DÉVELOPPEMENT DE L'ŒUF FÉCONDÉ ET TRANSFORMATION DE L'EMBRYON
§ ler. Développement de Vœuf fécondé. — Transformations de l'œuf fécondé. — Formation de l'embryon. ■ — Respiration et nutrition de l'embryon. — Ses rapports avec la mère. — Circulation avant la naissance. — § 2. Développ)ement de Vemhryon.
— Transformations du fœtus Formes des animaux inférieurs revêtues par l'embryon avant sa naissance. — Observations d'Agassiz, Coste, etc. — Transformations subies par le fœtus dans le seiu maternel. — Influence exercée par la mère sur le fœtus. — Production volontaire des monstruosités. — Influence de l'état des parents au moment de la conception. — Faits démontrant l'influence exercée par la mère sur le fœtus pendant la grossesse. — L'éducation antérieure. — Grossesse.
— Son influence sur les organes. — État moral de la femme pendant la grossesse.
— Accoucbement. — Lactation.
DÉVELOPPEMENT DE L'ŒUF FÉCONDÉ
Transformation de l'œuf fécondé. Le premier phénomène apparent présenté par l'œuf fécondé est la segmentation du vitellus. Ce dernier se divise d'abord en deux globules, qui se subdivisent eux-mêmes en deux autres , lesquels éprouvent bientôt une segmentation analogue, et ce phénomène se continue jusqu'à ce que l'œuf soit rempli de globules. Ces derniers se recouvrent rapidement d'une enveloppe et constituent alors une agglomération de petites cellules.
Bientôt ces cellules quittent la partie centrale de l'œuf, se groupent vers sa circonférence, c'est-à-dire vers la membrane vitelline et, en s'aplalissant contre elle, finissent par former une membrane nommée blastoderme, de laquelle naissent l'embryon et toutes les parties qui en dérivent.
Son apparition est annoncée par la formation sur un des points du blastoderme d'une tache nommée tache embryonnaire, premier
DÉVELOPPEMFNT DE L'ŒUF FÉCONDÉ. 807
vestige (le l'iMiihi-yoïi. Dniis su lungticiir se voit une petite ligne, indice de la moelle épinière.
C'est dans les huit [)reniiers jours de la fécondation, alors que l'œu!" est encore dans les trompes, (pie se forment le blastoderme et lu tache end)ryonnaire. Pendant (pTil subit ces trunsloiniutions, il continue à progresser et arrive dans lutérus, oii il se couvre de villositi's (pii l'y li\.ent solidement. En même lem[)S lu mu(pieuse utérine se boursoulle uulour de lui et linit par l'entourer complètement en lui constituant une enveloppe à larjuelle on a donné le nom de membrane cadiKjue.
Formation de l'embryon. Arrivé dans l'utérus, l'œuf ou l'embryon n'existe, comme nous venons de le dire, que sous forme d'une tache placée sur la membrane formée par la réunion des cellules que l'œuf contenait , c'est-à-dire le blastoderme. Cette (ache se développe rapidement et en même temps le blastoderme se dédouble en deux feuillets : le feuillet externe se réfléchit autour de l'embryon et lui forme une enveloppe nommée amnios; le ' leuillet interne se sépare du précédent et forme, en se repliant sur lui-même, ainsi que l'indique très-bien la fig. 312, deux vésicules, la vésicule ombilicale, organe de nutrition passager qui ne subsiste que pendant les premiers temps de la vie fcrtale, et la vésicule allantuïde, qui, après s'être développée, s'applique contre les parois de l'œuf et donne naissance plus tard, en un point peu étendu de sa surface, à une masse arborescente de vaisseaux destinés à former le placenta, seul organe de communication entre la mère et le fœtus.
Dans les derniers mois de son développement, et alors qu'il a subi les métamorphoses que nous décrirons plus loin, les enveloppes de l'œuf contenant le fœtus sont de dedans en dehors : Vamnios, le chorion et la caduque.
L'amnios est formé, comme nous l'avons vu plus haut, par le feuillet externe du blastoderme. Il est plein d'un liquide dans le- (|uel est plongé le fœtus. Dans sa portion la plus rétrécie, ce sac sert aussi de gaine au cordon ombilical, qui fait communiquer le fœtus avec les organes maternels. Ce cordon est constitué par
Fig. 309. — 1) Couclie albumineuse dont l'épaisseur augmente à mesure que l'œuf progresse dans les trompes. — 2) Membrane viielline présentant des spermatozoïdes dans son épaisseur. — 3) Vitellus segmenté.
Fig. 310' — 1) Membrane vitelline. — 2) Vitellus dont les cellules se réunissent pour fermer le blastoderme.
Fig. 311. — l) Membrane vitelline recouverte de villosités qui fixent l'œuf à l'utérus; — 2) Feuillet externe du blastoderme. Un point c de ce feuillet s'épaissit bientôt pour former la tache embryonnaire, premier vestige de l'embryon; à cl>acune de ses extrémités le blastoderme se soulève et ses replis AB marcbent à la rencontre l'un de l'autre et finissent par former un sac, Vamnios, presque entièrement formé dans la fig, 312 et complètement formé dans la fig. 313, dans lequel l'embryon est entièrement enveloppé. — 3) Feuillet interne du blastoderme. — 4) Vésicule ombilicale.
Fig. 312. — On a donné dans cette figure des épaisseurs différentes aux membranes qui enveloppent le fœtus , afin qu'on puisse facilement suivre le contour de chacune d'elles. En suivant ces contours on voit aisément que la vésicule ombilicale V, l'allantoîdc A, le fœtus E eti'amnios m m, b h sont formés par les replis des deux sacs concentriques ' , 2, qui constitaent le blastoderme.
1j Feuillet interne du blastoderme ; on voit, en suivant ses contours , qu'il forme la vésicule allantoïde A et la vésicule ombilicale V.
2) Feuillet externe du blastoderme; on voit, en suivant ses contours, qu'il forme autour du fœtus un sac , qui sera complet lorsque les points hb se seront entièrement rapprochés et soudés, ainsi que cela a lieu dans la fig. 313. Ce sac se rétrécira plus tard en m m comme une bourse dont on serre les cordons , ainsi qu'on le voit aussi dans la fig. 313, pour former une gaine aux parties qui constitueront plus tard le cordon ombilical, c'est-à-dire les vestiges de la vésicule ombilicale, le pédicule de l'allantoide et enfin les vaisseaux nourriciers tP du fœtus.
3) Membrane vitelline, disparue d'après plusieurs auteurs. En se soudant avec les feuillets 1, 2 du blastoderme elle forme le chorion.
A) Vésicule allantoTde. — V) Vésicule ombilicale. — Ei Fœtus. — P, P, P) Villosités qui fixent l'œuf à l'utérus en s'enfonçant dans la muqueuse utérine. Elles s'atrophient bientôt, sauf une partie circonscrite où elles se développent, ainsi qu'on le voil dans la figure 313, et forment le placenta.
Fig. 313. — 1,2) Placenta. — 3) Vésicule allantoïde dont les vaisseaux considérablement développés en une région limitée forment le placenta.. — 4) Pédicule de la' vésicule ombilicale réduite à un cordon et insérée au sommet de l'anse intestinale primitive. — S) Amnios formant une gaine (par suite du rapprochement des points m m de la figure précédente) au pédicule de la vésicule ombilicale et à l'allantoïde. — 6) Vestige de la vésicule ombilicale. — 7) Amnios. — 8) Allantoïde. — 9) Portion réfléchie de la muqueuse utérine formant la caduque. — 10) Muqueuse de l'utérus. — U) Coupe de l'utérus. — 12) Col de l'utérus. — 13) Vagin. — 14) Vaisseaux du placenta. — 15) Amnios. — 16) Rudiments de l'intestin. — 17) Fœtus.
DEVELOPPEMENT DE L'ŒUF FECONDE
Fig.309. Fig.310. Kig.31I.
Transformation de l'œuf humain fécondé depuis la segmentation du vitellus jusqu'à la formation
de la tache embryonnaire.
Fig. 312. — Coupe théorique d'un œuf humain destinée à montrer comment le fœtus , la vésicule allantoïde et la vésicule ombilicale se forment aux dépens des deux feuillets du blastoderme.
Fig. 313. — Coupe théorique d'un œuf plus avancé que le précédent (l'amnios est constitué, la vésicule ombilicale presque disparue et le placenta formé).
les vaisseaux nourriciers du fœtus et une corde fibreuse, dernier vestige de l'allantoïde disparue.
La deuxième enveloppe du fœtus, c'est-à-dire le chorion, est constituée par la membrane vitelline, contre laquelle se sont appliqués et soudés les feuillets externes du blastoderme et l'allantoïde (fig. 312).
La troisième enveloppe du fœtus, ou caduque, est tout à fait indépendante de l'œuf; elle est formée, comme nous l'avons dit, par la muqueuse utérine , qui s'est repliée sur l'œuf de façon à l'entourer de toutes parts.
Nutrition du fœtus. Pendant les premiers jours de son existence, l'œuf fécondé ne se nourrit que par endosmose. C'est seuleuient vers le quinzième jour que se manifestent les rudiments de la circulation. Ils consistent en vaisseaux nommés omphalo-mésentéri(jues, allant de la vésicule ombilicale vers le cœur, constitué d'abord par une simple cavité. Mais la vésicule ombilicale n'est qu'un organe transitoire, elle disparaît bientôt. Vers la fin du premier mois, on voit, en effet, les vaisseaux omphalo-mésentériques s'atrophier graduellement en même temps que la vésicule allantoïde se développe. Lorsque cette dernière est complètement développée, elle sert seule à la circulation et ses vaisseaux, soudés à l'utérus , constituent le placenta.
La partie superficielle du placenta est formée par les villosités du chorion, qui s'enfoncent dans des dépressions de la muqueuse interne, hypertrophiée de façon à leur former une sorte de gaine. Sa partie profonde est constituée par les anses vasculaires que chaque villosité reçoit. Chacune contient, en effet, un petit tronc veineux et un petit tronc artériel venus des vaisseaux allantoïdiens. Leurs divisions sont réunies en arcade à leur partie supérieure, en sorte que le sang qu'ils contiennent est séparé des vaisseaux de l'utérus, c'est-à-dire des vaisseaux maternels, non-seulement par l'épaisseur de leurs parois, mais encore par celle des villosités. En même temps que les vaisseaux allantoïdiens se développent et pénètrent dans les replis de la muqueuse utérine, les vaisseaux que cette dernière contient prennent un grand développement et s'interposent entre les villosités.
DEVELOPPEMENT DE L'ŒUF FECONDE
On voit par cette description (|ue, conlrairernent à ropinion des anciens, le sang du fœtus est séparé de celui de la mère par l'épaisseur des vaisseaux (pii le conliennent. On a vu. du reste, cliez des enlanls venus au monde avec leur j)iacenta, la circulation
Fig. 314. — Circulation du Fœtus*
continuer un quart d'heure sans qu'il se soit échappé du sang de sa masse.
Pendant les premiers mois de la vie embryonnaire, la forme des globules du sang du fœtus diffère sensiblement de celle des glo-
* A) Veine ombilicale. — B) Oreillette droite du cœur. — C, Ci Canal artériel et aorte. — D) Ventricule droit. — E) Artères ombilicales. — F) Cordon ombilical. — Gl Placenta. — H) Membrane de l'œuf.
bules sanguins maternels, ce qui prouve bien encore que les deux sangs ne sont pas mélangés.
C'est par endosmose et à travers l'épaisseur des vaisseaux que s'opère l'échange entre les matériaux du sang maternel et ceux du sang du fœtus. Les vaisseaux de la mère apportent à ce dernier les matériaux nutritifs et l'oxygène, et reprennent, avec les résidus de la nutrition, l'acide carbonique. C'est là, relativement à l'échange des gaz, un phénomène identique à celui qui se passe dans les poumons pendant la respiration. Par conséquent, bien que ces organes ne fonctionnent jamais pendant la vie fœtale, le fœtus respire en réalité tout comme un animal adulte.
L'eau de l'amnios dans laquelle le fœtus est plongé ne sert nullement, comme on l'a cru pendant longtemps, à sa nourriture et à sa respiration. Ce liquide n'a sans doute d'autre rôle que d'amortir les chocs qui résulteraient pour le fœtus des mouvements violents de la mère.
La nutrition du fœtus se fait, exactement comme sa respiration, par échange, à travers les parois de ses vaisseaux, des éléments du sang qu'ils contiennent avec ceux du liquide maternel. Les aliments lui étant ainsi apportés tout préparés, il n'est pas obligé de les digérer. Aussi, au moment de sa naissance, son tube digestif ne renferme qu'une très -petite quantité de matières; ses reins n'ayant pas à fonctionner davantage, puisque les matériaux inutiles du sang sont éliminés par les vaisseaux maternels, la sécrétion urinaire est presque nulle. La minime quantité de ce liquide produite pendant toute la durée de la gestation se mélange aux eaux de' l'amnios.
Lorsque le placenta s'est formé, la circulation du fœtus s'établit de la façon suivante :
Le sang venu du placenta, où il possède la qualité de sang artériel, est conduit au fœtus par la veine ombilicale et se divise bientôt, comme l'indique la figure 2>l[i, en deux courants: l'un qui se rend directement à l'oreillette droite du cœur par la veine cave inférieure; l'autre qui n'y arrive qu'après avoir traversé d'abord le foie. Au lieu de passer de cette oreillette dans le ventricule situé au-dessous d'elle, comme dans la circulation après la nais-
DEVELOPPEMENT DE L'ŒUF FECONDE. 873
sance, le saui,' se rend directement dans l'oreillette gauclie par une ouverluie noniniéc Irou de Botal, et de la dans le ventricule gauche, dont les contiaclions le chassent dans l'aorte.
Parmi les divisions de l'aorle, les unes (carotides, iliaques, etc.) conduisent le sang du fœtus dans toutes les parties du corps, les autres (artères onibilicales) le ramènent dans le placenta, oii il reprend sa qualité de sani; artériel.
Le sang veineux, du fœtus revient, comme dans la circulation ordinaire, dans l'oreillette droite du cœur par les veines caves; mais, tandis que celui venu par les mendjres inférieurs passe directement, avec celui venu du placenta, dans l'oreillette gauche par le trou de Botal, et de là, comme nous l'avons dit, dans le ventricule gauche et dans l'aorte, celui des membres supérieurs a plus de tendance à passer dans le ventricule droit que dans l'oreillette gauche. De ce ventricule il va dans l'artère pulmonaire, et de cette artère se dirige, par un canal nommé canal artériel, dans l'aorte, où il se mélange avec le sang artériel qu'elle contient.
Après la naissance, le trou de Botal et le canal artériel s'oblitèrent et la circulation s'établit comme nous l'avons décrit dans le chapitre consacré à l'étude de cette fonction. Elle diffère surtout alors de la circulation avant la naissance, d'abord en ce que le poumon, dans lequel, chez le fœtus, le sang ne pénétrait pas, remplace le placenta, et ensuite parce que le sang artériel n'est mélangé nulle part avec le sang veineux. Il est facile de voir, en effet, par ce qui précède, qu'avant la naissance le sang artériel est toujours [)Ius ou moins mélangé au sang veineux.
DÉVELOPPEMENT DE L'EMBRYON
Transformations du fœtus. C'est dans un espace de temps variant de quelques semaines à quelques mois, suivant les espèces animales, que s'opère la transformation de la cellule, point de départ de l'embryon, en animal complet.
Les transformations que subit l'œuf dans ce court espace de
temps sont des plus profondes, et les différences qu'on observe dans le fœtus entre le moment de sa naissance et le début de sa vie embryonnaire ne résident pas simplement, comme on pourrait le croire, dgns les modifications de taille ou de développement de ses organes. Entre l'embryon aux premières semaines de son existence et le fœtus qui va naître, la différence est assurément plus grande que celle qui sépare l'homme adulte d'un reptile ou d'un oiseau. Les plus illustres anatomistes. Serres, Goste, iVgassiz notamment, admettent aujourd'hui que, pendant leur vie embryonnaire, les animaux présentent les plus grandes analogies de structure avec les espèces inférieures à l'état adulte. Ainsi que je l'ai déjà dit dans le premier chapitre de cet ouvrage, le système nerveux de l'homme, d'abord constitué par une simple corde dorsale comme celui des poissons, revêt successivement, avant d'arriver à la perfection qui caractérise notre espèce, la forme du système nerveux des reptiles et des oiseaux.
Les formes transitoires par lesquelles passent tous les organes pendant la période embryonnaire représentent ainsi les formes des animaux placés au-dessous d'eux, et l'homme, comme le dit Goste, n'acquiert le privilège de la supériorité hiérarchique qu'après avoir successivement passé par tous les degrés de la série des êtres. La nature, en effet, ne procède jamais par bonds. Elle fait arriver en quelques semaines l'ovule à un état que les ancêtres de l'être dont il émane ont mis peut-être des milliers de siècles à atteindre. Mais, pour l'amener au degré de perfection qu'il doit acquérir, elle l'oblige toujours à franchir tous les échelons qui le séparent de l'individu qu'il formera un jour.
Les recherches paléontologiques récentes d'Agassiz ont donné à cette théorie un appui considérable. En étudiant les débris des poissons qui habitaient la surface du globe il y a des milliers d'années, ce célèbre naturaliste a reconnu que les représentants de ces âges lointains avaient des formes exactement semblables à celles que revêtent les espèces actuelles pendant leur vie embryonnaire. Les êtres inférieurs ne sont donc bien en réalité que les embryons immobilisés des êtres placés au-dessus d'eux.
Etudions maintenant les transformations que subit l'embryon
DEVELOPPEMENT DE L'ŒUF FECONDE
Fig. 'M5. — ['remière apparilit
^nhryon (laclie cmbryonnairci
Fig. 31G. — Tache embryonnaire , plus grossie que dans la figure précédente et séparée des parties
qui ienlourent.**
Fig. 31". -- Embryon humain très-grossi, aux premiers jours de son existence.
* I , 3) Cellules entourant la tache embryonnaire. — 2) Taclie embryonnaire. — 4) Membrane vitelliiie commençant à présenter des villosités.
** () Blastoderme. — 2) Extrémité céphalique de la taclie embryonnaire. — 3) Vertèbres. — 4) Exliémilé caudale. •
*** )) Aorte. — 2) Artères omphalo-méscntériques provenant des deux aortes. — 3) Allantoïdc. — 4)Cœur où convergent les vaisseaux suivants. — 5) Tronc gauche des veines omphalo-mésentériques.
Nous avons fait exécuter ces gravures et les suivantes d'après des préparations et des dessins qui ont été mis avec la plus gracieuse obligeance à notre disposition par M. le professeur Coste. Chacun sait que cet émineni académicien est l'auteur du travail le plus complet publié jusqu'à ce jour sur le développement des êtres vivants.
humain pendant les neuf mois que dure son développement dans le sein maternel.
Premier mois. Pendant les premiers jours qui suivent la fécon-
Fig. 318.
Œuf humain de '25 à 30 jours.
Fig. 319.
Le même ouvert et dont le chorion est étalé pour montrer l'embryon et la vésicule ombilicale.
Portion du précédent grossi pour montrer les détails
d'organisation de l'embryon.*
Fig. 321.
Embryon humain de 2.5 «i 30 jours
un peu grossi.**
* \) Vésicule ombilicale. — i) Amnios. — 3) Tète de l'embryon. — 4, 5, 6, 7, 8) Bourgeons rudimentaires des diverses parties de la face et du cou — 9) Rudiments de l'oreille. — 10) Bourgeons du membre supérieur. — H) Bourgeons du membre inférieur. — (2) Portion auriculaire du cœur. — 13) Foie. — 14) Portion ventriculaire du cœur. — ISJ Tronc de l'une des veines ombilicales ramenant le'sang du cborion à l'embryon. — 16) Cordon ombilical.
** 1) Tête. — £) Bourgeon maxillaire supérieur. — 3) Tronc des vaisseaux sanguins. — 4) Oreillette droite.
— 5) Ventricule droit — 6) Diaphragme. — 7) Foie. — 8,9) Vaisseaux ombilicaux. — 10) Bourgeons du membre inférieur. — 1 1) Fossette olfactive. — (2) Bourgeons de la mâchoire inférieure. — 13) Oreillette gauche. — 14) Oreillette droite. — 15) Bourgeons du membre supérieur. — 16, 17] Intestin coupé. — 18) Corps de Wolf.
— 19) Intestin coupé. — 20) Extrémité caudale.
DÉVELOPPEMENT DE L'ŒUF FÉCONDÉ. 877
dation de Td'ur, il so loriiic. coiimie ikjus l'avons dit, sur un point du blastoderme une petite saillie nommée tache embryonnaire, premier vestige de l'embryon. Elle présente à son milieu une ligne, indice delà moelle épinière, bientôt renllée à une de ses extrémités en un point qui sera un jour le cerveau.
A la lin de la 2^ semaine, on trouve avec cette corde dorsale la vésicule ondtilicale etlec(cur. A la fin de la 3" semaine, l'allantoïde. le tbie, les poumons et le pancréas commencent à se former. Les
Fig. 322. — Œuf humain de :i5 jours, de grandeur naturelle, ouvert pour montrer la vésicule ombilicale et l'amnios contenant l'embryon.
membres supérieurs se montrent sous forme de bourgeons. Le cœur se divise en deux parties.
A la fin du premier mois, la tête de l'embryon commence à se séparer du tronc qu'elle égale en volume. Il est alors mille fois plus volumineux que l'œuf à son arrivée dans l'utérus. Sa longueur est de i centimètre*, son poids de 1 gramme.
Deuxième inois. Pendant le 2'^ mois, la tête devient bien distincte et ne forme plus qu'un tiers du volume du corps. Les yeux cora-
* Les dimensions que nous donnons de rembryon représentent sa lon^eur du sommet de la tète à l'extre'mitc des pieds. Ces dimensions peuvent être très-diflërentes de celles de l'œuf qui le contient, l'embryon étant replié sur lui-même. Voici, du reste , les dimensions de l'œuf pendant les premiers mois de la vie :
Ovule 1/lOdemillim. Œuf de 8 semaines. . . 4 centimètres.
Œuf de 12 jours .... 6 millimètres. » 10 » ... 5 »
>' 2 semaines. . . 1 centimètre. » 12 » ... 6 »
A partir de la seizième semaine, c'cst-ii-dire du quatrième mois, les dimensions de l'œuf varient considérablement, suivant les sujets.
mencent à s'ébaucher et se montrent sous forme de taches rondes ; les organes génitaux sont visibles, mais il est impossible de distinguer leur sexe. L'ossification du maxillaire inférieur et de plusieurs os commence. Les muscles se dessinent; les reins, la rate, la langue, le larynx, les enveloppes des centres nerveux apparaissent, A la fin du 1" mois, le bras et Pavant-bras, la cuisse et la jambe sont distincts et des sillons se montrent entre les doigts. Le cordon onibi-
Fig. 323. — Portion de l'œuf précédent très-grossi.*
lical s'insère à la partie inférieure de l'abdomen. L'embryon a 3 centim. de longueur et pèse 30 grammes. '^
Troisième mois. Pendant le 3* mois, la tête constitue à elle seule le tier»du corps, les paupières se forment et le globe oculaire se dessine à travers, les doigts deviennent distincts et les ongles se forment. Le sexe peut être reconnu. Le placenta est constitué et le cordon ombilical commence à s'enrouler sur lui-même et son insertion se fait près du pubis. A la fin du 3" mois, la longueur de l'embryon est de 10 centim. et son poids de 60 à 80 grammes.
* J) Tête du fatus. — 2) Membre supérieur. — 3) Membre inférieur. — 4) Cordon ombilical, en grande partie formé par le pédicule de l'allantoîde. — 5| Intestin et artère omphalo-mésenJérique. — G) Cœur. — 7) Foie. — 8. 9) Vaisseaux ombilicaux. — 10) Villosiiés du chorion. — H, 12) Amnios en partie ouvert pour montrer l'embryon. Il lui forme à sa partie supérieure une gaine qui se continue avec les parois abdominales de l'embryon. — 13) Choriou.
DÉVELOPPEMENT DE L'ŒUF FÉCONDÉ
Ouatrièmc mois. Toutes les parties de reiiiLryon sont bien dislinctes, la ])eau est rose et devient consistante, le prépuce se forme.
FiK 324. — Utérus en état de gestation contenant un œuf de iO jours {dimensions réduites).*
Fig. 325. — CEuf humain de iô jours , de grandeur naturelle , ouvert pour montrer la vésicule ombilicale et l'embryon [ce dernier s'aperçoit à travers l'amnios).
L'insertion du cordon ombilical se fait encore comme précédemment très-près du pubis. A cette période de son existence, l'embryon
* I) Embryon dépouillé de ses enveloppes. — 2) Vésicule ombilicale. — 3) Amnios. — 4, b, 6) Utérus.
prend généralement le nom de fœtus, il a 12 à 18 centim. de longueur et pèse environ 150 à 200 gr.
Cinquième mois. La peau se recouvre d'un léger duvet et des poils se montrent sur la tête. Cette dernière a beaucoup diminué de grosseur et n'est plus que le quart de la longueur totale du corps. L'insertion du cordon ombilical s'éloigne du pubis et se rapproche du milieu du corps. La longueur du fœtus est de 20 à 25 centim. et son poids de 250 à 400 gr.
Sixième mois. L'insertion du cordon ombilical se rapproche de plus en plus du milieu du corps. Les testicules ne sont pas encore dans le scrotum. La longueur du fœtus est de 30 à 35 centim. et son poids de 500 à 700 gr.
Septième mois. Les testicules s'engagent dans le scrotum, les paupières s'entr'ouvrent et tous les organes précédemment cités continuent à se développer. La longueur du fœtus est de 35 à liO centim. et son poids varie de 1200 à 1500 gr.
Huitième inois. Le cordon ombilical s'insère à 2 centim. au-dessous du milieu du corps. Le fœtus, bien développé, est alors trèsviable en dehors du sein maternel. Sa longueur est de kO à 45 centim. et son poids d'environ 2000 gr.
Neuvième mois. Le fœtus a atteint tout le développement dont il est susceptible dans le sein maternel et ne saurait y vivre plus longtemps; ses cheveux ont 2 à 3 centim. de longueur, ses ongles se prolongent jusqu'au bout des doigts; sa longueur est alors d'environ 50 centim. et son poids varie de 3000 à 4000 gr.
Influence de la mère sur le fœtus. L'influence exercée sur les êtres vivants par le milieu où ils sont plongés étant bien démontrée, on comprend facilement que le milieu où vit le fœtus doit également exercer sur son développement une action profonde. Dans un récent travail fort curieux sur la Production artificielle des monstruosités, le docteur Dareste a fait voir qu'en troublant systématiquement le milieu où se développe l'embryon, il était possible d'obtenir telle ou telle monstruosité déterminée : monstres sans tètes, monstres qui n'ont qu'un œil, monstres dont le cerveau est hors de la tête, etc.
DEVELOPPEMENT DE L'ŒUF FECONDE. 881
Depuis ranliquitc' jus(iu'à nos jours rinfluence exercée par la mère sur le lirtus a toujouis ('lé admise par la majorité des médecins. Parmi les observateurs conlt'mpoi'ains, la liste de ceux «pii (jiit reconnu cette influence est considérable. Je citerai seulement parmi eux GeofTroy Saint-IIilaire, (pii considérait comme certiiin, et je suis absolument de son avis, que les injpressions morales vives retentissent profondément sur le produit (|ue la mère porte dans son sein.
Avant même qu'il soit devenu embryon, le germe subit Tinlluence du milieu qui l'entoure; l'état des parents au moment de la conception a un elTet considérable sur son évolution ultérieure. Le sujet conçu pendant la surexcitation de l'ivresse est voué à une existence misérable. « Enfant , dit le docteur Lancereaux dans un travail couronné par l'Institut, il est emporté par des convulsions ou d'autres désordres nerveux, ou reste idiot ou imbécile. Adulte, il a un cachet spécial ; sa tête est petite, sa physionomie est hébétée, son regard sans expression ou stupide. Une susceptibilité ou une mobilité nerveuse plus ou moins accentuée, un état névropathique voisin de l'hystérie, des convulsions épileptiques , des idées tristes, de la mélancolie et de l'hypocondrie, tels sont ses attributs. La passion alcoolique, la tendance à l'immoralité, à la dépravation et au cynisme, tel est en somme le triste héritage que laissent à leurs descendants un nombre malheureusement trop grand d'individus adonnés aux boissons. »
Les Anciens n'ignoraient pas sans doute le danger de la conception sous l'influence de la surexcitation alcoolique, car une loi de Carthage défendait l'usage du vin le jour du mariage.
L'histoire est pleine de faits qui montrent la croyance qu'on a eue dans tous les temps relativement à l'influence morale exercée par la mère sur le fœtus. Montaigne parle dans ses Essais d'une jeune fille présentée à un roi de Bohême « toute velue et hérissée, que sa mère disoit avoir esté ainsi conçue à cause d'une image de Sainct Jean-Baptiste pendue en son lict. » Plusieurs auteurs prétendent que la frayeur qu'éprouvait Jacques P"" à l'aspect d'une épée nue tenait à l'épouvante que ressentit Marie Stuart, sa mère, en voyant assassiner Rizio pendant sa grossesse; mais ce sont là des faits de la réalité desquels nous ne savons rien et qu'on
ne peut que rapprocher de l'histoire de ce pâtre devenu grand calculateur parce que, pendant sa grossesse, sa mère se serait adonnée au calcul.
Dans les temps modernes, divers médecins instruits ont fait des observations plus probantes que celles qui précèdent. Le docteur Liebault en cite plusieurs constatées par lui, notamment celle d'un vigneron dont la tête ressemblait à celle du patron de son village tel qu'il était représenté dans l'église du pays, parce que pendant tout le temps de sa grossesse, sa mère avait constamment à l'esprit cette idée que son enfant aurait une tête pareille à celle du saint qu'elle contemplait sans cesse*. J'ai moi-même observé un fait presque identique.
Les occupations physiques, intellectuelles et morales de la mère pendant la grossesse peuvent donc avoir une influence considérable sur l'avenir de l'enfant qu'elle porte dans son sein. C'est un sujet dont l'étude, fort difficile sans doute, serait pleine d'utilité et d'intérêt. Cette influence incontestable, suivant nous, exercée par la mère sur son enfant, constitue ce que l'on pourrait nommer Véducation antérieure.
Grossesse. Les dimensions chaque jour croissantes que prend l'œuf pendant son développement obligent les organes qui le contiennent à subir des modifications considérables. L'utérus, dont le volume à l'état normal est tellement minime qu'il ne contiendrait pas un corps de la grosseur d'une noisette, est obligé de se dilater' constamment pour adapter ses dimensions à celles de l'être qu'il contient. Ses artères et ses veines augmentent graduellement de volume en même temps que ses fibres musculaires s'hypertrophient.
Les changements éprouvés par le col de l'utérus et qu'on constate facilement par l'introduction du doigt dans le vagin, fournissent des indications utiles sur l'âge du fœtus. Dans le courant du 2^ mois de la grossesse, il perd de sa rigidité habituelle et commence à se ramollir. Dans le courant du ô*" mois, sa partie inférieure s'entr'ouvre et au moment de l'accouchement, elle est tout à fait effacée et son orifice largement ouvert.
* Du sommeil et des états analogues, 1866.
UEVELOrrKMKNT DK L'(EIJF FEC'ONDK. fH^i
Par suite du développemoiil (jue l'utérus sul)il, les organes qui se trouvent en ra[)|)ort avec lui sont plus ou moins refoulés dans l'abdomen. L'intestin comprimé ne laisse échapper qu'avec peine les malièies (ju'il contient, ce (pii produit de la constipation. L'estomac comprimé éi^alement supporte dillicilement le contact des aliments, et il en résulte ces vomissements souvent incoercibles si IVéquents pendant la grossesse. La vessie, réduite dans son volume, ne peut contenir qu'une petite quantité de liquide et il s'ensuit un besoin fréquent d'uriner. Repoussé par l'intestin, le diaphragme ne peut exécuter ses mouvements dans toute leur ampleur et la respiration se trouve gênée. Enlin il arrive souvent (jue la compression exercée par l'utérus dilaté sur les veines du bassin entrave assez la circulation pour que les membres inférieurs |)résentent des varices. Il en résulte alors une gêne dans la marche qui ne disparaît guère qu'au moment de l'accouchement.
Les modifications subies par l'utérus et par les divers organes pendant la gestation constituent une série de phénomènes dont l'ensemble permet de constater l'existence de la grossesse avec un degré de certitude qui dépend de l'époque à laquelle elle remonte.
Pendant le premier mois de la grossesse, les seins se gon tient et l'auréole qui entoure le mamelon prend une teinte brune. L'appareil digestif présente divers troubles, dont les plus fréquents sont des nausées et des vomissements ; mais ce sont là des signes trèsvagues et qui n'acquièrent de valeur que si, à l'époque habituelle, la menstruation ne reparait pas.
Ce n'est que du li" au 5*^ mois, c'est-à-dire alors que les mouvements du fœtus peuvent être perçus et les battements de son' cœur entendus, que la grossesse peut être considérée comme certaine. Les bruits du cœur peuvent même, d'après le point où ils sont perçus, faire connaître la position du fœtus.
Le développement de l'utérus pendant la grossesse ne réagit pas seulement sur les organes qui l'avoisinent. La congestion dont il est le siège retentit profondément sur le système nerveux, et il peut en résulter alors des changements de caractère considérables chez les personnes qui se trouvent dans cet état.
« Les femmes les plus faciles à vivre , dit à ce sujet Chailly Honoré,
deviennent souvent insociables. Quelques-unes mêmes, habituellement douces, se sentent portées au mal par une force invincible et commettent quelquefois les plus grands crimes. D'autres, dont les passions n'acquièrent pas ce degré de violence, sont tristes, mélancoliques et détestent ceux qu'elles aimaient le mieux avant leur oTOSsesse; d'autres enfin, d'un caractère difficile quand elles ne sont pas grosses, deviennent d'une douceur remarquable aussitôt que la grossesse commence ».*
Le plus souvent la femme peut dominer les impulsions morales qu'elle éprouve pendant la grossesse, mais ces impulsions sont quelquefois irrésistibles. J'ai cité dans un de mes ouvrages le fait à ma connaissance d'une femme F...., du village de Roches (Haute-Marne), mère de neuf enfants, qui, ayant beaucoup d'attachement pour son mari, éprouvait cependant à chaque grossesse une envie de le tuer telle que ce dernier, pour se soustraire à ces tentatives, était obligé chaque fois d'aller habiter chez sa mère.
Le penchant au vol et celui pour des aliments bizarres sont les plus communs de tous ceux qu'on observe pendant la grossesse. Tous les traités d'accouchement contiennent des faits qui le démontrent. Baudelocque raconte l'histoire d'une femme qui se repaissait avec délices de poissons crus volés ou de foin arraché par elle à une voiture qui se trouvait dans la rue. Marcé, dans son Ti'aité de la folie des femmes enceintes, cite une dame de sa connaissance qui ne put résister au désir d'enlever une volaille pendue à l'étalage d'un rôtisseur. Ce sont là des faits que ne devraient jamais ignorer les hommes chargés de la difficile mission de juger les actes de leurs semblables. Utile pour tous, la connaissance de la physiologie est, pour un magistrat, indispensable. Peu d'entre eux cependant soupçonnent l'utilité de son étude.
Accouchement. Arrivé à une période de son développement telle qu'il ne peut continuer à vivre dans les organes maternels, le fœtus est expulsé hors de l'utérus par un travail particulier auquel on a donné le nom d'accouchement.
Le temps pendant lequel le fœtus reste dans le sein maternel,
* Traité de Tari des accoiichements.
DÉVELolTKMKNT I)K L'ŒUF FÉCONDH. 885
c'est-à-dire la diiire do la .grossesse, varie suivant les espèces animales. Il est d'un mois chez les lapins, de deux mois chez la chatte, de neuf mois chez la femme, de deux ans chez l'éléphant etc. Dans l'espèce humaine, bien que la durée normale de la gestation soit de neuf mois, le fietus Agé de huit mois et même de sept peut conlinuer à vivre hors des organes maternels.
L'accouchement est annoncé par des douleurs qui se produisent à intervalles périodiques de plus en plus rapprochés. Sous l'influence des contractions énergiques ([ue l'utérus éprouve alors, l'œuf se rompt et laisse échapper le liquide qu'il contient. Bientôt le fœtus suit ce dernier, franchit l'orifice de l'utérus, traverse levagin et est expulsé au dehors.
Suivant la position que le fœtus occupe dans l'utérus, il peut se présenter au dehors de diverses façons; mais toutes les présentations se réduisent à cinq : présentation par le sommet du crâne, par la face, par le siège (comprenant la présentation par les fesses, les genoux et les pieds) et enlin présentation par l'épaule droite ou par l'épaule gauche. La plus commune est celle du crâne, la plus rare celle de l'épaule. Cette dernière est aussi la plus dangereuse et nécessite la version, opération qui consiste, comme on le sait, à introduire la main dans l'utérus pour changer la position du fœtus.
Les organes dépendant du fœtus, c'est-à-dire les membranes qui l'enveloppaient et le placenta, sont expulsés spontanément après l'accouchement.
L'utérus, après l'accouchement, revient sur lui-même, et au bout de deux mois environ, il a repris ses dimensions normales. La menstruation, qui était supprimée, reparaît vers la fin du 2*^ mois quand la femme n'allaite pas.
Habituellement l'utérus ne contient qu'un fœtus. On ne compte guère qu'une grossesse double sur 90 accouchements. Quant aux grossesses triples, on en rencontre à peine une sur 7 à 8000.
Lactation. Le fœtus, qui trouvait dans le sang maternel les matériaux de sa nutrition, en étant privé aussitôt après sa naissance, est obligé de les emprunter aune autre source. Chez tous les mammifères, cette source unique est le lait maternel.
Ce liquide est sécrété par des glandes particulières nommées mamelles. On les rencontre dans les deux sexes, mais elles ne sont bien développées que chez les femelles. Chez la femme, elles sont au nombre de deux, et chez les .autres animaux en nombre habituellement égal à celui des petits.
Elles sont placées dans l'espèce humaine de chaque côté du sternum, au-dessus du grand pectoral, dont elles sont séparées par une couche cellulo-fîbreuse. Ce sont des glandes en grappe dont les con-
Fig. 326. — Structure de la Mamelle.*
duits excréteurs se réunissent en une quinzaine de tubes qui viennent s'ouvrir au dehors sur une partie saillante nommée mamelon. La sécrétion du lait commence peu de temps après la naissance de l'enfant, mais pendant la grossesse elle avait été préparée par des modifications subies par les mamelles. Dès le 2® ou le 3^ mois de la grossesse, on voit, en effet, ces dernières prendre beaucoup plus de développement qu'elles n'en avaient auparavant.
* I) Mamelon. — 2, 3) Alvéole du mameion. — 4,4) Coupe de la peau qui recouvre la mamelle, pratiqué) de façon à laisser voir la structure de la glande mammaire. — 5, 6) Conduits excréteurs des lobules. — 7, 7) Lobules de la glande. — 8, 8, 9, iO) Vides laissés par l'extraction des lobules.
DE V EL or ri: mi: NT dk i/(Ei;k féconde. 88?
Dans les premiers jours de sa sécrétion, le lait n'a pas la composition qu'il aura plus tard: c'est un liquide vis([ueux, jaunâtre, nommé coloslruin, conteiiiiiil, outre les globules du lait, des .globules particuliei's remplis de griiiuilations nomm6i.'ii corpuscules du rotos- Iruiii. Ce n'est guère (jue (S jours après l'accoucliemeLit (juc le lait a tout à tait sa composition normale.
Le lait est un aliment com|)let présentant les plus grandes analogies avec l'œuf. J'ai indi(iuè (p. 89) sa composition. Il est formé d'eau tenant en suspension du beurre, de la caséine, de l'albumine, du sucfe de lait et des sels (sulfates, carbonates et surtout phosphates). C'est dans ce li([uide que l'enfant qui vient de naître doit trouver pendant plusieurs mois tous les éléments destinés à l'entretien de ses tissus et à leur accroissement.
J'ai constaté par plusieurs analyses que la composition du lait et surtout sa richesse en phosphates sont très-variables suivant les sujets, et en outre ce fait intéressant que les premières portions de lait retirées du sein sont beaucoup moins riches en beurre que celles qui en sortent au bout de quelques minutes. Péligot avait déjà fait, du reste, une observation analogue chez les vaches.
Vu au microscope, le lait contient, comme nous l'avons vu en étudiant ce liquide, un nombre considérable de globules constitués par de la matière grasse; ce sonteux qui, en réfléchissant la lumière, donnent au lait sa couleur blanche.
La quantité de lait jouinellement sécrétée dans l'espèce humaine a été évaluée en pesant l'enfant avant et après qu'il a pris le sein. Elle peut s'élever, d'après M. Natalis Guillot, à 1000 et 1500 grammes.*
D'après les observations de Simon, le lait va toujours en s'ap-
* D'après M. Bouchard, la moyenne de la quantité de lait prise chaque jour par l'enfant, depuis sa naissance jusqu'à neuf mois, est représente'e par les chiffres suivants :
l"jour 30 grammes. Après le l^r mois . .. . G50 grammes.
4e >. 550 » De 6 à 9 mois .... 950
On peut, avec les chiffres pre'ce'dents, savoir, par la métliode des pesées, si l'enfant reçoit journellement la quantité de lait nécessaire.
pauvrissant en matériaux nutritifs à mesure qu'on s éloigne de l'accouchement. Sans doute ces modifications sont en rapport avec les besoins de l'enfant, mais en tout cas en raison des différences que le lait présente à des époques variables à partir de l'accouchement, il est utile, quand on choisit une nourrice, d'en prendre une accouchée à peu près dans le même temps que la mère.
Le lait maternel est du reste toujours préférable , sauf le cas de maladie, à celui d'une nourrice étrangère; seul il est parfaitement adapté à la constitution de l'enfant. Le refus général des mères, en France, d'allaiter Jeurs enfants est certainement une des causes de l'arrêt de l'accroissement de la population qu'on observe depuis plusieurs années dans notre pays.
D'après les statistiques officielles données par M. Husson, ancien directeur général de l'assistance publique, sur 100 enfants nourris par leur mère il en meurt 17, sur 100 enfants nourris par les nourrices il en meurt de 34 à 90, suivant les départements; à Paris seulement 25,000 nouveau-nés envoyés en province sont annuellement victimes de l'indifférence ou de la pauvreté de leurs parents. La patrie est en danger, disait M. le docteur Boudin, en commentant ces chiff'res sinistres devant l'Académie de médecine. Malheureusement une plaie pareille tient essentiellement, comme je l'ai dit ailleurs, aux mœurs d'un peuple et ne se guérit pas avec des règlements. Jamais on n'arrivera certainement à obtenir de femmes mercenaires qu'elles aient pour les enfants -confiés à leurs soins l'intérêt que les parents leur refusent.