée méat urinaire.
Les corps caverneux naissent des branches inférieures du pubis par deux racines. Ils sont constitués par des lamelles fibreuses entre-croisées, mélangées de fibres musculaires. Dans cet organe, comme du reste dans tous les organes érectiles, c'est-à-dire susceptibles de changer considérablement de volume, le réseau capillaire intermédiaire aux artères et aux veines est remplacé par un système de lacunes ou cavités communiquant entre elles et pouvant par suite se dilater considérablement quand elles sont remplies de sang. Cette dilatation se produit toutes les fois que l'organe reçoit dans un temps donné plus de sang qu'il n'en sort, ce qui est, comme nous l'avons vu dans un précédent chapitre, le mécanisme de toutes les congestions.
Ce phénomène est placé sous la dépendance du système nerveux.
MODKS DIVKUS DE IJKrilODrCTION DES ETRES. 859
Les capillaires artériels dilatés par l'action des vaso-moteurs amènent plus de sang dans Tori^ane qu'ils n'en recevaient d'abord, et comme, soit j)ar suite de la contriiction de leurs libres musculaires, suit pour toute autre cause, les veines ne jieuvent se dilater assez pour donner iiiuiiediateuienl passage ii une quantité de sang égale à celle amenée par les artères, l'augmentation de volume de l'oii^ane, c'est-ii-dire son érection, se produit.
Eléments fécondateurs de l'œuf. L'appareil que nous venons de décrire et qui, connue nous l'avons dit, correspond a l'ovaire, a pour fonction de sécréter un liquide blanc, épais, à réaction alcaline, nommé sperme. Examiné au microscope, il contient des milliers de petits corps constamment en mouvement, auxquels on a donné le nom de spermatozoïdes. Par leur aspect, ces petits êtres rappellent la forme d'un têtard de grenouille. Ils progressent à l'aide des ondulations qu'ils impriment à leur queue et parcourent un centimètre environ en 3 minutes, vitesse considérable relativement à l'exiguité extrême de leur taille q.ui ne dépasse pas 1/20 de millimètre -
Leur vitalité est assez considérable : ^/i heures après la mort, on les trouve se mouvant encore dans les canaux séminifères; l'eau froide, les acides, l'électricité etc., les font périr immédiatement.
La découverte de ces corpuscules fut faite en 1677 par un étudiant nonuné Louis Ham. Depuis cette époque, on a beaucoup discuté sur leur nature, et on les a considérés successivement connue des larves humaines, des infusoires, des parasites, et enfin de simples éléments anatomiques, comme les fibres ou les cellules. Pour M. Pouchet, ils sont de véritables animaux possesseurs d'un sexe et d'organes digestifs; mais son opinion, abandonnée aujourd'hui, n'a pas été confirmée par d'autres observateurs.
Les spermatozoïdes ne se rencontrent pas seulement chez les animaux, mais encore chez les végétaux ; dans les uns, comme certains cryptogames, par exemple, ils sont complètement développés et doués de mouvements aussi vifs que ceux de l'homme. Mais, dans la plupart, ils sont réduits à de simples granulations
douées de mouvements, reliées entre elles par un liquide mucilagineux et recouvertes par une enveloppe. La réunion de plusieurs granulations sous une même enveloppe forme une masse sphérique nommée grain de pollen, qui peut être considérée comme l'analogue des cellules mères des spermatozoïdes.
C'est l'ensemble d'un grand nombre de ces petites sphères microscopiques qui forme h la surface des fleurs cette poussière jaune, qu'on y aperçoit au njoment de la floraison.
Si les spermatozoïdes pouvaient être réellement considérés comme des animalcules, on voit, par ce qui précède, qu'un grand nombre de végétaux commenceraient, au début de leur existence, par être des animaux; animaux qui n'ont, du reste, de l'animalité que le mouvement et qui, en devenant végétaux, s'élèvent certainement dans la série des êtres.
Fi g. 303. 301,
Développement des Spermatozoïdes. *
C'est au fond des culs-de-sac qui terminent les canalicules séminifères des animaux que les spermatozoïdes prennent naissance. A l'âge de la puberté commencent à apparaître dans leur cavité des cellules contenant une masse granuleuse. Celte masse se fractionne bientôt en deux cellules, qui elles-mêmes se divisent en plusieurs autres, et bientôt dans chacune d'elles se forme un spermatozoïde enroulé sur lui-même. Lorsque les spermatozoïdes sont bien développés, ils brisent la cellule qui les contenait et s'appliquent contre la paroi de la cellule mère, où ils constituent en se réunissant une sorte de faisceau. Bientôt la cellule mère finit elle même par se rompre, et les spermatozoïdes se séparent et deviennent libres.
*Fig. 303 à 306. — Cellules spermatozoïdes à divers degrés de déTeloppemciil.
Fig. 307. — Faisceau de spermatozoïdes appliqués contre lis parois d'une ce llule-mèie (on n'en a représenté qu'un petit nombre pour uc oas nuire à la clarté du dessin).
Fig. 308. — Spermatozoïdes de l'homme vus à un fort grossissement.
MdDKs i)ivi:i;s Di; KiirRonrcTioN dks ktkks. hoi
La production dos si)ermatozoidcs commence ii l'Aije de la puberté et se continue pendant la plus grande partie de l'existence.
Les spci iiuito/.oïdcs ont la plus grande analogie avec les ovules. La cellule inere dont ils émanent est considérée par M. llobin comme un ovule mâle, (le dernier, après sa segmentation, se.translormerait en spermatozoïd(\ l'ovule femelle en embryon.
Ce fut ral)l»«' Sj)allanzani qui prouva le premier que c'étaient uni(|uement les spermatozoïdes, et non la vaj)eur qu'on supposait se (légiiger du sperme, qui étaient doHés d'un pouvoir fécondant. En exposant des œufs de grenouille au sperme du mule, il montra que jamais les œufs n'étaient fécondés, tandis qu'ils l'étaient, au contraire, si on les mettait en contact avec le liquide. En liltrant le sperme, il vit que le liquide filtré n'avait aucun pouvoir fécondant. Les expériences multipliées de fécondation artificielle praticjuées chez un grand nombre d'animaux, depuis les poissons jusqu'à l'homme, soit en déposant le liquide contenant les spermatozoïdes sur l'œuf à féconder, soit en l'injectant dans les organes sexuels, ont surabondamment prouvé d'ailleurs que ces corpuscules sont les seuls agents de la fécondation. L'union des sexes, qu'on n'observe du reste que chez une partie des animaux, n'a d'autre résultat que de les mettre en présence de l'œuf.
Fécondation de l'œuf. Le problème de la fécondation a exercé la sagacité des médecins et des physiologistes de tous les temps, mais ce n'est que d'hier que la science a commencé a soulever le voile dont la nature avait recouvert ce diflicile problème. La découverte des éléments destinés à être fécondés a, en effet, à peine un demi-siècle d'existence.
Les théories des anciens sur la génération ne sont guère que des hypothèses sans aucun fondement. Hippocrate croyait que le mâle et la femelle sécrétaient un liquide provenant de toutes les parties de leur corps, auquel l'utérus et les testicules servaient uniquement de réservoirs et dont le mélange formait le nouvel être. Aristote et Galien professèrent des théories analogues.
Il faut arriver jusqu'au dix-septième siècle pour voir cette question étudiée expérimentalement. Fabrice d'Acquapendenle et
Harvey apportèrent à son examen tout leur génie observateur. Cependant, malgré les expériences que fit ce dernier sur les animaux des parcs royaux que Charles- I" mettait à sa disposition, l'existence de l'œuf des mammifères et la vraie théorie de la génération ne furent pas découvertes. Ne trouvant pas de traces du fluide séminal dans l'utérus après les rapprochements sexuels, Harvey en conclut que la vapeur qui s'en dégageait agissait seulement en excitant l'utérus, qui sécrétait alors une humeur destinée à se transformer en œuf* C'est de cette théorie erronée que naquit son célèbre axiome : Omnevivum ex ovo.
Ce fut l'anatomiste Stenon qui prouva le premier l'identité de l'ovaire des mammifères et de celui des oiseaux. De Graaf découvrit ensuite les vésicules qui portent son nom, mais il les confondit avec l'œuf lui-même. Ce n'est qu'en 1827 que Baer reconnut l'existence de ce dernier et montra que la vésicule de Graaf n'est qu'un sac destiné à le contenir. Coste, peu d'années après, trouva que l'œuf- est formé des mêmes éléments chez tous les animaux. Quant aux spermatozoïdes, nous avons vu précédemment que leur action avait été mise en évidence par les travaux de Spallanzani.
L'œuf et les spermatozoïdes étant les deux éléments de la fécondation, on comprend qu'elle ne soit possible que quand ils sont en présence. Nous avons vu, en effet, qu'en dehors des époques où l'œuf sorti des ovaires chemine dans les organes sexuels, c'est-àdire dans les dix jours environ qui suivent la menstruation, elle ne peut se produire.
Les spermatozoïdes introduits dans les organes sexuels y cheminent fort lentement. Les observations faites sur des lapins prouvent qu'ils n'arrivent guère dans l'ovaire que 24 heures après les rapports sexuels. Pour arriver du vagin dans le col de l'utérus, il leur faut de 15 à 20 minutes.
Le lieu précis où s'opère la fécondation de l'œuf par les spermatozoïdes n'est pas encore exactement connu. Coste pense, d'après ses expériences sur des mammifères, que ce n'est que vers l'ovaire ou dans le premier quart de la trompe que l'œuf peut être fécondé. Sans doute la rencontre des spermatozoïdes et de l'œuf peut se
MODES DIVERS DE REPRODUCTION DES ETRES. 803
fairo ilans ks ilillrrciils points (|ui S('[)arenl l'ovaire de l'utérus, ()iiis(|iii' ces élénieiils parcoiireiil en sens inverse le même chemin. Mais Tceul' arrivé dans luléius sei'ail, d'après l'éminent physioloiîiste ([ue nous venons de citer, parvenu ;i un deji^ré trop avancé de maturité pour être fécondé.
Dans l'espèce humaine, un seul rapprochement sexuel n'a le plus souvent pour résultat (pie la fi'condation d'un seul onif. f.es grossesses multiples tiennent i^^énéralement à la rupture simultanée de plusieurs œufs. ^lais chez certains animaux, comme les abeilles et les oiseaux par exemple, un seul accouplement peut en féconder un nombre assez élevé. Une seule approche d'un coq ne peut, comme le croyaient les anciens et lîuffon lui-même, féconder une poule pour une année entière ; mais elle sullit à la rendre féconde pendant 18 jours. Passé ce terme, les omis pondus n'étant pas fécondés, ne peuvent se transformer en embryon.
La fécondation de l'œuf se fait par la pénétration des spermatozoïdes à son intérieur. Après s'y être introduits, ils s'y meuvent quelque temps, comme on l'a constaté sur i\es œufs de grenouille et de lapin, puis disparaissent dans le jaune, en se résolvant sans doute en granulations qui se mélangent avec lui.
L'ovule qui a subi le contact des spermatozoïdes est fécondé, c'est-à-dire apte à subir une série de métamorphoses qui l'amèneront à se transformer en un nouvel être.
L'observation démontre que plusieurs spermatozoïdes pénètrent toujours dans l'ovule. Ce fait, comme le dit Coste, «pourrait faire « supposer une paternité mixte, dans le cas ou deux maies appro- « cheraient la même femelle successivement. »
Une femelle peut également accoucher, à peu de distance, de deux sujets fécondés chacun par les spermatozoïdes d'individus différents. Il suffit, pour que le phénomène se produise, que deux ovules se trouvant en même temps dans la trompe, le premier soit en contact avec les spermatozoïdes d'un des individus, et le second avec les spermatozoïdes de l'autre. Ainsi peut s'expliquer le fait rapporté par Buffon d'une femme de la Caroline, qui accoucha de deux jumeaux, l'un blanc et l'autre noir, et qui avoua avoir eu successivement des rapports avec un blanc et un nègre.
Causes de la production des sexes. Tous les œufs qui sortent des ovaires ont le même aspect; cependant ils doivent différer entre eux, puisque les uns produisent des sujets mâles, et les autres des sujets femelles. . Mais la cause de la production des sexes est encore fort mal connue.
Un agronome distingué, Girou de Buzareingue, possédant de nombreux troupeaux, a publié un travail important pour démontrer que les enfants héritent du sexe du parent dont la vigueur, au moment de la conception, est prédominante. Un sujet âgé ou débile, ou un homme jeune mais efféminé, uni à une femme vigoureuse, aurait des filles plutôt que des garçons. D'après les recherches de Boudin, Hofacker, Sadler, etc., le sexe masculin prédominerait quand le père est plus âgé que la mère, et le sexe féminin quand c'est la mère qui est la plus âgée ; mais ce sont là, comme on le voit facilement, des généralisations vagues souvent démenties, du reste, par des faits particuliers nombreux.
L'étude de la reproduction chez les abeilles a conduit plusieurs physiologistes à admettre que le sexe dépendrait du degré de maturité de l'œuf. Fécondé dans les premiers temps de sa chute, alors qu'il n'a pas atteint toute sa maturité, il produirait une femelle. Fécondé seulement lorsqu'il a eu le temps de mûrir en traversant les organes sexuels, il donnerait un mâle. Les femelles proviendraient donc d'œufs incomplètement développés, et les mâles d'œufs arrivés à leur maturité complète.
On a observé, en effet, chez les femelles des animaux cités plus haut et qu'un seul rapprochement suflit à féconder pour une année entière, que pendant les premiers mois qui suivent la fécondation, alors que les œufs sont sans doute moins mûrs, ils donnent des abeilles femelles, tandis qu'ils donnent au contraire des sujets mâles pendant les derniers mois de la ponte, alors probablement qu'ils ont atteint leur maturation complète. Si on ne laisse le mâle s'approcher des abeilles qu'après un certain temps, tous les œufs qu'elles pondent ne donnent que des abeilles mâles, ce qui s'expliquerait d'après ce qui précède, en admettant que les ovules sont arrivés alors à un degré de maturité trop avancé pour donner des femelles.
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Ua agronome liahilc, .M. Iluiiy, île Genève, a voulu vérifier si ce qui se passe chez 1rs abeilles se passerait aussi chez les nuimmil'ères. Sacliant (pie eliez les vaches l^ruf détaché au moment du rut reste de "lli à 48 heures dans les organes sexuels, il lit léconder un certain nombre de ces animaux aux premiers signes du rut, alors que l'œuf n'est pas encore complètement mûr, et un certain nombre d'autres à la fin de celte période, alors que la maturité de l'œuf es! complète. Dans le premier cas, il obtint toujours, conlormément à la théorie, des femelles, et dans le second cas, des mâles.
Si des expériences analogues, répétées un grand nombre de fois, donnaient toujours le même résultat, leur application à l'espèce humaine serait facile. La descente de l'œuf correspondant chez la femme à la période du rut des animaux, se fait, suivant Pouchet, dans les 10 jours qui suivent la fin de la menstruation; par conséquent les rapprochements faits immédiatement après la fin de la menstruation donneraient des sujets femelles, et 8 à 10 jours après des sujets maies.
Sans me prononcer absolument sur cette question, dont je m'occupe, du reste, depuis longtemps, je dois dire que j'ai plusieurs fois observé, chez des personnes difTérentes, la naissance d'enfants féminins dont la conception correspondait à des rapports sexuels ayant eu lieu pendant la fin de la période menstruelle ou immédiatement après sa disparition.