‹ La vieChapitre 24 sur 156 · CONNAISSANCES DES ANCIENS PHYSIOLOGISTES SUR LA DIGESTION · texte numérisé non relu

CONNAISSANCES DES ANCIENS PHYSIOLOGISTES SUR LA DIGESTION

Les connaissances des médecins de l'anliquité sur la digestion étaient tort inexactes. Les uns la comparaient à une sorte de cuisson eflectuée par la chaleur de l'estomac. Les autres n'y voyaient qu'un phénomène mécanique, une sorte de trituration; quelquesuns la considéraient comme une fermentation.

Les premières recherches expérimentales sur cette importante fonction furent faites au dix-septième siècle par les membres de la célèbre Académie ciel Cimento. Ayant introduit des balles de plomb dans l'estomac de certains oiseaux, tels que les autruches, et les ayant retirées aplaties , ils en conclurent que la digestion n'est qu'une trituration. Mais comme les anatomistes savaient que l'estomac de l'homme est membraneux et incapable d'efforts musculaires énergiques, cette opinion trouva de nombreux contradicteurs.

Pour trancher la question, Réaumur entreprit, en 1750, une série d'expériences fort nombreuses. Afin de soustraire les aliments à l'action des parois de l'estomac, il les enveloppa de tubes métalliques fermés par un grillage. Les oiseaux sur lesquels il expérimentait appartenaient à des espèces se nourrissant de graines. Dans ces conditions, les aliments ne furent pas digérés.

Un expérimentateur ordinaire se serait contenté de cette observation en apparence concluante et aurait affirmé que l'action mécanique de l'estomac est indispensable à la digestion. Il eut été cependant dans l'erreur ; car, en variant les conditions de ses expériences, Réaumur reconnut que les oiseaux à estomac membraneux, dont la nourriture se compose de substances animales, digèrent les aliments qu'on leur fait avaler dans des tubes fermés. ]Malheureusement l'illustre physiologiste s'arrêta là. Considérant la question comme élucidée , il crut pouvoir affirmer que le travail digestif ne

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s'opère pas d'une façon identique chez tous les animaux, conclusion absolument erronée.

Un ingénieux expérimentateur, l'abbé Spallanzani, répéta en 1777 les expériences de Réauraur, mais il alla beaucoup plus loin que ce dernier. Voyant que les graines introduites dans des tubes fermés n'étaient pas digérées , il les réduisit en fragments et observa alors qu'elles n'échappaient plus à l'action des sucs digestifs. L'agent de la digestion était donc bien le liquide contenu dans l'estomac. Pour le prouver d'une façon plus évidente encore , il opéra des digestions artificielles en soumettant des aliments, dans des vases quelconques, à l'action du suc gastrique. La viande et les graines furent également digérées ; mais ces dernières n'étaient attaquées que lorsqu'on avait pris la précaution de détruire leur enveloppe.

Ces observations prouvèrent que chez tous les animaux la digestion s'opère par l'intermédiaire du suc gastrique et d'une façon identique, à condition que les aliments recouverts d'une enveloppe inattaquable par le liquide digestif , comme les graines par exemple , soient préalablement broyés. Cette dernière opération est remplie, chez les mammifères , par les dents; chez les oiseaux carnivores , par les muscles puissants dont leur estomac est muni ; chez les oiseaux se nourrissant exclusivement de chair, elle est inutile*.

Telles furent les mémorables expériences qui servirent de base aux recherches des physiologistes modernes sur la digestion. L'analyse des observations au moyen desquelles on est parvenu à constater ce fait si simple que les aliments introduits dans l'estomac sont transformés par l'action du liquide qui s'y trouve contenu , et non sous l'influence de la température ou des contractions de cet organe^ prouve à quelles erreurs on peut s'exposer quand on tire des conclusions générales d'expériences isolées, quelle qu'en soit l'exactitude.

Un grand nombre de physiologistes modernes s'engagèrent dans

*La mastication est inutile pour la même raison cliez les mammifères dont la nourriture se compose exclusivement de chair. Aussi les dents leur servent beaucoup plus à saisir et à déchirer leurs aliments qu'à les mâcher. Elles remplacent le bec crochu et puissant des oiseaux de proie.

DIGESTION DES ALIMENTS. ir,l

la voie ouverte par Spallanzani , et les découvertes se succédèrent rapidement. On étudia l'action du suc gastrique sur les aliments , et on vit qu'il en attaque quelques-uns, tels que la viande, mais qu'il reste inactif sur d'autres, tels que l'amidon et les corps gras.

On rechercha alors dans quelle partie du tube digestif s'opcre la transformation de ces dernières substances et l'on reconnut que les divers liquides de l'intestin: la bile, le suc pancréatique et le suc intestinal, jouissent de propriétés spéciales que nous étudierons plus loin. L'histoire détaillée des découvertes des fonctions des divers liquides digestifs nous entraînerait trop loin.

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