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ABSORPTION DES PRODUITS DE LA DIGESTION

Les aliments qui ont subi l'acLion des liquides digestifs se trouvent transformés en une bouillie blanchâtre nommée chyle , destinée à être absorbée par les vaisseaux contenus dans les villosités de l'intestin.

Le chyle est un liquide blanc laiteux, opaque, se coagulant par le refroidissement comme le sang. Il contient dans sa composition des substances albuminoïdes résultant de la digestion des matières azotées, des corps gras émulsionnés, auxquels il doit sa couleur blanche, des substances sucrées provenant de la transformation des principes féculents et des matières minérales. Il renferme , par conséquent , tous les éléments d'un aliment complet.

Au point de vue de sa composition chimique , le chyle a beaucoup d'analogie avec le sang, qu'il est destiné à former. Une analyse de ce liquide a fourni sur 1000 parties : dOli parties d'eau , 70 d'albumine , 9 de matières grasses , 1/t de matières extractives et sels. Il contient de la fibrine, comme le sang, bien qu'en proportion moins forte. Il renferme aussi des globules, mais en quantité minime et d'une forme qui diffère beaucoup de celle des globules sanguins.

HTOEKTION DES ALIMENTS.

Le chyle est absorbé par les vaisseaux chylifères et veineux qui prennent naissance clans les villosités intestinales. Les veines ne

Fig. 64. — Villosités de l'inteslin de l'homme*. [Grossies iOO fuis.)

se distinguent des chylifères qu'en ce qu'elles n'absorbent pas sensiblement de matières grasses.

Les veines qui naissent des diverses parties de l'intestin conduisent le produit de la digestion dans la veine porte , qui le distribue au foie. Le liquide qui sort de cet organe se jette dans la veine cave inférieure, qui le mène au cœur, d'où il passe aux poumons pour subir l'action vivifiante de l'oxygène ; apte alors à réparer les pertes des tissus, il est distribué par les artères aux divers organes.

Le chyle absorbé par les chylifères arrive également au cœur, mais par une voie différente. Tous les chylifères vont se jeter dans

♦ i, i) Vaiisoaux chylifèrei. — 2,2) Vaisseaux sanguini.

un tube flexueux, le caiial thoracique, qui remonte le long de la colonne vertébrale jusqu'à la veine sous-clavière gauche , clans lan e d 6

h 0 i^ Fig. 65. — Vaisseaux chylifères *.

quelle il s'abouche. Cette veine se jette dans la veine cave supérieure, qui conduit le chyle au cœur, où il se trouve mélangé avec celui déjà amené par les veines de l'intestin et d'où il passe dans les poumons pour subir les mêmes transformations.

Fig. 66, — Réseau lymphatique d'un doigt.

Les vaisseaux chylifères ne sont autre chose que les lymphatiques de l'intestin ; leur nom leur a été donné à une époque où

* a) Portion d'intestin grêle. — b, b) Radicules des vaisseaux chylifères. — c) Ganglions mésentériqucs. — d) Vaisseau cbylifère allant se jeter dans le canal thoracique. — e) Canal thoracique. — /) Dilatation du canal thoracique nommé réservoir de Pecquet. — g, g) Vaisseaux lymphatiques des membres inférieurs se rendant au canal thoracique. — h, h) Artère aorte.

l'on ignorait leur nature. Les lymphatiques sont des vaisseaux qui naissent dans toutes les parties du corps, à la surface de la peau

Fig. 67. — Réseau lymphatique profond de la peau des doigts *.

comme à celle de l'intestin. Leurs extrémités sont fermées et ils absorbent les liquides avec lesquels ils se trouvent en contact par endosmose, c'est-à-dire absolument comme une vessie pleine d'un liquide absorbe les liquides de densité différente dans lesquels elle est plongée.

Tous les vaisseaux lymphatiques du corps se réunissent en deux conduits , la grande veine lymphatique et le canal thoracique , qui vont se jeter, le premier dans la veine sous-clavière droite , le second dans la veine sous-clavière gauche. La grande veine lymphatique reçoit les lymphatiques de la moitié de la portion du corps qui s'élève au-dessus du diaphragme ; le canal thoracique, les au-

Fig. 68. — Vaisseau lymphalique, ouvcii pour montrer ses valvules.

très lymphatiques du corps, y compris ceux de l'intestin , c'est-àdire les chylifères. Le liquide qui y est contenu circule en vertu

* I, I) Réseau lymphalique. — 2, 2, 2. 2) Troncs parlant de ce léseau et rampant sous la peau. — La aecUe indique la direction dans laquelle se meut le liquide contenu dans le vaisseau.

lf.4 PHYSIOLOGIE HUMAINE.

seulement de la contractilité de leurs parois. La direction du courant est déterminée par les valvules qu'ils contiennent et qui, en se fermant aussitôt que la lymphe et le chyle veulent reHuer en arrière, ne les laissent se diriger que dans un sens.

Sur le trajet des vaisseaux lymphatiques se trouvent un nombre considérable de petites glandes nommées ganglions lymphatiques, formées d'une charpente celluleuse renfermant un réseau de capillaires lymphatiques qui s'anastomosent entre eux. Le contenu des lymphatiques s'y modifie avant de pénétrer dans le sang ; mais nous ignorons absolument la nature de cette transformation.

Les vaisseaux lymphatiques contiennent un liquide jaune pâle citrin transparent nommé lymphe, dont la composition est trèsanalogue à celle du sang. Dans l'intestin, ce liquide est mélangé avec les matériaux digestifs assimilables et prend le nom de chyle. Après la digestion, il contient une forte proportion de matières grasses émulsionnées, qui lui donnent sa couleur blanche; avant les repas, il est incolore comme dans les autres parties du corps.

Les fonctions des vaisseaux lymphatiques de l'intestin , c'est-àdire des chylifères , sont bien connues : on sait qu'ils absorbent le produit de la digestion; mais on est moins fixé sur celles des vaisseaux lymphatiques des autres parties du corps. Comme les veines, ils absorbent les produits de la désassimilation des tissus, mais ils semblent , en outre , chargés de ramener dans le torrent de la circulation l'excédant du liquide transsudé par les capillaires pour la nutrition des organes et non utilisé par ces derniers. Ce liquide arrive également, en effet, à tous les éléments; mais chacun n'y puisant que ce qui lui convient, il reste un excédant inutile qui serait perdu s'il n'était pas ramené dans la circulation.

La découverte de la voie par laquelle sont absorbés les produits ^e la digestion est moderne. Plusieurs médecins de l'antiquité semblent avoir aperçu les vaisseaux chyUfères, mais ils ignorèrent absolument leur fonction. Ils pensaient que l'absorption des produits de la digestion se faisait uniquement par les veines.

En 1622 , Gaspard Aselli , professeur à l'Université de Pavie, ayant ouvert le corps d'un chien vivant , vit à la surface de l'in-

DIGESTION DES ALIMENTS. i?,5

teslin des cordons blanchâtres, laissant échapper un liquide blanc, épais, lorsqu'on les piquait; mais l'animal mourut et les vaisseaux disparurent. Pour les revoir, il ouvrit l'abdomen d'un autre chien, mais n'aperçut rien de semblable. En recherchant les causes de cette différence , Aselli reconnut que l'animal qu'il avait d'abord observé venait de faire un copieux repas, tandis que le second était à jeun. Il répéta l'expérience sur un troisième chien qui venait de manger, et revit les vaisseaux lactés. Poursuivant son étude, il rechercha la terminaison de ces organes^ mais ne sut pas la trouver, et supposa à tort que les chylifères se jetaient dans le foie.

Bien que facile à constater, la découverte d'Aselli eut le sort de toutes les découvertes à leur début. Ses contemporains la combattirent avec force. Chose étrange et qui prouve combien les préjugés sont difficiles à détruire, même chez les hommes supérieurs , elle eut pour adversaire l'illustre auteur de la découverte de la circulation du sang, Harvey, qui, lui-même, avait eu autrefois tant de luttes à soutenir pour vaincre la routine. Ce grand physiologiste jouissait alors d'une autorité universellement reconnue, et son opinion entraîna celle de tous les anatomistes, qui nièrent, à l'unanimité , l'existence des vaisseaux chylifères. Moins heureux que son célèbre contradicteur, Aselli mourut sans avoir réussi à faire admettre la réalité des organes qu'il avait constatés.

Cependant un fait d'une observation aussi facile ne pouvait pas rester indéfiniment inaperçu. Reconnue, quelques années plus tard, chez un supplicié et confirmée par de nouvelles observations sur les animaux, l'existence des vaisseaux chylifères fut bientôt définitivement admise. Mais ce ne fut qu'en 1649 que l'anatomiste Pecquet découvrit qu'ils se terminent dans le canal thoracique. Vers la même époque, Thomas Bartholin, professeur à Copenhague, et Rudbeck , étudiant suédois , reconnurent que les lymphatiques existent non-seulement dans les intestir^, mais encore dans toutes les parties du corps. Leur étude fut complétée ensuite par les recherches de beaucoup d'observateurs, Hunter, Lauth, Panizza et surtout Mascagni et Sappey. Au point de vue de l'exactitude, aucun travail n'est supérieur à celui de ce dernier anatomiste; il a suivi les lymphatiques dans leurs plus délicates ramifications et

prouvé leur existence dans les organes, tels que la langue, où ils étaient inconnus. Ses recherches l'ont conduit à admettre que c'est dans les vaisseaux lymphatiques que siègent en réalité les phénomènes inflammatoires (abcès^ phlegmons etc.) qu'on observe si fréquemment dans le tissu cellulaire sous-cutané.

L'absorption des produits de la digestion se fait sur tous les points du tube digestif de la bouche à l'anus , mais d'une façon très-inégale. Dans la bouche et l'œsophage, elle est à peu près nulle; dans l'estomac, elle s'opère surtout sur l'eau* et les sels solubles. Une partie de ces substances est immédiatement absorbée par les vaisseaux de cet organe ; l'autre continue sa route à travers l'intestin grêle, où se trouve le véritable siège de l'absorption.

Dans le gros intestin, l'absorption est presque nulle, parce que les matières alimentaires y arrivent dépouillées de leurs principes nutritifs. Néanmoins cet organe peut parfaitement absorber, et on' a pu plusieurs fois , dans des cas de rétrécissement du tube digestif empêchant les aliments d'arriver dans l'estomac, nourrir les malades en introduisant des matières alimentaires par le rectum. Elles sont alors digérées par le suc intestinal que sécrète le gros intestin et absorbées par les veines et les lymphatiques renfermés dans cet organe. Le docteur Runge a nourri pendant deux mois (du 20 avril a» 18 juin 1868) un malade atteint d'un rétrécissement de l'œsophage en lui injectant par le rectum des lavements contenant des substances nutritives : jaune d'œuf , bouillon etc. Le malade mourut, non d'inanition, mais d'une inflammation intestinale. Il nous semble que dans des cas analogues on arriverait à des résultats meilleurs en administrant les aliments tout digérés par leur séjour préalable dans une solution acidifiée de pepsine, ou mieux dans un mélange de bile et de suc pancréatique**. Les aliments

* L'eau passe très-vite dans le sang; chez un tœuf, qui n'avait pas bu depuis vingtquatre heures et dont le sang contenait 775 parties d'eau pour 1000, Schultz a vu, peu d'instants après que l'animal eut bu abondamment, la proportion de ce liquide s'e'lever à 840.

**Claude Bernard a reconnu que de la bile additionnée de suc pancre'atique ou plus simplement d'un fragment de pancre'as et d'un peu de matières grasses pour prévenir la décomposition du liquide formait un mélange se conservant fort longtemps et digérant parfaitement les graines , les féculents et les matières albumiuoïdes.

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étant tout digérés, l'intestin n'aurait plus qu'à les absorber, et on lui éviterait ainsi le travail considérable auquel on le soumet en le forçant à sécréter sur une petite étendue tout le suc intestinal nécessaire à la digestion.

Les médicaments et les substances toxiques introduites dans l'estomac sont absorbés par les veines de cet organe ou par celles de l'intestin et ne semblent pas l'être par les lymphatiques. La vitesse de leur absorption est très-variable : on les retrouve quelquefois dans l'urine au bout d'une minute.

Les médicaments introduits en lavements par le gros intestin sont absorbés, aussi vite et quelquefois même plus rapidement que ceux introduits dans l'estomac par la bouche. C'est ce qui arrive pour la belladone et l'opium, et cette indication physiologique ne doit jamais être perdue de vue par les médecins.

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