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LES AGES

Division des âges. Avant la naissance le fœtus était, comme nous l'avons vu, plongé dans un liquide, et sa nutrition, ainsi que l'échange gazeux qui constitue la respiration, se faisait par le sang du placenta. Après la naissance les poumons fonctionnent et l'assimilation des principes nutritifs se fait par le tube digestif. L'enfant subit ces premières modifications dès qu'il a quitté le sein maternel.

La durée de la vie est habituellement divisée en 4 périodes : l'enfance, qui s'étend de la naissance à la puberté, c'est-à-dire vers la 15* année; la jeunesse qui va de la puberté jusqu'à 25 ans; l'âge mijr qui comprend de 25 à 60 ans; et enfin la vieillesse qui commence à 60 ans et conduit lentement l'homme à la mort.

Enfance et jeunesse. C'est pendant cette première partie de la jeunesse, à laquelle on a donné le nom d'enfance, que toutes les fonctions de nutrition ont la plus grande énergie. Le développement du corps est alors fort rapide et à 3 ou /i ans l'enfant a déjà presque atteint la moitié de la hauteur à laquelle il arrivera à l'état adulte.

Au moment de la naissance, l'enfant n'a pas habituellement de dents. Ce n'est guère que vers le 6" mois qu'elles commencent à se montrer. Les incisives apparaissent d'abord, puis les molaires et les canines, et vers la fin de la 3" année leur évolution est complète. Elles sont alors au nombre de 20.

Vers l'âge de 7 ans, les premières dents commencent à tomber successivement et sont remplacées par de nouvelles dents dites de seconde dentition; à 12 ou 13 ans toutes ces nouvelles dents, sauf les II dernières grosses molaires qui se montrent de 20 à 25 ans,

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ont fait leur apparition. Lorsqu'elles sont complètes, leur nombre est de ,V2.

A mesure que renlanl avance en âge, ses organes se fortifient, son système osseux devient plus puissant et ses muscles se développent. Vers le commencement de la :2'" année, il essaie de marcher, mais faute de corrélation entre les muscles du tronc et ceux (les membres inférieurs, faute surtout d'un exercice suflisaut, il tombe à cha(jue pas. L'homnie est de tous les animaux celui (|ui apj)rend le plus dillicilement à marcher.

Ce n'est que vers la lin de la première année que l'enfant commence à prononcer quelques mots. Nous avons dit dans notre chapitre de lintelligence par quel mécanisme ces mots s'associent dans son esprit aux sensations dont les idées sont les images. Nous y avons vu que l'éducation intellectuelle est, comme l'éducation physique, progressive et fort lente, et que ce n'est qu'à la longue que l'enfant peut comprendre que la lune qu'il voit à l'horizon et le jouet placé dans son berceau ne peuvent pas être également saisis par lui.

Chacun sait combien l'impressionnabilité et la mobilité de l'enfant sont extrêmes et avec ({uelle facilité il passe des manifestalions du chagrin le plus vif à celles de la joie la plus parfaite.

Les deux instincts les plus profondément développés chez l'enfant sont ceux de la conservation personnelle et de la destruction. Sa morale est de beaucoup inférieure à celle de nos animaux domestiques a l'état adulte; il n'a aucune idée du bien et du mal, aime à voir souffrir et toiture naïvement les animaux placés sous sa main. Cet âge est sans pitié, a dit avec raison Lafontaine. Si l'enfant s'attache à ceux qui s'occupent de lui, ce n'est qu'en raison des soins qu'il en reçoit. Mais l'éducation et le contact de ses semblables le perfectionnent bientôt, et les instincts sociaux finissent par se substituer plus ou moins aux instincts de la nature.

C'est vers l'âge de ik ans chez la femme et de 15 ans chez l'homme que se montrent les signes de la puberté. C'est à cette période importante de la vie que commence, comme nous l'avons vu, la ponte régulière de l'œuf chez la première et la sécrétion des spermatozoïdes chez le second. Les facultés prennent à cet âge un

grand développement, et c'est alors qu'il faut savoir les reconnaître pour pouvoir les cultiver. L'enfant qui réussirait dans une voie qui était la sienne, échouera misérablement dans une autre. Tel qui eût fait un excellent agronome, un mécanicien habile, un écrivain distingué, pourra faire un bureaucrate détestable ou un maladroit commerçant. Jean- Jacques Rousseau, qui ignorait les lois de la physiologie, croyait que les enfants naissent sans penchants et qu'une même éducation convient à tous. Mais c'est là une erreur profonde que l'observation la plus superficielle permet facilement, du reste, de démentir.

La jeunesse est l'âge des passions généreuses, des dévouements, du désintéressement, de l'amitié et de l'amour. L'homme n'a pas encore été rendu féroce par le contact de ses semblables. Il ignore les dures nécessités de la lutte pour l'existence, et heureux de vivre, il arnasse sans soucis cette provision d'illusions dont un profond penseur disait qu'elles constituent un luxe nécessaire, mais que les réalités de la vie viennent bientôt détruire une à une.

Age mûr. C'est a vingt-cinq ans environ que l'homme a atteint tout son développement et que l'âge mûr commence. Les diverses parties du squelette s'ossifient, l'assimilation des matériaux nutritifs qui, dans la première partie de la vie, était d'abord supérieure à la désassimilation, lui devient égale; les facultés intellectuelles arrivent à leur perfection, les réalités de la vie commencent à heurter les illusions de la jeunesse ; l'ambition se développe, et on songe à acquérir une position qui donne l'indépendance.

De 30 à 40 ans l'intelligence de l'homme est dans tout son éclat; c'est à cette période de la vie qu'il montre ce qu'il peut produire.

Vieillesse. Ce qui a grandi doit aussi décroître. Après avoir été quelque temps en se perfectionnant, les facultés de l'homme restent stationnaires, puis commencent à baisser.

C'est entre 50 et 60 ans que la décroissance des forces et des facultés vient à se manifester. Cette période de la vie est celle où l'homme commence à songer au repos. A cet âge, l'initiative qu'il pouvait avoir a disparu; il n'entreprendra ni ne créera plus

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guère, el ii moins (|uc rainhiliiMi ne le suive jiis([ii'au toniliciui, il songe à proliler bientôt des l)iens amassés {)ar lui.

Vers 00 ans la vieillesse eommcnce. A eette période de la vie, que la grande majorité des habitants des villes n'atteint pas, la déeadence est prompte et les années poussent rapidement l'homme vers la tombe. Ses artères éprouvent un eommencement d'ossificalion et la cireulation devient moins parfaite ; les cartilages et les ligaments durcissent et empêchent l'étendue des mouvements, les os s'amincissent et perdent de leur solidité, les muscles voient leur puissance décroître et les sens s'alTaiblissent. Les facultés intellectuelles ne survivent pas à cette décadence générale et s'allaissent lentement; la mémoire notamment diminue de plus en plus. Impuissant à juger sainement du présent, le vieillard regrette amèrement le passé et meurt chaque jour en détail jus([u'à l'heure où une mort définitive viendra mettre un terme a une existence qui bien souvent est devenue un fardeau pour lui.

La durée moyenne de la vie iie dépasse guère 35 ans ; ce n'est donc qu'exceptionnellement, comme nous le disions plus haut, que Ihomme atteint la vieillesse. Dans les pays civilisés, les causes de destruction qui nous entourent sont si nombreuses, sans compter celles résultant de nos infractions perpétuelles aux lois de l'hygiène, que c'est vraiment merveilleux qu'on puisse y échapper quelquefois.

La plus grande durée possible de la vie dans l'espèce humaine est d'environ cent ans. Avec l'éléphant qui peut vivre, dit-on, deux siècles, l'homme est l'animal dont la vie paraît être la plus longue. Je ne parle pas ici de la baleine à laquelle Buffon prétait une existence de 1000 années, parce que rien ne nous prouve qu'aucun de ces mammifères ait jamais pu atteindre un âge aussi avancé.

INFLUENCE DES APTITUDES DES PARENTS SUR LE DÉVELOPPEMENT DE L'HOMME APRÈS LA N A I SSAN CE. — H ÉRÉDITÉ.

Diverses formes de l'hérédité. Les êtres vivants transmettent à leurs descendants, outre le type de leur espèce, les

particularités qui les distinguent, et l'influence des parents sur l'évolution de l'individu issu de leur union se continue pendant sa vie entière.

On a su de toute antiquité, car l'observation en est des plus faciles, que les enfants héritaient de la constitution de leurs parents, de leurs dispositions morbides, de leurs vertus et de leurs vices, et c'est sans doute parce qu'ils reconnaissaient l'influence des ancêtres que les peuples ont toujours vénéré les descendants des hommes célèbres et que le principe de la noblesse et de la monarchie héréditaire a pu s'établir.

Un simple coup d'œil jeté sur l'histoire des familles les plus célèbres montre à quel point le plus souvent l'influence de l'hérédité est réelle ; l'amour des arts chez les Médicis, la bravoure et le talent militaire*chez les Montmorency, l'habileté et l'ambition chez les Guise^ le génie du calcul chez les Gassini et les Bernouilli sont des exemples bien connus et qu'on pourrait multiplier à l'excès.

Au premier abord l'hérédité ne semble pas un phénomène constant, car on ne voit pas toujours les enfants ressembler à leurs parents; mais il est facile de l'expliquer en faisant remarquer nonseulement que le père et la mère exercent chacun une part d'influence qui réduit forcément celle de l'autre, mais encore que l'éducation et le milieu tendent à restreindre plus ou moins l'influence de l'hérédité, et qu'enfin l'enfant n'hérite pas seulement de ses parents directs, mais encore d'une longue série d'ancêtres dont l'influence, ainsi que nous allons le montrer, est des plus certaines.

L'auteur d'un important ouvrage sur l'hérédité, Lucas, attribuait à une force qu'il nommait Vinnéité, la cause de ces caractères nouveaux différents de ceux des parents immédiats qu'on voit apparaître chez les descendants. J'ai moi-même reproduit autrefois cette explication; mais en y réfléchissant davantage, je crois qu'en réalité elle n'est pas admissible, car les caractères qu'un individu possède ne peuvent apparaître sans cause, et il faut toujours qu'il les ait pris quelque part.

Je pense que ces caractères nouveaux qu'on voit se manifester chez des individus, alors que leurs parents immédiats ne les possédaient pas, sont dus à l'influence d'ancêtres plus ou moins

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éloigiKs qui les ont possédés. (Jku'uii sait (|ue des caractères, des maladies ({ui paraissaient éteints dans une rainilic, y reparaissent souvent au bout de plusieurs .qénc'rations, et chez les [)ersonnes qui conservent les portraits i,'enéalofîi(iues de leurs aïeux, on voit fréquemment des enfants ne ressembler nullement à leurs parents imnu'diats, ruais à des ancêtres morts depuis longtemps.

Cette iniluence daneèlres éloignés est désignée habituellemenl sous le nom d'atavisme. Elle était bien connue des Anciens, car au dire de Plutarque, une femme grecque accusée d'adultère parce (lu'elle avait mis au monde un enfant noir, allégua pour sa défense qu elle descendait en quatrième ligne d'un Ethiopien. Dans les troupeaux de moutons à laine noire, on a beau sacrifier tous les agneaux qui présentent la moindre trace de couleur blanche dans leur laine, l'influence d'ancêtres reculés est telle qu'il en reparaît constamment.

C'est cette influence de parents éloignés qui explique comment les enfants peuvent ne ressembler nullement à leur père et à leur mère. Il n'est pas rare d'observer des faits analogues à celui rapporté par Lucas de cette jument demi-sang arabe, croisée avec des étalons de race inférieure, qui en eut deux fils infiniment supérieurs à leurs parents.

Pour plusieurs observateurs, les cas de microcéphalie qu'on observe quelquefois chez l'homme seraient des phénomènes d'atavisme, rappelant une des phases du développement de notre espèce dans un passé dont la date se perd absolument dans la nuit des temps. L'apparition fréquente dans le cheval de doigts latéraux est également un phénomène d'atavisme qui a permis de rattacher géologiquement ce solipède à l'hipparion, cheval fossile de l'époque miocène qui possédait 3 doigts.

C'est cette influence des ancêtres qui lutte contre la formation de races nouvelles. Les hybrides que crée si facilement l'agriculture tendent toujours, excepté quand on les reproduit par bouture, c'est-à-dire lorsque l'influence d'un seul parent et non de deux intervient, à retourner au type de leurs ancêtres. Chez les animaux l'atavisme joue un rôle tel que s'il fallait, suivant Sanson, «opter entre deux reproducteurs, dont l'un offrirait avec des qualités

moins parfaites une longue suite d'aïeux célèbres par leurs mérites spéciaux, tandis que l'autre ne présenterait que sa perfection individuelle, nul doute qu'il n'y eût lieu de préférer le premier dans la plupart des cas. »

Je crois qu'on peut admettre, en se basant sur les faits qui précédent, que chaque individu renferme à l'état latent les caractères de ses ancêtres depuis les époques les plus reculées; mais comme tous ces caractères souvent opposés entre eux ne sauraient se manifester simultanément, et que d'autre part l'influence des derniers parents est généralement la plus énergique, il s'en suit que c'est surtout le plus souvent à leurs parents immédiats que les enfants ressemblent.

Si des généralités qui précédent nous voulions passer actuellement à l'énumération des faits particuliers qui démontrent la réalité des diverses formes de l'hérédité, un volume entier suffirait à peine; aussi nous bornerons-nous à en énumérer quelques-uns.

Les traits du visage et les formes du corps, les anomalies même sont héréditaires. Le nez des Bourbons, le strabisme des Montmorency en sont des preuves. Le bec de lièvre, la claudication, les hernies se transmettent pendant plusieurs générations. Beaucoup d'anomalies accidentelles, comme les tares chez le cheval, se transmettent également. Cuvier raconte qu'une louve accouplée avec un chien dont on avait coupé la queue, mit bas des métis à queue très-courte.

Toutes les moindres particularités du corps peuvent être aussi transmises par l'hérédité. Venette rapporte l'histoire d'une femme qui, après deux accouchements laborieux, périt au troisième par suite de l'impossibilité de la délivrer d'un enfant qui avait hérité des larges épaules de son père. Fait intéressant à connaître, car il nous montre le danger qu'il peut y avoir à unir une femme au bassin étroit avec un homme aux larges épaules .

L'hérédité étend aussi son influence sur la durée de la vie. On voit des familles dont la plupart des individus meurent vieux, et d'autres, au contraire, dont les membres meurent habituellement jeunes. Chez les Turgot notamment on ne dépassait guère 50 ans. Quand le ministre qui fit la célébrité de cette famille vit arriver

répoiiuc fatali'. liicii (juc jouissaiil d'uur >aiiti' iiarlailc. il mil ordre h sesalVaires ol iiiounil a .").') ans. lin Aiiiilctcnc celte inlluence de ràs^e des parents sur celui des descendants est l)ien connue. Aussi les conipa.i;nies d'assurances onl-elles soin de l'aire enti'er en ligne de compte dans leurs calculs la durée de la vie des ascendants.

L'in»munité à certains virus comme la variole, la syphilis, la rougeole, etc., est également héréditaire.

Les malailies (pu exercent les plus grands ravages en Europe, la syphilis et la phthisie pulmonaire, sont malheureusement aussi lalalement héréditaires. Dans le quart des cas, suivant l'idoux, la phthisie aurait pour cause l'hérédité. Or, à Paris seulement cette cruelle maladie fait mourir annuellement 8000 personnes, et dans la France entière 1 individu sur 5 succombe à ses atteintes. Le cancer, maladie moins répandue (pic la préc('dente, mais cependant fréquente, puisque, suivant 13roca, le nombre des alïéctions cancéreuses entre pour une proportion de 3 pour cent dans les causes de la mortalité générale en France , est également légué le plus souvent par les parents à leurs enfants.

Les maladies nerveuses doivent être aussi rangées parmi celles qui sont le plus fréquemment héréditaires. La paralysie générale, l'hystérie, Fépilepsie et les diverses formes de la folie, sont transmises par les parents à leurs descendants, et si la maladie dont ces derniers héritent n'est pas toujours identiquement celle de leurs ascendants, c'est-a-dire si les enfants d'un épileptique, par exemple, ont autant de chances d'être fous ou paralytiques que d'être épileptiques, il n'en est pas moins certain qu'en venant au monde ils portent en eux un germe qui empoisonnera sûrement plus tard leur existence.

L'hérédité des penchants aux crimes est aussi établie que les faits qui précédent. Certaines familles finissent de père en lils dans les prisons, au bagne et sur l'échafaud. Le milieu, l'éducation mauvaise exercent bien sans doute sur ces malheureuses victimes d'une race dégénérée leur redoutable influence ; mais ils ne font que développer les penchants apportés par eux en naissant. Lucas cite, dans son Traité de l'hérédité, l'histoire d'une jeune fille ayant hérité de son père d'un invincible penchant à manger de la chair

humaine, penchant qui la poussait à des assassinats. Bien que n'ayant pas subi l'influence de l'exemple de son père condamné à mort peu après sa naissance, bien qu'élevée au milieu de personnes honorables, elle succomba comme l'individu dont elle héritait à cet invincible besoin.

Mais si l'observation démontre que les défauts et les vices se transmettent aux enfants, elle prouve aussi que l'intelligence et les diverses facultés sont également transmises par la même voie, et il n'est pas rare de rencontrer des familles où certains arts comme la peinture, la musique, ou certaines sciences telles que les mathématiques, sont cultivées avec succès de père en fils. Sans doute on voit aussi des familles où les enfants ne possèdent nullement les qualités de leurs parents, mais nous avons déjà expliqué pourquoi. Du reste, si un homme supérieur épouse une femme d'intelligence vulgaire, sesenfants, tout en lui ressemblant physiquement, pourront hériter du moral de leur mère. C'est ce qui arriva au célèbre Gœthe. Ce grand homme épousa sa cuisinière, et il eut un fils qui lui ressemblait au physique, mais ne possédait que l'intelligence bornée de sa mère; aussi les Allemands le nommaientils le fils de la servante.

En choisissant convenablement les reproducteurs pendant plusieurs générations, on arrive à créer des races d'animaux complètement différentes de celles dont elles sont issues ; si une opération pareille était praticable sur l'espèce humaine, c'est-à-dire si on unissait par exemple, pendant plusieurs générations, des individus doués de caractères déterminés , on finirait par arriver à constituer une race d'hommes possédant à un haut degré certaines facultés, et faire ainsi à volonté de grands peintres, de grands musiciens, de grands mathématiciens, etc., suivant les qualités des ascendants.

La part prise par le père et la mère dans l'hérédité est très-variable. Tantôt un des parents imprime aux descendants son cachet spécial,, tantôt il y a mélange des qualités de chacim d'eux. Ces différentes influences se sont montrées dans le fait cité par Lucas, d'un blanc qui, marié à une négresse, en eut des enfants noirs, des enfants mulâtres et des enfants blancs. Quand deux races de cou-

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leurs (liirérenlcs comme iU'> l)l;iiics et des noirs s'unissent entre elles, les premiers descendants tiendront (iliis ou moins des deux parents, mais il arrivera que la race dont les individus sont les plus nond)ieu\ Unira, après un certain nond»re de p^énéralions successives, pai dclruirc les caractères apportés par la race la moins nombreuse. Lorscpie des hiancs vont s'allier à des nègres on ne trouve plus d'individus de leur couleur après deux ou trois générations. Le plus souvent, à moins (ju'il n'y ait supéiioiité du nondjre , les races conquérantes sont absorbées par les races conquises, et après quelques siècles écoulés il ne reste plus rien d'elles.

Le père exerce souvent sur les futurs enlants de la mère une influence incontestable bien qu'elle semble impossible à comprendre. Les enfants nés d'un second mariage reproduisent quelciuefois les traits et le caractère du premier mai'i mort longtemps avant la nouvelle conception. Souvent l'enfant de l'amant ressemble au père légal. Ce fait était bien connu des Anciens, qui avaient formulé à ce sujet cet adage : Filiuni ex adultéra e.ccusare matretii a culpa.

Ce n'est pas uniquement dans l'espèce humaine que des faits du même genre ont été constatés. Une jument de pur sang saillie par un étalon vulgaire et devenue mère est souvent ensuite incapable de donner des produits de pur sang avec un étalon de sa race. C'est un fait que tous les éleveurs de chevaux connaissent parfaitement. Home rapporte qu'une jument anglaise accouplée avec un àne moucheté en eut des mulets mouchetés comme leur père. Fécondée les années suivantes par un étalon arabe, elle en eut chaque fois un poulain brun tacheté comme l'àne et ayant avec lui la plus grande ressemblance.

Nous voyons par ce qui précède que toutes les particularités physicjues et morales des êtres sont héréditaires, et que l'ancien adage tel père tel fils est profondément juste. Au point de vue social ces faits ont une importance capitale, et cependant on peut dire que dans l'immense majorité des cas, cette importance est absolument méconnue. On prend le plus souvent dans les unions humaines moins de soin que n'en prennent les éleveurs pour le

croisement de leurs bestiaux. L'ignorance des faits que nous avons cités, et malheureusement aussi bien souvent l'avidité aveclaquelle les familles recherchent dans les individus qu'elles s'allient la fortune de préférence à toute autre qualité héréditaire ou individuelle, peuvent seules expliquer la façon déplorable avec laquelle tant de mariages sont assortis. «A l'instar de plusieurs législations antiques, dit le docteur Lucas, les législations modernes devraient déclarer des incapacités physiques au mariage, et frapper de nullité tout mariage où on les aurait dissimulées. Il se commet en ce genre les plus odieux abus; on cache à une famille que le fils ou la fille dont on lui offre la main est épileptique, ou qu'il est scrofuleux, ou qu'il a présenté des signes d'aliénation, ou qu'il est impuissant, ou qu'il est affecté de quelques anomalies; on dissimule d'autres maladies antérieures; on jette un voile sur celles de la famille; on trompe sur la personne. Nos lois, qui admettent pour les animaux des vices redhibitoires, devraient selon nous comprendre les fraudes de ce genre au nombre de celles qui constituent l'erreur sur la personne. »

Je suis absolument de l'avis de l'auteur que je viens de citer, et pour mon compte je considère le mariage tel qu'il se pratique généralement avec nos mœurs actuelles en France comme la plus immorale de toutes nos institutions sociales. En présence des sévérités d'une loi qui exige que l'individu garde toujours la compagne une fois choisie par lui, quelles investigations patientes et quelles connaissances physiologiques nécessiterait ce choix dont le bonheur ou le malheur d'une vie entière et peut-être de descendants nombreux va dépendre!

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