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INFLUENCE DU MILIEU SUR LES ÊTRES VIVANTS

Modifications produites par les milieux sur l'homme.

Pendant toute la durée de leur existence, les êtres vivants ont à subir, outre l'influence exercée par leurs ascendants et que nous venons d'étudier, celle des milieux où ils sont plongés. Cette in-

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lliience esl coiisiilerable el tend ii rn .tdiliei' |j1u.s ou iiiuins les aptitudes léguées par l'hérédilé, car les êtres vivants possèdent la Caeulté de s'adapter au milieu où ils vivent. C'est rn()me, cotiirne nous le verrons plus loin, par suite de la transmission hén-ditaire des modilications produites par ce milieu que se fait la Iranslormalion des espèces et des races.

L'influence du milieu sur l'évolution des êtres vivants est démontrée par des faits nombreux. Si on sème du plantain dans une terre profonde bien arrosée, ses feuilles se dévelop|)enl en longs faisceauK; s'il pousse entre des pierres, les mêmes feuilles se raccourcissent, au point de ne j)lus former qu'une rosette étalée. L'arbre qui, au bas d'une montagne, couvrait une vaste surface de son ombre, perd la majeure partie de ses branches et de ses feuilles, à mesure qu'on s'élève vers le sommet de la montagne.

Ce qui s'observe chez les végétaux s'observe également chez les animaux, même quand ils sont arrivés à l'âge adulte. Langsdorf a trouvé à Noukahiva un matelot anglais, auquel huit ans de séjour dans le pays avaient donné la plus grande ressendjiance avec les Polynésiens. Pruner Bey a constaté des faits analogues chez des voyageurs revenant de l'Abyssinie.

Si des modifications pareilles s'observent chez l'individu à l'état adulte sous l'influence des milieux, on comprend que les mêmes influences auront une action bien plus profonde quand elles s'exerceront pendant toute la durée de la vie sur plusieurs générations. Des individus qui quittent un pays pour s'établir dans un autre y perdent rapidement leur caractère. Ce fait a été bien observé chez les Anglais qui ont peui)lé les Etats-Unis d'Amérique. Les modifications produites sur eux par le milieu seul sont si profondes que Smith en est arrivé h conclure que l'Anglo-Américain tendait à se transformer en Peau-Uouge. a L'Anglo-Saxon, dit un anlhro- « pologiste distingué, le docteur Pruner liey, présente, dès la seconde «génération, des traits du type indien, qui le rapprochent des « Lenni-Lénapes, des Irocpiois, des Cherokees. Plus lard, lesyslème «glandulaire se restreint au minimum de son développement nor- «mal; la peau devient sèche comme du cuir; elle perd la chaleur « du teint et la rougeur des joues, qui sont remplacées chez l'homme

«par une teinte limoneuse et chez la femme par une pâleur fade. (( La tête se rapetisse et s'arrondit ou devient pointue; elle se couvre <( d'une chevelure lisse et foncée en couleur. Le cou s'allonge : on « observe un grand développement des os zygomatiques et des mas- «seters. Les yeux sont enfoncés dans des cavités très-profondes et (( assez rapprochés l'un de l'autre. L'iris est foncé, le regard per- « çant et sauvage. Le corps des os longs s'allonge, principalement «à l'extrémité supérieure, si liien que la France et l'Angleterre »( fabriquent pour l'Amérique des gants à part, dont les doigts sont «exceptionnellement allongés. Les cavités de ces os sont très-ré- «trécies; les ongles prennent facilement une forme allongée et « pointue, le bassin de la femme se rapproche de celui de l'homme. »*

L'Anglais transporté en Amérique s'y transforme donc en race nouvelle, et, à défaut de connaissances anthropologiques, il sulfit de parcourir des journaux illustrés américains ou anglais pour voir combien les types des individus sont différents dans ces deux pays.

Des exemples empruntés à l'anatomie pathologique viennent s'ajouter aux preuves précédentes de l'influence des milieux sur la variabilité des organes. A la suite d'une luxation non réduite, l'ancienne cavité articulaire s'oblitère et disparait, tandis qu'au poiut nouveau où s'est placé l'os il s'en forme une'nouvelle, munie de tous ses accessoires, cartilages, ligaments, etc. Dans ce cas, la fonction nouvelle a créé l'organe. Cette même influence des milieux se fait sentir sur les muscles qui s'atrophient et subissent une dégénérescence graisseuse s'ils ne fonctionnent pas, et augmentent au contraire de volume s'ils sont fréquemment exercés.

Toutes ces modifications subies par les individus sous l'influence des milieux se transmettent par hérédité, et c'est même uniquement en se basant sur ces faits que les agronomes ont pu créer des races douées de caractères tout à fait différents de ceux des individus dont elles sont issues. Mais pour réussir complètement, il faut que pendant plusieurs générations ils n'unissent exclusivement entre eux que des sujets doués des qualités qu'ils désirent voir se généraliser dans la race qu'ils veulent créer : poils de telle ou telle

* Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, article Races, 1873.

couleur, cornes ou jciinl)es (Tune loui^ueur déterminée, etc. Ces transformations que l'houjuie peut produire sur les espèces doniestiques, la nature les réalise sur une vaste échelle pai- un procédé particulier aurpiel on a donné le nom de sélection naturelle et (jue nous allons e\j)liquer.

Le nombre de sujets que peuvent engendrer deuv individus d'une même espèce est toujours considérable, et si tous ces individus pouvaient, eux et leurs descendants, se développer sans entraves, ils couvriraient bientôt toute la surface du globe, et détourneraient uniquement à leur profit toute la masiie de matières alimentaires qui y existe. De tous les animaux l'éléphant est celui qui se reproduit le plus lentement, et pourtant, d'après les calculs de Darwin, si tous ceux qui naissent produisaient un seul couple, il y aurait 15 millions d'éléphants en 500 ans. Quant aux t^spèces très-fécondes, comme le parasite intestinal nommé le strongle, dont la femelle contient 60 millions d'œufs, il est impossible d'évaluer le chiffre auquel leurs descendants pourraient atteindre s'ils se développaient sans entraves.

^lais tous ces individus ne peuvent vivre : la somme de matière nutritive dont peut se nourrir chaque espèce est limitée; de là la nécessité d'une lutte pour l'existence, sorte de concurrence vitale qu'on observe chez tous les êtres depuis l'homme jusqu'aux infusoires microscopiques qui se disputent leur proie au fond d'une goutte d'eau*. Dans cette lutte, dont l'issue sera ou la vie ou la

* Équilibre entre le développement des individus d'une espèce et la quantité des subsistances. — Dans sou i\^sal nuf le 'principe de la popidation, l'cconomiste Maltlius a démontre que la population tend à se niultijîlier suivant une progression géométrique (1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, etc.), alors que la quantitij de substance s'accroîtrait seulement suivant une progression arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, etc.). Il en re'sulte que si rien n'entravait le développement de la population, elle serait au bout de trois siècles aux moyens de subsistance comme 4,006 est à 13; en d'autres termes, sur 4,096 individus 13 seulement pourraient vivre et le reste devrait nécessairement mourir.

Mais, dès que la population dépasse les moyens de subsistance, la famine, les maladies, la guerre, etc., viennent fondre immédiatement sur elle et rétablissent l'équilibre. Ce n'est, comme le démontre l'illustre économiste précédemment cité, qu'en trouvant le moyen de limiter le développement de la population ou d'augmenter la masse des subsistances, qu'on pourrait éviter à l'humanité tous ces fléaux dont elle est périodiquement victime.

mort, la victoire reste nécessairement au plus fort. Les individus les mieux doués d'une race pourront seuls résister auK causes de destruction dont les autres individus seront victimes , et comme ils transmettront à leurs descendants les qualités qui leur ont assuré la supériorité et qu'une nouvelle lutte s'établit bientôt entre tous ces descendants, l'espèce va en s'améliorant sans cesse.

Supposons, pour prendre un exemple entre mille à l'appui de ce qui précède, que parmi les insectes de même espèce qui vivent sur un arbre il s'en trouve accidentellement quelques-uns qui aient une couleur se rapprochant du feuillage, cette couleur constitue une supériorité pour eux sur leurs semblables, car elle leur permet d'être moins vus par leurs ennemis et de pouvoir s'approcher plus facilement de leur proie ; ils auront donc plus de chances de vivre et partant de se reproduire que leurs semblables, et comme leurs descendants posséderont cette qualité, ils se reproduiront aussi plus facilement. Il arrivera donc bientôt qu'il n'y aura plus dans cette espèce que des individus d'une certaine couleur; mais alors cette couleur ne constituera plus une supériorité; les individus doués de quelque autre caractère que n'ont pas leurs semblables et qui leur permette soit de se soustraire à leurs ennemis, soit

Dans certains pays, comme l'Allemagne, la population va toujours en augmentant et est de Lcaucoup supérieure aux nKjycns de subsistance. Mais des émigi-ations considéral)les viennent annuellement retaljlir réquilibrc. Ces émigrations sont telles qu'on peut prévoir le jour où, en Amérique, l'élément allemand absorbera l'élément anglais. En France, nation dont les individus n'émigrcnt guère, la population est depuis assez longtemps stationnaire, et les causes les plus diverses sont invoquées pour expliquer cette situation; mais toutes ces causes sont pour la plupai-t illusoires, l'an-êt de la population est la conséquence, suivant nous, de la loi de Malthus. On peut même prévoir que, loin de s'accroître, la population continuera à décroître encore si on ne trouve pas moyen de remédier au déficit annuel des subsistances, qui va toujours eu augmentant, ainsi que le prouvent les cliiffrcs suivants donnés par M. le professeur G. Ville, dans son travail sur la Proprictc agricole en France. — (Bévue scientijîque, 1873).

Années. Déficit annuel des denrées agricoles.

1827 à 1830 23 millions.

La loi de Malthus fixe rigoureusement aux êtres organisés leur nombre ; c'est en l'appliquant à tout le régime animal et végétal que Darwin a été conduit à établir son célèbre svstcme.

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(I iit teindre plus facilement leur proie, soit de plaire davantage aux lonielles de leur espèce, etc.. auront seuls les plus grandes chances de se reproduire, et c'est ainsi (jue l'espèce ira en se perfectionnant sans cesse.

Ouand. sous l'influence du milieu, de la sélection naturelle et de l'hérédité, plusieurs variétés se sont créées, les plus extrêmes sont celles qui ont le plus de chances de vivre, parce ({ue leur genre de vie, leur nourriture étant différents, elles ne se feront pas concurrence, tandis que les variétés intermédiaires périront pour la raison contraire. Un grand nombre d'espèces d'insectes différentes jieuvent vivre sur un même arbre, si les uns se nourrissent de feuilles, les autres de branches, les autres de racines, alors que. si tous vivaient de la même façon et exigeaient des fruits, par exemple, pour leur nourriture, leur nombre serait forcément limité à la quantité de matières alimentaires contenues dans les fruits que l'arbre produit.

Les variétés extrêmes d'une même espèce étant celles qui ont le plus de chances de se reproduire, et cette opération se répétant plusieurs fois entre des individus de plus en plus différents des individus primitifs dont ils sont issus, on comprend comment les espèces peuvent se transformer graduellement. Quand on pénètre dans les couches les plus profondes du globe oii sont enfouies les innombrables espèces qui nous ont précédés, on reconnaît, à mesure qu'on remonte les siècles, que les espèces qui ont précédé les races actuelles sont de moins en moins parfaites.

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